‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 4)Chapitre 9 sur 593 · ACCENT TONIQUE · texte numérisé non relu

ACCENT TONIQUE

Règles générales de l'accent tonique. — Définition. — On ne prononce pas avec la même force toutes les syllabes d'un mot ; ainsi, quand nous disons : aimez, cha.ntons, nous prononçons la dernière syllabe plus fortement que la première, tandis que, dans aime, chante, nous appuyons sur la première. Cette élévation de la voix sur une syllabe particulière dans chaque mot s'appelle accent tonique, et la syllabe ainsi prononcée s'appelle syllabe accentuée ou tonique. Les autres sont dites inaccentuées ou atones; ainsi dans aimable, ma est la syllabe accentuée ; ai et ble sont atones.

Place de l'accent tonique. — En latin, l'accent se trouvait, ou sur l'avant-dernière syllabe, la pénultième (amare, fi?n're), ou sur celle qui la précédait, Y antépénultième (amabilis, senstbilis).

Comme l'accent latin, l'accent français n'a que deux places, mais ce ne sont pas les mêmes : il porte sur la dernière syllable toutes les fois que c'est une syllabe pleine, qui se prononce entièrement : aimer, &nir ; — sur Y avant-dernière quand la dernière a un e muet : aimable, sensible.

Persistance caractéristique de l'accent sur la même syllabe qu'en latin dans les mots d'origine populaire. — L'accent reste en français sur la même syllabe qu'il occupait en latin : telle est la loi générale pour les mots formés par le peuple et dont l'existence est antérieure au douzième siècle ; de jîorticus, on a fait porche ; de wiobilis, meuble ; de grammatica, gramrwaire.

Plus tard les érudits ont formé de ces mêmes mots latins des mots français qui en ont conservé plus exactement la forme extérieure, mais qui ont changé la place de l'accent : por^que, moôfle, grammatical.

Les mots populaires (qui sont, on le voit, plus contractés que les mots savants) s'en distinguent : 1* par cette persistance de l'accent sur la même syllable qu'en latin ; 2* par la suppression de la voyelle brève qui précède la tonique : 3° par la chute de la consonne médiane, c'est-à-dire de la consonne placée entre deux voyel'es dont la seconde appartient à la syllabe tonique.

Exemples : Suppression de la voyelle brève :

bon(i)tateiti, bonté. sepfalrare, sevrer.

clar(i)tatetn, clarté. popfu)lus, peuplier.

pos(i)tura, posture. pop(ujlatus, peuplé.

Chute de la consonne médiane :

Au(K)ustus, août.

confi(d)entia, conliance.

do(t)are, douer.

deli(c)tatus, délié.

Influence de l'accent tonique sur l'orthographe. — Quand l'accent tonique est sur la dernière syllabe, l'avant-dernière peut être muette : élever ; mais lorsque la dernière est muette, l'avant-dernière. qui est alors la syllabe tonique, doit être nécessairement sonore : élève. On pressent toutes les conséquences de cette règle pour l'orthographe.

D'une façon générale et comme principe détorminant soit la formation des mots, soit leur orthographe, il faut reconnaître, comme le fait M. Ayer dans sa Phonologie de la langue française, que la

voi-^elle accentuée tend toujours à prendre un son plein, à se renforcer en quelque sorte par la prononciation, avec ou sans modification orthographique apparente. Ainsi on écrit de même un parent et ils garent, un couvent et elles couvent, on presse/?^ et ils pressent ; la prononciation suffit à marquer la place différente de l'accent tonique. Mais le plus souvent, pour figurer ce renforcement de la syllabe accentuée, l'orthographe fait subir à cette syllabe une légère modification : la recherche de ces différentes modifications est l'objet des règles particulières de l'accent tonique, elles dérivent toutes du principe général que nous venons d'indiquer. [B. Berger.]

Règles particulières de l'accent tonique. — Le grand principe qui a présidé à la formation de notre langue au moyen âge est que la syllabe accentuée est toujours renforcée : X" ou par une diphthong aison de la voi/elle; 2° ou par un redoublement de consonnes ; 3" ou par un accent grammatical.

Bien des règles de notre orthographe, qui semblent incohérentes ou bizarres, tirent de ce seul principe leur explication.

r Diphthongaison. — Le latin famés devient faim ; vocem devient \'oix ; mobilis, meichle ; mori, mourir; absolvere, absoudre, lepus, lièvre, etc. IMais la dérivation ramène ordinairement la voyelle simple et primitive en déplaçant l'accent tonique ; ainsi ai redevient a : f/im, affamé. — eu redevient o: meuble, mobilier; cœur, cordial; — oi redevient 0 : voix, vocal ; — ou redevient o ou u : absoudre, absolution ; m» urir, mortel ; sourd, surdité ; — ie redevient e : lièvre, levrette, etc.

La dérivation aide en ce cas à découvrir quelle doit être l'orthographe de la voyelle accentuée ; ainsi les trois sons ai}i, ein, in dans pain, serein, fin se ressemblent pour l'oreille et peuvent embarrasser un écolier ; le doute cessera pour lui s'il peut se rappeler les dérivés de chacun de ces mots ; pain s'écrira par ai, puisqu'il a pour dérivé panetier ; serein par ei, puisqu'il a pour dérivé sérénité et fî}i par i, puisqu'il a pour dérivé finesse.

'1" Redoublement de cojisoune. — Souvent la syllabe accentuée est renforcée par un redoublement de sa consonne : le cas est surtout fréquent pour les lettres l, n, t. Chien, chienne ; fol, fo/le ; sujet, sujette. Cette loi avait déjà été entrevne, il y a près de 200 ans, par Régnier Desmarais, qui disait : « C(! redoublement a lieu d'ordinaire immédiatement après la voyelle sur laquelle esi le siège de l'acceni ; mais il n'a plus lieu si l'accent passe de la pénultième à la dernière. On écrit chape//e et chape/ain.»

Le redoublement disparaît ordinairement dans les dérivés : chandeWe, chande/ier ; éche//e, échelon. Mais il reparaît quand la dernière syllabe devient muette, c'est-à-dire inaccentuée : appeler, j'appe//e ; je^er, je iette. On voit qu'il 7i'y a jamais deux syllabes muettes de suite dans un mot français. Cette loi trouve d'innombrables applications dans la dérivation des mots, dans la formation du féminin des noms et des adjectifs, et dans les apparentes irrégularités d'orthographe des verbes de la première conjugaison. Les noms terminés par ien, en, redoublent le n final pour conserver à la voyelle sa sonorité : chie« ne, Europée» ne. Il en est de même de la plupart des adjectifs terminés pare/, icn, et, comme : paterne/, ancie??, net, qui par la même raison font au féminin : paterne//e, ancienne, nette. Ce redoublement persiste dans le corps du mot, quand la voyelle qui suit la syllabe primitivement accentuée est muette : ne/, ne//e, ne//ement, etc.

Contrairement à cette loi, suivie d'une manière inconsciente mais uniforme parle peuple, on trouve quelques mots, comme prunelle, cannelle, nouvelle, etc., qui font prune//ier, canne//ier, nouve/- /iste avec deux / ; mais ce sont des mots relativement récents dans la langue, où ils ont été importés par les savants. Enfin, il ne faut pas ramener à cette

ACCENTUATION

ACCENTUATION

règle des motscomme rébellion, flagellation, etc., dérivés de primitifs latins où se trouvaient déjà les deux / ; rebe/Zionem, flage/Zationcm.

Les verbes de la première conjugaison terminés en eler, eter, ont l'accent sur i'avant-dernière syllabe à l'indicatif présent, puisque la dernière devient muette ; ils redoublent alors le / ou le ^ ; appeler, j'appelle ; jeter, ia ]ette. Mais le redoublement disparait quand l'accent passe sur la dernière ; de là cette irrégularité apparente dans la conjugaison des diverses personnes : je iette, tu jettes, nous je^ns, vous jetez, ils je^^ent ; j'appe//e, tu appe//es, nous appe/ons, vous appe/ez, ils appe//ent ; ce redoublement persiste même dans le corps du verbe quand la voyelle qui suit est muette : je jetterai, j'appe/- /erai, bien que l'accent tonique soit alors sur la finale oi, toujours d'après la loi qui interdit deux syllabes muettes de suite.

3° Acce>it grave ou aigu. — La troisième manière de renforcer la tonique est de placer un accent grave sur lavant-dernière syllabe quand elle est accentuée ; on le supprime quand elle est atone. Le français a fréf^uemment recours à ce signe orthographique pour renforcer la syllabe accentuée où entre la voyelle e; c'est pourquoi l'on écrit : tiède, remède, nègre, avec un accent grave, et tiédir, remédier, négresse, avec un accent aigu. On en trouve de nombreux exemples dans la formation du féminin des substantifs et des adjectifs ; ainsi ouvrier, é:olier, jardinier, etc., prennent un accent grave au féminin pour conserver sa sonorité à la voyello accentuée : ouvrière, écolière, jardinière. Il en est de même des adjectifs léger, étranger, passager, etc., qui font légère, étrangère, passagère, avec iin accent grave. Il faut ajouter à ces adjectifs en er, les six adjectifs : complet, concret, discret, secret, inquiet et replet, qui au féminin prennent un accent grave sur la syllabe tonique au lieu de redoubler la consonne. Ces mots, introduits en français par les savants, ne se sont point plies aux règles du redoublement qu'obsers'e notre langue pour les mots d'origine populaire.

Les verbes de la première conjugaison qui ont un accent aigu sur I'avant-dernière syllabe, quand la dernière est accentuée, comme céder, posséder, exagérer, régner, changent l'aigu en grave quand la dernière est atone, c'est-à-dire quand l'accent tonique passe de la dernière à I'avant-dernière syllabe ; ex. : céder, je cède ; posséder, je possède, etc.; l'accent grave persiste même dans le corps du mot quand la syllabe suivante est muette : je céderai, tu posséderas, etc. Il n'y a d'exception à cette règle que pour les verbes en é^r, qui prennenttoujours un accent aigu: créer,crée; agréer.agrée. Cette exception s'explique par la raison que ée ne forme qu'une syllabe, Ve muet ne comptant pas à la fin du mot. Dans les verbes en éger, comme siéger, alléger, on écrivait autrefois il siège, j'allège avec l'accent aigu; mais, comme le dit M. Littré, cette irrégularité orthographique n'étaic pas d'accord avec la prononciation, qui donne à celte désinence le son de l'è ouvert et non celui de l'é fermé. Aussi aujourd'hui l'Académie a-t-elle fait rentrer ces verbes dans la règle générale : on écrit donc il siège, j'allège avec l'accent grave, de même qu'il laut écrire collège, cortèg", et non plus collège, cortège. On peut rapprocher de l'ancienne orthographe de l'indicatif présent des verbes en ègcr, la première personne des verbes en er, quand ils sont conjugués interrogalivement : chanté-je? ainié-je? Le pronom fait alors réellement partie du mot, et, en vertu du principe que nous avons énoncé plus haut, la syllabe finale, qui était muette et atone dans : je chant'?, j'aime, devient sonore et accentuée dans : chanté-je, aimé-je. Ici le renforcement de la syllabe tonique se marque, comme autrefois dans l'indicatif présent des verbes en é^e>-,parun accent aigu et non par un accent grave.

Les verbes de la première conjugaison qui ont un e muet à lavant-dernière syllabe de l'infinitif, comme lever, mener, changent cet e muet en è ouvert quand la dernière syllabe devient muette, parce que l'accent tonique passe alors sur I'avantdernière : je lève, je mène. Il en est de même de quelques verbes en eler, eter, qui, au lieu de redoubler / ou t, prennent un accent grave sur la syllabe tonique : peler, je pèle ; acheter, j'achète. Nous regrettons, avec M. Littré et la plupart des grammairiens, que ces verbes fassent exception à la règle du redoublement exposée dans le paragraphe précédent ; à part modeler, celer, geler, haleter, dont l'irrégularité peut s'expliquer par l'étymologie (moàèle, ce/are, ge/are, hali^are) , les autres verbes n'ont rien qui justifie cette anomalie.

L'emploi de l'accent grave et le redoublement de la consonne sont deux procédés graphiques tendant au même but : le renforcement de la voyelle accentuée. On se bornait au moyen âge à le marquer par la prononciation ; aujourd'hui qu'il est nécessaire de l'indiquer par un signe extérieur, il conviendrait de s'arrêter à l'un de ces deuxmoyeus orthographiques, au lieu d'hésiter entre l'un et l'autre, et il serait à souhaiter que l'Académie française, choisissant ou le redoublement de la consonne, ou l'accent grave, l'appliquât uniformément à tous les verbes en eler, eter.

Exercices.

Sur les règles générales. — 1. Prendre nne phrase quelconque du livre de lecture et demander pour chaque mot quelle est la syllabe accentuée.

2. Faire remarquer la différence de prononciation correspondant à la différence d'accent tonique entre les suivants et d'autres analogues :

un afQuenf, ils af/7uent. aiguë, aigue-marine.

un pareî!<, elles se parent, un expédioi/, ils expédient, le président, qui président. pij'îlre, je piquerai.

3. Montrer que l'accent tonique change de syllabe en passant du primitif aux dérivés :

riche, ricAesse, richement foile, fo/ie, follement.

fin, fini, défini, définie/. règle, régie, régulière, rè-

ancie», ancienne, ancienneté', glemeni, régularisé, régu-

anciennemenf. WtTtment.

solde, solder, soldai solda- peuple, peuple', population,

iesque. popuiaire, popularise.

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