DAURADE
amère, le sucre et la cannelle. Erasme Francisi dans son jar* din de plaisance des Indes, dit qu'on la fait dabord bouillir, pendant quelque temps dans une marinade faite avec de l'huile, du vinaigre , du poivre, du sel , de l'ail, etc., et qu'on la conserve par ce moyen pendant long-temps ; ainsi apprêtée , elle est d'un grand usage pour les vaisseaux qui vont aux Moluques. On la sale aussi, et on rôtit , ajoute- t-il, la chair des jeunes dauphins dont le goût est à peu près le même que celui du cochon de lait.
Le foie et la langue sont , selon le même auteur , un morceau délicat. Cardan dit que les intestins répandent l'odeur de la violette. M. Farine , pharmacien à Perpignan , rapporte qu'on prit aux environs de Mèze (Hérault), un dauphin du poids de quatre-vingt-deux kilogrammes , que sa chair était rouge , très-finement veinée de blanc, ferme, recouverte dans toutes ses parties , et immédiatement sous l'épiderme , d'une couche de graisse blanche , peu consistante , de deux décimètres d'épaissseur , que l'ayant fait cuire, elle était assez tendre , ayant l'odeur de marée ; que quatre-vingt familles en mangèrent, et qu'elles lui trouvèrent la saveur du thon.
DAURADE ou DORADE (Coryphœna hippurus, L.). Ce beau
poisson écailleux , couleur d'or , vit presque dans toutes les mers des pays chauds , non loin du rivage. On en trouve dans l'Océan ainsi que dans la Méditerranée. Il est vif, gourmand et mange même les poissons de son espèce ; il est l'ennemi mortel des poissons volans. Il pèse de dix à douze et même vingt livres ; on en a vu dans la mer de l'Archipel , et notamment auprès de Smyrne , d'environ quatre pieds de long. On en pêche spécialement dans la Méditerranée , près des côtes de la campagne de Rome , de Naples , de Sardaigne , de Barbarie , à Malte. 11 abonde aussi dans la partie de la mer Atlantique qui sépare l'amérique de l'Europe. Il y en a même dans les lacs d'eau douce de la Sardaigne. Sergius fut le premier à Rome qui le fit mettre dans le vivier , ce qui lui fit donner le surnom iïaurata. Sa chair est blanche , un peu ferme , sèche à la vérité , mais d'un excellent goût , ayant besoin d'être mortifiée, pour en rendre la digestion plus facile. C'est en été et en automne qu'elle est meilleure. Les Romains estimaient surtout les daurades qui avaient été nourries dans le lac Lucrin. Les anciens Grecs la consacrèrent à Vénus, comme étant l'emblème de la beauté féconde. En Provence , on fait grand cas de celles qu'on prend à Martigues ; on la sert sur les meilleures tables. Il en est de même de celles de l'étang près du cap de Cette. La bonté de cette chair dépend surtout des lieux où on a péché le poisson. Les anciens Romains , si recherchés dans le luxe des tables , préféraient les daurades d'étangs;
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c'est pourquoi ils en faisaient mettre dans les lacs. Celles qui se sont nourries dans la fange et celles qui sont trop grandes ont une saveur détestable , et on les digère avec peine. Bajon et Laafling en ont vu émigrant en grande troupe, refléter une lumière éclatante ; c'est un des poissons phosphoriques.
DÉ a COUDRE. Champignon qui croît en touffes , parfois très-nombreuses , au pied des arbres ; il est remarquable par son chapeau , qui a la forme d'un dé à coudre ; il est de la couleur du buis. Son pédicule est grêle , listuleux , de la hauteur de deux pouces ; son chapeau s'étale beaucoup , il brunit bientôt et se résout ensuite en une liqueur noire , tandis que le pédicule reste blanc. Cet agaric est fort dangereux.
DEMI-ENTONNOIR. Espèce d'agaric d'un blanc cendré ou de couleur paille lavée de chair. La saveur en est rebutante. Ce champignon est un poison ; Paulet en a fait l'expérience sur un chien. On le trouve dans le parc de Saint-Maur.
denté ( Sparus dentex ,L. ). Poisson du genre des spares; sa tête est inclinée et couverte d'écaillés , excepté entre les yeux ; sa gueule est assez grande. On le trouve dans la Méditerranée, ainsi que dans quelques parties de l'Océan, entre les rochers ou parmi les herbes marines. Il est tellement vorace qu'il avale tout ce qu'il trouve. Du temps de Paul Jovius , on en prenait une grande quantité sur les côtes de la Sardaigne , de la campagne de Rome, Venise, la Dalmatie et en Syrie, et on faisait mariner leur chair. Les Illyriens et les Epirotes faisaient avec Ancône et d'autres villes, un grand commerce de cette salaison. Le denté change de couleur avec l'âge \ il peut peser jusqu'à quarante livres ; on cuit sa chair au court-bouillon avec du safran. A Narbonne , on en fait beaucoup de cas, quoique cette chair soit fort grasse et de difficile digestion ; elle est meilleure en hiver, et ne convient qu'aux bons estomacs et à ceux qui exercent leurs forces.
derbio ( Glaucus). Ce poisson porte, en Provence, le nom de biche , à Rome lechla. Les Latins l'ont appelé glaucus , à cause de sa couleur bleu-blanche. On le trouve dans la hautemer ; son corps est long , son ventre plat. Il y en a plusieurs espèces ; sa chair, quoique grasse et par conséquent de difficile digestion, est agréable , délicate, mais ne convient qu'aux bons estomacs -, on ne doit pas en manger avec excès.
diables ou diablotiivs. Oiseaux qui , selon le P. Labat, commencent à paraître à la Guadeloupe et à Saint-Domingue, vers la fin de septembre et qui émigrent en novembre , pour revenir en mars. Ils habitent les trous des rochers les plus escarpés où ils font leurs nids; c'est là qu'on trouve les petits couverts d'un duvet épais et jaune ; ces oiseaux, sont très-gras ; ï. 46
on les appelle cottons; on en prend considérablement. Leur chair, dit le révérend Père , est un morceau délicieux , mangé au sortir de la broche , et ce père s'y connaissait.
diablotin. Mot dérivé, sans doute , du tentateur du genre humain. On donne ce nomades pastilles échauffantes, aphrodisiaques et capables de tenter. Lorsque le diablotin n'est qu'une pâte de chocolat aromatisée avec la vanille , il est res- 1 taurant et fort agréable , sa qualité aphrodisiaque est assez légère pour ne pas faire du mal , mais d'autres peuvent produire des maux incalculables , tels furent ceux qu'inventa le duc de Richelieu et qui ont retenu son nom -, ils furent à la mode dans la vieillesse de Louis XV. Il paraît que c'est à IItalie qu'est due l'invention des diablotins dangereux. Catherine de Médicis en fit usage clans la cour de Henri III et de Charles IX. Les Orientaux ont plusieurs compositions aphrodisiaques. Dans l'Asie ce sont plutôt les hommes que les femmes qui se servent de ces moyens d'excitation. Il est cependant des circonstances , dit J. J. Yirey, où il ne tiendrait qu'à un diablotin de raccommoder deux époux refroidis ; il j>ourrait peutêtre devenir le nœud de la paix des ménages. Parmi les diverses sortes de diablotins , mais qui ne contiennent cependant aucune substance capable de porter de dangereuses atteintes aux organes, voici l'une des plus agréables. Une once de gingembre , quatre gros de safran d'Orient , deux gros de musc, huit grains d'ambre gris , deux gros de Girofle , six gros de mastic en larmes , le tout en poudre très-fine, que l'on mêle à deux livres de sucre blanc en poudre. D'autre part , on fait infuser dans un verre d'eau bouillante , une once de sommités de marum ( teucrium marum , L. ) , et on passe cette infusion deux ou trois heures après . Elle sert à détremper les poudres précédentes pour en former une pâte que l'on divise en pastilles.
Je me garderai bien de donner des formules capables de faire du mal; d'ailleurs on fait actuellement peu d'usage de ces sortes de diablotins.
diète (Victus ratio). On entend par ce mot , le régime ou les règles nécessaires pour conserver la vie ; aujourd'hui les médecins appellent diète , la privation des alimens en tout ou en partie ; ils donnent aussi le nom de diète lactée à 1 alimentation ou à la nourriture par le lait. Il ne doit être ici question que des règles nécessaires pour conserver la vie {Voir l'article