RÉGIME
DIGESTION. Avant de s'occuper du mécanisme de la digestion , il faudrait connaître tous les organes qui y concourent. Je me bornerai à les examiner dans l'ordre où ils se suivent : la bouche, le pharynx, l'œsophage, l'estomac, les petits et les
gros intestins , et j'indiquerai leurs fonctions en décrivant les différentes opérations de la digestion .
La digestion fait subir aux substances alimentaires les changemens nécessaires à la réparation des pertes continuelles que le corps éprouve. Cette opération consiste à séparer les parties susceptibles d'être assimilées à notre propre substance de celles qui ne peuvent l'être. Parmi les alimens végétaux qui contribuent à la nourriture , se rangent certaines matières contenant de l'albumine végétale , du gluten , de la fungine et quelques substances analogues à l'extrait de viande, qui existent dans plusieurs végétaux . Elles se trouvent surtout dans les graines céréales , dans les tiges et les feuilles des graminées.
Dans le travail de la digestion , ou retrouve plusieurs actes qui ont beaucoup de rapport avec les opérations chimiques -. la pulvérisation ou la comminution et riiumeetation s'exécutent en même temps dans la bouche. Pendant la mastication la salive coule , se mêle aux substances broyées , les pénètre et les réunit en une masse cohérente , sans laquelle il serait difficile de les avaler.
L'estomac dans lequel la nourriture arrive après avoir été mâchée , est resserré sur lui-même dans l'état de vacuité et couvert d'une épaisse couche de mueus. A mesure qu'il se remplit , le sang afflue vers sa membrane interne , qui acquiert une couleur plus rouge, et sécrète d'autant plus de suc gastrique; de même l'acide libre est d'autant plus abondant, que la quantité de substance avalée est plus considérable. La masse en contact avec les parois de l'estomac se dissout la première. Cette masse porte le nom de chyme. A mesure quelle se produit, elle est poussée vers l'orifice inférieur de l'estomac ou pylore , par le mouvement continuel de la tunique musculaire. Si un corps dur arrive au pylore , cet orifice se ferme jusqu'à ce que le mouvement de l'estomac l'ait ramené dans le fond de cet organe. Les boissons et les alimens dissous dans l'eau ne séjournent ordinairement pas long-temps dans ce viscère et ne tardent pas à passer outre ; mais certaines substances ainsi dissoutes y subissent des changemens. Le lait, par exemple, se caille et la matière caséeuse précipitée reste dans l'estomac où elle se dissout comme aliment solide , tandis que la sérosité passe dans le tube digestif. La gélatine du bouillon perd sa propriété qui est de se prendre en gelée, quand elle est en état de dissolution concentrée. Les nuiles et les graisses sortent de l'estomac sans se dissoudre, après s'être fondues et presque toujours en nageant à la surface du chyme. Le séjour des alimens dans T estomac varie en raison de leur plus ou moins facile solubilité. Les plus diffi-
ciles à dissoudre y restent un ou plusieurs jours et il y a des; exemples de substances insolubles qui y sont restées des années entières , non sans causer de fort graves incommodités , tels que le vomissement , l'indigestion , etc.
D'après les expériences de Tiedemann et Gmelin, l'influence nerveuse de la paire vague rend acide le suc gastrique , qui devient alcalescent lorsqu'elle cesse ; la douleur et les affections nerveuses produisent précisément le même effet. L'on n'a point encore d'analyse bien détaillée du chyme : les connaissances qu'on en a , dit Berzelius , sont bien peu avancées , et il faudra encore de bien pénibles recherches physiologico-chimiques pour acquérir des notions exactes sur ce sujet.
Après avoir traversé le pylore j le chyme arrive dans le duodénum , le remplit , le distend , efface le pli situé au devant de T orifice du conduit biliaire , et la bile coule de sa vésicule ainsi que le suc pancréatique, aussi long-temps que dure le passage du chyme. Tiedemann et Gmelin considèrent le mélange de la bile avec le chyme , comme n'étant nullement essentiel à la formation d'un chyme de bonne qualité. Après s'être mêlé avec la bile , le chyme devient jaune , ou jaunebrun et chargé d'écume , due à des gaz , dont partie vient de l'estomac , et partie se dégage pendant le changement que la masse subit dans les intestins.
Le suc pancréatique se mêle avec le chyme en même temps que la bile. Ce liquide contient une très-grande quantité d'albumine , et dès qu'il est en contact avec le chyme , il lui communique la propriété de se coaguler par l'action de la chaleur. Les usages du suc pancréatique ne sont pas encore connus d'une manière certaine. Tiedemann et Gmelin croient qu'il contribue surtout à l'assimilation de ce qui a été dissous , c'est-àdire à sa conversion en une masse homogène aux autres li^ quides du corps.
Le suc intestinal sécrété dans l'intestin grêle pendant le temps de la digestion, est acide ; il dissout les parties qui ne le sont pas encore, et dans le même temps il agit peu à peu sur la bile , de manière à en faire précipiter une quantité de plus en plus considérable. Enveloppée par le mucus intestinal et mêlée avec les portions insolubles des matières alimentaires , elle forme le commencement de la masse qui doit bientôt être expulsée du corps, c'est-à-dire des excrémens, dont la couleur est due à la bile. Dans le travail de la digestion, celleci paraît jouer un rôle essentiel.
La membrane muqueuse a l'apparence du velours ; les orifices des vaisseaux absorbans s'ouvrent entre les villosités de cette membrane pour pomper la liqueur. L'absorption que
les vaisseaux absorbans exercent n'est point purement mécanique , ils agissent par une sorte d'affinité qui est encore un problème.
Lorsque la masse contenue dans l'intestin grêle est parvenue à l'extrémité de Y iléon , elle devient plus épaisse et plus brune]; elle n'exerce presque plus de réaction acide, mais elle exhale une odeur fétide , contient à peine quelques portions d'albumine et se trouve mêlée avec du mucus intestinal. Plie arrive alors dans le cœcum , lequel forme un sac fort ample . La masse y séjourne pendant quelque temps et y acquiert les qualités qui caractérisent les excrémens. Après avoir séjourné quelque temps dans le cœcum , cette masse passe peu à peu dans les gros intestins et arrive enfin au dernier, qui est le rectum. Dans le trajet , elle devient plus épaisse , plus sèche , plus brune , et prend une odeur excrémentitielle ; enfin elle s'accumule dans le rectum , dont le sphincter se contracte , et elle est re jetée.
Pendant le travail de la digestion, et tandis que la masse parcourt toute la longueur du canal intestinal, il se dégage des gaz dont la quantité et la nature dépendent de celle des alimens ainsi que d'une certaine influence du système nerveux ; de sorte que parfois il s'en forme beaucoup dans l'estomac, qui s'échappent par les deux orifices du canal digestif. Ces gaz sont quelquefois inodores, parfois ils contiennent, surtout quand ils passent par le rectum , des vapeurs exhalées par la masse des excrémens, laquelle commence à subir une sorte de décomposition dans les gros intestins. Une partie des gaz intestinaux provient de l'air avalé, dont l'oxygène s'est déjà converti dans l'estomac en gaz acide carbonique. L'opération chimique qui s'exécute dans le canal intestinal peut varier beaucoup, suivant les nuances de l'état de santé, et ces changemens constituent une infinité de maladies sur lesquelles la chimie animale ne fournit aucune lumière. Les derniers produits de la digestion sont au nombre de deux. Le liquide absorbé par les vaisseaux lymphatiques du canal intestinal ouïe chyle, et les excrémens. Quant à ce qui concerne les excrémens, on connaît la manière dont ils se forment et les substances qu'on y doit trouver ; 1° les parties des alimens qui ont été épuisées sans pouvoir se dissoudre ; 2° ce qui s'est précipité de la bile ; 3" du mucus intestinal ; 4° de la bile non décomposée , non absorbée ; 5° des sels accumulés et qui également n'ont point été absorbés.
On désigne sous le nom de chyle le second produit , dont partie est absorbée dans les intestins par les vaisseaux lymphatiques , et le reste est porté par le canal thoracique dans le torrent de la circulation. Le chyle est le plus souvent trouble. Au moment où il vient d'être pompé , son suc est laiteux.