GRENOUILLE
sucre.' Le suc peut servir à faire une boisson aussi agréable que la limonade. L'écorce de grenade, appelée dans les boutiques malicorium ou cuir de pomme, est un bon astringent. Chez les Juifs, le grand-prêtre portait sur ses habits pontificaux des figures de grenade. Dans un temple de File d'Eubée , on voyait une statue de Junon qui portait dans la main une grenade et un sceptre dans l'autre.
Le docteur Buchanan a constaté que la décoction de l'écorce de la racine de grenadier sauvage était un remède sûr contre le taenia ou ver solitaire. La dose est de huit onces de racine fraîche que l'on fait bouillir dans trois pintes d'eau à prendre par doses aussi rapprochées que possible. M. Mitouart a analysé l'écorce du grenadier sauvage; elle contient du tannin , une matière analogue à la cire , une substance sucrée , dont partie est soluble dans l'alcool et partie dans l'eau ; la première cristallisable , la seconde ayant les caractères de la mannite , et de l'acide gallique dans des proportions trèsmarquées.
GRENADILLE A FEUILLES DE LAURIER ( Passiflora laurifolia, L.). Plante dont la fleur ressemble à celle de la passion. Elle croît au Pérou et dans l'Amérique méridionale, sur les montagnes ainsi qne dans les endroits que la mer inonde. La forme du fruit ressemble à un œuf de poule , quoique plus gros. L'écorce est lisse, luisante en dehors et de couleur incarnate , ou blanche et molle en dedans. Sa substance est aqueuse , douce , très-savoureuse , odoriférante et rafraîchissante. Les Français appellent ce fruit pomme de liane. Une particularité dans la plupart des fruits du Pérou , c'est qu'ils ne mûrissent pas sur les arbres ; on est obligé de les garder quelque temps avant de pouvoir les manger , et si on ne les cueillait pas , ils se flétriraient et se dessécheraient. Les Indiens , les Brésiliens et les Espagnols appellent ce fruit maracoe.
GRENOUILLE ( Rana esculenta , L.). Les Grecs appelèrent cet animal batrachos , les Latins rana. Petit quadrupède , dont une espèce vit dans l'eau et l'autre sur terre. On la distingue des autres espèces par sa robe verte , marquée de quelques taches brunes , sur lesquelles sont des raies longitudinales de couleur jaunâtre. Le dessous du ventre est blanc ponctué de brun. Cet animal est doué d'une énergie vitale extraordinaire ; il survit plusieurs heures en hiver après qu'on lui a arraché les entrailles. Son cœur est tellement irritable , que plusieurs jours après sa séparation du corps, il se contracte encore , si on le touche avec un stimulant quelconque .
B.obert Towson a fait des expériences très-curieuses sur la faculté qu'ont les grenouilles d'absorber l'eau par la sur-
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face de leur corps ; il s'est assuré qu'au lieu de la boire par la gueule, elles l'absorbent par la peau, et qu'au lieu de la rendre par l'urètre, elle passe parla transpiration. Si Ton pose des grenouilles vivantes sur un papier mouillé , au bout d'une heure et demie leur poids est doublé.
Ce reptile se trouve presque partout. En Egypte surtout, il abonde si fort , que bientôt tout le pays en serait infecté , si les cicognes, qui en sont avides, ne les dévoraient. En hiver, la grenouille reste engourdie ; le printemps la ranime et la fait sortir de sa retraite. Dès que le soleil paraît , elle se cache précipitamment sous les feuilles des arbres ou sous les broussailles. Une seule femelle donne jusqu'à douze cents œufs. La prétendue pluie de grenouille dont on a tant parlé n'est autre chose que l'apparition d'un nombre infini de ces reptiles , qui , pendant un temps pluvieux ou après , sortent en foule de leur retraite.
Les médecins du moyen-âge se sont, pour la plupart, opposés à ce qu'on mangeât leur chair, et lui ont même attribué des propriétés délétères. Aëtiuset Amatus Lusitanus sont de ce nombre. D'autres ont distingué cette chair en vénéneuse et innocente ; tels sont Mathiole et Ulisse Aldrovandus ; celui-ci , selon Scapius , a même indiqué un grand nombre de préparations culinaires dont la chair de ce reptile fait la base. Palissy, dans son Traité des pierres de 1580, s'exprime ainsi: « Et » de mon temps , j'ai veu qu'ils se fust trouvé bien peu d hom- » mes qui eussent voulu manger ni tortues ni grenouilles . » Quoi qu'il en soit , cette chair contient un principe gélatineux , plus fluide et moins nourrissant que celui des autres viandes : elle est blanche et délicate. Dans certains pays , comme en Angleterre , on en a horreur. Au seizième siècle , les grenouilles furent servies sur les meilleures tables. Champier se plaignit de ce goût , qu'il regarda comme bizarre. En France il s'en fait une grande consommation. Leur chair est surtout recherchée en automne , parce qu alors elle est plus grasse et de saveur plus délicate. Il y a cent ans au moins que cet aliment était fort à la mode à Paris. Un auvergnat, nommé Simon , fit une fortune considérable en engraissant dans un faubourg de cette ville celles qu'on lui apportait de son pays. Les marchés d'Italie sont couverts de ces reptiles. On en trouve aussi dans ceux de Paris. Galien ne fait pas mention de cet aliment , ce qui fait croire que les Romains en faisaient peu d'usage. En Allemagne , on mange tout de ce reptile , excepté la peau et les intestins. En France , ce ne sont que les membres postérieurs qu'on accommode à la sauce blanche ou au vin ; parfois on les fait frire , ou même on les met à la broche. Si cet aliment n'est pas du goût de tout le monde , il n'en est