MACREUSE
une seule loge une amande blanche, cordiforme et farineuse, d'une saveur approchant de celle de la châtaigne , quoique plus fade. Les anciens en faisaient un grand cas comme aliment. Au rapport de Pline , les ïhraces en confectionnaient une espèce de pain agréable. Ce fruit est encore estimé à Venise , on l'appelle noix des jésuites selon Linné; mais ces noix sont acres à cause de l'eau salée dans laquelle elles viennent. On mange les mâcres crues ou cuites sous la cendre , même bouillies dans, l'eau. On en fait aussi de la bouillie , on les mêle à la farine de froment ; cela se fait dans le Limousin ; cependant cet aliment est venteux et ne peut convenir qu'aux bons estomacs. En Saxe on mêle les mâcres à différens alimens , et Ton conserve ce fruit tout l'hiver en le mettant dans l'eau.
MACREUSE (Anas nigra). L'origine de ces oiseaux fut longtemps un mystère; de là mille contes absurdes. Béotius , Scaliger et Bartholin prétendirent qu'ils naissaient d'un coquillage très-commun dans les mers du Nord , connu sous le nom de conque anatifère ou coquillage porte-canard : d'autres savans , tels que Fulgose , duc de Gênes , le cardinal Jacobus , le père Briète furent d'avis qu'ils étaient produits par un arbre miraculeux. Après avoir jeté le schisme parmi les savans , la macreuse faillit faire naître des dissentimens dans le sein de l'Église; les évêques en avaient permis l'usage en carême, parce que , disaient-ils , le sang de cet oiseau est froid comme celui du poisson ; mais le pape , Innocent 111 , dans le douzième siècle , tonna contre cette licence , et déclara que quelle que fut leur origine et la qualité de leur sang-, ils devaieut être compris dans les défenses de l'Église.
Ce fut en 1596 , que le navigateur Gérard de Wer5 montra aux savans des œufs et des nids de macreuses. C'est sous le 80e degré de latitude nord , dans un pays couvert de glace , que ces oiseaux s'accouplent et font leurs nids. Leur nombre est si grand , qu'ils forment le long des rivages de larges et longues bandes noires , qu'on aperçoit de plusieurs lieues. La taille et la forme de la macreuse la rendent assez semblable au canard ; ses plumes sont noires et tellement lisses et serrées qu'elles ne se trouvent pas mouillées en sortant de l'eau. Ses pattes sont noires et ses doigts unis par une membrane mince et délicate. La couleur du mâle est plus foncée , il a deux petits tubercules jaunes à la base supérieure du bec qui est moins aplati que celui du canard. Les macreuses se nourrissent de petits poissons et d'un coquillage qu'on nomme vaimeau, sur les côtes de la Picardie. Il y a des troupes des ces oiseaux, qui se rendent dans les étangs du Midi , surtout dans celui de Berre, près de Marseille. Leur chair est noire et dure, elle a