‹ Dictionnaire des alimens et des boissons en usage dans les divers climats et chez les différens peuplesChapitre 306 sur 407 · PAON · texte numérisé non relu

PAON

PAON (Pavo, h.). Oiseau du genre des faisans , originaire des Indes , d'où il fut transporté dans la partie occidentale de l'Asie , de là en Europe , ensuite en Amérique et sur les côtes de l'Afrique. Il est de la grosseur d'un jeune dindon. Sa tête , sa gorge , son cou et sa poitrine sont d'un vert changeant en bleu et à reflet doré. Il a une aigrette sur la tète , composée de vingt-quatre plumes droites 5 son ventre et ses côtés sont d'un vert foncé et noirâtre , avec quelques nuances dorées. Les couleurs de dessus la queue sont très-nombreuses et trèsprolongées. Le paon est à la vue ce que le rossignol est à l'oreille. Si l'empire appartenait à la beauté , ditBulFon , et non à la force, il en serait sans contredit le roi. Il réunit la grandeur, l'élégance dans les formes et l'éclat du plumage : la nature a réuni en lui toutes les couleurs du ciel et de la terre , pour en faire le chef-d'œuvre de la magnificence et en former un tableau unique. Orgueilleux de sa beauté , il domine dans les bassescours ; il vole mal , se perche pour dormir , son cri est triste et désagréable 5 il se nourrit de toutes sortes de graines. Les anciens lui donnaient chaque mois un boisseau de froment. Selon Varron , la fleur de sureau lui est contraire , et selon Franzius la feuille d'ortie est un poison mortel pour les jeunes panneaux. Cet oiseau , transporté dans la Grèce , y fut d'abord si rare , qu'à Athènes on le montra pendant trente ans comme un objet de curiosité et l'on accourait en foule des villes voisines pour le voir. (Elian. , Hist. anim.). Ovide le nomme l'oiseau de Junon , parce que, cette déesse ayant attaché les cent yeux d'Argus à sa queue , il devint son oiseau favori à cause de sa beauté. On dit qu'Alexandre-le-Grand faisait payer une forte amende à celui qui en tuait un. Les anciens Romains ne firent pas servir sa chair à l' alimentation. Horlensius fut le premier qui en donna l'idée. Il n'y avait que sa rareté qui pût le portera manger de cette chair coriace , dure , et de si difficile digestion, que Juvénal prétend qu'elle causa des morts suintes, ku rapport de Galien, on la battait avec des pierres pour l'attendrir. Dans la suite , on vit figurer dans les festins de Yitellius, les cervelles de paons. Héliogabale, à l'imitation d'Apicius, en faisait décapiter un grand nombre , seulement pour en avoir les langues. Varron rapporte qu'Aufidius Barco en nourrissait des troupeaux , et qu'il en vendait pour soixante-mille pièces d'argent chaque année. La chair du paon est généralement dure et sèche , et ne convient à personne. Cependant, quoiqu'elle ne soit d'aucune valeur pour 1 alimentation, on lit dans le Traité des alimens de Taillevant , qu'aux temps féodaux , c'était dans sa préparation que se signalait le savoir-faire du maître-queux. A voir le noble oiseau étaler sur un plat ses yeux étincelans , sa queue et sa riche aigrette , on

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