PAON
n'eût jamais dit qu'il était cuit à point. Au lieu de le plumer, le cuisinier 1 écorehait proprement, lui enveloppait la tête de bandelettes , et l'imbibait sans cesse d'eau , pendant qu il était à la broche , pour préserver son brillant diadème des atteintes du feu. Quand la chair était assez cuite , on le revêtait de son plumage, on déployait l'éventail de sa queue , on découvrait l'aigrette de sa tête , et on le mettait sur la table dans tout le luxe de la gastronomie du moyen-âge. Ce plat était offert au plus qualifié qui, s'il savait vivre, dépeçait l'oiseau avec adresse en autant de parts qu'il y avait de convives. C'était aussi sur un paon ainsi préparé, que les anciens chevaliers faisaient dans les grandes occasions leur vœu , appelé le vœu du paon {Mém. de VAcad. des Inscript.). Sébizius dit que de son temps , on servait au festin nuptial , chez les gens riches , un paon qui paraissait vivant, avec le bec et les pieds dorés. Aldrovande cite un fait curieux ; il dit qu'en 4672 on en fit cuire un, dont on lui présenta un morceau en 1698 , et que cette chair avait encore une odeur agréable de fenouil , quoiqu'elle fût vermoulue. Saint Augustin parle aussi de l'incorruptibilité de cette chair , mais ces croyanoes ne sont plus de notre temps. Selon les mêmes auteurs , les œufs du paon sont regardés par les modernes comme un mauvais aliment , tandis que les anciens les préféraient à ceux d'oie et même à ceux de poule. La femelle du paon se nomme pannesse. On a vu des paons blancs ailleurs que dans les pays septentrionaux , surtout dans l'île de Madère. Le paon mâle du Japon porte sur sa tête une aigrette droite. Lorsqu'il doit pleuvoir ou faire du mauvais temps , la voix du paon prend un accent plaintif. On dit de cet oiseau qu'il fait le plaisir des yeux et le supplice des oreilles.
Le proverbe dit qu'il a le plumage d'un ange , la démarche d'un larron et la voix d'un diable:
Angélus est pennis , pede latro , noce yehennus.
Les empereurs , dans leurs apothéoses , choisissaient l'aigle , et les impératrices le paon.
Paon de mer (Labrus pavo, L.). Toutes les couleurs de l'arc en ciel sont étalées sur le corps de ce poisson , qui vit dans la Méditerranée. A Nice, on le nomme «ero, en Languedoc tourd ou paon. Sa chair est molle , visqueuse , de mauvais goût et de difficile digestion. Cependant on la mange.
PAPAICOT. Arbre de l'Amérique , ne poussant aucune branche et ayant cependant des feuilles qui ressemblent assez^à celles du figuier ; elles se trouvent le long du tronc et forment à son sommet une espèce de couronne. Sous ces feuilles viennent des fruits orangés , de la grosseur d'un coing , ayant une chair semblable à celle du melon , quoique la saveur n'en
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soit que doucereuse et fade. Ces fruits , à la Guadeloupe , deviennent aussi gros que les plus gros melons. On les mange sans trop les estimer.
papayer (Carica papaya , L.). Arbre fruitier des deux Indes et des Antilles. Il est creux et peu solide, il durcit avec le temps. Son élévation est de dix-huit à vingt pieds. Ses fleurs sont blanches, d'odeur suave, et en bouquets dans toute retendue du tronc. Il y a deux papayers, le mâle qui porte des fleurs sans donner des fruits , et la femelle qui ne fructifie qu'autant que le mâle la fécondée. Les fruits du papayer sont abondans , charnus et ont différentes formes , mais ordinairement ils ressemblent à un petit melon. Leur écorce est jaune dans sa maturité et divisée par côtes lisses. La chair en est jaune, succulente, d'odeur et de saveur exquise. Ce fruit est sain; on le fait cuire dans l'eau. Rarement on le mange cru. On le confit au sucre ou au vinaigre avant sa maturité. La papaye sauvage ne se mange pas. Celle qu'on fait venir dans les serres a un goût détestable . Les fleurs mâles macérées dans l'eau tiède et séchées au soleil , servent à faire une compote que les habitans des Moluques nomment atchjand. A'auquelin examina le suc sec et mou de ce fruit ; il lui parut qu'il jouissait des propriétés des substances animales et spécialement de l'albumine du sang ; il soupçonne même que cette substance se rapproche du sang à sa partie colorante près. L'extrait mou a le goût de la viande , le sec a une saveur sucrée , et se coagule par la chaleur ; l'extrait mou ne subit presque pas de changement par les acides; le suc s'épaissit par les mêmes réactifs. Vauquelin désirait qu'on pût soumettre à l'analyse son suc laiteux , à l'instant où il découle. Il était persuadé qu'on en obtiendrait des résultats intéressans.
PAQUïftA. Espèce de sanglier fort commun dans l'Orénoque ; il est moitié plus petit qne le sanglier ordinaire ; sa corne est fendue et ses quatre pieds sont blancs ; son nombril est placé sur l'épine du dos et relevé d'une tumeur qui contient une grande quantité de musc d'odeur très-forte ; de sorte que si l'animal meurt avant qu'on lui ait coupé le nombril , sa chair n'est plus mangeable , elle serait sans cela un fort bon aliment.
paiupou. Palmier de la Guyane , cultivé à cause delà bonté de ses fruits. Il s'élève à vingt pieds , plus ou moins. Le fruit , dans sa maturité , est jaune , de la grosseur des prunes de dames. Cuit dans l'eau avec un peu de sel, on le sert sur les meilleures tables. Si l'on voulait en extraire de l'huile, elle serait abondante et excellente ; mais les habitans préfèrent le manger cuit comme ci-dessus.