‹ Dictionnaire des alimens et des boissons en usage dans les divers climats et chez les différens peuplesChapitre 354 sur 407 · HOQUETTE · texte numérisé non relu

HOQUETTE

par son usage. Les anciens aimaient à se parer de romarin dans les occasions solennelles. Les poètes et les troubadours de la Provence ont souvent célébré son parfum.

ro\ce du nord [Rubus arcticus , L.). La plante croît dans le nord de l'Europe, en Sibérie , etc. On n'a pu jusqu'à ce jour la naturaliser en France. Ses fleurs sont purpurines , solitaires et terminales; il leur succède des baies de couleur rouge foncé, de saveur acide fort agréable et dont le parfum a quelque rapport avec celui de la fraise. Linné en parle comme d'un fruit très-savoureux. Il se plait à rappeler le soulagement qu'il a souvent dû à ces baies raffraîchissantes dans ses voyages en Suède. On en fait une boisson très-rafraîchissante. Les Lapons en conservent les baies d'une année à l'autre et ont soin , à cet effet , de les couvrir de neige , dès qu'ils les ont cueillies. En Norwége , on en prépare une espèce de confiture dont on se sert comme d'un bon antiscorbutique.

Ronce noire {Rubus fructicosus , L. ). Arbrisseau qui produit des baies grosses , noires ou d'un bleu foncé dans leur maturité ; elles nourrissent et rafraîchissent , mais elles sont indigestes lorsqu'on en mange trop.

RONDIER. Palmier connu sous le nom de rosca (Carimpana , Hortic. Malab. ) et que les Français ont nommé rondier. Son tronc est fort gros et droit , semblable à une colonne de cinquante à soixante pieds de hauteur , de l'extrémité de laquelle sort un faisceau de feuilles qui , en s'écartant, forment une tête ronde. Chaque feuille représente un éventail de cinq à six pieds d'ouverture, porté sur une queue de même longueur. Les mâles sont stériles , les femelles se chargent de fruits qui se succèdent sans interruption pendant presque toute Tannée. Il y en a de la grosseur d'un melon ordinaire , bien rond , enveloppés d'une peau coriace , épaisse comme un parchemin , recouvrant une chair jaunâtre , remplie de lilamens attachés à trois gros noyaux qui sont au milieu. Les Nègres font cuire ce fruit sous la cendre et le mangent avec plaisir; sa saveur approche de celle du coing; son odeur, quoique forte, est agréable. Cette espèce de palmiste croît dans toutes les Indes et en Asie , et se trouve aussi en abondance le long du Niger.

roquette (Brasica eruca , L.). La tige de cette plante est haute d'un pied et velue. Ses feuilles sont lisses et presque glabres, ses fleurs sont blanches ou d'un jaune pâle. La plante croît spontanément dans les champs des provinces méridionales; les feuilles, froissées entre les mains , ont une odeur forte, semblable à celle de poils brûlés ; sa saveur piquante la fait employer dans les salades. Souvent on mêle les feuilles à la laitue et aux plantes rafraîchissantes , elle augmente, les urh

lies; on la croit aphrodisiaque , raison pour laquelle les anciens la faisaient entrer dans leurs alimens. Elle excite l'appétit , aide à la digestion et échauffe ; aussi les jeunes gens , les tempéramens irritables n'en doivent pas faire usage. Ovide lui donne Tépithète de salas. Columelle dit :

Et quce frugifero seritur vicina priapo , Excitât ad venerem tardos eruca maritos.

On assure qu'elle a été employée avec succès dans la paralysie de la langue. La roquette sauvage a une saveur acre , brûlante et un peu amère ; elle rougit le papier bleu.

ROSE ( Rosa, L. ). Quoique la rose n'entre point dans la nomenclature des alimens proprement dits , on en fait une eau qui sert à donner du goût à certains mets et surtout une conserve aussi agréable que stomachique. Les anciens en usaient dans leurs repas ordinaires; les Grecs en paraient leurs buffets , en parfumaient leurs vins , au point que , selon Xénophon , les Lacédémoniens , après avoir ravagé la campagne de Cyrrha, poussèrent si loin leur sensualité, que les soldats ne voulurent plus que du vin parfumé. Horace veut-il boire avec Hirpinus à l'ombre d'un platane ou d'un pin , il demande des roses. S'il invite le favori d'Auguste , il les mêle à d'excellent vin ; aussi René , dans son Essai sur les merveilles de la nature la nomme reine des fleurs et les anciens l'honneur du printemps. Elle a bravé tous les orages politiques , a survécu à la disparition, de la surface du globe , des nations, des cités les plus vastes , des royaumes et des dynasties les plus puissantes ; elle a traversé les siècles sans voir son destin changer. Les mêmes hommages qu'on lui rendait , il y a trois mille ans , lui sont rendus aujourd'hui. Les poètes modernes , comme ceux d'autrefois , lui donnent toujours le nom de reine des fleurs ; on formerait plusieurs volumes des vers qui l'ont célébrée.

Vénus en composa ses odorans bosquets ,

Le printemps sa guirlande et l'amour ses bouquets. (Delille.)

Bion et Théocrite veulent qu'elle soit du sang d'Adonis , qui périt victime de la fureur d'un sanglier , suscité par Diane , à la prière de mars , jaloux de la préférence que la déesse de Cythère avait accordée à ce jeune prince. Selon Ausone, la rose devrait sa couleur vermeille au sang de Cupidon , parce qu'en conduisant dans l'Olympe un chœur de danses, ce jeune dieu se heurta et renversa un vase de nectar qui , tombant sur la terre , en changea la couleur. Les Turcs ont aussi voulu y trouver quelque chose de merveilleux ; ils croient qu'elle a été teinte par la sueur de Mahomet.

Les roses ont six, sept, dix, douze, vingt, cent feuilles, quelquefois davantage. Il y en a une infinité de. variétés de diffé-

rentes couleurs 1 la rose blanche ou musquée de Pestane , ville de Calabre , fut autrefois préférée à cause de l'odeur forte qu'elle exhale- Celle du village de la Combe, en Savoie , outre son excellente odeur, avait la saveur de la pomme de reinette. Les pétales de la rose rouge ont la saveur amère et stiptique-, elles contiennent du mucilage, du tannin, et une certaine quantité d'huile volatile ; on y trouve aussi quelques particules de fer. L'expérience a confirmé son action tonique. A petite dose, cette feuille, prise intérieurement , excite 1 appétit, fortifie l'estomac , facilite la digestion et resserre le ventre. C'est sous la forme de conserve qu'on remploie ordinairement- En voici la formule :

Roses de Provins séchées et pulvérisées , trois onces ; eau de rose , huit onces ; sucre une livre et demie. On délaye la poudre avec de l'eau de rose , dans un vaisseau convenable ; on laisse macérer à froid pendant six heures; alors on fait cuire le sucre à la plume , on délaye la pâte dans ce sucre quand il est encore chaud ; on le met ensuite dans un pot qu'on ferme hermétiquement et qu'on tient dans un lieu sec.

Avec les feuilles de rose, on prépare une eau distillée estimée. Elle 1 était cependant beaucoup plus autrefois ; car, dans le temps de Philippe- le-Bel , cette eau entrait dans les approvisionnemens de la cour. On la regardait même comme cordiale ; on la mêlait sans doute -à d'autres plantes aromatiques. Au temps de Charlemagnc, elle servait à prévenir les défaillances. Le père Cairon, dans son Histoire générale du Mogol, rapporte que la princesse Nourmahal fit emplir d'eau de rose tout un Canal, et qu'elle s'y promena dans un bateau avec le grand mogol; il ajoute que la chaleur du soleil en ayant dégagé 1 huile essentielle , on remarqua cette substance' sur l'eau , et que c'est ainsi que se fit la découverte de cette huile, qu on appelle aussi beurre de roses. Les Turcs lui donnent le nom d attar [voir cet article) ; ils la retirent des roses musquées ( rosa sempervircs^), ce qui a été confirmé par M. Boox, directeur des serres de Schombrun, et par le professeur de botanique de Berlin , M. Wirdenoth. Cette huile est incolore et quand son odeur n'est pas très divisée , elle est très-forte et a une action très-marquée sur certains individus. C'est le parfum le plus cher et peut-être le plus estimé. Son arôme est tel , qu'il suffit d en prendre sur la pointe d une épingle pour en parfumer un appartement. Cette huile essentielle étoit connue eu temps d'Homère, il en fait mention , mais il n'en attribue la connaissance qu'aux divinités : e est Vénus qui répand de l'huile de rose sur le cadavre d'Hector, Iliade, liv. 23. Les parfums extraits des roses, pris à Capoue , étaient portés dans tes pays les plus éloignés. On ne put se passer de ce commerce ] qui

amollit tellement la jeune se romaine , qu'elle ne portait que des habits parfumés. L'odeur de la rose ne convient pas à tout le monde ; elle peut occasioner des accidens graves et même mortels lorsqu'on la tient dans des appartenons fermés. Plusieurs auteurs rapportent des exemples demorts, occasionées par une grande quantité de roses, laissées pendant la nuit dans des chambres à coucher < Marie de Médicis avait une telle aversion pour cette fleur, quelle ne pouvait la voir même en peinture. Le chevalier de Guise s'évanouissait à l'aspect de la rose. On trouve dans les Ephémérides d'Allemagne, déc. II, 2e année, l'observation d'un médecin qui dit avoir connu un homme mélancolique, bien portant d'ailleurs, qui était obligé de garder la maison à l'époque de la floraison de cette fleur , pour en éviter l'odeur , qui lui occasionait une démangeaison accompagnée de 1 inflammation des yeux et de larmoiement. Amatus Lusitanus parle d'un moine qui tombait en syncope à l'odeûr d'une rose. Les personnes sujettes aux vapeurs, dont les nerfs sont sensibles, doivent l'éviter. Les roses de Provins étaient autrefois tellement estimées aux Indes, qu'on payait au poids de l'or celles qu'on y portait de France. L'éclat dont brille cette fleur est éphémère ; le même jour la voit naître et mourir. Elle fut consacrée aux tombeaux, parce qu'on compara la courte durée de la vie à l'existence passagère de la rose. Le poète a dit =

Ut rftane rosd vigët , tamen et mas vespere languet , Sic modo qui fuimus , cras levis umbra stimus.

Cette belle fleur fut le symbole de la mollesse et de la volupté. Au rapport de Cicéron, Verres, le plus méchant des hommes , s'en était fait faire une couronne; il s'étendait à la mode des rois de Bythinie sur des oreillers garnis de roses ; il en avait toujours dans une boîte qu'il approchait de temps en temps pour en respirer l'odeur. Héliogabale faisait répandre dans ses salles des feuilles de roses. L'empereur Commode couchait sur des lits de roses. Cette fleur fut aussi destinée aux rites sacrés dans les funérailles et les jeux qui en étaient la suite ; les fêtes des saturnales n'auraient, pas été complètes si on n'y eût prodigué ces fleurs. Aujourd'hui, on les écarte des lieux où régnent la douleur et les larmes , parce qu'elle est le symbole de la joie. Dans les fêtes de l'hymen, à Athènes , les jeunes filles couronnées de roses formaient avec les jeunes garçons des danses pastorales, pour peindre l'innocence des premiers temps. On brûlait autrefois des pastilles faites avec des roses ; on n'aurait pas dormi sans cela. Etait-il question de faire l'éloge de sa maîtresse , le poète la comparait à la rose. Ovide donne à l'Aurore des doigts de roses. Elle a été aussi employée à distinguer les factions. Il est souvent

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