‹ Dictionnaire des alimens et des boissons en usage dans les divers climats et chez les différens peuplesChapitre 362 sur 407 · SAUTERELLE · texte numérisé non relu

SAUTERELLE

midi et du septentrion souillent le plus fort chez les Ethiopiens voisins du désert, il y arrive une multitude innombrable de grosses sauterelles , que ces peuples mangent en tous temps , après les avoir salées ou accommodées de plusieurs manières, pour pouvoir les prendre , ces acridophages font du feu , d'où sort beaucoup de fumée ; ces insectes voulant passer par dessus sont asphyxiés ; ils les ramassent et les salent pour s'en régaler. Ils ne mangent autre chose tant que dure leur passage. M. Jackson a vu en Barbarie servir sur d'excellentes tables des sauterelles comme un mets délicat. Au Sénégal, au rapport d'Adanson , on les mange aussi. On les pile pour en faire une bouillie avec du lait ; ailleurs on les fait rôtir sur des charbons, et les nègres de Gambie les trouvent excellentes. Adanson , à ce sujet , remarque la promptitude inconcevable avec laquelle la sève des arbres , au Sénégal , répare les pertes que ces insectes leur ont faites. Il fut extrêmement surpris, quatre jouis après leur passage, de voir ces arbres couverts de nouvelles feuilles, sans paraître avoir beaucoup souffert. Dans les pays où 1 on mange ces insectes , on les porte régulièrement au marché , comme cela avait lieu autrefois à Athènes. Les sauterelles doivent avoir été une nourriture connue dans la Judée , puisque Moïse avait permis aux Juifs d'en manger de quatre espèces qui sont désignées dans le Lévitique. Dans l'intérieur de la Libye , que les Africains nomment Zaharn, la disette y est parfois tellement affreuse, que les habitans sont forcés de manger des insectes, après les avoir fait cuire ou sécher au soleil. Il y en a une si grande quantité que le jour en est obscurci , et que le blé , la verdure , et tout ce qui existe est dévoré. Dans les déserts de l'Arabie, c'est une manne que l'on ramasse et que l'on garde pour s'en nourrir. Ce fléau passe de l'Arabie en Egypte , et de là en Numidie, ainsi quen Barbarie, a travers les déserts -, de la Barbarie , il arrive parfois en Espagne , où il cause de grandes calamités. {Afrique de Marmol.)

En janvier 1613, au rapport de Mézerai, les sauterelles causèrent des maux incalculables dans les campagnes d'Arles, en Provence. Après avoir ravagé son territoire , elles passèrent le Rhône , détruisirent ceux de Tarascon et de Beaucaire: on en ramassa plus de trois mille quintaux qui furent jeiés dans le fleuve.

En 1693 , il en parut en Allemagne une grande quantité, de l'espèce que mangent les Orientaux. On en régala les magistrats de Francfort. Vers les côtes delà Guinée, on y mange les moucherons. Dans l'île de Ceylan , ce sont les abeilles; les fourmis dans la Nouvelle-Espagne ; on sait que 1 astronome Irlande se léchait les doigts en mangeant des araignées. Dans

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