SAVEUR
l'Inde , on fait la récolte des fourmis ; ces peuples les coupent en deux , et les font frire dans la poêle. Les Athéniens mangeaient des cigales ordinaires surtout à l'état de larves ; ils préféraient les mâles avant l'accouplement , et les femelles lorsqu'elles étaient pleines d'œufs. Le criquet de Tartarie , celui d'Egypte sont encore des mets assez communs dans l'Orient. Selon Dampier, les Tonquinois aiment beaucoup les insectes , ils mangent même les poux ; les Californiens mangent la larve du charançon ou palmiste (curculio phUahruni , L.) ; les anciens Romains faisaient de même. Les Grecs d'Asie et dlonie , les Phrygiens , aimaient avec passion le même ver ; les Indiens et les Américains en mangent encore -, les Abyssins et les Mores s'en nourrissent ; ces derniers , après les avoir sèches au soleil, les broient et en font une bouillie qui est un grand régal. Le père Lobo dit avoir voulu en goûter , mais il la trouva détestable et d'une odeur insupportable. Il ajoute que quelques Mores n'en mangent que par la dévotion qu'ils ont à saint Jean-Baptiste qui vécut long-temps de sauterelles. 11 ne faut pas confondre les sauterelles avec les petits crustacés de la Manche , auxquels on a donné le nom de sauterelles marines. Ces crustacés sont la cigale de mer et la squille. On les prépare a Âbbeville , à St -Yaléry et à Calais, pour les manger, on les envoie même à titre de présent. Ils sont rougeâtres lorsqu'on les a fait bouillir dans Veau avec du sel; on les vend ainsi accommodés dans les rues -, il s'en fait même une assez grande consommation , sous le nom de sauterelles. La mauvaise nourriture des insectes produit, selon Buiîon , deux effets singuliers : le premier, c'est que les malheureux qui s'en nourrissent vivent à peine jusqu'à quarante ans ; le second , c'est que lorsqu'ils approchent de cet âge , il sr engendre dans leur chair des insectes ailés , qui d'abord leur causent des démangeaisons insupportables , et se multiplient en si grand nombre , qu'en très-peu de temps toute leur chair en fourmille ; de sorte que ces hommes qui ne mangent que des insectes , sont à leur tour mangés par eux.
Dans l'histoire de Charles XII, il est fait mention d'une horrible quantité de sauterelles , qui incommodèrent beaucoup l'armée de ce prince dans îa Basse-Arabie ; au point que le soleil en parut obscurci ; leur bruit ressemblait à celui d'une tempête.
SAVEUR (Sapor). On donne ce nom à la qualité d'une substance qui se fait sentir par le goût. La bonne eau n'a pas de Saveur ; on dit d'une chair , d'une sauce , elle n'a ni goût ni saveur. La saveur n'est pas la même dans tous les corps sapides , elle est douce, amère , acre , acide , etc. , agréable ou désagréable. Linné en a distingué dix principales , savoir • La
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saveur douce , comme dans le sucre , la mauve , la figue , etc. Celle qui est acide, telle que l'oseille, la groseille, le citron, etc. Celle qui est grasse , comme r amande fraîche , la graine de lin , etc. La saveur salée , la crysie marine , la soude , etc. Celle qui est amère ; telle est la rhubarbe, l'absynthe , etc. La stiptique produisant une constriction sur les lèvres, la langue et le palais. On divise celle-ci en austère et en acerbe. La saveur visqueuse comme les jujubes , la racine de guimauve , etc» Celle qui est acre, comme rail, etc. L'insipide , telle que la farine , etc. La saveur aqueuse, comme dans les concombres, la laitue, etc. On peut ajouter celle qui est piquante , comme dans la moutarde. La saveur nauséabonde , ex. : le tabac , le cabaret.
Relativement au sens du goût, chacun est organisé de manière à avoir des sympathies ou des antipathies pour certaines saveurs ; ainsi celle qui plaît à l'un déplaît à l'autre ; à tel âge , celle-ci plaît , tandis que celle-là déplaît dans un autre âge. La santé ou la maladie changent aussi les saveurs ; mais on n'explique jamais pourquoi elle est agréable ; on sait seulement que c'est 1 impression que fait un corps sapide appliqué sur la langue ou sur les papilles nerveuses, qui constitue le fondement de la sensation.
SAXATlLES. On appelle ainsi certains poissons qui vivent dans les rochers de la mer. On recherche leur chair parce qu'elle est saine . de bon goût et de facile digestion. Il en est de même de quelques crustacés qui vivent dans les rochers ; leur chair passe pour être aphrodisiaque.
SAXIFRAGE DORÉi; ou DORINE {Chrysosplinium oppositi-
folium , L.). Plante qui croît dans les marais ombragés et mousseux. Sa racine est longue, assez grosse , noueuse, rampante, et facile à rompre. Ses tiges sont petites, hautes de quatre pouces , carrées , velues, tendres, faibles et un peu rameuses ; ses feuilles sont opposées et arrondies , velues et succulentes , de saveur un peu stiptique et amère. On s'en sert en guise de thé , et les habitans de l'Alsace et de la Lorraine en font un grand usage. On trouve aussi cette plante en Auvergne, sur les Alpes et les Pyrénées.
SCAxdebec. Espèce d'huître , qui paraît voisine de l'huître de rocher; sa chair a le goût piquant, acre, corrosif au point de produire des ulcères sur la langue ou dans l'intérieur de la bouche chez certains individus.
SCARGIKK ARGENTÉE (Scarcina argeniea). Poisson des rivages de la Sicile. Sa mâchoire inférieure est plus longue que la supérieure ; son museau est tronqué , son corps de teinte argentine. On mange sa chair. Son enduit argentin peut remplacer l'essence d'Orient,