G8& TORTUE
et de jaune ; la peau du cou , quoique écailleuse , est trèslâche et se replie en capuchon derrière la tête. Cette tortue est presque hémisphérique et de petite taille , ne pesant guère plus de trois livres. On la trouve assez communément dans tout le midi de l'Europe , notamment dans les parties qui avoisinent la mer Méditerranée , en Dalmatie , en Sardaigne , en Grèce , en Barbarie et en Portugal. On la tient en domesticité dans les jardins en Italie , elle a l'avantage d'y détruire les insectes nuisibles ; elle se nourrit aussi de racines , de fruits , de limaces , dont elle brise la coquille avec ses fortes mâchoires. Sa chair passe pour donner un bouillon préférable à tous les autres. Il est défendu aux Grecs et aux Turcs de se nourrir de cette chair ; mais ils peuvent manger de celle des tortues d'eau douce. Ses œufs sont plus ou moins ronds ; ils sont pourvus de blanc et de jaune ; leur enveloppe est plus ou moins calcaire, mais jamais autant que celle des œufs des oiseaux ; elle est presque toujours molle. Pour les manger, on les apprête comme ceux de poule ; la saveur en est agréable. Le blanc se durcit plus difficilement. Ces œufs sont fort recherchés dans les îles françaises, hollandaises, anglaises et dans celles de l'Amérique, où on les sale. On en fait aussi un objet de commerce. Une des branches considérables du revenu que le gouvernement du Brésil retire de la province de Rio-Negro , est la dîme de Thuile d'œuf de tortue, qu'on nomme mantegade tartaruga. La récolte s'y fait de la manière suivante : Dans les fleuves de Solimoës et de Madiera, il y a des bancs de sable où les tortues viennent déposer annuellement leurs œufs, en octobre et novembre. Arrivée sur l'îlot, chaque tortue creuse dans le sable, avec ses pattes de derrière , un trou d'environ trois pieds de profondeur, et y pond ses œufs , au nombre de soixante au moins et de cent quarante au plus -, ensuite elle les recouvre avec du sable. Le gouvernement envoie des gardiens et nomme un inspecteur pour maintenir Tordre. La récolte faite , on jette ces œufs dans des barques bien calfatées , on les brise et on les réduit en bouillie qui est jaune , et sur laquelle on verse de l'eau, en la laissant exposée aux rayons du soleil. La chaleur fait monter à la surface la partie huileuse , qu'on enlève avec de grands coquillages et qu'on met dans des chaudières exposées sur un feu lent; quelque temps après, on clarifie ; cette liqueur acquiert la consistance et la couleur du beurre fondu , et , quand elle est refroidie , on la verse dans de grands pots de terre. On évalue à neuf cent mille livres la quantité d'huile qu'on prépare annuellement dans les îles de Solimoës. Il faut seize cents œufs pour chaque soixante livres d'huile , ce qui fait un total de vingt-quatre millions cTœufs. Cette huile sert à assaisonner les alimens ; rn«us