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César fit servir dans le festin qu'il donna pour son triomphe , des amphores du Falerne , du Chio, du Lesbos et du Messine. Ce fut la première fois qu'on vit donner dans un même repas quatre sortes de vins.
Cette liqueur convient peu aux personnes sédentaires. Le blanc pousse aux urines et passe promptement ; pris modérément, il tempère l'âcreté de la bile, nourrit moins que le rou^e, mais il est aussi plus facile à incommod er . Tous les tempéramens ne s'en accommodent pas; il convient davantage que le rouge aux tempéramens sanguins. Le vin paillet , que les Latins ont appelé flavum, fulvum, gihnm, estplus spiritueux et convient aux phlegmatiques, ainsi qu'aux vieillards. Les gros vins ont la couleur foncée ; on les digère moins facilement que les autres. Ils conviennent aux personnes qui font beaucoup d'exercice , qui suent facilement; mais ils sont contraires aux mélancoliques et à ceux qui sont menacés d'obstructions. Les vins fins nourrisssent moins que les autres , mais on les digère plus facilement. Les vieillards et les convealscens s'en trouvent bien , pourvu qu'ils n'aient pas trop de montant. Ceux qui sont moelleux tiennent le milieu entre les secs et ceux de liqueur; ils n'ont ni le piquant des premiers, ni la douceur des derniers. Les vins liquoreux ne conviennent pas en général ; ils peuvent occasioner des obstructions ; les vieux de première qualité sont éminemment toniques ; mais on ne doit jamais en abuser. Les vins cuits échauffent beaucoup , portent à la tête ; on ne doit les boire que lorsqu'ils sont très-vieux et en petite quantité. Les vins de cabaret sont souvent des mélanges de vins aigres avec de l'eau-de-vie ; ils produisent 1 ivresse et causent des indigestions, etc. L'addition de l'alcool forme une combinaison imparfaite qui enivre promptement. Les vins les plus favorables à la digestion et dont la quantité et l'abus offrent le moins d'inconvénient , sont ceux qui , légèrement acidulés et suffisamment généreux , contiennent des quantités modérées d'alcool, peu de mucilage sucré, peu de parties extractives et colorante et de tartre. Les vins vieux de Bordeaux , ceux de Bourgogne , de la Champagne méridionale , ceux du Rhin , qui ont vieilli, sont ceux qui conviennent au plus grand nombre. Un vin généreux est le meilleur cordial ; il favorise la transpiration , produit une succession rapide d'idées gaies , bannit la crainte et les soucis , exalte les qualités de l'âme , bonnes ou mauvaises (Horace, ép. 1 ). Le vin favori de Sydenham était celui de Canarie ; il en prenait après le dîner un petit verre, pour aidera la digestion et empêcher la goutte de se porter à 1 estomac ; mais \ en général, on ne doit boire de ces sortes de vins qu'avec modération , parce qu'ils sont très-échauffans.
C'est une bien mauvaise habitude que celle de boire pendant le repas de plusieurs sortes de vins. Ce raffinement a été poussé à 1 excès. Ces mélanges sont le plus ordinairement nuisibles à la santé , lors surtout qu'on fait succéder des vins sucrés, doux, à des vins acidulés, et après avoir beaucoup mangé. 11 y a des maladies où le vin est le meilleur moyen de guérison. Pline rapporte que dans la peste dont l'armée de Jules- César fut atteinte en Afrique , aucun moyen ne fut trouvé aussi efficace que le bon vin. En fait de remède , disait Asclépiade, le vin est le plus beau présent que les hommes aient reçu des dieux immortels.
A la fin de cet article , je crois devoir faire mention d'un moyen contre livresse , que M. Girard de Lyon a emplové avec succès ; c'est l'ammoniaque liquide. Il en fait prendre sept à huit gouttes daus un demi- verre d'eau, ce qui suffît, dit-il , pour faire cesser l'état d'ivresse. On s'est assuré par l'analyse chimique que ce n'est point par la décomposition du vin que l'ammoniaque opère le désenivrement , mais en modifiant la sensibilité de la membrane muqueuse de l'estomac et en agissant sur le plexus nerveux qui transmet au cerveau l'impression qu il en a reçue.
Si les agronomes de tous les pays veulent connaître les préceptes les plus utiles pour faire les vins , ils doivent consulter l'excellent ouvrage de Chaptal, sur cet art. Ce savant examine la nature des différentes espèces de raisins . l'influence que le sol \ le climat : les saisons et la culture exercent sur eux , les diverses métamorphoses que subit leur suc , selon la manière dont il est traité et les divers degrés de température auxquels il est exposé. Enfin on trouve dans cet ouvrage des principes dictés par la théorie , confirmés par l'expérience et dont 1 application doit produire des résultats très-avantageux.
Vin d'acajou. Pour faire ce vin, on pile les pommes d'acajou, on en exprime le jus qu'on laisse fermenter pendant deux jours. Ce suc s'éclaircit et devient un petit vin clair et agréable, mais piquant et portant fortement à la tête.
Vin d'ananas On fait aussi avec le suc de l'ananas fermenté un vin doux et de bon goût, mais qui porte fortement à la tète. Vin de banane. A Saint-Domingue on fait avec les bananes un vin fort agréable et qui nourrit ; à cet effet on passe à travers un tamis des bananes bien mûres ; on en met la pulpe en tourteaux , qu'on laisse sécher au soleil. On délaie cette farine dans l'eau et on la laisse fermenter.
Vin de corinthe. L'ile de Zante produit un raisin qui prend le nom de corinthe et qui fait l'objet d'un commerce considérable. Ce grain est sans pépin ; il est très-agréable à manger avant sa parfaite maturité parce qu'il est acidulé \ ce raisin
mÛr produit un vin doux, onctueux, nourissantet fortifiant ; on le prescrit même aux convalescens , il est d'abord épais , dé couleur foncée, mais il s'éelaifcit ensuite.
Vin de palmier. Avec des dattes on prépare, surtout en Syrie et en Judée un vin fort agréable, mais astringent et fort capiteux, surtout si on en abuse ou qu'on n'y soit pas habitué.
Vin de Tokai. Le village qui a donné son nom à ce vin est situé au sommet d'une colline , au confluent des rivières de Bogdrog et de Theser en Hongrie. Il est habité par une peuplade d'origine grecque. Les collines environnantes s'étendent jusqu'à trois ou quatre lieues vers le Nord, et sont séparées les unes des autres par des plaines où se trouvent les villages de Tertin, de Mada, de ïérésal, de Syombon, de Benge et de Tolesrwa. Les vins qu'on fait à Tertin et à Térésal sont encore meilleurs que ceux de Tokai, et cependant ils se vendent moins cher. Ceux de Tokai sont blancs. Il y en a de deux sortes : celui d'Anspruch et celui de Masslach. Le premier est le plus estimé. Pour le faire, on choisit le raisin, on le presse et on le laisse fermenter pendant deux jours ; on le met ensuite dans de petits tonneaux qu'on laisse exposés à l'air pendant plus d un mois. Celui d'Anspruch est celui qu'on connaît dans le commerce sous le nom de tokai. Lorsqu'il est bon , sa couleur est argentée avec un certain aspect huileux. Il est doux , légèrement astringent et aromatique. Il peut se conserver long- temps. On ne peut le boire qu'au bout de trois ans. Le prix du tokai est même sur les lieux de six à sept francs la bouteille. Il est stomachique et restaurant.
Vin d'Alicantë. Ce vin jouit de beaucoup de réputation à cause de ses qualités stomachique et tonique, lorsqu'il n'est pas falsifié. Il restaure quand il est pris avec modération et convient même aux convalescens.
En Angleterre on prépare des vins que l'on tire des coings, des cerises , des fraises , des prunelles , des baies de sureau , des ronces, des prunes de Damas , des framboises , du cassis , des groseilles de toute espèce , des oranges, des citrons , etc. La groseille blanche est employée à faire du vin mousseux fort agréable , et Ton fait avec plusieurs autres fruits des vins secs et liquoreux, selon le plus ou moins de sucre qu'on y emploie ; mais aucune de ces liqueurs n'imite les vins que les Anglais tirent de l'étranger. Dans leDannemarck et en Suède les ruches fournissent à la fabrication d'une grande quantité d'hydromel. On estime surtout celui de l'île Funeu. En Russie on fait avec la farine de seigle et des plantes aromatiques une boisson qu'on nomme housse ou kisly-chtchy ; une autre boisson avec du millet qu'on appelle basa. En Pologne, on prépare de l'hydromel. En Sibérie, la berce fournit une liqueurtrès-spiritueuse et très-
enivrante qu'on extrait du bouleau. Les habitansde Kamstchatka font une boisson enivrante avec le suc d'un champignon. Dans llndoustan, les noix de coco fournissent une liqueur fermentée appelée todi, et dont on use beaucoup. L'aréquier, le cocotier et en général tous les palmiers produisent des liqueurs spiritueuses. Un riz peu connu en Europe fournit aux Chinois une boisson qu'ils préfèrent au vin. Le vin chinois fait avec le riz par la fermentation est de plusieurs espèces. Celui que Ton nomme vin de Mandarin est fort bon et de couleur jaune ; on le laisse fermenter long-temps dans des vases de terre et on y mêle quelques plantes agréables. Cette liqueur est fort chère au Tonquin ; on l'apporte de la Chine ; elle est très forte, d'un goût peu agréable. Le riz qu'on emploie pour faire cette liqueur est différent des autres et ne sert qu'à cet objet. Les Tartares chinois tirent du lait de leurs jumens une eau-de-vie appelée araha, qui fait leurs délices. En Egypte, on prépare des boissons dans lesquelles l'opium est employé à haute dose. Les Hottentots préparent un hydromel avec des racines et du miel. L'eau-de-vie de grain est la boisson la plus ordinaire dans la Pensylvanie . En Virginie on tire des pêches une grande quantité d'eau -de-vie. Les habitans des Etats-Unis d'Amérique font une boisson avec les sommités du sapin nommé spruce et une autre avec le maïs et le millet ; on y boit aussi du cidre. Dans le Canada, la sève de l'érable fournit une liqueur fermentée. A la Nouvelle-Orléans, les merises sauvages fournissent une liqueur fermentée de couleur rouge et d'un goût fort agréable. La pulpe charnue qui enveloppe le café sert, partout où l'on récolte cette fève, à préparer des boissons d'une odeur agréable et d'un bon goût. En Amérique, la liqueur la plus estimée est celle qu'on prépare avec le suc de la plante appelée maguey de pulque , variété de X agave mexicana, très-cultivée au Mexique et , surtout à Tlascala, où l'on voit des plantations qui produisent jusqu'à 140,000 par an. A Mexico, on boit de celte liqueur 6000 pintes par jour. Elle ressemble un peu au cidre, mais son goût est celui de la viande gâtée. On prétend que les étrangers s'habituent à cette liqueur. On en tire par la distillation une eau-de-vie très-enivrante qu'ils nomment aguardiente de maguey. Dans le Paraguay, les Indiens font avec la farine de maïs une espèce de bière appelée chica ou cicia. Dans la Guyane, on fait avec le fruit d'un petit palmier , du sucre et de la cannelle , une liqueur fort agréable qu'on nomme coumon. Cette liqueur a la saveur du bon chocolat. Une autre boisson est préparée avec le pain de cassave mâché par les femmes et fermenté ensuite dans de l'eau. Le pain de maïs sert aussi à faire une boisson appelée chiacoar. Le cassiry se compose d'igname, de cassave, d'oranges aigres, de sucre et de thériaque, le tout macéré dans l'eau. Enfin on peut
préparer des boissons spiritueuses avec tout ce qui contient du muqueux doux et un principe végéto-animal , et conséquemment un grand nombre de végétaux peuvent servir à cet usage, mais rien ne peut approcher du bon vin. Plusieurs fruits analogues au raisin, dit Berzélius, donnent une espèce devin, quand on traite convenablement le suc qu'ils contiennent; mais comme ce suc ne renferme jamais assez de sucre pour donner un vin suffisamment spiritueux , on est obligé d'en ajouter la quantité nécessaire pour le faire fermenter. On prépare aussi du vin avec du sucre d'amidon ; on le dissout dans leau , on fait fermenter lentement et on ajoute un peu de ferment. La liqueur spiritueuse ainsi obtenue a une saveur analogue à celle du vin de Madère : par l'addition de diverses substances , on peut facilement se procnrer des vins de cette espèce. Je suis persuadé , ajoute Berzélius, qu'avec le temps, la fabrication artificielle du vin deviendra générale, dans les pays où le climat et le sol ne sont pas propres à la culture de la vigne.
vinaigue (Acetum). C'est le produit de la fermentation acéteuse du raisin, ou en général des liqueurs vineuses. Il n'existe pas de vin , de quelque nature qu'il soit , qui ne tende à se convertir en vinaigre , parce que l'acide existe dans les vins même les plus doux et que les plus liquoreux rougissent le papier bleu. On fait du vinaigre avec le poiré, le cidre, la bière, l'hydromel , le lait , les semences graminées et légumineuses, moyenant les procédés employés par l'art du vinaigrier. Cette liqueur est un des produits les plus intéressans pour l'économie domestique. Tous les acides paraissent pouvoir se transformer en vinaigre. En général la préparation consiste à exposer du vin au contact de l'air et à la température dune chaleur de vingt à vingt-deux degrés , dans des tonneaux non entièrement remplis et contenant pour levain des branches de vigne et des railles de raisin. La fermentation s'établit moins bien cependant que dans celle du moût , parce que la chaleur n'y est pas aussi forte ; cette fermentation a lieu sans dégagement, mais plutôt avec absorption de gaz. l^oxygène, l'hydrogène et le carbone sont les principaux agens qui constituent cette fermentation. Ces trois principes se trouvent aussi dans la plupart des acides végétaux , mais ils ne peuvent former du vinaigre que lorsqu'ils sont réunis dans des proportions constantes.
Parmentier a fait connaître les conditions les plus générales pour faire du bon vinaigre : 1° l'accès de lair extérieur dans le vaisseau qui contient la liqueur destinée à devenir acide ; 2° une température supérieure à celle de l'atmosphère ; 3° l'addition de matières qui fassent fonction de levain ; 49 la présence d'une certaine quantité d'alcool, Sans l'accès de l'air
atmosphérique , l'acide ne pourrait pas se produire. La nécessité du concours de la chaleur ne saurait être révoquée en doute , mais cette chaleur ne doit pas être trop forte. L'addition des matières propres à former du levain est une condition nécessaire pour déterminer la fermentation acéteuse. Enfin les meilleurs vinaigres sont ceux qui ont été faits avec des vins qui contiennent une cerrtaine quantité d'alcool.
M. Braconnot indique un moyen pour faire du bon vinaigre. Ce moyen mérite la préférence par son extrême simplicité. On a trente à quarante boutelles vides , on met dans chacune d'elles une cuillerée de vin non trop vieux, ou du cidre. On les expose débouchées à la température chaude de l'été. Cette petite quantité de vin se convertit bientôt en vinaigre ; on y ajoute successivement du vin, d'abord peu, ensuite plus, jusqu'à ce que les bouteilles soient pleines.
Le bon vinaigre doit ayoir une saveur acide , mais supportable , une transparence égale à celle du vin , mais moins coloré que lui. Il doit conserver une sorte de parfum, avoir un montant spiritueux , enfin un gratter qui affecte agréablement l'odorat. C'est surtout en le frottant dans les mains que ce parfum se développe. On reconnaît aussi sa pureté en l'exposant à l'air libre; s'il s'y amasse beaucoup de moucherons appelés mouches du vinaigre , c'est une preuve de sa pureté ; la quantité de ces mouches suffit aussi pour faire juger de sa force , et on peut le conserver. Celui que Ton fait avec des vins faibles ne peut se garder long-temps sans s'altérer. Sa transparence se trouble et se recouvre dune pellicule épaisse et visqueuse , qui détruit sa force pour peu qu'on néglige ce qu'il faut faire pour le conserver.
Les vinaigres de poiré , de cidre se fabriquent comme celui qu'on fait avec le vin , en ajoutant le ferment que les vinaigriers appellent la mère. Celui de bière est beaucoup plus répandu que les autres espèces, surtout à Paris, où les brasseurs le font assez bon \ mais ils ne peuvent lui donner cette transparente incolore ni cet arôme qui font reconnaître le véritable vinaigre d'Orléans ; ils ajoutent à la bière , en la rapprochant par évaporation , de la mélasse ou du sirop de sucre , et ils en accélèrent l'opération au moyen de la levure de bière.
On fait du vinaigre avec des substances qui contiennent du mucoso-sucré , qu'on délaye dans l'eau et qu'on fait passer à l'état de fermentation acide, tels sont les raisins secs, le miel, etc. Enfin on obtient un acide de même nature que le vinaigre en distillant certains végétaux. On a donné à ce vinaigre le nom àepjromuqueuœ , pyroiigneux etpyrotartareux. Tout le monde connaît l'emploi du vinaigre dans l'écono-
mie domestique , pour mariner les viandes , confire et conserver certaines substances , certains poissons , enfin pour assaisonner les alimens, etc. Ici le vinaigre blanc doit être préféré. Les anciens faisaient un grand usage de cette liqueur pour leurs boissons , surout dans leurs expéditions militaires. Chaque soldat de Rome ou de Carlhage en portait avec son bagage une certaine quantité. Dans les longues marches, ils en mêlaient à l'eau et en retiraient plusieurs avantages. Il servait à corriger les mauvaises qualités des eaux impures ; il désaltérait , rafraîchissait , réprimait la sueur, augmentait la sécrétion des urines , et c'est avec raison qu'ils le regardaient comme un excellent préservatif des fièvres pernicieuses. Etant excitant , le vinaigre peut aider à la digestion , mais il ne saurait convenir à tous les tempéramens. Les mélancoliques, les goutteux , les personnes dont les nerfs sont sensibles , irritables, les femmes qui craignent ou qui ont quelque affection de l'utérus, doivent en éviter l'usage. Les personnes qui toussent doivent s'en abstenir; car il augmente la difficulté de respirer, il amaigrit et diminue la sécrétion du sperme.
La meilleure boisson que les ouvriers puissent prendre en été pour se rafraîchir et calmer la soif, c'est l'eau dans laquelle on met un peu de vinaigre, qu'ils ne doivent cependant pas boire étant en sueur. Le vinaigre est aussi un bon antiseptique, il corrige l'altération de l'air répandu sur le sol. On ne doit pas le faire brûler, parce qu'il ne fait alors que surcharger l'air, en diminuer l'élasticité et rendre encore plus sensible l'odeur qu'on s'était proposé de neutraliser.
Moyens de conserver le vinaigre. On doit le tenir à l'abri de lair extérieur, dans des vases bien bouchés, que l'on met dans des lieux frais et ne le jamais laisser en vidange. Le procédé de Schéele consiste à remplir de vinaigre des bouteilles et à les placer dans une chaudière pleine d'eau , que l'on fait bouillir un quart d'heure ; ces bouteilles ainsi chauffées conservent le vinaigre pendant long temps , même à l'air libre , et quand même elles ne seraient qu'à demi -pleines. L'alcool est aussi un bon moyen de conservation , surtout pour les vinaigres aromatiques. Sur chaque livre on ajoute une demionce de bon alcool.
Falsifications du vinaigre. Employé pour assaisonner les alimens , le vinaigre doit être pur et naturel ; s'il est falsifié il produit de mauvais effets. Ainsi , plusieurs fabricans l'ont altéré par l'acide sulfurique. Cette fraude fixa l'attention du gouvernement , qui rendit un décret le 22 décembre 1800 , par lequel il fut défendu , sous quelque prétexte que ce fut , d'ajouter de cet acide ni même d'y introduire des mèches soufrées. Je crois devoir rappeler ici l'instruction de la Fa-
iVk VINAIGRE.
culte de médecine de Paris , à l'effet de reconnaître cette falsification. Pour cela on verse vingt gouttes d'une solution aqueuse de muriate de baryte dans quatre onces de vinaigre distillé ; si le mélange ne se trouble pas , c'est qu'il ne contient pas d'acide sulfurique. Le vinaigre où l'on a mis de cet acide agace en outre les dents , et , en le brûlant sur des charbons , il exhale l'odeur du soufre. On emploie aussi une foule de moyens pour rendre plus forts des vinaigres faibles. Ainsi on y met des écorces du daphne mezereum et du laureolus , les graines du capsicum annuum , les racines à' anthémis pyretrum, du poivre, de la moutarde, des grains de paradis : tous ces ingrédiens donnent une âcreté qui diffère beaucoup de la saveur de l'acide acétique. Ces falsifications se reconnaissent facilement , en ce que le vinaigre sophistiqué laisse quelque chose de brûlant dans la gorge. Si l'on met du vinaigre sophistiqué sur la lèvre supérieure et du vinaigre pur sur la lèvre inférieure , celui-ci sera bientôt volatisé , sans laisser aucune impression , tandis que celui-là laissera une sensation de brûlure. Lorsque par l'odorat et le goût on s'est assuré de la bonté de cette liqueur, on peut aussi l'essayer par le pèse-vin. Si l'instrument plongé dans le liquide marque dix degrés au dessous de zéro, on peut le regarder comme de bonne qualité. Tous les degrés de plus au dessous de dix sont des indices d'une plus forte acidité. Il convient peut-être de ne pas mentionner les autres falsifications , dans la crainte de les apprendre à ceux qui les ignorent et qui seraient assez cupides pour en profiter. 11 est difficile de reconnaître le mélange du vinaigre de vin avec celui de bière que l'on ajoute pour augmenter son poids. Celui de cidre a la propriété de former des perles et d'écumer lorsqu'on le verse; il communique la même propriété au vinaigre fait avec le vin. Pour clarifier le vinaigre , certains marchands emploient le sulfate de cuivre et de zinc (vitriol bleu et blanc) qui occasionent des coliques et des douleurs d'estomac , etc. On découvre la première falsification par l'ammoniaque , qui colore la liqueur en bleu et la seconde par la potasse , qui forme un précipité blanc. Les robinets de cuivre peuvent aussi communiquer au tonneau une certaine quantité de ce métal et former du vert de gris , qui est , comme tout le monde sait, un poison.
Vinaigre framboise. Pour le faire , on met dans deux pinles de vinaigre , autant de framboises bien mûres et épluchées qu'en peut contenir une cruche de grès , sans que le liquide surnage. Après huit jours de macération , on verse tout à la fois le vinaigre et les framboises sur un tamis de soie , on laisse librement passer la liqueur sans exprimer le fruit. La liqueur étant bien claire et bien saturée de l'odeur de framboise,
on la met dans des bouteilles avec la précaution d'ajouter au gouleau une couche d'huile d'olive pour empêcher le contact de l'air. (Parmentier.)
Vinaigre composé pour salade. Estragon, sarriette, civette, échalotes , de chaque trois onces. Le tout sec et divisé se met dans une cruche avec huit pintes de vinaigre blanc. On laisse infuser pendant quinze jours à l'exposition du soleil. On verse, on exprime et on filtre ensuite ; on conserve dans des bouteilles bien bouchées. (Chaptal.)
On concentre le vinaigre par la gelée. On fait du vinaigre distillé. On en fait de différentes espèces , avec le sureau , les roses, etc.
Vinaigre radical ou Acide acétique, retiré parla distilla* tion du bois et clarifié par des moyens particuliers à MM. Mollerat. On le nomme pyroligneux. Ce fort vinaigre a été analysé par M. Boullay, qui s'est convaincu qu'il contenait de l'acide sulfureux ; ce que l'odeur démasque par son action sur le sirop de violette. Ce chimiste pense que cet acide ne jouit pas de toutes les propriétés de l'acide acétique retiré par la distillation , et qu'il ne serait pas sans inconvénient de l'employer dans les cuisines» Pris avec excès , il peut affaiblir et même produire l'inflamation de l'estomac. Il est vrai de dire que le vinaigre de vin ainsi que les autres acides peuvent produire les mêmes effets. Berzélius dit que Pasch paraît avoir réussi à résoudre le problême difficile d'une purification du vinaigre de bois , à la fois parfaite et économique. Il distille l'acide pyroligneux et le concentre en même temps. Cet acide purifié peut servir dans tous les cas où l'on emploie l'acide acétique ; il suffit de l'étendre dans une certaine quantité d'eau. Cet acide possède à un haut degré une propriété antiseptique. Berzélius dit au rapport de Pline , liv. xvi , chap. 2 , que les Egyptiens tirèrent parti de l'acide pyroligneux pour conserver leurs momies.
Vinaigre de petit- lait. On délaye une cuillerée à bouche de miel par pinte de petit-lait, et, trois ou quatre jours après, on ajoute un septième de bonne eau-de-vie. On couvre le vaisseau avec une toile claire pour que l'air puisse pénétrer ; on le met à la température de vingt à vingt-quatre degrés , on agite de temps en temps, et au bout de deux mois on a du bon vinaigre , moins clair cependant que l'autre. (Deschamps. )
Moyen de décolorer le vinaigre, pour décolorer non seulement le vinaigre, mais d'autres liqueurs végétales , le procédé de M. Figuier consiste à mettre quarante -cinq grammes de charbon d'os dans un litre de vinaigre rouge ; on a soin de l'agiter de temps en temps. Vingt-quatre heures après, on s'aperçoit que la liqueur commence à blanchir, deux ou trois