‹ Dictionnaire des alimens et des boissons en usage dans les divers climats et chez les différens peuplesChapitre 72 sur 407 · BREBIS · texte numérisé non relu

BREBIS

Juvénal et Martial disent que , sous les premiers empereurs romains et dans le temps du plus grand luxe de Rome , on né le mettait que sur les tables somptueuses.

Nec mullum cupias , cum sit tibi gobio tantum , etc.

Sa chair a la saveur de celle la perche, elle en a aussi les propriétés alimentaires. On l'estime surtout à Venise.

BOURRACHE (Borrago ofjicinalis, L.) . On dit que cette plante était autrefois appelée corago parce qu'on la regardait comme cordiale. On la croit originaire du Levant. La racine est blanche , de saveur visqueuse , les feuilles sont larges , arrondies, d'un vert foncé , rudes , garnies de petites pointes très-fines. La tige est velue , creuse ; les fleurs quelquefois bleues , plus souvent blanches. L'odeur de la bourrache est un peu vireuse, elle contient un suc mucilagineux et beaucoup de nitrate dépotasse tout formé, décrépitant au feu. Les feuilles tendres se font cuire dans du bouillon, ce qui détruit leur âcreté. On les emploie en Italie et en Provence dans les potages; les fleurs décorent les salades. En Angleterre on en fait une boisson rafraîchissante. Outre le mucilage, la bourrache contient une matière azotée, de l'acétate et d'autres sels végétaux. L'eau dissout tous ses principes; on dit que les fleurs infusées dans le vin produisent la gaîté.

BOUSCARLE (Motacilla sylvia , L.). Petit oiseau qu'on appelle ainsi en Provence. Le dessus du corps est roussâtre '■ le plumage inférieur mêlé de blanc et de roux clair. Les pennes des ailes et de la queue sont noirâtres et bordées de roussâtre. Le peu de chair de cet oiseau est un excellent manger, nourrissant bien et se digérant très-facilement. On la permet aux convaîescens.

BOZA. Les Turcs appellent ainsi une boisson qu'ils préparent avec le millet. Elle est nourrissante et rafraîchissante.

BRAB. Nom portugais d'un palmier sauvage de l'île de Bombay aux Indes orientales , produisant un fruit insipide , de la grosseur d'une poire ordinaire. En faisant des incisions au sommet de l'arbre, il en découle une liqueur nommée toddi dont on fait un arack meilleur que celui du coco. Les oiseaux nommés toddi font leurs nids sur cet arbre ; qu'ils aiment beaucoup.

brebis (Ovis). Quadrupède sans ressource, sans défense , des plus stupides, se laissant enlever son petit sans opposition, sans en être irrité, et sans marquer la moindre douleur. Il n'en est pas moins précieux pour l'homme , puisqu'il peut suffire aux besoins de première nécessité. Il est utile par sa laine , par son lait , son fromage , son suif , ses intestins et son fumier,

La chair est dure, visqueuse, mollasse et insipide ; cepèn-

BREDDE. 415

dant celle des jeunes brebis bien nourries peut être mangée. Cette chair fut défendue aux Égyptiens. Plutarque rapporte que cet animal fut en grande vénération chez ces peuples, et que les Athéniens le respectaient si fort qu'on faisait le procès à celui qui avait tué un bélier.

BREDDE. On croit que ce mot vient de blette ou du portugais bredos. M. le docteur Virey préférerait en chercher l'ethnologie dans les termes anglais bread ou allemand braut, qui signifient aliment ou pain. Quoi qu'il en soit, c'est un nom collectif, employé à l'Ile-de-France , pour désigner les plantes dont on mange les feuilles en guise d'épinards. Ce genre d'aliment est fort utile dans les pays chauds comme tempérant , humectant et calmant la trop grande excitation causée par la chaleur du climat qui tend à épuiser les forces. Les R.omains employaient à cette fin, pendant Tété, les blettes et les mauves. On obtient aussi de certaines solanées des breddes fort recherchées. M. Dunal, qui a écrit l'histoire des solanum , parle des breddes faites avec le solarium nodiflorum* On cultive cette 'plante à l'Ile-de-France , où on la mange après l'avoir fait bouillir dans l'eau et l'avoir convenablement assaisonnée. M. Abadie, qui exerçait la médecine dans ce pays-là, dit que ces sortes de breddes n'ont d'abord rien d'agréable au goût , mais qu'on finit par les aimer, et qu'il ne s'y fait pas de bons repas sans qu'on en serve un plat : il n'a jamais vu en résulter le moindre inconvénient. Je mettrai à contribution M. Virey , qui , en donnant un résumé du travail de M. Dupetit-Thonars, y a fait plusieurs additions.

Le Chou caraïbe (Arum colocasia , L. ) fournit une fort bonne bredde lorsqu'on n'y emploie que les jeunes feuilles , après leur avoir fait perdre l'âereté par la cuisson. Il en est de même de Y Arum esculetitum de Linné.

Bredde chou de Chine. Espèce de chou qui se cultive à la Chine , et dont on mange les feuilles tendres. C'est un des meilleurs légumes de ce genre.

Breddes de France. Ce sont les épinards que les Noirs appellent ainsi. Les Péruviens mangent les feuilles du petit riz du Pérou , le Chenopodium quinoa. (Humboidt et Bonplan).

La Bredde agouman se fait avec les jeunes feuilles du Phytolacca decandra de Linné. On les mange comme les asperges.

Les Breddes piment se font avec les jeunes feuilles du Capsicum annuum , ou poivre de Guinée , qui n'ont pas l'âcreté du fruit.

La Bredde morelle est celle dont les Créoles et les Nègres mangent le plus habituellement. On la prépare avec une va-

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riélé du Solanum nigrum , L. On l'assaisonne avec du piment,

du gingembre ou du carvi.

La Morelle , surtout celle qui se cultive dans les pays chauds , n'a pas les qualités vireuses de celle d'Europe. On croit que la chaleur des climats de la torride fait évaporer le principe malfaisant de ce solanum. Cet aliment répugne d'abord aux Européens ; mais ils ne tardent pas à s'en accommoder, surtout lorsqu'il est convenablement assaisonné. On mange cette bredde avec de la viande salée, ou avec du riz , du poisson , etc. On la mange non seulement à l'Ile-de- France , mais dans les Indes. On se sert aussi d'un grand nombre de choux pour faire des breddes. Celles du Cresson (Sisymbrium nasturtium, L.) , quoique piquantes, ne laissent pas que d'être agréables. Aux Indes orientales on fait une bredde moutarde avec le sinapis indica. Le chou marin est aussi mangé en breddes dans le voisinage de la mer. Le Gombo [Hibiscus esculentus , L.) est la plus émolliente. Il y a une oseille de Guinée {Hibiscus sabdariffa, L. ).

Les Breddes morongues (Guilandina rnorlnga , L. ) sont fort estimées. Le pourpier , les épinards d'Ethiopie en fournissent de bonnes. Celle du giraumont se fait avec les jeunes pousses de citrouilles , aliment fort agréable , qui ne plaît cependant pas à tout le monde. La bredde que l'on préfère avec les jeunes pousses du houblon^ se fait dans les climats du nord , ainsi que celle que l'on fait avec les orties. On voit , dit M. Virey, que les familles des plantes les plus malfaisantes peuvent fournir des feuilles nutritives.

brème (Cyprinus brama, L. ). On trouve ce poisson dans les grands lacs et les rivières de presque toute l'Europe. Il est l'objet d'une pêche importante. On le prend fréquemment dans la glace. En 1749 , d'un seul coup de filet , on en prit dans un lac de la Suède cinquante mille , qui , ensemble , pesaient plus de neuf mille kilogrammes. La brème a quelque ressemblance avec la carpe ; son corps est cependant plus large et aplati latéralement. Sa tête est noire , sa gueule petite et ses lèvres grosses. La chair est blanche, de saveur agréable, mais grasse , et par conséquent de difficile digestion. Pris dans les étangs vaseux , ce poisson a une saveur détestable. La brème craint tellement le bruit, qu'on ne sonne pas les cloches pendant le temps du frai. Elle peut être transportée au loin , pourvu qu'on la couvre de neige et qu'on lui mette dans la gueule du pain trempé dans l'alcool. Cette chair contient beaucoup d'arêtes. La brème gardonnée n'est qu'une jeune brème à écailles brillantes.

Brème de mer (Sparus brama, L.). Poisson du genre des spares. On le trouve dans la Manche , entre les côtes de

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