CARPE
CARPE (Cyprinus carpio , L. ). Poisson d'eau douce, dont il n'est point fait mention par les Grecs ni par les Latins. Il a quatre barbillons à la mâchoire supérieure; sa gueule est ronde lorsqu'il l'ouvre , sa prunelle ronde et bleue , son corps change de couleur et devient jaunâtre dans la vieillesse . Il y en a de plusieurs grandeurs. Dans le Rhône , on en trouve qui pèsent de quarante à cinquante livres et dont la chair est délicieuse. Ce poisson vit long-temps et multiplie beaucoup -, on ne le trouve jamais dans la mer ; il a des écailles fort grandes et larges. En 1514, Maschal transporta la carpe en Angleterre , ensuite, Pierre Oxo l'habitua aux eaux du Danemarck, en 4660 ; elle s'acclimata en Hollande et en Suède , mais elle grossit moins dans le nord. Celle qui vit dans les lacs est moins estimée que celle de rivière. La carpe de Seine est excellente , celle du lae de Cumière , près de Boulogne-sur-Mer, passe pour un excellent morceau ; les plus exquises , dit-on , sont les carpes de la Chine. On doit choisir ce poisson gros, gras , bien nourri; il ne doit être ni trop jeune ni trop vieux. Sa tête est la partie la plus recherchée à cause du palais , qu'on nomme langue de carpe. La carpe est meilleure en février , mars, avril, mai et juin : on préfère le mâle. Un pêcheur, du nom de Samuel Hull , fut le premier à châtrer les poissons mâles et femelles. Les moines ch âtrèrent ensuite les poissons pour les rendre plus délicats. La carpe femelle contient une quantité innombrable d'œufs, que M. le docteur Petit a cependant pu calculer. Dans un de ces poissons de dix-huit pouces", il en a trouvé 342000. leur saveur n'est pas aussi agréable que la laitance. Du temps de Belon , on faisait avec ces œufs du caviar, fort recherché à Constantinople , aux environs de la mer Noire et dans l'Archipel. Les juifs surtout en faisaient d'autant plus de cas, que leur loi défend le caviar fait avec les œufs de l'esturgeon. La carpe ne convient ni aux goutteux ni aux personnes sédentaires. La plus grosse carpe qu'on ait vu est celle qu'on prit en 1711, près de Francfort-sur-1'Oder, elle pesait soixante-dix livres. En Turquie et en Grèce, on fait un grand commerce de ce poisson. Les œufs, d'après l'analyse faite par M. Morin de Rouen, contiennent beaucoup d'osmazome , une matière gélatineuse , une huile jaunâtre nauséabonde , dont le phosphore est un des principes constituans , une matière concrète albumineuse et des sels minéraux. Il y a une grande analogie entre ces œufs et ceux du brochet; ceux-ci contiennent cependant plus d'albumine coagulable et moins de matière saline. Les Hollandais conservent vivantes et engraissent les carpes en les suspendant aux voûtes des caves dans des filets pleins de mousse humide , qu'ils arrosent fréquemment et les nourrissent avec du pain trempé dans du lait» Ce poisson vit long-temps, Buffon