‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 105 sur 470 · CÉRUSE · texte numérisé non relu

CÉRUSE

acide filtrée est précipitée par l’acide sulfurique, qui sépare le plomb à l’état de sulfate insoluble ; on filtre et on évapore à siccité, le résidu est repris par l’eau distillée chaude, et dans la liqueur filti’ée et refroidie on verse un excès d’ammoniaque qui précipite l’oxyde de fer et donne une coloration bleue, plus ou moins intense, suivant la quantité de cuivre contenue dans la céruse.

Falsifications. — La céruse est souvent falsifiée par 1 addition de sulfate de plomb (1), à' oxyde de zinc, de carbonate et de sulfate de baryte, de carbonate, de phosphate et de sulfate de chaux, de porcelaine pulvérisée ; il y a des céruses qui contiennent 40 et même 80 p. 100 de sulfate de baryte (2) ; la falsification par la craie est rare maintenant, parce que celle-ci jaunit avec I huile.

Pour reconnaître ces fraudes, on dissout la céruse dans l’acide acétique ou dans l’acide nitrique étendu. Lorsqu’elle contient du carbonate de plomb et du carbonate de chaux, de l’oxyde de zinc et des os calcinés ou phosphate de chaux, du carbonate de baryte, tout se dissout ; dans le cas contraire, les sulfates de chaux, de plomb et de baryte restent insolubles ainsi que la poudre de porcelaine. En faisant passer dans la dissolution un courant d’hydrogène sulfuré, le plomb se précipite à l’état de sulfure, et la liqueur filtrée précipite en blanc par l’ammoniaque qui redissout le précipité s’il est formé A'oxyde de zinc, tandis qu’elle le laisse à l’état gélatineux s’il l’est de phosphate de chaux. Si l’ammoniaque reste sans effet, la liqueur précipitera par l’oxalate d’ammoniaque dans le cas o'ù elle contiendrait de la chaux provenant de la craie ajoutée. On dose la chaux, soit à l’état caustique, en recueillant le précipité d’oxalate de chaux, le lavant, le séchant et le soumettant à une calcination qui décompose l’oxalate en carbonate, puis en chaux caustique ; soit tà l’état de sulfate, en brûlant le filtre sur lequel on a recueilli l’oxalate, le traitant par l’acide sulfurique et le calcinant; du poids de sulfate obtenu, on déduit la proportion de carbonate de chaux qui y correspond.

Si les liqueurs, débarrassées du plomb et de la chaux, précipitent par l’addition de l’acide sulfurique, c’est que la céruse contenait du carbonate de baryte.

Quant au résidu insoluble dans les acides acétique ou azotique étendus, on le lavera avec de l’eau distillée jusqu'à ce qu’elle en sorte pure. Alors, si ce résidu noircit par l’acide sulfhydrique et jaunit par l’iodure de potassium acidulé, c’est qu’il est formé de sulfate de plomb. Dans le cas contraire, il se dissoudra

(1) Ce sulfate est obtenu, dans les fabriques de toiles peintes, en décomposant l’acétate de plomb par le sulfate d’alumine ou l’alun, pour préparer l’acétate d’alumine.

(2) M. Loiüjet, de Bruxelles, a analysé une céruse qu’il a reconnu contenir 71 p. 100 de sulfate

de baryte. ^

Il faut dire que l'addition du sultite de baryte à la céruse n’est pas toujours une fraude : ainsi on ajoute ce sulfate au carbonate de plomb dans des proportions variables ; il en résulte plusieurs sortes commerciales de céruse ; et les dénominations spéciales qu’elles reçoivent leur enlèvent tout caractère frauduleux, ce qui permet au fabricant de les vendre au bas prix que le consommateur exige pour certaines applications.

Les manufactures belges préparent les variétés suivantes :

1° Blanc de Krems : carbonate de plomb de la plus belle qualité ;

2" Blanc de Venise : mélange, à poids égaux, de carbonate de plomb et de sulfate de baryte ;

•3“ Blanc de Hambourg : mélange de 2 p. de sulfate de baryte avec 1 p. de carbonate de plomb ;

4“ Blanc de Hollande : mélange de 3 p. de sulfate de baryte avec 1 p. de carbonate de plomb.

CHARBON ANIMAL

dans l’acide chlorhydrique bouillant s’il est constitué à\x sulfate de chaux ; par le refroidissement, le liquide déposera des cristaux soyeux ressemblant à du sulfate de quinine. Si le résidu résiste à ce dissolvant, on n’aura plus qu’à hésiter entre le sulfate de baryte et la porcelaine pulvérisée. Mais le sulfate de baryte est réduit au rouge vif par le charbon, en creuset fermé ou au chalumeau, lequel charbon n’agit pas sur la porcelaine. Cette réduction produit du sulfure de baryum que l’acide chlorhydrique attaque avec dégagement de gaz sulfhydrique et en donnant du chlorure de baryum qui précipite en blanc par l’acide sulfurique.

D’après M. Stein, il suffirait de calciner la céruse pour juger de son état de pureté, en tenant compte de la pei’te qu’elle éprouve par la chaleur. Ce procédé, tout à fait insuffisant, peut conduire à de graves erreurs.

Bucholz a signalé la falsification de la céruse par le chlorure de plomb. Cette dernière substance se reconnaît en traitant la céruse par l'eau bouillante; la liqueur fournit, par le refroidissement, du chlorure de plomb cristallisé, qui précipite en noir par l’hydrogène sulfuré, en blanc caillebotté par le nitrate d’argent.

CHANVRE. — V. Matières textiles.

CHARBON ANIMAL. — Le charbon animal, ou noir animal, nvird‘os, charbon d'os, est le résidu noir, poreux, friable, résultant de la calcination en vases clos des matières osseuses.

D’après M. Bobierre, la composition moyenne du charbon animal est la sui-

vante :

Charbon contenante à 7 p. 100 d’azote (1) 10,8

Phosphate tribasique de chaux 81,7

Carbonate de chaux 3,0

Phosphate et carbonate de magnésie 0,2

Silice ; 2,8

Alumine et oxyde de fer 0,7

Sels solubles (2) 0,8

Dans certains cas, pour la décoloration des liqueurs acides, par exemple, il est indispensable d’enlever au charbon animal ses sels calcaires, à l’aide d’un lavage à l’eau acidulée par l’acide chlorhydrique qui dissout le carbonate avec effervescence, puis le phosphate; on lave ensuite à l’eau pure, jusqu’à ce que celle-ci cesse de rougir le papier de tournesol, et ne précipite plus parle nitrate d’argent et par l’oxalate d’ammoniaque. Le charbon animal soumis à cette opération perd à peu près 90 p. 100 de son poids ; il est dit : charbon animal lavé.

Le charbon animal, épuisé par le lavage et incinéré avec son poids d’oxyde rouge de mercure, laisse encore 2 à 3 p. 100 de cendres grisâtres.

On distingue deux sortes de noir : le noir poudre fine, et le noir en grains.

Usages. — Le charbon animal est employé en médecine comme désinfectant.

(1) Cette quantité d’azote est très-variable ; le noir qui a subi une calcination un peu prolongée à un feu de forge très-vif en est complètement débarrassé.

(2) Il faut encore ajouter à ces composés de la chaux caustique et un peu de sulfure de calcium.

CHARBON ANIMAL

antiputride, vermifuge, antidartreux. On l’emploie en pharmacie et dans les arts (fabrication et raffinage des sucres), pour, la décoloration des sirops et autres liquides; il prend ensuite le nom de noir d'engrais ou noir des 7'affinei‘ies. (Voir ce mot.)

Falsifications. — La grande consommation que l’on fait du charbon animal a porté à le falsifier en le mélangeant : avec le charbon qui résulte de la décomposition des matières animales dans la fabrication du bleu de Prusse avec du charbon de schiste ; avec des substances terreuses, des pieiTes, du sable, de la craie, du chai'bon pulvérisé, des scories et grenailles de fer; avec des menus de tourbe, du poussier de charbon de bois, provenant des fonds de bateaux ; avec de la boue, du terreau épuisé, des cendres pyriteuses ou cendres noires de Picardie. Mais on l’additionne surtout de noir ayant déjà servi, dont, par conséquent, on a épuisé le pouvoir décolorant.

Le premier mélange donne un charbon qui n’a pas des propriétés décolorantes aussi énergiques; il contient du sesquioxyde de fer, en quantité telle qu’on l’aperçoit à la simple vue, sous forme de concrétions brunâtres. Si l’on traite ce charbon par l’acide chlorhydrique étendu, on a une dissolution de perchlorure de fer, qui donne un précipité de bleu de Prusse avec le cyanure jaune.

Le charbon de schiste et les autres charbons qui contiennent des matières argileuses peuvent se reconnaître à l’aide d’un traitement par l’acide chlorhydrique étendu; quand ils ne cèdent plus rien à ce dernier, ils laissent un résidu beaucoup plus considérable que le noir pur, résidu qui donne, après l’incinération, une matière siliceuse dont la quantité sui’passe beaucoup celle que fournit le noir animal (I).

Les cendres pyi-iteuses, mélangées quelquefois avec .le noir animal, se composent d’argile, de sulfure et de sulfate de fer, de substances organiques charbonnées et bitumineuses. Un noir ainsi fraudé donne une cendre rougeâtre qui accuse, à l’aide du traitement par l’acide chlorhydrique, la présence de l’oxyde do fer; de plus, la solution aqueuse de ce noir rougit fortement le papier bleu de tournesol. Le noir animal pur donne une cendre grisâtre qui ne contient sensiblement pas de fer, et une solution aqueuse qui bleuit le papier de tournesol, à cause de la chaux qu’elle contient.

Les autres mélanges du noir se constatent par la quantité de cendres que ce dernier fournit à l’incinération.

On a ajouté au noir animal en grains, soit neuf, soit révivifié, de Yeau aiguisée dacide sulfurique, marquant 2° à l’aréomètre, dans la proportion de 20 parties de ce liquide pour 100 parties de noir. Cette addition, faite dans le but d’en augmenter le poids, par suite de l’eau que retient le sulfate de chaux (plâtre), qui résulte de l’action de l’acide sulfurique sur le carbonate de chaux des os, constitue une véritable fraude, une tromperie sur la nature de la marchandise, et le

(1) Si le charbon mélangé au noir ne contenait en matière minérale que du carbonate de chaiu:, il ne donnerait pas plus de résidu que le charbon d’os au lavage à l’acide, mais la liqueur de lavage tiendrait en solution une quantité de phosphate acide de chaux d’autant moindre, qu’il y aurait une plus forte proportion de noir étranger mêlé au noir d’os. Les deux liqueurs de lavage, essayées comparativement, seraient d’abord saturées par le carbonate de soude, puis on y verserait un excès de perchlorure de fer en solution ; il se précipiterait alors du phosphate de fer, dont la quantité serait d’autant moindre qu’il y aurait dans le noir soumis à l’essai plus de charbon étranger au noir d'os (Dwpasgwier).

CHARBON ANIMAL

noir ainsi adultéré n’est ni loyal ni marchand. On reconnaît cette addition en faisant bouillir le noir suspect avec de l’eau distillée; le liquide filtré donne, avec

le chlorure de baryum, un précipité blanc, insoluble dans l’acide nitrique.

Lorsque le noir animal est fraudé à l’aide de poussiet' de charbon végétal^ il suffit d’en étaler une pincée à la surface d’un verre plein d’eau pour voir le noir animal traverser le liquide et se rendre au fond du vase, tandis que le charbon végétal, plus léger, reste à la surface (fig. 50). Mais l’incinération est préférable : 100 parties de charbon animal pur laissent de 78 à 80 parties de cendres (1); 100 parties de charbon de bois incinérées en laissent de 1 à 3 p. 100. La quantité de cendres d’un charbon falsifié serait moyenne proportionnelle au mélange luimême.

Pour activer cette opération, il est bon de diriger lentement à la surface du charbon à incinérer, un jet de gaz oxygène, qui rend la combustion plus complète et plus rapide (fig. 51). Le gaz étant contenu dans un sac en caoutchouc, on comprime doucement celui-ci pour en chasser lentement l’oxygène, dont on interrompt le jet, lorsque les cendres contenues dans la capsule en platine chauffée au rouge, sont devenues bien blanches [Er. D.).

Ce mode d’incinération peut être appliqué à la des-

môiange (le noir d'os et de char- truction de toutes les matières organiques.

bon de bois. . . . .

Le noir a os epuise, c est-a-dire qui a servi a des décolorations, se reconnaît aux matières empyreumatiqiies qu’il dégage lorsqu’on le chauffe fortement dans un tube à essais.

Lorsque l’on veut apprécier la valeur industrielle d'un charbon animal et déterminer s'il a été additionné de noir épuisé, il faut prendre en considération son pouvoir décolorant et son pouvoir absorbant (2). Pour cela, on soumet à un essai comparatif le noir à examiner, et un noir d’os normalement bon, en faisant passer sur un même poids de chacun d’eux un même volume d’eau colorée avec du caramel ou de la mélasse : ce volume doit être telque le pouvoir décolorant du meilleur des deux charbons soit épuisé, c’est-à-dire que la liqueur d’épreuve, après avoir traversé la couche de noir, passe aussi colorée qu’avant la filtration. On agite alors séparément chacune des deux parties filtrées pour faire un mélange homogène des différentes couches, afin de comparer entre elles leur nuance à l’aide d’un colorim'etre . (Voir ce mot aux articles : Gocuenîlle, Indigo, Rocou.)

Pour (apprécier le pouvoir absorbant d’un charbon animal, M. Corenwinder a

(1) Il s’agit ici de noir animal non desséché à l’étuve; autrement, il laisse 90 p. 100 de cendres.

(2) Ces deux pouvoirs agissent dans le môme sens; en effet, le pouvoir décolorant est dù à l’absorption des matières plus ou moins foncées qui sont en dissolution dans les jus ou dans les sirops.

ClI.VRnON DE BOIS.

proposé de déterminer la quantité de chaux qu’un poids donné de cette substance est susceptible d’absorber : les échantillons à essayer sont divisés et passés sur les mômes tamis ; 50 grammes de chacun d’eux sont introduits dans des flacons séparés o'i l’on ajoute, au moyen d’une burette graduée, 1 décilitre de

sucrate de chaux titré (1), puis on laisse le contact s’opérer pendant une heure. Ce temps écoulé, on filtre séparément les liquides, on en prend successivement 50 centimètres cubes, et on détermine ensuite ce qu'il faut d’acide sulfurique normal pour compléter la saturation ; dès lors on connaît par différence les degrés de chaux qui ont été absorbés par chaque échantillon de noir : celui qui en aura absorbé le plus aura la préférence (2).

CHARBON DE BOIS. — Le charbon de bois {charbon végélal), si employé comme combustible, a une densité qui varie de 0,245 (charbon de peuplier d’Italie) à 0,625 (charbon de' noyer), suivant l’essence du bois d’où provient le charbon {Marcus Bull). La densité du charbon en poudre est 1,50 {Runifort).

La quantité moyenne de cendres que peuvent fournir les différents charbons de bois est environ de 1 à 3 p. lüO.

Les consommateurs sont soment trompés dans la vente dos charbons ; ceux-ci contiennent des de la teire, àn poussier, etc.; mais la fraude s’exerce

(1) M. Corenwinder opère de la manière suivante pour obtenir ce sucrate. Il fait dissoudre dans l’eau 126 à 130 grammes de sucre blanc, auquel il ajoute I5 à 20 grammes de chaux vive; ce liquide est porte à l’ébullition et filtré, pour séparer ce qui n’est pas dissous, et il complète environ 1 litre avec le liquide filtré. S’il faut, par exemple, 125 degrés d’acide sulfurique normal pour saturer 60 centimètres cubes de cette dissolution, il pose la proportion 125 : lOO :: ItO : x; d’où ar = 80; donc en prenant 80 centilitres de sucrate, les étendant d’eau jusqu’à 100 centilitres, il a une solution de sucrate de chaux titré qui sature exactement son volume de la dissolution d’acide sulfurique.

(2) S’il faut, par exemple, 35 degrés de la burette pour saturer 50 centimètres cubes du liquide filtré, 100 — 35 ou 05 représentera la proportion de chaux absorbée par le noir. On peut opérer avec une burette dont le zéro de graduation se trouve à la partie inférieure; de cette manière on lit directement 1e degré du noir essayé.

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