‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 113 sur 470 · CIGUË · texte numérisé non relu

CIGUË

De la même manière on reconnaît le plomb que le cidre peut contenir par suite de son séjour dans des vases de ce métal '(1).

Cette boisson, conservée dans des vases en zinc, en cuivre, contient des sels de ces métaux. Le résidu de l’évaporation de ce cidre, traité comme nous venons de l’indiquer, fournit, s’il contient du cuivre, une liqueur bleuâtre qui se fonce en couleur par l’ammoniaque et donne un précipité brun-chocolat avec le cyanure jaune. Si le cidre contient du zinc, il précipite en jaune foncé par le cyanure rouge, en blanc par les carbonates alcalins, et aussi en blanc par l’hydrogène sulfuré, dans le cas seulement où la liqueur n’est pas acide.

Ces cidres qui renferment des sels métajliques peuvent donner lieu à des accidents graves : quelques exemples ne l’ont que trop prouvé (2).

Quelquefois on vend des cidres préparés avec le sucre de fécule, la cassonade, le vinaigre ; oïi fabrique des cidres de toutes pièces avec des fruits secs, avec des pommes tapées ou séchées au four, que l’on fait mariner avec du sirop de fécule marquant 4 à 5® ; ces liquides sont ensuite aromatisés avec de la cannelle. 11 faut se défier de ces boissons factices ; d’ailleurs, si leur usage n’est pas préjudiciable à la santé (3), elles n’en constituent pas moins une véritable fraude lorsqu’on les vend pour des cidres de pommes de bonne qualité.

Ces cidres artificiels se distinguent de ceux de Normandie parla quantité d'alcool qu’ils fournissent et par le poids de l’extrait qu’ils laissent après avoir été évaporés à l’étuve.

GIGUE. — Parmi les différentes espèces de ciguë, la grande ciguë ou ciguë maculée {Cicuta major, Coniurn maculatum), de la famille des Ombellifères, est la seule employée en médecine. On l’administre sous forme d’extrait, d’emplâtres, de poudre, etc., pour résoudre des engorgements chroniques.

Falsifications. — La ciguë a été trouvée mélangée avec les plantes suivantes : la ciguë viretise, ou dentaire aquatique (Cicuta virosa), la^)eù'/e ciguë (Æthusa cynapium), le cerfeuil (Scandix cerefolium), le pei-sil (Apium petroselinum), le cerfeuil sauvage (Cbœrophyllum sylvestre), le cerfeuil bulbeux (Chœrophyllum bul-

(1) En general, ceux qui fabriquent des boissons fermentescibles doivent s'abstenir de vases de plomb dans la préparation de ces boissons.

Le cidre mis en contact avec des vases de plomb contient, une heure après, des traces de ce métal, et la quantité de sels de plomb augmente successivement, de telle façon qu’après quelques jours de contact, le cidre contient non-seulement un sel de plomb soluble, mais un sel de plomb insoluble qui se précipite dans le vase où se fait l’opération.

(2) A la suite de plusieurs déclarations faites, vers la fin de 1851, par des personnes gravement indisposées pour avoir bu du cidre, M. le préfet de police fit procéder, chez tous les fabricants et débitants de cidre de Paris, à des vérifications qui démontrèrent que, dans une grande quantité de cette boisson livrée à la consommation, il avait été introduit des sels de plomb, principalement de la cériise, provenant de l'emploi de 125 grammes à' acétate de plomb et de 125 grammes de carbonate de potasse, par pièce de 230 litres, dans le but d’effectuer une clarification plus complète et plus prompte du cidre. Cette sorte de falsification, involontaire sans doute, causa chez un grand nombre de consommateurs, habitant différents quartiers de Paris, des douleurs aiguës vers la région abdominale, avec tous les symptômes de la colique de plomb; deux personnes succombèrent à cette affection.

(3) Nous devons citer néanmoins un accident arrivé, dans le département de la Loire-Inférieure, à toute une famille d’ouvriers qui avait fait usage d’un cidre préparé avec les fruits du cormier, dans une fontaine en terre vernissée. Ce cidre de cormes a une acidité qui étanche la soif ; mais lorsqu’il est fait dans un vase en terre vernissée, il devient un poison assez violent. On ne doit le préparer que dans une barrique ou dans un vase sans vernis (A. Ch.).

Page 1