COLLE FORTE
COLLE FORTE. — La colle forte se prépare avec la gélatine extraite des os des animaux, ainsi qu’avec les tendons, les peaux, les parchemins, etc. Elle se présente dans le commerce en lames ou feuilles sonores, cassantes, dont la surface porte la trace des filets en corde sur lesquels on les a mises à sécher. Leur couleur dépend, en général, des opérations qu’elles ont subies; elle varie du blanc, pour la plus belle (colle de Rouen, grenétine), au noir, pour la qualité inférieure (colle de Paris). La colle de Givel est transparente, blonde; c’est une qualité intermédiaire. La colle anglaise, dite colle-façon, est un peu trouble. La colle de Hollande, de Flandre, est moins transparente que la colle de Givet, quoique moins épaisse.
Les meilleures colles fortes sont les moins colorées, les moins odorantes, celles qui se gonflent le plus dans l’eau froide. Sous l’influence d’une ébullition prolongée, elles se dissolvent sans résidu dans ce liquide et le font prendre en gelée par le refroidissement; dans ces conditions, une bonne colle solidifie, à -)- 12°, de 10 à 13 fois son poids d’eau. Les colles fortes les moins bonnes sont celles qui se dissolvent le plus à froid dans l’eau ; ce sont les plus colorées, les plus brunes.
Une bonne colle doit être brillante, transparente et sans taches, cassante et dure. La cassure doit en être nette et vitreuse ; lorsqu’elle est esquilleuse, elle le doit à la présence de parties tendineuses incomplètement dissoutes. Quoi qu’il en soit de semblables caractères, il est des colles qui laissent à désirer au point de vue de leur force adhésive.
Usag;e8. — Les usages de la colle forte sont nombreux et varient avec sa qualité. Les belles gélatines (^'reneïmes), comme celles de Grenet, de Rouen, servent à préparer les gelées de luxe, les gelées pharmaceutiques, les capsules ovoïdes destinées à recevoir des substances médicamenteuses. On emploie la colle forte pour faire des pains à cacheter, des fleurs artificielles ; pour fabriquer la colle à bouche, le papier-glace, les pâtes à moulure, le carton-pierre, la fausse écaille. On s’en sert encore pour l’apprêt des tissus, pour les encollages, la préparation des perles fausses, des taffetas adhésifs; pour la peinture à la détrempe, et la substitution, par fraude, de cette peinture à la peinture à l’huile ; pour les placages dans l’ébénisterie, la menuiserie, l’art du doreur ; elle est également employée dans la chapellerie. On en imprègne des toiles métalliques destinées à faire, pour les navires, des vitres qui ne se brisent pas par le choc, etc.
Altérations. Falsifications. — La colle forte renferme quelquefois du cuivre et du plomb. On y rencontre encore assez souvent de la ci^aie, du sulfate de baryte, de V oxyde de zinc, du carbonate de plomb, qu’on lui ajoute avec la prétention d’en augmenter la force adhésive. Il en est qu’on colore en jaune à l’aide du chrômate de plomb.
L’altération par le cuivre et le plomb a été signalée par M. Chevreul, en examinant des étoffes de laine qui prenaient une teinte brune par le contact de la vapeur d’eau. Le soufre que ces étoffes contiennent naturellement forme avec la matière métallique un sulfure brun qui colore l’étoffe, inconvénient grave lorsque celle-ci doit recevoir des impressions en couleurs claires. Si la proportion de plomb contenue dans la colle est assez forte, on la fait dissoudre dans l’eau, et ce liquide se colore fortement par l’hydrogène sulfuré s’il rencontre le métal en solation. Dans le cas contraire, on incinère une certaine quantité de colle : les cendres sont traitées par l’acide nitrique étendu