DRAGÉES
On la dit souvent mélangée de tiges de houblon et d"un chèvrefeuille particulier, le Lonicera pei'ichymenum, qui s’enroulent autour des mêmes arbres qu’elle ; mais ces tiges portent des traces de feuilles opposées, et non pas alternes, comme le sont celles de la douce-amère. De plus, la tige du houblon est quadrangulaire. M. Giraud y a rencontré autrefois des fragments de tiges de la Clematis vitalba. Elles sont fortement anguleuses avec traces de feuilles opposées.
DRAGÉES. — Les dragées sont des bonbons diagrément , ou bien #lles représentent une forme médicamenteuse .
Dragées d’agrément. — Elles sont constituées par une amande huileuse (amande douce, noisette, pistache, etc.), recouverte d’une enveloppe sucrée quelquefois additionnée d'une matière colorante.
Lorsque ces produits sont de qualité inférieure et vendus à bas prix, ils sont alors très-souvent adultérés par l'addition au sucre, soit à' amidon, soit diargile blanche, soit àe plâtre blanc et en poudre très-fine. D’autre part, on utilise pour leur fabrication des amandes anciennes et rancies et des sucres non raffinés. Enfin, elles peuvent être colorées par des matières nuisibles à l’économie.
La présence de \ amidon, de Y argile blanche et du plâtre est facile à constater en dissolvant l'enveloppe sucrée dans de l’eau distillée qui laisse en suspension ou à l’état de dépôt, l’amidon, l’argile ou le plâtre qui y étaient mélangés. En recueillant le dépôt, il est facile d'en déterminer la nature, soit par l'incinération qui détruit l’amidon et laisse l'argile ainsi que le sulfate de chaux, soit par l’eau bouillante qui dissout le premier et laisse le dernier.
Quant aux matières colorantes qui les imprègnent, on peut en déterminer la nature à l'aide des moyens décrits à l’article bonbons.
Dragées médicamenteuses. — Elles sont suffisamment caractérisées par l'agent thérapeutique qu'elles doivent contenir. La falsification de ces dragées porte sur cet agent auquel on substitue souvent des matières différentes : c’est ainsi qu’on a remplacé quelquefois l’iodure de fer par le môme sel altéré ou par du sulfate du même métal ; l’iodure de fer et de manganèse par de l’iodure ferreux simple; le lactate de fer par le sulfate ; la santonine et la digitaline par des matières amères quelconques.
Dragées d’iodure de fer. — D’après M. Lepage (de Gisors), on en fait facilement l’essai ainsi que des suivantes en prenant une de ces dragées et la délayant dans 4 grammes d’eau distillée. Le soluté, une fois filtré, ne doit pas bleuir une solution d'amidon, autrement c’est qu’il contiendrait de l'iode libre ; il doit produire par le carbonate de soude un léger précipité verdâtre et non ocracé; ce soluté, additionné d’acide azotique azoteux, doit abandonner de l’iode, qu’un peu de sulfure de carbone dissoudrait en se colorant en violet ; tandis que le chlorure de baryum n’y devra produire aucun trouble, ce qui annoncera l’absence des sulfates.
Dragées d’iodure de fer et de manganèse. — On en prend un certain nombre qu’on traite par l’eau distillée et l’on filtre la solution. On la précipite par un léger excès de carbonate de soude. Le précipité recueilli sur un filtre et lavé est ensuite dissous dans un peu d’eau régale ; on concentre la liqueur pour
EAU d’amandes amères.
en chasser l’excès d'acide, puis on l’étend d’eau distillée et on y ajoute du carbonate de baryte qui précipite tout le fer sans toucher au manganèse. Lorsque la liqueur claire a perdu sa teinte jaune, lorsque toute effervescence a cessé, on débarrasse cette liqueur de sa baryte soluble en y ajoutant un léger excès de sulfate de soude ; on filtre enfin, et on verse de la potasse dans ce liquide clarifié ; il en résulte un précipité blanc d’hydrate de protoxyde de manganèse qui devient brun à l’air. Ce précipité traité à l’ébullition par de l’acide azotique et de l’acide plombique donne un liquide d’une belle teinte violette.
Ce même dépôt brun, fondu au ‘chalumeau avec de la potasse et du nitre, donne une masse verte qui se dissout au contact des acides en devenant violette. On constatera dans ces dragées la présence de l’iode, et l’absence du sulfate.
Dragées de lactate de fer. — On y recherche le fer comme précédemment. Elles doivent être exemptes de sulfates, et par conséquent incapables de précipiter par du chlorure de baryum acidulé.
Dragées de santonine. — Réduites en poudre et agitées avec de l’éther pur dans un tube à essais, elles lui cèdent leur santonine que l’éther abandonne ensuite par évaporation spontanée. Cette santonine se colore en jaune lorsqu elle est exposée à une lumière vive.
Granules de digitaline. — Une vingtaine de ces granules mis en poudre et traités par 15 à 18"* d’alcool à 95“ lui abandonneront leur digitaline. Filtrant le liquide et l’évaporant, le résidu prendra une belle teinte verte, au contact de l’acide chlorhydrique pur, après quelque temps de contact.
EAU D’AMANDES AMÈRES. — L’eau d'amandes amères, ou hydrolat d’amandes amères, est un liquide laiteux, qui possède à un haut degré l’odeur et la saveur de l’acide cyanhydrique et de l’essence d’amandes amères.
Suivant une analyse de Geiger, 30 grammes de cette eau contiennent environ O^^OSô d’acide prussique pur, correspondant à 0®'',36 d’acide prussique médicinal. Une solution de nitrate d’argent ammoniacal donne lieu, dans cette eau, à un précipité blanc de cyanure d’argent qui, recueilli et pesé, indique la quantité d’acide cyanhydrique renfermée dans l’hydrolat (1).
On doit conserver l'eau d’amandes amères en flacons pleins, bouchés à l’émeri ; et malgré cela, suivant les observations de Geiger et Liebig, elle s’altère peu à peu.
En médecine, l’eau d’amandes amères est conseillée comme antispasmodique.
Quant aux caractères différentiels existant entre cet hydrolat et celui de laurier-cerise auquel on le substitue assez souvent, V. Eau de laurier-cerise.
(1) Il faut avoir soin de neutraliser l’ammoniaque par l’acide nitrique, au bout d’un certain temps. Le nitrate d’argent seul ne décèle pas la présence de l’acide cyanhydrique dans l’eau d’amandes amères.