‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 160 sur 470 · ÉCAILLE · texte numérisé non relu

ÉCAILLE

et peuvent avoir des inconvénients réels dans certaines conditions de santé où la faculté digestive est affaiblie. Ces eaux gazeuses ne peuvent donc remplacer les véritables eaux de Seltz dans l’emploi médical, elles ne peuvent convenir qu’aux personnes bien portantes qui veulent se désaltérer : les estomacs malades se trouveraient fort mal de leur emploi.

Ces eaux gazeuses donnent, par l’évaporation, un résidu salin plus considérable que les eaux de Seltz: le poids du résidu et son examen chimique font reconnaître à laquelle de ces eaux on a affaire.

L’emploi de cruchons portant l’étiquette, le cachet et l’écusson circulaire autour desquels est écrit Selsters, pour contenir du soclawater (t) et des eaux gazeuses artificielles^ constitue une véritable fraude, qui induit en erreur le médecin et le malade.

Altérations. — Il ne faut pas se servir de bouteilles d’eau gazeuse munies d’un siphon en plomb, et même, en général, de siphons métalliques.

Vers la fin de l’été de 1852, M. Chatin a trouvé une grande quantité de plomb dans une eau gazeuse qui avait séjourné pendant dix à quinze jours dans une bouteille à siphon de plomb, et qui avait acquis une saveur styptique particulière. La même année, MM. Bussy Chatin saisirent, chez divers débitants du faubourg Saint-Germain, des bouteilles à siphon métallique et à eau gazeuse plombifère. ,

Il faut aussi examiner les vases producteurs, les appareils pour la fabrication des eaux gazeuses artificielles ; quelques-uns ont fourni des eaux chargées de fer, de cuivre, plomb, qui donnèrent lieu à des accidents.

Un négociant fit détruire quatre cents appareils producteurs montés avec un alliage qui cédait à l’eau un sel de plomb.

Par suite de sa préparation avec le bicarbonate de soude et l’acide sulfurique, cette eau a pu retenir quelquefois une partie de cet acide à l’état de liberté. C’est un procédé de fabrication qu’il faut rejeter, car il est dangereux et constitue une véritable falsification. Aune certaine époque, on adaptait à l’appareil Briet un tube Ga7'tiaud contenant de l’acide sulfurique libre qui servait à la décomposition du bicarbonate. On a dû renoncer à cette méthode à cause des dangers de tout genre qu’elle présentait.

EAUX-DE-VIE. — V. Alcools.

ÉCAILLE. — L’écaille est une masse dure qui recouvre la carapace des tortues marines, principalement du caret, espèce de tortue qui fournit la plus belle qualité de ce produit. Celle que l’on trouve dans le commerce provient des tortues d’Asie, d’Afrique et d'Amérique. La meilleure écaille vient de l’île de l'Ascension, de l’île de France, des Indes orientales.

Elle est employée à la fabrication d’un grand nombre d’objets de tabletterie.

L’écaille étant d’un prix élevé, on l’imite souvent avec de la corne préparée et colorée de manière à produire les trois couleurs qui la distinguent.

Ainsi, I “ une dissolution d’or dans l’eau régale colore la corne en rouge ; 2® une dissolution de nitrate d’argent produit une couleur noire; 3“ une dissolution de nitrate de mercure fait prendre à la corne une couleur brune (2).

(I) Le soda-water, employé comme moyen de faciliter les digestions, est préparé avec 625 grammes à'eau gazeme à cinq volumes et de bicarbonate de soude.

^ (2) Avec des feuilles de gélatine superposées, entre lesquelles on introduit une matière colo-

ÉCORCE d’aNGUSTURB.

La corne ainsi colorée imite assez bien l’écaille, et se vend quelquefois pour cette dernière. La fraude ne peut se reconnaître chimiquement, car l’écaille se comporte absolument comme la corne avec les réactifs chimiques.

L’écaille n'est pas fibreuse ou lamelleuse comme la corne ; elle est aussi plus transparente, d’une dureté plus considérable.

On colore également la corne à l’aide du rouge d'aniline [Barniz). Elle présente alors, surtout par transmission, une coloration rouge extrêmement belle; mais parfois aussi, elle prend un reflet trop bleuâtre. On a également employé pour produire cette coloration le rouge de cochenille après un mordançage préalable au sel d’étain ; ces taches sont superficielles et peuvent être enlevées à l’aide d’un peu de savon mou et de tripoli.

On donne encore à la corne l’aspect de l’écaille en la frottant avec une pâte composée de deux parties de chaux, une de litharge et un peu de lessive de soude: le soufre de la corne transforme la litharge en sulfure noir de plomb.

L’écaille laisse depuis 0,1 jusqu’à 6 pour lOÜ d’une cendre composée Ae, phosphate de chaux avec des traces de phosphate de soude, de carbonate de chaux et A'oxyde de fer [Hatchett).

La corne laisse environ 0,5 pour 100 d’une cendre composée principalement de phosphate de chaux, avec un peu de carbonate de chaux et de phosphate de soude. Il serait peut-être possible de retrouver dans ces cendres la trace des métaux dont les solutions ont servi à la coloration de la corne.

On a préparé une écaille de tortue artificielle en faisant fondre de la gélatine avec différents sels métalliques.

ÉCORCE D’ANGUSTURE. — On connaît deux sortes d’écorce d’angusture : l’écorce A' angusture vraie et l’écorce de fausse angusture. La première est employée en médecine comme tonique et fébrifuge; la seconde ne l’est point; elle contient un violent poison, la brucine. On la substitue parfois totalement à l’angusture vraie ou on la mélange avec elle ; il est donc important d’indiquer les caractères diflerentiels qui permettent de distinguer ces deux écorces, d’autant plus que la possibilité d’une pareille substitution a fait abandonner pendant longtemps l’usage de l’écorce d’angusture vraie.

L’écorce A' angusture vraie provient du Galipea cusparia ou officinalis, de la famille des Rutacées. D’après l’analyse A'Ilusban, elle contient: cusparin, gomme, extractif, résine, huile volatile. Elle est en morceaux ou plaques d’une longueur variant depuis 0"', 10 jusqu’à 0“,33 et 0™,40; d’une largeur de 0“,023 à 0“,050. Elle est mince, compacte, un peu roulée, jaune-fauve ou rougeâtre intérieurement, gris jaunâtre à l’extérieur. Le bord des plaques est toujours taillé en biseau. Sa surface est quelquefois recouverte par des excroissances fongueuses. Sa cassure compacte et résineuse est nette et brune ; son odeur, forte et désagréable, est comparable à celle du poisson gâté; sa saveur est amère et piquante. Elle donne une poudre jaune, semblable à celle de la rhubarbe. Une goutte d’acide

rante, du nitrate d'argent (?), on obtient des dégradations de nuances, des taches qui lui donnent une certaine ressemblance avec l’écaille : on prépare ainsi une fausse écaille ou écaille factice, servant à fabriquer des articles de bureau, et même des peignes. Cette fausse écaille, immergée dans l’eau, quintuple de volume sans se dissoudre, ce qui est d'ailleurs le caractère d’une bonne gélatine. C’est pourquoi elle est impropre à la confection des objets qui ont besoin d’être lavés. Elle est plus douce au toucher que l’écaille véritable.

ÉCORCE d’aNGUSTURE.

nitrique concentre, versée sur la surface interne de cette écorce, y produit une tache de couleur jaune foncé. Une infusion préparée en versant 30 grammes d’eau distillée bouillante sur 10 grammes d’écorce entière laissée en macération pendant vingt-quatre heures, donne avec le sulfate de fer un précipité abondant d’un gris blanchâtre ; avec le cyanure jaune, il ne se produit rien d’abord, mais une addition d’acide chlorhydrique détermine la formation d’un précipité jaune très-volumineux.

La fausse angusture, ou angustio'e feri'ugineuse, est l’écorce du vomiquier [Slrychnos nux vomica). D’après les analyses de Pelletier et Caventou, elle renferme : hrucine, matière grasse, gomme, matière jaune soluble dans Veau et l’alcool, sucre.

Kig. 69. — Poudre de fausse angusture. Grossissement de tiO diamètres.

ligneux. Cette écorce, légèrement roulée et racornie, est plus lourde, plus épaisse que la précédente. Sa surface intérieure est grise; sa surface extérieure, rougeâtre ou couleur de rouille, est formée par une matière fongueuse, épaisse, qui la recouvre en certains endroits, et que quelques auteurs considèrent comme une espèce de lichen ; d’autres fragments de cette écorce sont raboteux, et comme marbrés de points noirs et blancs (1). Sa poudre est d'un blanc légèrement jaunâtre. Sa cassure est nette et résineuse; son odeur est à peu près nulle; sa saveur, d’abord très-amère, est suivie d’une âcreté persistante. L’acide nitrique versé sur la partie interne de l’écorce la colore en rouge foncé, tandis

(1) On l’appelle alors quelquefois : angusture peau de crapaud.

ÉCORCE d’aNGUSTURE.

qu’il fait [prendre à la partie fongueuse externe une teinte vert-émeraude assez intense. L’infusion aqueuse d’écorce de fausse angusture donne, avec le sulfate de fer, une coloration vert-bouteille, accompagnée d'un léger trouble ; avec le cyanure, un faible précipité ; l’acide chlorhydrique fait prendre au liquide une couleur verdâtre {E . Vinceiit).

En traitant cette écorce par de l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique, filtrant et agitant ce liquide avec un excès de potasse et de chloroforme, on obtien-

Fig. 70. — Puudrc ô.'angusture vraie. Grossissement de I tO diamètres.

drait, en évaporant celui-ci, de la brucine facile à reconnaître par la coloration rouge vif que lui donne l’acide azotique.

L’examen des deux écorces au microscope peut également fournir des indications précises tirées de leur différence de structure. Pour le comprendre, il suffit de jeter les yeux sur les deux figures données par M. Cauvet (1), concernant ces deux angustures.

Lorsqu’elles sont en poudre, on doit, pour les distinguer, traiter cette poudre par l’acide azotique du commerce ; on chauffe légèrement, puis on filtre et on ajoute à la liqueur filtrée quelques gouttes de chlorure stanneux, qui développe une belle coloration violette si la poudre renferme de la fausse angusture [Jacqiiemin).

Concurremment avec ce procédé chimique, très-bon du reste, on peut em-

(i) Hist. nat. médic., I8G9, t. II, p. 234.

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