‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 171 sur 470 · ESSENCE DE CAMOMILLE · texte numérisé non relu

ESSENCE DE CAMOMILLE

ESSENCE DE CAJEPUT. — L’essence de cajeput (1) s’extrait des feuilles du Melaleitca leucodendron et du Melaleuca cajeputi (Myrtacées). Elle est ordinairement d’un vert pâle, très-fluide. Aspirée en masse, son odeur est désagréable; très-divisée, elle est suave comme celle du camphre et du romarin ; sa saveur est fraîche, comme celle de la menthe. Sa densité est 0,978; elle bout à 175“, et se dissout entièrement dans l’alcool. L’acide nitrique lui communique une couleur rouge-brunâtre, accompagnée d’une réaction très-vive.

Falsifications. — La couleur verte de l’essence de cajeput qui, en partie, lui est propre, mais qui provient aussi quelquefois du cuivre des vases dans lesquels on la distille ou on l’expédie, a donné aux falsificateurs l’idée de fabriquer l’essence de toutes pièces, avec des huiles grasses ou des essences diverses (ess. de romarin, camphre), colorées soit avec des sels de cuivre, soit avec une teinture alcoolique de mille feuilles (2).

L’essence pure doit être entièrement soluble dans l’alcool, ce qui n’a pas lieu lorsqu’elle est mélangée d’essence de térébenthine. Elle doit brûler sans résidu et ne doit sentir ni le camphre, ni la térébenthine, ni la rose, ni la menthe, ni la rue, ni le romarin, ni la lavande. Si l’essence de cajeput laisse un résidu, il indique qu’elle a été mélangée avec des huiles grasses, et colorée artificiellement. La distillation indique également si l’essence est pure ou impure : si elle est pure, elle passe dans le récipient avec la couleur verte qui lui est propre; dans le cas contraire, elle passe incolore. On reconnaît si le résidu contient du cuivre, soit en calcinant et en traitant les cendres par l’acide nitrique étendu, puis par l’ammoniaque en excès, qui donne la coloration bleue caractéristique des sels de cuivre; soit en mêlant préalablement l’essence de cajeput suspecte avec une solution de potasse caustique : le mélange agité, chauffé modérément, puis filtré, donne un liquide presque clair, et le filtre retient le précipité d’hydrate de bioxyde de cuivre qui s’est formé. On sépare ensuite l’essence de la solution alcaline, au moyen de lavages à l’eau distillée.

En agitant directement l’essence de cajeput cuivrée avec de l’ammoniaque ou avec une solution de cyanure jaune, Guibourt a ainsi fait naître la coloration bleue ou le précipité brun caractéristiques que ces réactifs produisent au contact des sels de cuivre.

ESSENCE DE CAMOMILLE. — Cette essence s’extrait des fleurs de la camomille des prés [Matncaria camomilla). Elle est d’un bleu foncé, opaque et souvent visqueuse. Sa saveur est aromatique et amère. Sa densité est 0,924. Elle brunit et s’épaissit par l’action de l’air et de la lumière.

Falsifications. — L’essence de camomille est souvent falsifiée avec l'essence de térébenthine ou l’essence de citron. On reconnaît ces fraudes au moyen de l’iode, qui s’échauffe fortement, et même explosionne, avec dégagement de vapeurs violettes, si l’addition d’essence de térébenthine est forte.

(1) Le mot cajeput signifie, dans la langue des habitants des Moluques, ïarbre blanc.

(2) On a fabriqué de toutes pièces une essence de cajeput avec 1 p. de camphre dissous dans 4 p. diacide acétique concentré et mêlé à 8 p. d'essence de romain, 16 p. de vinaigre distillé; le tout était additionné de 128 p. d'eau, de 8 p. de semences de petits cardamomes concassés; la couleur verte était donnée par une teinture alcoolique de mille feuilles.

Quelques gouttes de cette essence factice furent mises sur un morceau de sucre, puis le sucre fut dissous dans l’eau, et le camphre vint surnager, sous forme de flocons.

Page 1