ESSENCE DE TÉRÉBENTHINE
humide et s’y dépose à l’état de cristaux. Elle explosionne vivement au contact de l’iode.
L’air altère peu à peu l’essence de térébenthine en l’oxydant et la résinifiant; de là son emploi dans les vernis siccatifs.
Usa^^es. — L’industrie en fait une consommation considérable pour la peinture et les vernis.
Elle est employée en pharmacie sous forme de fomentations, de liniment, de capsules, -etc. En mélange avec l’alcool, elle constitue l’hydrogène liquide qui sert à l’éclairage, etc. ,
Altérations. — L’esscuce de térébenthine peut être altérée :
1“ Par un séjour prolongé au contact de l'ai?'. Elle est alors peu limpide, rend les doigts poisseux, et laisse à la distillation un résidu sec de colophane qui varie de 1 à 2,5 p. 100 ;
2® Par l’effet d’une distillation peu ménagée. Elle entraîne alors une portion de la résine de la cucurbite où se fait l’opération. 11 en résulte une essence brune et poisseuse;
3“ Par la présence d’un peu de cuivre qu’elle enlève aux réservoirs métalliques dans lesquels on la recueille. Elle est alors verte, quelquefois trouble à cause du sel de cuivre qui s’en précipite par insolubilité : elle noircit par l’acide sulfurique.
Falsifications. — On lui ajoute de la térébenthine ou de la colophane, ou QncovQ huile pyrogénée ohiQxme par la distillation de la résine elle-même. M. Barbet, de Bordeaux, a indiqué les moyens suivants pour constater ces sophistications :
Essai à l’alcoomètre. — Degrés de divers mélanges :
L’essence pure distillée à la cornue marque 78", 5
— distillée ancienne 78", 0
— pure additionnée de 10 p. lOO de térébenthine marque. 74", 2
— — de 5 p. 100 — 76”, I
— — de 10 p. 100 de colophane 73", 1
— — de 5 p. 100 — 75",0
— — de 10 p. 100 d'huile pyrbgénée 74", 2
— — de 5 p ICO — 76", 4
Essai par distillation et évaporation. — 11 se pratique en soumettant fOO grammes d’essence à la distillation dans une cornue tubulée munie d’un thermomètre. Lorsque l’instrument vient à marquer 180 à 190®, on verse le résidu de la cornue dans une capsule tarée. En évaporant avec ménagement, on pèse le résidu lorsque ses caractères sont stationnaires :
Essence distillée
— ancienne
— à 10 p. 100 de térébenthine..
— à 10 p. 100 de colophane....
— à 10 p. 100 d’huile pyrogénée
résidus. ^
Résidu nul.
Léger résidu poisseux.
6 p. 100 de colophane sèche.
Un résidu pyrogéné dont le poids varie suivant le degré de chaleur communiquée.
ESTAGNONS.
Essai par l' ammoniaque (1) :
Essence pure
— à 10 p. 100 de térébenthine..
— à 5 p. lüO
— à 10 p. 100 de colophane....
— à 10 p. 100 d’huile pyrogénée,
Résidus.
Aucun effet. Le mélange se sépare nettement.
Mélange émulsif qui s’éclaircit par le repos, donne un magma gélatineux , demi-transparent, bleu fauve, surnagé par un liquide incolore.
Môme caractère, mais beaucoup moins tranché ; magma peu volumineux.
Chaque goutte d’ammoniaque semble se solidifier en tombant dans le liquide ; par l'agitation, solidification en masse consistante semi-transparente.
Même effet; masse plus opaque.
Solidification au bout de quelques secondes ; masse butyreuse très-blanche grumelée, comme cristallisée (3).
Mélange émulsif qui s’éclaircit rapidement ; l’ammoniaque, colorée en fauve, gagne le fond du vase.
ESTAGNONS. — Les estagnons sont des vases de cuivre jaune, d’une forme sphéroïdale aplatie, dans lesquels on transporte les eaux distillées, et principalement l’eau de fleurs d’oranger.
Ces vases, adoptés en raison de leur légèreté et de leur facilité d’arrimage, sont composés de deux parties soudées ensemble et recouvertes, à l’intérieur, d'une couche très-mince d’étain.
Primitivement, l’étamage était soigneusement appliqué à l’étain pur, ou fait tout au moins avec un alliage d’étain et de plomb, dans lequel les minimes proportions de ce dernier métal ne pouvaient influer sur la qualité des eaux de fleurs d’oranger.
Plus tard, par suite d’une concurrence exagérée, l’emploi de ces estagnons de cuivre donna lieu à des plaintes et à des réclamations, fondées sur ce qu’ils étaient très-souvent mal étamés, ou étamés avec de Vétain allié de plomb, dont la proportion était de nature à rendre les eaux de fleurs d’oranger nuisibles à la santé, par suite de l’acide acétique qui se développe au sein de ces eaux (4) : elles contiennent alors du plomb à l’état d’acétate. En outre, les estagnons, servant plusieurs fois à l’expédition des eaux distillées, sont, à cause de leur minceur, bosselés par la moindre pression. Les chocs, dans le transport, y déterminent des fissures que l’on répare à l’aide de soudures (5) contenant une
(1) On met 8 gouttes d’ammoniaque liquide sur 100 grammes d’essence.
(2) Si l’ammoniaque n’agit pas de la même façon sur la térébenthine et sur la colophane, c'est que cette dernière renferme de l’acide syhique à la place de l’acide pinique contenu dans la première.
(3) Cette essence est alors comparable à celle qui a vieilli.
(4) En 1829, un avis, affiché dans toute la Belgique, attira l’attention de l’autorité. Dans cet avis, la Commission médicale de la Haye faisait connaître à tous les consommateurs que Veau de fleurs d’oranger, surtout celle provenant de France, était nuisible et dangereuse, par suite d’ingrédients tirés du plomb; en conséquence, la Commission les invitait à se prémunir contre le funeste usage de cette eau ainsi altérée.
(5) On a compté jusqu’il dix soudures dans un estagnon saisi chez un épicier de la rue Saint- Honoré.
ESTAGNONS.
grande quantité de plomb, sans compter celles qui ont été déjà employées pour fixer les anses de ces vases. Ces soudures nombreuses, les mauvais alliages dont sont composés les serpentins destinés à la condensation des vapeurs dans la préparation des eaux distillées, de plus l’extrême ténuité de la couche d’étain superposée au cuivi’e dans l’étamage, toutes ces causes font qu'à la longue les eaux de fleurs d’oranger contenues dans les estagnons qui ont servi plusieurs fois et qui ont été bosselés, ou fissurés et ?-habi/lés, tiennent en dissolution du plomb (1) et du cuivre à l’état d’acétates.
Pour éviter les graves inconvénients qui résultent de l’emploi économique et médical d’eaux distillées renfermant ces sels toxiques, on a cherché à remplacer les estagnons de cuivre.
Le bois ne peut convenir que dans certaines conditions difficiles à remplir et pour de fortes expéditions.
Le verre, proposé par quelques personnes, est encore moins convenable, à cause de sa fragilité et parce qu’il ne peut être renvoyé à l’expéditeur, ce qui en fait un objet sans valeur et encombrant pour l’acheteur. En outre, pendant l’hiver, la gelée peut en occasionner facilement la rupture (2).
On a proposé le zinc, le fer-blanc.
Le zinc, recommandé à tort par quelques pharmaciens, donna lieu aux mêmes inconvénients pour la santé publique, à cause de la facile altérabilité de ce métal et des propriétés vomitives de ses sels, en particulier de V acétate, dont la présence fut constatée dans certaines eaux de fleurs d’oranger.
L’emploi des estagnons de fer-blanc présente aussi l’inconvénient d’altérer les hydrolats, qui dissolvent du fer et acquièrent une saveur atramentaire désagréable.
L’autorité, justement préoccupée à la fois de la situation grave dans laquelle pouvaient se trouver la sécurité et la santé publiques, et de l’atteinte portée à laprospérité du commerce de Grasse, par suite de plaintes incessantes, chercha
II) En 1852, GuiUaumo7it, pharmacien à Manosque, reconnut dans une eau de fleurs d’oranger qu’il avait reçue d'une maison de Grasse, sous l’étiquette triple supérieure, une très-forte proportion de plomb, au point qu’au bout de quelques jours, l’hydrolat se recouvrait d’une légère pellicule, semblable à celle que l’on remarque à la surface de l’eau de chaux ou du sousacétate de plomb liquide: 1,000 grammes de cette eau de fleurs d’oranger donnèrent O^qCO d’acétate de plomb. Ultérieurement, Guiltaumont s’assura non-seulement que l’estagnon qui la contenait était étamé avec un étain très-plombifère, mais encore qu'il portait quinze soudures, et qu'une partie de la soudure était tombée dans l’estagnon même, au fond duquel elle reposait librement.
(2) Cependant les eaux de fleurs d'oranger venant de Grasse, vendues, en petite quantité, chez les parfumeurs, sont renfermées dans des bouteilles couvertes de papier, nommées sacoches.
Pour diminuer les dépenses d'expédition causées par l’emploi obligé d’estagnons neufs étamés à l'étain fin, M. Isuard-Maubert, fabricant à Grasse, a mis en usage, en 1853, des estagnons en verre, complètement revêtus d’une enveloppe métallique, afin de diminuer les chances de casse et de perte du liquide. Suivant l’auteur, les avantages de ce mode d’expédier les eaux de fleurs d'oranger sont les suivants :
1“ Conservation des liquides en contact avec le verre, sans danger d’oxydation ou de coloration ;
2° En cas de rupture fortuite, conservation du liquide, recueilli dans l'enveloppe métallique (fer-blanc, cuivre étamc à l’étain fin) dont le goulot est hermétiquement fermé avec une capsule en parchemin ou en caoutchouc;
3° Usage indéfini de l’estagnon , tandis que ceux de cuivre ne peuvent servir qu'une fois.
ESTAGNONS.
à recueillir tous les avis et tous les renseignements possibles pour parvenir changer cet état de choses.
Le Conseil de salubrité, consulté d’abord, fut d’avis que l’on n’étamât les estagnons qu’à Vétain pu?', et que les eaux de Heurs d’oranger, après leur transport, ne fussent conservées que dans des vases de yerre ou de te?'?'e.
Quelques années après, un fabricant de Grasse, M. Mé?'o, proposa d’obliger les chaudronniers de cette ville à revêtir chaque estagnon sortant de leurs ateliers d’une marque distinctive spéciale, d’une estampille portant ces mots : Gai'anti pu?', certifiant que l’étamage a été fait à l'étain pur, et préalablement soumis à l’analj’se de deux chimistes désignés par l’autorité locale. M. Mé?‘o proposa, en outre, que les estagnons fussent poinçonnés par un agent de l'administration.
En 1844, on constata que les eaux de fleurs d’oranger saisies chez divers épiciers renfermaient des proportions de plomb tellement fortes, que l’on chercha de nouveau à faire rejeter l’emploi des estagnons de cuivre étamé. Les négociants de Grasse s’opposèrent à ce rejet tendant à amener une grande perturbation dans l’industrie des chaudronniers de Grasse, et ils reproduisirent les moyens proposés, à deux reprises difl'érentes, par M. .17eVo.
Après de nombreuses recherches, faites daus le but de remplacer l'estagnon de cuivre, ce distillateur s’arrêta à l’emploi d'estagnons de fer battu étamés, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, par trois immersions successives dans un bain d’étain p\ir, c’est-à-dire d’étain vierge de Banca, de Malacca, d’Angleterre el même d’Allemagne.
Le Comité consultatif des arts et manufactures, l’École de pharmacie de Paris, consultés par M. le Ministre de l’agriculture et du commerce, et l’Académie de médecine, d'après le rapport de Guibourt sur un travail qui lui avait été présenté à ce sujet par M. Octave B?'iffaut, furent d’avis que l’estagnon de fer battu, étamé à l’étain fin, devait être substitué à l’estagnon de cuivre étamé, pour le transport et la conservation des eaux de fleurs d’oranger, attendu que la rouille (oxyde de fer), dissoute dans un hydrolat acide ou de mauvaise qualité, n’amènerait rien de comparable aux accidents causés par le cuivre et le plomb.
Il résulte, en effet, d’expériences faites par Soubeira??, que l’eau de fleurs d’oranger, acidifiée par l’acide acétique et conservée en vidange pendant plus d’une année dans un estagnon de fer battu, bie?i éta?né, n’a présenté nucu??e /race de métal en dissolution.
Depuis, un négociant de Grasse a imaginé de faire des estagnons de cuivre, revêtus, intérieurement d’une couche d’aryen/, déposée par les procédés électrochimiques.
Un arrêté du maire de la ville de Grasse, en date du 18 janvier 1850; une circulaire de M. le préfet de police, adressée, en août 1852, aux commissaires de police de Paris et aux maires des communes rurales ; une ordonnance de M. le préfet de police, du 23 février 18-53, ont établi définitivement la fabrication des estagnons en cuivre étamés à l’étaùi f??i.
Voici le texte de l’arrêté :
« Le maire de la ville de Grasse :
« Vu le rapport de l’École de pharmacie de Paris, du 31 août 1848 ;
« Vu la lettre de M. le Ministre de l’agriculture et du commerce, du 14 octo- « bre 1848 ;