FARINE DE MOUTARDE
stimulante et épispastique. Elle forme la base de cataplasmes appelés, pour cette raison, sinapismes, et elle est l’élément actif des feuilles de moutarde RigoUot. La farine de moutarde est l’objet d’une vente importante. Dans le département de la Seine, cette vente s’élève annuellement de 300,000 à 330,000 kilogr., plus 10,000 kilogr. consommés par les hôpitaux.
Altérations. — La farine de moutarde peut être altérée par suite d’une trop longue conservation au contact de l’air, elle possède alors une odeur de ranci caractéristique. Elle peut aussi perdre toutes ses propriétés rubéfiantes lorsqu’elle est conservée dans un lieu humide. Elle est alors beaucoup moins sapide, souvent décolorée, quelquefois brune et couverte de moisissures.
Falsifications. — La farine de moutarde est falsifiée avec les tourteaux de colza, de lin, de navette; les farines, de blé, àiorge, de féveroles et de maïs; la fécule de pommes de terre, le curcuma, la graine de Sinapis arvensis ; V ocre jaune, le gypse ; avec de la tem-e à poêle.
Le mélange avec la poudre de provenant des fabriques où l’on extrait
les huiles de lin, de navette et de colza, peut être apprécié par l’âcreté moindre que présente la farine falsifiée et par la moindre proportion d’huile grasse qu’elle fournirait.
Le mélange avec la fécule de pommes de terre, avec les farines de blé, d'orge, de féveroles et de maïs, se reconnaît en traitant par la teinture d’iode le décoctum aqueux de la farine suspectée ; celui-ci est coloré en bleu ou en violet, ce qui n’arrive pas avec la farine pure.
L’addition de curcuma, dans la proportion de 2 p. 10:), afin de donner à la farine une teinte brillante, se découvre en traitant la farine suspecte par l’eau bouillante ou l’alcool bouillant ; ces liquides sont colorés en jaune ; ou bien on ajoute quelques gouttes d’une solution de potasse caustique, qui développe avec le curcuma une coloration rouge. Du reste, ce mélange n’est pas nuisible.
L’introduction des semences du Sinapis arvensis rend la moutarde beaucoup moins sapide. Elle est aussi plus colorée, présentant des points noirs nombreux provenant de l’enveloppe de la graine.
Tous ces genres d’essai ne doivent pas faire négliger les ressources que l’on trouve dans l’emploi du microscope pour la recherche de toutes ces matières étrangères.
La présence de Y ocre jaune, du gypse, est décelée par l’incinération d’une portion de la farine ; la couleur rouge du résidu et son examen chimique, qui permet de retrouver l’oxyde de fer, l’alumine et la silice, le sulfate de chaux ou gypse, indiquent suffisamment s’il y a un mélange frauduleux. De plus, le résidu des cendres dépasse 5 p. 100.
Nous n’en dirons pas autant des autres falsifications que l’on fait subir à la farine de moutarde au moyen de produits organiques, et qui peuvent être telles, qu’une révulsion, qui devrait être produite par un sinapisme, n’ayant pas lieu avec la farine adultérée, le malade peut succomber. Dès lors le falsificateur devrait être considéré comme l’auteur d'un homicide volontaire.
La farine de moutarde étant un de ces médicaments sur l’énergie desquels le médecin doit pouvoir compter, et la vie du malade dépendant souvent de la rapidité de son action, nous ne saurions trop recommander aux pharmaciens de préparer eux-mêmes cette farine.
FARINE DE RIZ
FARINE D’ORGE. — La farine d’orge s’obtient des fruits de VHordeum vul- (jare. Elle est jaunâtre, sans odeur ni saveur désagréables. Macérée dans l’eau, elle communique à ce liquide une réaction acide au papier de tournesol. La farine d’orge renferme, suivant .•
Amidon, 60 ; SMcre, 5 ; gluten sec, 3,5 ; albumine, ï ; enveloppe, 19,3 ; eau, 11,2.
Suivant Proust, elle contient :
Amidon, 32; extrait gommeux et sucré, gluten sec, 3; hordéine, 55; i’ésine '<aune soluble dans V alcool, 1 .
Ce qu’on appelle gluten dans la farine d’orge n’en est pas, à proprement parler ; il n’en possède nullement les propriétés physiques : c’est plutôt du son en fragments plats, de couleur blanche.
La farine d’orge pure donne 2,38 p. 100 de cendres {Louyet) (1).
Usages. — La farine d’orge est employée comme émolliente, sous forme de boisson, de décoction aqueuse.
Cette farine, additionnée d’un quart ou d’un tiers de froment, se consomme, sous forme de pain, dans les contrées où la population ne pourrait se procurer assez économiquement le pain de farine de blé. Ce pain est mat, peu levé, et possède une saveur et une odeur bien moins agréables que celui de froment.
Falsification. — La farine d’orge a été quelquefois mélangée de carbonate de chaux (2).
Une semblable farine est plus pesante, sous le même volume, que la farine pure. Elle fait une vive effervescence au contact des acides, et fournit, par l’incinération, une forte proportion de cendres renfermant le carbonate de chaux en partie décomposé, et converti en chaux vive ramenant au bleu le papier de tournesol rougi, et rougissant le papier jaune de curcuma.
FARINE DE RIZ. — La farine de riz est le résultat de la mouture des semences de VOriza saliva (Graminées). Elle est en poudre très-blanche, légère, fuyant assez sous les doigts, se délayant facilement dans l’eau chaude en donnant une colle assez fine et consistante.
Les granules d’amidon de riz sont excessivement petits et caractérisés par leur forme polyédrique, anguleuse (fig. 101).
D’après une ancienne analyse de Braconnot, le riz serait composé de : amidon, 85,07 ; parenchyme, 4,8; matière azotée, 3,6; sucre, gomme, huile, sels minéraux,
Usages. — Elle est employée en cataplasmes pour combattre l'inflammation.
(1) Composition des cendres d’orge :
D’après M. Bichon.
D’après .M. Ei'dmann.
Potasse 3,!M
Sonde l(i,79
Chaux 3, -36
Magnésie 10,05
Peroxyde de fer 1,93
Acide phosphorique 40,63
Acide sulfurique 0,26
Silice 21,99
Potasse 20,91
Alumine 0,83
Chaux 1,67
Magnésie 6,91
Peroxyde de fer 2,10
Acide phosphorique 16,71
Acide sulfurique 21,77
Silice 29,10
(2) En 1846, nous avons eu à examiner une farine d’orge qui contenait 30 à 32 p. 100 de carbonate de chaux (A. Ch.).
FARINE DE SEIGLE. 449
Fnisiflcations. — Cette farine est quelquefois fraudée avec des ingrédients de même nature {farine d'orge^ de seigle, A'avoine, etc.).
Le dosage du gluten, qui n’existe pas dans le riz, fexamen au microscope de l’amidon qui en résulte peuvent déjà fournir de bonnes indications à ce sujet. En effet, l’amidon de riz est remarquable par la petitesse de ses grains, par l’égalité de leur volume et par leur forme polyédrique très-marquée. Son décocté aqueux laisse déposer des flocons légers formés de granules fort petits maintenus en suspension par un empois assez muqueux.
D’après M. Van Bastelaer, il est facile de constater la présence de farines étrangères dans celle de riz, en faisant usage d’une solution saturée diacide pici-ique, qui ne trouble jamais le macéré de cette dernière farine. On prend 20 grammes de farine suspecte, on les délaye dans ICO grammes d’eau froide en abandonnant le tout pendant une heure seulement à une température modérée (12°). En décantant ou filtrant la liqueur, et lui ajoutant son volume de solution picrique saturée, on obtiendra dans ces circonstances un précipité plus ou moins abondant, toutes les fois que le produit aura été fraudé par une farine étrangère : le maïs, le sarrasin, les légumineuses rendent le précipité de plus en plus abondant.
FARINE DE SEIGLE. — La farine de seigle se prépare avec la semence du Secale cereale, de la famille des Graminées. Elle est un peu grise; elle donne du gluten, mais en petite quantité. Ce gluten a été examiné par M. /Te/r/i; à l’état humide, il a une odeur analogue à celle du pain; il est jaune, flexible, et se laisse pétrir. A l’état sec, il est brun, corné ; il a une cassure vitreuse, et ne se laisse que difficilement réduire en poudre ; il est insoluble dans l’eau froide,, peu soluble dans l'eau bouillante, soluble dans l’alcool bouillant. 11 se comporte comme le gluten de froment, à l’égard des acides et des alcalis.
Suivant Einhof, la farine de seigle est composée de: amidon, V>\ -, gluten humide, 9,48; albumine, 3,27; glucose, 3,27 ; mucilage, 11,09; fibre végétale, 6,38 ; perte et matière grasse, phosphates terreux et magnésien, 5,42 (1).
Les globules d’amidon de seigle présentent des cicatrices linéaires ou cruciales comme les globules d’amidon des Légumineuses (Lecanu). (Voy. fig. 92, pag. 426.)
La farine de seigle donne 1 p. 100 de cendres {Louyet) (2).
(1) D’après Ritthausen, le seigle renfermerait deux corps albuminoïdes particuliers, la paracaséine et la mucédine.
(2) Composition des cendres de seigle de Giessen (Hesse-Darmstadt), d’après MM. Will et Frésénius; et de seigle Clèves, d’après M. Bichon :
Seigle de Giessen Seigle de Clèves.
Potasse 32,76 11,43
Chevallier et Baudrimont, 5' édit.
FARINE DE SEIGLE
Usagées. — La farine de seigle est regardée comme émolliente. On l’nnit à celle du blé pour faire le pain bis ou de méteil. On l’emploie pour confectionner le pain d’épices et quelques autres préparations alimentaires.
Altér.ations. — Le sefÿ/e eriyo^é communique des propriétés nuisibles àla farine de seigle. Les points violacés qu’on observe dans cette dernière peuvent seulement faire supposer sa présence. (Voy. Farine de blé avec seigle ergoté.)
Bœttger, pour cette recherche, recommande d’ajouter à la farine son volume d’éther, puis quelques fragments de cristau.x d’acide oxalique. En portant le liquide à l’ébullition et le laissant refroidir ensuite, il reste coloré plus ou moins en- rouge par la présence de l’ergot.
La farine de seigle est d'ailleurs sujette aux mêmes altérations que la farine de blé, sous les mômes influences.
Faisiflc.ations. — La farine de seigle a été falsifiée par la farine de lin (1).
On fait macérer la farine falsifiée dans quatre fois son poids d’eau froide, pendant deux heures ; on décante ensuite la liqueur et on y verse quelques gouttes d’une solution concentrée de sous-acétate de plomb : il se produit un précipité très-abondant de gomme ou de mucilage {Martens). Mais ce mode d’opérer est insuffisant, car la farine de seigle pur contient beaucoup de gomme ou de mucilage, et donne aussi un précipité assez abondant avec le même réactif.
Le procédé de M. Donny pour déceler cette fraude consiste à délayer un peu de farine suspecte dans quelques gouttes d’une solution de potasse caustique, à 14 p. 100 (c’est-à-dire 14 pp. de potasse dans 86 pp. d’eau), sur le porte-objet d’un microscope ou d’une loupe montée. Si la farine est mélangée, on aperçoit, au sein de la masse, des fragments généralement carrés, d’une couleur rouge, d’un volume presque uniforme et très-petits (ils sont plus petits que les grains d’amidon. Ces fragments proviennent de l’enveloppe de la graine. De cette manière, on retrouve, d’après M. Donny., 1 p. 100 de farine de lin dans la farine de seigle.
On peut opérer autrement, et, comme l’a indiqué M. Mareska, laisser tremper pendant deux ou trois heures dans l’éther,- 50 grammes environ de farine suspecte, puis décanter, filtrer et évaporer à siccité. Le résidu de l’évaporation est traité par une dissolution de nitrate de protoxyde de mercure (obtenu en dissolvant à froid le mercure dans un excès d'acide nitrique), contenant encore de l’acide nitreux en dissolution. Sous l’influence de l’acide hyponitrique, l’huile de seigle se prend en une masse solide d’un beau rouge. On enlève le nitrate de mercure à l’aide d’un lavage, et on traite le résidu par l’alcool à 56® bouillant ; ce liquide, décanté à chaud et évaporé, laisse pour résidu l’huile de lin provenant delà farine de lin ajoutée.
Dizé a signalé aussi le mélange de farine de seigle avec la farine mélampyrée ;
Seigle de Giessen.
Soude 4,45
Chaux 2,92
Magnésie 10,13
Peroxyde de fer 0,82
Acide phosphorique 47,29
Acide sulfurique I,4G
Silice 0,01
Seigle de Clèves.
(I) Cette falsification a eu lieu surtout en Belgique et dans quelques communes du nord de la France, en 1846 et 1847.
FAUX EN ÉCRITURE PUBLIQUE ET PRIVÉE. 451
le moyen de le découvrir est le même que celui que nous avons indiqué à l’article Farine de blé.
M. Rakoivitsch a conseillé l’emploi du chloroforme pour faire l’examen de la farine de seigle. En raison des poids spécifiques si différents de la farine, du son qu’elle contient et des substances organiques ou minérales qu’on a pu lui ajouter, il se fait un départ entre toutes les matières, comme dans le procédé Caületet pour l’essai de la farine : les substances minérales se déposent les premières; la farine qui reste en suspension ne se précipite à son tour que par l’addition d’alcool à 95® au chloroforme pour en diminuer la densité ; le son surnage le tout.
FAUX EN ÉCRITURE PUBLIQUE ET PRIVÉE. — Les faux ou falsifications des actes et des écritures ont pour objet de substituer à une écriture, dans un acte ou pièce quelconque, une autre écriture que l’on a intérêt à y placer.
Suivant que cette substitution est totale ou partielle, on dit que le faux est général ou partiel.
Les faux généraux, tels qu le lavage ou le blanchiment frauduleux du papier timbré, des passe-ports, etc., sont le plus souvent sans intérêt. Cependant le lavage du papier timbré cause au Trésor une perte annuelle considérable.
Les faux partiels consistant à enlever un ou plusieurs mots, une ou plusieurs lignes dans une pièce quelconque, sont ceux qui se présentent le plus souvent, car on a plus d’intérêt à les commettre.
Les faux sont dits en écriture publUpie ou privée., suivant qu’ils portent sur des actes publics (passe-ports, diplômes, registres de baptême- et de sépulture, titres ecclésiastiques, actes mortuaires, actes de naissance, billets de banque, faux timbres (1), etc., etc.), ou sur des actes privés (bons de toute nature, valeurs industrielles et commerciales, lettres de voiture, lettres de change, actions de chemins de fer ou de sociétés industrielles, actes notariés, pièces judiciaires, testaments, etc., etc.).
Un autre genre de faux qui a été poussé très-loin consiste à contrefaire la signature des maîtres anciens sur des copies de tableaux que l’on fait passer pour des originaux. Heureusement, de maladroits faussaires vinrent donner l’éveil dans plusieurs circonstances ; les uns signaient en toutes lettres lorsqu’il eût suffi d’un monogramme, ou bien se contentaient de mettre un monogramme, lorsqu’il eût fallu écrire le nom en entier (2).
Si l’on consulte les annales judiciaires, on voit que la falsification des écritures à l’aide d’agents chimiques était déjà pratiquée au seizième siècle : dans des ouvrages de cette époque, on trouve des notions sur l’emploi des acides et des alcalis pour faire disparaître l’encre. Mais la découverte du chlore, la propagation des procédés chimiques dans toutes les classes de la société, la multiplicité des
(1) Nous avons eu 5 examiner, avec M. Delarue, un timbre apposé sur un acte de naissance; nous sommes parvenu à effacer en partie ce timbre, qui était matériellement faux, et tracé en entier au crayon de mine de plomb, probablement au moyen d'un ponds ou d’un calque au carreau : ce timbre ne portait aucune trace d’encre ordinaire d’impression (A. Ch.).
[i) Néanmoins, on a l’exemple de brocanteurs qui ont vendu à des étrangers de distinction des copies de tableaux de maîtres modernes pour des originaux, en imitant les signatures.
F’AUX EX ÉCRITURE PUBLIQUE ET PRIVÉE
actes, fruit de l’essor qu’a pris Tindustrie, ont présenté un concours de circonstances favorables au développement de l’art du faussaire (1).
La cupidité a, en effet, porté quelques hommes à faire de la falsification des écritures une sorte de science, par les connaissances étendues dont ils ont fait preuve dans leur manière d’opérer, et qui ont souvent mis en défaut l’expérience des chimistes les plus habiles.
L’importance du crime de faux, les désordres qu’il est susceptible d’amener dans les transactions publiques et privées, ont engagé depuis longtemps un grand nombre de chimistes à s’occuper des moyens de le reconnaître. Parmi ces chimistes, nous citerons : E&chenhach, Palmer, Zechini, Berner, Tarry, Maldot, Deyeux, Dulong, d'Arcet, Chaptal, SéruUas, Gay-Lussac ; Thénard, Chevreul, Dumas, Begnault, Pelouze, Chevallier, Lassaigne, Coulier, Prével.
Les moyens auxquels les falsificateurs d’écritures ont généralement recours sont : le grattage, dissimulé par la poudre de' résine sandaraque, l’alun ou un collage partiel ; le lavage à l’aide d’agents chimiques (chlore, eau de javelle ; acides chiorhydrique, citrique, oxalique, etc.). Il s’ensuit que les pièces arguées de faux doivent être soumises à deux sortes d’examen : Y examen jihysique et Yexatnen chimique.
Exniueii physique. — On place l'acte suspect entre l’œil et une lumière vive; on l’examine, soit à l’œil nu, soit à la loupe, dans le but de reconnaître si le papier n’a pas été gratté et si, à l’aide de ce grattage, des écritures n’ont pas été enlevées. L’amincissement du papier dans les points grattés offre une semitransparence, parfois des espèces de marbrures (2). Le papier peut aussi présenter des parties déchirées, égratignées, une différence de couleur en divers endroits; la couleur de l’encre, son intensité, peuvent n’être pas les mêmes pour tout le corps d’écriture : cette différence pourrait être attribuée à l’époque à laquelle l’encre aurait été apposée sur le papier, ou à la réaction des agents chimiques employés par le faussaire sur les parties composantes de l’encre, réaction qui ne se manifeste souvent qu’au bout d’un certain temps. On doit examiner si l’écriture est également pleine dans toutes les parties de l’acte, et si les traits se sont élargis (ont bavoché), comme ils le font sur le papier non collé : cet élargissement indique soit un lavage, soit un affaiblissement ou un mauvais collage du papier (3). Enfin, on regarde si la couleur de ce dernier est
(1) De ISÎo h 1831, il y a eu, en France, 2,171 individus mis en jugement pour crimes de faux; sur ce nombre, 1,396 ont été condamnés. En Angleterre, de 1820 à 1831, il y a eu 177 faussaires déclarés coupables et condamnés à mort, 64 ont été exécutés. En Écosse, sur 64 individus condamnés pour le môme crime, 51 ont été exécutés. En Irlande, il y a eu 39 exécutions sur 144 condamnations.
(2) Quelquefois le faussaire, pour cacher la semi-transparence provenant du grattage du papier, colle sur cette partie de l’acte une bande, sous prétexte de donner de la force au papier, qui serait prêt à céder par suite de sa vétusté.
En 1834, nous avons eu entre les mains un congé sur lequel on avait gratté une ligne entière. La partie grattée’avait été doublée sur le verso, par une bande de papier ; et, pour que celle-ci ne parût point suspecte, on avait placé une autre bande en croix. L'enlèvement de ces bandes fit reconnaître que le papier n’avait jamais été déchiré, mais que le faussaire avait eu l’intention de dissimuler son travail.
(3; Tout papier destiné à recevoir l’écriture est collé, c’est-à-dire qu’il contient des substances qui le rendent difficilement pénétrable aux liquides, et par conséquent l’empêchent de Loire. Le collage du papier dit « la foi-me, à la cuve ou à la main se fait à la gélatine; les feuilles sont plongées dans une dissolution de colle de peau, très-claire, contenant une certaine quantité A' alun.
FAUX EX ÉCRITURE PUBLIQUE ET PRIVÉE. 453
bien uniforme, si l’on n’y remarque pas des taches qui puissent, à tort ou à raison, être attribuées à de la vétusté, à des restes de lettres et de lignes.
Les pleins de l’écriture plus larges ou plus resserrés indiquent un travail opéré sur le papier. Des papiers collés partiellement donnent souvent lieu une écriture dont les pleins sont plus 7ioun‘is. L’effet contraire se produit lorsqu’on frotte le papier de résine : l’encre coulant difficilement, les traits sont plus resserrés et plus minces.
Si le papier présente des taches, leur examen peut encore donner quelques indices; car il y a une différence entre le papier lavé ou sali à dessein, et le papier vieux et enfumé (1). En général, les taches provenant d’un lavage ont l’aspect d’auréoles plus ou moins élargies, et présentant des cercles plus ou moins colorés. Enfin, dans le cas où l’acte suspect est fait sur papier timbré il est important de s’assurer si ce dernier a les dimensions voulues par la loi, et s’il n’a pas été rogné, ébarbé ou lavé.
On a recours ensuite à l’emploi de la chaleur, d’apres la méthode suivante, due à M. Couliet' : la pièce suspecte est placée dans une feuille de papier-joseph ; puis ou applique dessus un fer à repasser, modérément chauffé (:2), qu’on laisse séjourner dans les parties de l’acte où l’on aperçoit des taches. Cette opération des plus simples, ainsi que celle indiquée par M. Wai-mé (3), qui consiste à chauffer plus fortement le fer à repasser, et à mouiller avec de l’alcool le papier suspecté placé au milieu d’une feuille de papier libre, également mouillée d’alcool, peut faire ressortir en jaune-roux tous les traits de plume qui n’auraient pas été parfaitement enlevés parles agents que les faussaires mettent en usage. Cet emploi de la chaleur peut aussi déterminer l’apparition d’auréoles et de cercles sur les parties lavées : on rend ainsi plus manifeste la coloration qu’un collage partiel communique au papier. Par ce moyen, des papiers blancs en apparence, et sur lesquels on ne remarquait aucune trace d’écriture, ont offert, après l’application du fer chaud, une teinte jaune signalant des lettres qu’on pouvait ensuite traiter par l’acide gallique ou par une infusion de noix de galle ; ce réactif leur donnait une couleur assez intense pour qu’on pût les reconnaître et constater d’une manière évidente la falsification.
Le collage du papier continu ou à la mécanique se fait à la fécule. On le pratique dans la cuve môme, en ajoutant à la peau un mélange convenable do fécule., à' alun et de savon résineux.
Il résulte de ces différences dans le collage que le lavage enlève plus facilement celui du papier à la forme que celui du papier continu ; on peut rétablir le premier, tandis que cela n’est pas possible pour le second. En conséquence, avec le papier à la mécanique, on reconnaît beaucoup plus facilement les altérations, soit parce que les taches résultent de la superposition de l’encollage à la résine, soit parce que, si l’on avait tenté de coller à la gélatine les points lavés, la différence dans la nature de la matière employée serait reconnue par la différence de coloration au contact de l’iode : la gélatine se colore en jaune et la fécule en bleu. Le papier prendrait donc une teinte jaunâtre là où se trouverait la gélatine, et une teinte plus ou moins violette ou bleue, dans les points où un collage à la cuve aurait été pratiqué.
(1) Les taches brunes, plus ou moins foncées, produites par la fumée ou par le liquide brun {bistre) qui s’écoule des tuyaux de poêle sont indélébiles, môme en présence du chlore. L’acide acétique qu’elles renferment attaque fortement le papier, qui devient souvent friable comme celui qui a été profondément altéré par l’humidité.
(2) Ce fer à repasser est chauffé à peu près au degré de température auquel on l’emploie pour repasser le linge.
(3) Le procédé de M. Warmé est très-efficace, il a été recommandé et décrit dans une circulaire adressée par l’administration de l’Enregistrement et des Domaines, pour reconnaître le papier timbré qui a été lavé.
FAUX EN ÉCRITURE PUBLIQUE ET PRIVÉE
Nous avons trouvé autrefois avec Lassatgne, un moyen, que nous croyons préférable pour faire reparaître les anciennes écritures à l’aide de la chaleur. On présente le papier que l’on veut examiner au feu d’un fourneau, en ayant soin de se placer convenablement pour ne pas brûler le papier, mais pour lui faire prendre une teinte jaune-chamois tendre. Si le papier a supporté jadis une écriture enlevée par le lavage, celle-ci reparaît aussitôt (1).
Examen chimique. — On a recours successivement à l’eau distillée, à l’alcool, aux papiers réactifs, au nitrate d’argent et autres réactifs.
Emploi de l'eau distillée. — L’eau distillée est très-utile, dans beaucoup de cas, pour reconnaître sî le papier a été gratté et collé partiellement, ou enduit de résine. S’il a été altéré par des moyens chimiques, ce collage partiel et la matière résineuse employée donnent au papier une physionomie particulière. Le collage enlève de la blancheur au papier; celui-ci, aminci par le grattage ou par le lavage, absorbe l’eau en beaucoup moins de temps, même lorsque le papier a été collé partiellement.
Voici comment on doit opérer : on place l’acte argué de faux sur une feuille de papier blanc, ou mieux sur une plaque de verre : puis on mouille peu i\ peu, et à l’aide d’un pinceau, toutes les parties de l’acte, en examinant la manière dont le liquide se comporte, lorsqu’il est en contact avec le papier (2).
Au moyen de l’eau, on peut aussi reconnaître quelles sont les matières acides, alcalines ou salines, qui peuvent exister sur les parties du papier présentant des auréoles ou des taches blanches. A l’aide d’une pipette, on recouvre ces taches avec de l’eau qu’on y laisse séjourner pendant dix ou quinze minutes, puis on enlève le liquide avec la pipette, et on examine les produits qu’il tient en solution. On fait ensuite une expérience comparative sur une autre partie du papier qui n’est point tachée ni blanchie.
Si le texte primitif d’un acte a été écrit avec une encre très-acide sur un papier contenant un carbonate, tel que le carbonate de chaux, l’encre, en attaquant le sel calcaire, amincit le papier, de façon que, si le faussaire a enlevé les sels ferrugineux, cet enlèvement est dénoté par la semi-transparence que l’eau communique au papier.
Pour bien étudier l’action de l’eau, il est convenable d’y revenir à plusieurs
(1) En procédant ainsi, nous avons pu faire reparaître, sur des papiers timbres lavés, d’anciennes mentions, assez visibles pour permettre de lire le texte.
Cette manière d’opérer demande des précautions, pour que l’acte ne puisse être détruit. On pourrait, dans des cas graves, demander qu’un pac-simite de l’acte fût exécute avant de soumettre ce dernier à l’action de la chaleur.
(2) Dans l’examen d’un acte de décès, nous sommes parvenu à faire reparaître des lettres qui, ayant absorbé l’eau, étaient devenues semi-transparentes, de façon qu’on pouvait lire les mots en entier. Dans un autre acte, nous avons reconnu de la môme manière un mot qui avait été substitué à un autre, et on pouvait constater que ce mot avait été écrit avec une plume très-fendue, dont le bec s’était divisé en deux parties par la pression que la main, qui dirigeait la plume, lui avait fait subir.
Dans un autre cas, nous pûmes, au moyen de l’eau, appliquée avec soin, à l’aide du pinceau, lire en entier une lettre écrite par un prisonnier qui, de la Conciergerie, expliquait à l’un de ses complices du dehors les moyens de modifier les chiffres d’une lettre de change. Le papier était très-blanc en apparence, et on n’avait pu, par aucun réactif, faire ressortir une seule lettre. Le mouillage fit acquérir à la partie écrite une semi-transparence qui permit de la lire ; cette lettre avait été écrite avec un bâton taille en pointe, et l’eau fit distinguer toutes les parties où ce dernier avait, en quelque sorte, brisé la texture du papier {A. Ch.).
FAUX EN ÉCRITURE PUBLIQUE ET PRIVÉE. 455
reprises; ainsi, après avoir mouillé le papier une première fois, on laisse sécher et on recommence l’opération.
Emploi de l'alcool. — Ainsi que M. Tarry l’a indiqué, on a recours à l’alcool pour s’assurer si le papier a été gratté dans quelques-unes de ses parties, puis recouvert d’une matière résineuse destinée à empêcher l’écriture de s’étendre (de bal'ocher). On pose l’acte sur une feuille de papier blanc et, à l’aide d’un pinceau imprégné d’alcool à 0,86 ou 0,87, on imbibe la partie où l’on suppose que le travail a eu lieu, et que l’on reconnaît en ce que l’écriture s’élargit et pénètre dans le papier, lorsque l’alcool a dissous la résine (1). On peut aussi placer le papier mouillé avec l’alcool entre l’œil et la lumière : l’amincissement du papier signale le travail du faussaire.
Quelques individus plus habiles mettent en usage à la fois la colle et la résine pour masquer leurs opérations ; dans ce cas, il faut avoir recours à l’eau tiède, puis à l’alcool : l’eau délayant la colle, l’alcool dissolvant la résine, il en résulte que l’encre ajoutée sur les places grattées s’étend, et laisse apercevoir la falsification.
Emploi des papiers réactifs. — Les papiers réactifs (papier de tournesol, de mauve, de dahlia) peuvent servira reconnaître si un papier a été lavé soit à l’aide d’agents chimiques acides incomplètement enlevés, ou dont l’excès aura été saturé par un alcali, soit à l’aide de substances alcalines. Le virement au rouge de la couleur indique si la substance est acide; si elle est alcaline, le papier de tournesol rougi vire au bleu, le papier de mauve (2) et le papier de dahlia virent au vert.
On prend une feuille de papier réactif de même dimension que l’acte à examiner, on la mouille et on la couvre d'une feuille de papier-Joseph (3) ; ces deux feuilles réunies (le papier-Joseph en dessous) sont ensuite appliquées sur l’acte mouillé d’avance ; le tout est mis entre deux mains de papier qu’on recouvre d’une planche et de poids, et on laisse en contact pendant une heure environ ; au bout de ce temps, on examine si la couleur du papier réactif a été modifiée en tout ou partie. Cet examen une fois fait, si l’on veut connaître la nature de l’acide ou de l’alcali qui se trouve sur le papier, on remet ce dernier en contact avec de l’eau distillée, que l’on enlève ensuite avec une pipette, et que l’on essaye par les réactifs appropriés.
A défaut de papiers, on peut employer les teintures de tournesol (4), de mauve ou de dahlia.
Emploi du nitrate d'argent. — Le nitrate d’argent sert à constater si un papier a été lavé au chlore ou avec des chlorures. Un papier soumis à un semblable lavage devient acide ; le chlore passe à l’état d’acide chlorhydrique ; celui-ci se
(1) Il ne faudrait pas conclure de ce que l’alcool a dissous une matière résineuse, précipitable par l’eau, que le papier a été gratte ; car, avec les papiers à la mécanique, collés au savon de résine et à la fécule, l’alcool fournit toujours un solutum résineux, lors môme qu’il n’y a point de fraude. Mais alors toutes les parties du papier, même celles où rien ne peut faire soupçonner qu elles aient été falsifiées, se comportent avec l’alcool comme les parties suspectées.
(2) Le papier de mauve est verdi par une solution contenant cinq millionièmes de potasse.
(3) L’intermédiaire de la féuille de papier-Joseph a pour but d’empêcher l’acte de se colorer par contact direct du papier réactif.
(4) Par suite de son mode de fabrication, le papier est assez souvent acide, et fait virer la teinture de tournesol au violâtre, teinte facile â distinguer de la couleur rouge que prend la teinture au contact d’un papier lavé à l’aide d’acides ou de substances acidifiées.
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dissout dans l’eau, dont on mouille l’acte suspect, et, au contact du nitrate d’argent, il donne lieu à des gouttelettes blanches de chlorure d’argent.
Emploi de divers réaclifs. — Certains réactifs, tels que Xac>de (jalldpæ, onVinfusion de noix de galle récemment préparée (1), le cganure jaune, les sulfures alcalins et Y hydrogène sulfuré, peuvent être employés avec avantage pour faire revivre les écritures enlevées à l’aide d'un lavage (2). On place l’acte sur une*feuille de papier blanc, et on mouille toute la surface de l’acte à l’aide d’un pinceau imprégné du réactif, en ayant soin de ne pas appuyer fortement ni frotter: lorsque la surface est bien imbibée, on laisse agir pendant une heure, et au bout de ce temps on examine l’acte ; on le mouille une seconde fois à l’aide du pinceau, pour examiner le lendemain les résultats de ce mouillage, que l’on répète plusieurs fois, s’il est nécessaire, car souvent les traces d’écriture ne reparaissent qu’après un laps de temps plus ou moins considérable (3).
Emploi de la vapeur d'iode. — Nous avons entrepris autrefois, avec Lassaigne, des expériences sur l’effet que produit la vapeur d’iode à la surface des papiers ou actes dont l’écriture est suspectée d’altération. On prend un flacon à large ouverture, de 0“,10 à 0“,H de hauteur, et de 0"',05 à 0“,(JG d’ouverture ; cette dernière est obturée par un disque en verre dépoli. Au fond du vase, on introduit 20 à 30 grammes d’iode en paillettes.
La portion du papier sur laquelle on veut faire agir la vapeur iodée est maintenue appliquée sur l’ouverture du flacon, en la couvrant de l'obturateur de verre dépoli, sur lequel on pose un poids quelconque pour exercer une légère
(t) On la fait, par exemple, avec 1 gramme de noix de galle concassées, pour 60 grammes d’eau.
(•2) L’encre à écrire ordinaire est une préparation métallique, qui a pour base Vacide tannir/ue et l'oxyde de fer. C’est un taimo-gallate de fer auquel on ajoute parfois du muciloye, de la gomme, de l'indigo et du sucre, pour lui donner du brillant ; parfois, du fmis de Campèche, du sulfate de cuivre. Lorsqu’on la dépose sur le papier, elle a une teinte pâle ; si elle est bien préparée, elle doit contenir essentiellement du tannate de protoxyde de fer, et ne renfermer du tannate de peroxyde (seul coloré) que pour guider la main de celui qui écrit, car le tannate de protoxyde pénètre seul le papier. A la longue, ce tannate passe au maximum d’oxydation et prend la couleur noire foncée qui fait le mérite de l’encre. Mais aussi, avec le temps, les acides tannique et gallique subissent des modifications destructives : l’oxyde de fer libre apparaît avec sa couleur jaune de rouille, et communique cette coloration aux écritures. Cette altération, assez commune, est plus ou moins rapide, selon la bonne ou mauvaise qualité de l encre et de la substance sur laquelle elle est déposée.
L'acide chlorhydrique étendu d’eau, l’acide citrique (jus de citron), ou l’acide oxalique, le chlore et le chlorure de soude, sont les agents chimiques employés le plus habituellement pour altérer les écritures. L’acide chlorhydrique décompose l’encre en convertissant en chlorure l'oxyde de fer qu’elle contient; tandis que le chlorure de soude décolore les matières organiques de l’encre, dont les éléments décomposés sont ensuite enlevés, pour la majeure partie, par le lavage. Mais il reste presque toujours sur le papier des traces d’oxyde de fer, invisibles dans les circonstances ordinaires, et que certains agents chimiques peuvent déceler en formant avec cet oxyde des composés colorés. Ainsi une solution étendue de cyanure jaune peut faire reparaître en bleu l’écriture enlevée et lavée, comme nous venons de l'indiquer.
(3) Dans l’examen de quatre reçus suspectés de faux, MM. Payen, Chevallier et Lassaigne, en 1855, ont fait reparaître les traces d'une ancienne écriture effacée, en passant sur le papier, à l’aide d'un pinceau en poils de blaireau, une couche de solution aqueuse d’acide tannique et de solution de cyanure jaune, acidulée par une petite quantité d’acide acétique ; après avoir plongé ensuite toute la pièce dans une cuvette d’eau froide, les traces de l’ancienne écriture devinrent si manifestes qu’en plaçant le verso de la pièce en face d’un miroir, on put lire facilement dans ce dernier la mention écrite primitivement.
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pression et obtenir une fermeture plus hermétique (1). On laisse agir la vapeur d’iode sur le papier sec, pendant trois ou quatre minutes, à la température de 15 à 16“, puis on l’examine attentivement. Lorsque sa surface n’a été tachée par aucun liquide (eau, a/eoo/, eau salée, vinaigre, salive, larmes, urine, acides, sels acides ou alcalins), une coloration jaunâtre ou jaune hrunâtie, faible et uniforme, se remarque sur toutes les parties qui ont été exposées à la vapeur iodée; dans le cas contraire, on distingue par une teinte différente et bien circonscrite la surface qui a été mouillée et séchée ensuite à l’air libre.
Les papiers à la mécanique, à pâte amidonnée et résinifère, présentent des réactions tellement sensibles, qu’on peut par leur couleur distinguer quelquefois la portion de papier qui a été mouillée par l’alcool, de celle qui a reçu le contact de gouttes d’eau. La tache produite par l’alcool prend une teinte jaune hist7‘é ; ce\\e> qui est formée par l’eau est colorée en bleu violacé plus ou moins foncé, la dessiccation ayant été faite à la température ordinaire. Quant aux taches occasionnées par d’autres liquides aqueux, la teinte, à part l’intensité, se rapproche de celle des taches produites par l’eau pure. Les acides faibles ou étendus d’eau agissent comme l’eau ; mais les acides minéraux concentrés, en altérant plus ou moins les substances qui composent le collage de la pâte, donnent lieu à des taches qui présentent des différences.
La pâte, plus uniforme, et le mode de collage (à la gélatine) papiers timbrés, rend ceux-ci peu ou point susceptibles d’être tachés par l’eau, l’alcool, les solutions salées et les acides faibles; les taches que forme la vapeur d’iode sont dues à des agents chimiques dont l’énergie a altéré soit les fibrilles de la pâte, soit la colle qui les unissait. Sous ces rapports, les papiers timbrés, dont le gouvernement surveille la préparation et la vente, présentent toujours plus de garantie contre la falsification que les papiers ordinaires à la mécanique.
En résumé, l’essai d’un papier par la vapeur iodée présente le double avantage d’indiquer la place où l’on peut supposer une altération quelconque, et d’opérer ensuite avec les réactifs appropriés pour faire réapparaître les traces d’encre; toutefois, c’est la réapparition de lettres ou de chiffres anciennement écrits et effacés qui doit seule faire conclure à une falsification.
L’action différente de la vapeur-iodée, sur la surface d’un papier qui n’est pas homogène, permet de reconnaître si ce dernier a reçu, en certains points, une couche mince limitée d’un corps agglutinatif (gomme, gélatine, ou colle de farine), pour y faire adhérer d’autres feuilles de papier; ce mode d’essai peut servir concurremment avec celui qui consiste à s'assurer de cette addition soit par la réflexion de la lumière incidente sur le papier incliné sous un certain angle, soit par la transmission de la lumière du jour ou d’une lumière artificielle à travers le même papier.
Les papiers à la mécanique elles papiers timbrés, dans les parties recouvertes de colle d’amidon, se colorent, au bout de quelques minutes, en bleu violacé; mais, avec les premiers, une coloration plus intense se manifeste sur les endroits recouverts d’une couche mince de gomme arabique, de colle de poisson ou de gélatine, tandis que ces mêmes substances, étendues en quelques points
(1) L’emploi d’une petite cuve carrée en cristal ou en porcelaine, recouverte d’une lame de verre, comme obturateur, permet d’exposer h l’action de la vapeur d’iode, une plus grande surface de papier ; dans le môme but, on peut faire usage de la boîte en bois, fermée par un couvercle à coulisse, dont on se sert dans le daguerréotype pour iodurer les plaques sensibilisées.
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sur la surface des papiers timbrés, ne se colorent pas ou ne jaunissent pas d’une manière plus sensible que les parties qui n’en sont pas recouvertes. Si l’on regarde alors la lumière incidente sur la surface du papier tenu un peu obliquement, on distingue nettement, à leur aspect différent, les parties sur lesquelles on a appliqué ces diverses substances.
Mais s’il est utile de savoir reconnaître les falsifications des écritures, il serait bien préférable de pouvoir les prévenir (1). Dès 1825, le ministre de la justice consulta l’Académie des sciences sur les moyens que l’administration pourrait employer en vue de prévenir les nombreux désordres résultant de la falsification des écritures publiques ou privées, et de préserver le Trésor public du dommage que lui causait le blanchiment frauduleux du papier timbré. La Commission chargée d’examiner cette question proposa deux moyens: l’emploi à.'encres indélébiles et celui de papiers, dits de sûreté, susceptibles de signaler le travail des faussaires.
A. Encres indélébiles. — On donne ce nom aux encres inaltérables par les agents chimiques tels que le chlore, les acides, les alcalis, et qui ne disparaissent que par un lavage à l’eau prolongé, pourvu qu’elles aient convenablement pénétré le papier. On fait des encres indélébiles avec l’encre de Chine (2) ou le noir de fumée délayé dans l’eau gommée additionnée d’un peu d’acide chlorhydrique. On a proposé un grand nombre d’encres indélébiles (3). En 1831, la Commission de l’Institut donna les deux recettes suivantes d’encre indélébile :
1° Encre de Chine délayée dans du vinaigre ou dans de l’acide chlorhydri<jue à 1“,3 Baumé (densité, 1,010); pour les papiers minces ou peu collés, on doit employer de l’acide chlorhydrique à î° Baumé (densité, 1,007).
2“ Encre de Chine délayée dans de l’acétate de manganèse marquant 10“ Baumé (densité, 1,074), auquel on ajoute 1/9 de son volume d'acide acétique. Lorsque l’écriture est tracée avec cette encre, on doit, pour la fixer sur le papier et pour lui donner toute l’indélébilité désirable, l’exposer au-dessus d’un vase contenant du carbonate d’ammoniaque ou de l’ammoniaque liquide, et placé dans un tiroir ou dans une armoire (4).
Cette seconde encre est d’une application moins facile que la première, à laquelle on a reproché d’altérer les plumes métalliques (usitées presque exclusivement aujourd’hui), et de ne pas pénétrer complètement le papier à la méca-
(1) A ce propos, on ne saurait trop regretter qu'il y ait des personnes assez imprudentes pour annoncer hautement, par voie de réclame, la vente de substances propres b enlever sur-le-champ les taches d'encre, sans qu’il en reste traces. Si ces substances peuvent être utiles dans quelques cas, dans une foule d’autres elles peuvent aider à commettre des faux; dès lors l'avantage retire d'une pareille découverte se trouve plus que compensé par l’inconvénient qu’elle présente de seconder le faussaire dans scs criminelles manœuvres.
(2) Quelques auteurs pensent que l’encre de Chine se fait à l’aide de la liqueur des sèches des mers de Chine, desséchée et gommée. Selon d’autres, elle est composée de noir de fumée d’une qualité supérieure, bien broyé, et de glu ou d’une colle préparée (gélatine bouillie, précipitée par la noix de galle, le précipité redissous par l’ammoniaque) ; on y môle ensuite du muse ou un autre aromate.
(3) Parmi les encres indélébiles présentées à la Commission de l’Institut, on remarqua les encres liquides de Bosc, Dizé, Fallu, Da Olmi ; les encres Solides de Zlizé, de Lasteyrie, Tarry. Nous citerons aussi les encres indélébiles de MM. Derkeims, Dumoulin, Delunel, Baudrimont, J. Levrault, etc.
(4) Les vapeurs ammoniacales précipitent le manganèse de sa dissolution acétique et s’emparent de l’acide ; le manganèse oxydé sert à consolider la teinte noire de l’encre de Chine.
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nique, collé avec la fécule et un savon de résine. Dès lors les caractères qu’elle fournit peuvent être effacés par le lavage ou par des agents mécaniques, tout en demeurant toujours inaltérables par les réactifs chimiques ; tandis qu’elle pénètre, au contraire, profondément et trace des caractères vraiment indélébiles sur le papier fait à la main et collé à la gélatine, le seul que l’on trouvait dans le commerce, en 1831. La Commission de l’Institut proposa de remplacer la liqueur acide par une liqueur alcaline composée de 1 partie de lessive des savonniers et de 25 à40 parties d’eau ; et, pour faciliter la pénétration de l’encre, elle conseilla de mouiller très-légèrement la feuille de papier sur laquelle on veut écrire, puis de la faire sécher, lorsqu’elle est revêtue de l’écriture indélébile. Mais l’emploi de ces deux encres, tenté dans les bureaux de l’administration des finances, ne tarda pas à prouver qu’on ne pouvait leur accorder une confiance supérieure à celle que mérite l’encre ordinaire elle-même.
Par le fait du changement opéré dans la fabrication du papier, et à cause de la difficulté de faire adopter, par la généralité des personnes qui ont à se servir de papier timbré, l’emploi d’une encre déterminée, on a été conduit à renoncer à l’usage de l’encre indélébile (I).
Encres de sympathie. — On donne le nom à.'encres de si/mpatkie, ou d'encres sympathiques, à des liquides employés à tracer sur le papier des écritures incolores, susceptibles d’être rendues lisibles, et de laisser des traces (délébiles ou indélébiles) sous l’influence de la chaleur ou d’agents chimiques convenablement choisis.
On emploie les encres de sympathie pour entretenir des correspondances secrètes, soit sur papier blanc, soit entre les lignes d’un écrit ou d’un imprimé quelconque.
Les substances employées pour faire des encres de sympathie sont trèsnombreuses, car on peut dire que l’on possède aujourd’hui plusieurs centaines de ces encres. Nous citerons les solutions aqueuses étendues de chlorure de cobalt (2), d'acétate ou de nitrate de cobalt, mêlées de t/4 de sel marin; elles donnent une encre sympathique avec laquelle l’écriture, invisible sur le papier, apparaît en bleu par une légère application de la chaleur, puis disparaît ensuite par degrés, à mesure que le chlorure de cobalt reprend de l’eau, et reparaît de nouveau par la chaleur.
Avec une solution de chlorure de cobalt mêlée de chlorure de fer, les caractères, au lieu de paraître bleus par la chaleur, ont une couleur verte.
Les sels de nickel donnent aussi une encre sympathique, dont les caractères apparaissent verts par la chaleur.
(1) On a aussi présenté une encre grasse, dite chimico-spécimut, pour imprégner des vignettes de billets de commerce. Cette encre peut changer de couleur, lorsqu’on essaye de toucher avec un agent chimique la partie qui supporte la somme, dans le but de lui faire subir un changement.
Autrefois, M. le professeur Traill, d’Édimbourg, a fait connaître un procédé pour préparer une encre indélébile, consistant en une dissolution de 3 parties de gluten pur dans 20 parties d’acide pyroligneux ; 2 à 3 grammes de beau noir de fumée sont mêlés avec 150 grammes de cette dissolution. Cette encre, exclusivement adoptée aujourd’hui dans plusieurs maisons de banque et de commerce, notamment à la banque nationale d'Écosse, est, dit-on, inaltérable par l’eau, les alcalis, les acides (môme l’acide pyroligneux) et le chlore.
(2) Ce fut la première encre sympathique connue; elle a près de cent cinquante ans de date- (Voir le Mémoire de Ilellot, Mémoires de V Académie royale des sciences, 1737.)
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Avec une dissolution à' acétate de plomb, ou de nitrate de bümuth, on trace des caractères invisibles, qui noircissent au contact de l’hydrogène sulfuré, ou des sulfures alcalins.
Avec une solution étendue de sulfate de fer, l’écriture a une couleur bleue ou noire, suivant qu’on emploie, pour la faire reparaître, le cyanure jaune ou une infusion de noix de galle. Inversement, on peut tracer une écriture sans teinte sensible qui, au contact d’une dissolution de sel de fer au maximum, apparaît noire ou bleue, suivant qu’on a employé, comme encre, une décoction faible de noix de galle, d’écorce de chêne, de sumac, ou une solution étendue de cyanure
Les caractères tracés avec le sulfate de cuivre apparaissent avec une belle couleur bleue, au contact des vapeurs ammoniacales.
Avec V acide suif urique très-étendu, les caractères tracés sur le papier deviennent noirs et ineffaçables, par l’application de la chaleur : l’eau s’évapore, et l’acide, en se concentrant, charbonne le papier.
Avec les sucs végétaux, tels que ceux dioignon, de navet, on peut tracer des écritures invisibles ; mais, en présentant le papier au-dessus de charbons rouges, il arrive que la matière végétale se détruit avant ou après le papier. Si elle se décompose d’abord, les caractères sont noirs ou jaune-brun; si le papier se décompose le premier, les caractères sont blancs sur fond noir.
En général, on peut dire que tout composé incolore, se colorant par l’action d’un réactif, peut servir d’encre de sympathie.
Ces sortes d’encres pouvant être employées, dans certains cas, pour atteindre un but coupable, il devient important de savoir reconnaître si un papier considéré comme blanc, ou si un papier écrit ne contiendrait pas, soit sur la feuille blanche, soit sur la feuille écrite, mais dans les interlignes, une écriture tracée avec une encre de sympathie.
Les essais pratiqués dans ce but étant souvent très-nombreux, nous signalerons les principaux.
On examine d’abord si, dans certaines parties du papier, il y a eu un tracé quelconque, qui se signale quelquefois par un aspect terne ou luisant.
On humecte avec soin le papier placé sur une lame de verre, on le recouvre avec une autre lame, et on l’examine par transmission de la lumière ; de cette manière, on parvient quelquefois à lire avec assez de facilité tous les caractères qui auraient été tracés avec une poudre incolore, délayée dans l’eau seule, ou additionnée d’une petite quantité de substance gommeuse ou mucilagineuse ; car ce tracé, en augmentant l’épaisseur du papier, laisse moins facilement passer la lumière et produit une ombre occasionnée par l’assemblage des lettres.
L’application de la chaleur donne lieu, comme nous l’avons dit plus haut, à l’apparition d’un grand nombre de tracés incolores. On présente avec précaution, au-dessus d’un brasier, la pièce à examiner, ou bien on la place dans un double de papier buvard, et on applique dessus un fer chaud, qui détermine l’apparition de l’écriture. On a recours aussi à l’emploi de poudres de charbon, de noir d’ivoire, de cinabre, et d’autres poudres colorées, très-fines, dans le cas où l’on soupçonnerait que des substances glutineuses, hygrométriques, auraient été mises en usage pour tracer un corps d’écriture. On place sur une table la feuille de papier suspecte, et, à l’aide d’un tamis de soie très-fin, on y répand
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la poudre colorée; on recouvre d’une feuille, et on presse ; on secoue ensuite la feuille : la poudre restant ordinairement sur les tracés, qu’elle colore, permet de les apercevoir et de lire ce qui a été écrit. Lorsqu’on a lieu de supposer que le produit employé comme encre sympathique est susceptible de se ramollir par la chaleur, on place le papier couvert de poudre dans un double de papier-buvard, et on promène à sa surface un fer à repasser chauffé convenablement.
L’hydrogène sulfuré, le gaz ammoniac, le chlore, peuvent quelquefois être employés pour faire apparaître des écritures, d’abord invisibles. On introduit la feuille à explorer dans un grand flacon contenant l’un de ces gaz, avec lequel on la laisse en contact. Si elle était chargée d’écriture tracée avec l’encre ordinaire, et qu’on n’eût à examiner que les interlignes, on exposerait partiellement ceux-ci à l’action du chlore, en se servant d'un tube fermé par un bout, dans lequel on aurait mis un mélange destiné à la production de ce gaz.
Enfin, pour reconnaître les tracés invisibles, on peut employer séparément diverses solutions [acide mlfhydrique , sulfate de fer, sulfate de cuivre, teinture d'iode, chrômate de potasse, cyanure jaune, ammoniaque, infusion de noix de galle. Inchlorure de mercure). On en prend un peu à l’aide d’un pinceau, et on trace avec celui-ci une ligne sur les parties que l’on soupçonne avoir été écrites avec une encre de sympathie.
Dans le cas où l’on ne réussit pas avec une solution, on change de pinceau, ou bien on lave avec beaucoup de soin celui qui a été employé, et on fait le même essai avec une autre solution. Mais il faut avoir la précaution de ne pas passer sur les lignes tracées une solution qui pourrait donner un précipité ou une coloration avec le liquide que l’on aurait d’abord employé (1).
B. Papiers de sûreté. — Les papiers de sûreté sont fabriqués de telle manière qu’on ne puisse enlever l’écriture sans que cela paraisse aussitôt, par suite d'un changement opéré dans la couleur du papier. Un grand nombre de personnes (2) ont proposé de ces sortes de papiers : papiers revêtus d’une gravure fine et compliquée, produite par l’impression, à l’aide de l’encre d’imprimerie ou d’une encre très-délébile, d’une planche d’acier damassé passé à l’eau forte ; papiers à pâte colorée par le tournesol, le curcuma, l’indigo soluble, le bleu de Prusse, etc., etc. (3) ; papiers à la pâte desquels on ajoutait des filaments de laine, de coton et de chanvre, teints en diverses couleurs, altérables les uns par les acides, les autres par les alcalis (4). Tous ces papiers furent jugés insuffisants
(1) Il faudrait avoir soin de ne faire chaque essai que sur une faible portion du papier, afin de pouvoir soumettre ce dernier à toutes les épreuves nécessaires pour reconnaître la nature de l'encre sympatliique.
(2) Palmer, Molard, de Haldat, Levrier, Detisle et Giiyot, Coulier, Mérimée, Chevallier, Peytal.
(3) Depuis longtemps Palmer avait proposé de teindre le papier destiné pour les billets de banque avec un mélange de matières colorantes prises dans une roue de fortune. Dans ce cas, la proportion de couleur n’étant connue de personne, l’imitation eût été plus difficile.
(4) MM Débraine et ont aussi fabriqué un papier, dit sews^f^^ devenant bleu si l’on
eberebe à enlever l’écriture au moyen des acides; brun si on fait usage du chlore ou des chlorures; marron, par l’action des alcalis. Ils avaient incorporé à la pâte du papier un sel de fer insoluble (borate, tartrate, arséniate), un sel de manganèse insoluble (carbonate, sulfate, borate, arséniate, antimoniate), un cyanure insoluble et incolore (cyanure de fer, de manganèse, de zinc ou de plomb), du carbonate de chaux (ou tout autre carbonate insoluble) et du sulfate d’indigo.
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parla Commission de l’Institut de 1831, qui pensa que l’administration parviendrait à empêcher le blanchiment frauduleux des vieux papiers timbrés :
1“ En faisant imprimer aux cylindres, sur tous les papiers soumis au timbre, une vignette gravée au tour à guillocber, qui serait placée à droite du timbre, au milieu et sur toute la longueur de chaque feuille (1) ;
2® En employant, pour cette 'mpression, une couleur qui aurait pour base le précipité noir qui se forme dans les chaudières à teinture des chapeliers, ou l’encre elle-même, convenablement épaissie, à la manière des fabriques de toiles peintes ;
3® En donnant aux papiers timorés une date légale, que l’on obtiendrait soit en l’imprimant dans la pâte, soit en la gravant sur la vignette ou sur les timbres, et plus simplement, en faisant tourner, chaque année, sur lui-même le timbre sec dont toutes les feuilles de papier timbré doivent porter l’empreinte.
On présenta ensuite des papiers dont la pâte contenait des réactifs invisibles, mais sensibles aux agents qui décolorent l’encre, et capables de se teindre énergiquement sous leur influence. La plupart de ces papiers renferment des cyanoferrures, ils sont sensibles aux réactifs ordinairement employés pour le blanchiment et les falsifications d’écritures; mais la Commission de l’Institut de 1837 conclut au rejet de ces paniers par les motifs suivants :
« Lorsque les cyanoferrures sont insolubles, il n’est pas impossible de trouver « des agents qui effacent l’encre sans modifier la couleur de la substance chi- « mique cachée dans le papier. Lorsque les cyanoferrures sont solubles, on « parvient toujours à enlever la matière sensible avant d’effacer l’écriture, et à « l’introduire de nouveau dans la pâte du papier, après avoir pratiqué le lavage « ou le faux. En outre, les cyanoferrures augmentent tous, même à faibles « doses, la combustibilité du papier, au point qu’en allumant à une extrémité, « la combustion se propage à la manière de l’amadou. »
L’un de ces papiers, dit papier Mozard, contenait dans sa pâte du cyanoferrurede manganèse. Suivant le rapport de la même Commission, il empêche bien les faux généraux, mais il n’exclut pas les faux partiels, et on reconnut que des faussaires habiles pourraient enlever quelques lignes d’écriture, sans que cette altération fût trahie par le changement de couleur du papier (2).
Selon l’inventeur, lorsque l’écriture était enlevée à l’aide d’agents chimiques, la couleur de ce papier changeait instantanément; avec .’acide chlorhydrique il devenait bleu, par suite de la formation du bleu de Prusse ; avec les alcalis il se colorait en jaune ocracé ; avec le chlore ou les chlorures d’oxydes il devenait brun, par suite de la formation de sesquioxyde de manganèse. Mais, plus tard, on vit que ces diverses colorations pouvaient disparaître au contact de l’ammoniaque et de l’acide oxalique affaiblis (3), sans que pour cela l’écriture fût altérée. De plus, ce papier présentait l’inconvénient grave de se colorer égale-
(1) Dès 1830, nous avons, avec M. F. Peytal, proposé ce procédé à l’Académie des sciences {A. Ch.).
(2) Néanmoins nous sommes convaincu que ce papier est le plus utile pour empêcher le fcaix partiel, et qu’il faudrait être à la fois artiste et chimiste habile pour dissimuler un faux, malgré le changement de couleur du papier.
(3) L’acide sulfureux, l’acide tartrique, produisent le meme effet.
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ment en brun, au contact de liquides usuels, tels que le café, le vinaigre, etc., ou de liqueurs animales, comme Vitrine.
Une étude plus attentive fit reconnaître que le papier coloré avec un mélange de décoction de bois de Campêche et de solution de cyanure jaune résistait fi toute altération, par suite du changement très-sensible qui s’opère dans sa couleur (1).
En 1837, une Commission nommée par le ministre des finances conc’ut à l’adoption d’un nouveau papier timbré sur lequel on devrait imprimer, au moyen de deux encres, l’une délébile comme l’encre usuelle, l’autre indélébile comme l’encre typographique, une vignette conaposée en partie d’un dessin représentant une figure susceptible de donner au papier un caractère public et légal, et en partie de figures microscopiques (telles que de petits hexagones) formées de lignes se coupant sous des angles déterminés, parfaitement identiques entre elles. Ces deux sortes de dessins devaient être unis, et, pour ainsi dire, mariés ensemble par un procédé mécanique, de manière à offrir des points de vérification aussi certains que faciles à reconnaître. Le papier devait, en outre, porter dans l’intérieur de la pâte un filigrane très-délié, indestructible, propre à le faire distinguer; mais les papiers produits à un concours ouvert, à ce sujet, par le ministre des finances, furent jugés par la Commission incapables de résoudre le problème.
Des compagnies, des maisons de commerce, adoptèrent un papier à vignettes intérieures, fabriqué en feuilles très-minces et faiblement colorées pour être mieux pénétré par l’encre, et formé de deux feuilles superposées, munies d’une vignette délébile cachée dans leur épaisseur.
Dans une note lue à l’Institut, en 1848, M. A. Seguier émit l’opinion qu’on ferait un billet de banque ou papier-monnaie impossible à contrefaire, si l’on mettait en pratique l’idée suivante, due à M. Em. Grimpé : « Si on confectionne « deux types d’acier, portant l’un un dessin microscopique régulier, composé « de figures à angles égaux, symétriquement espacées ; l’autre, un dessin artis- « tique, direct ou produit par un type que l’on pourrait altérer au hasard; si, « à l’aide de ces deux types, on en confectionne un troisième sur lequel on opé- « rerait la réunion des deux dessins, et que, pendant l’opération, on vînt au (I hasard, par un frottement accidentel non calculé ni dans sa durée, ni dans « son intensité, à faire éprouver au type artistique un retard dans l’application « de sa surface sur le troisième déjà empreint du dessin du premier, il résul- « tera de ce retard une déformation du dessin artistique, qui changera son « rapport de position avec le dessin régulier, symétriquement espacé, formant « le canevas, sur lequel le premier serait jeté : dès lors, le type produit par la « superposition des deux autres se trouverait dans les conditions d’un canevas « de tapisserie sur lequel on aurait placé, au hasard, une découpure; à chaque « superposition nouvelle, ses contours changeraient de rapport avec les mailles (I du canevas, et, pour distinguer l’imitation de l’original, il suffirait de recher- « cher si l’un des points quelconques du dessin artistique de l’un et de l’autre « est précisément en même rapport de position avec la figure symétriquement « répétée du canévas. »
(1) Ce papier est employé dans beaucoup de maisons de banque d’Angleterre. Dans quelquesunes, on se borne à colorer la partie de la lettre de change sur laquelle on écrit les valeurs.
FAUX Ei\ ÉCRITURE PUBLIQUE ET PRIVÉE.
La même année, et peu de temps après, M. Dumas déclara, au nom de la Commission des papiers et encres de sûreté, que les papiers présentés par M. Grimpé étaient éminemment propres à prévenir le lavage du papier timbré, les faux généraux en écriture publique ou privée, et les faux partiels euxmêmes, dans V immense majorité des cas. Le système de M. Grimpé consiste à couvrir le recto et le verso d'une feuille de papier d’une vignette générale, composée de linéaments trop déliés pour être reproduits à la main, imprimée au moyen d’un cylindre avec l’encre délébile ordinaire, susceptible d’être attaquée par tous les agents qui altèrent l’écriture, de manière à ne pouvoir être restaurée, ni par la main la plus habile, ni par aucun procédé d’impression.
Les cylindres sont en cuivre et recouverts d’étoiles microscopiques (1), absolument identiques, gravées en relief, ce qui permet d’employer pour l’impression l’encre ordinaire. Les étoiles sont le produit d’un poinçon d’acier unique qui n’en porte qu’une seule, gravée avec la plus grande exactitude. Ce poinçon, trempé dur, est enfoncé successivement sur les divers points de la circonférence d’un cylindre d’acier non trempé, et y répète sa propre image. Ce premier cylindre, trempé dur à son tour, et comprimé fortement contre de nouveaux cylindres d’acier non trempé, reproduit, aussi souvent qu’on le veut, les dessins qu’il a reçus, et en recouvre toute leur surface. Ces derniers, trempés également, et pressés contre les cylindres de cuivre, y multiplient à l’infini l’image du poinçon primitif, et les couvrent d’étoiles identiques, d’une comparaison facile et sûre. M. Grimpé est parvenu ainsi à. imprimer le papier du timbre (2). tout aussi bien que le papier à la mécanique.
D’un autre coté, la commission de l’Institut a approuvé les vignettes de M. Lemercier, imprimées avec l’encre à écrire ordinaire, à l’aide de pierres lithographiques gravées en relief, sur le papier des effets de commerce, des actions au porteur, etc., comme susceptibles d’offrir à très-bas prix de très-grands avantages, dont le commerce et les compagnies pourront tirer parti pour prévenir les contrefaçons ou les falsifications d’écritures.
C. Billets de Banque. — Principaux caractères qui distinguent les billets de la Banque de France (1877). — «Le papier des billets de la Banque de France est relativement fin .
(1) C’est la figure qui a présenté à la reproduction manuelle les plus insurmontables difficultés.
(2) Le papier du timbre est fabriqué à la main, feuille à feuille, collé à la gélatine, et toujours un peu inégal à cause des vergeures et du manque de division de la pâte.
En ce qui concerne la fabrication de ce papier, la Commission de l'Institut, adoptant le système de M. Grimpé, a proposé ; 1° d’introduire dans ce papier un filigrane caractéristique, répété assez souvent dans toute l’étendue de la feuille pour qu’il soit impossible, en effaçant les vignettes, de convertir un fragment de papier timbré en papier ordinaire;
2“ De recouvrir les deux surfaces de ce papier d’une vignette microscopique, mariée, par une combinaison fortuite et non susceptible d’ètre réalisée de nouveau, avec une vignette artistique très-apparente et propre à caractériser le papier timbré ;
3“ De tirer au besoin, par le procédé des fondus, sur chaque marge, à gauche de la feuille, un liséré en encre indélébile, tout le reste de la feuille étant tiré en encre délébile.
Au moyen de ces précautions, le papier timbré, caractérisé par son filigrane, ne peut plus être confondu avec le papier ordinaire ; il échappe aux contrefaçons, au moyen du mariage de la vignette géométrique et de la vignette artistique ; il garantit des faux partiels, au moyen de la vignette géométrique ; il évite le transport et les faux généraux, par l’impossibilité de raccorder ou de reproduire le liséré en encre indélébile.
FAUX EN ÉCRITURE PUBLIQUE ET PRIVÉE
Le poids des billets est rigoiu-eusement fixé dans les marchés et maintenu dans la fabrication par un examen minutieux à l’usine et à la Banque; la tolérance accordée n’est que de 10 centigrammes en dessous et de 13 centigrammes en dessus pour les billets de 1,000 francs et de 500 francs, et de 5 centigrammes en dessous et de 10 centigrammes en dessus pour les billets de 100 francs.
Le poids moyen des billets neufs tout imprimés et sans leurs talons est ;
Pour les billets de 1,000 fr., de 1®'',33 ;
Pour les billets de 300 fr., de 1®’',73 ;
Pour les billets de 100 fr., de l^^Ol.
Le poids moyen des billets ayant déjà servi, et qui se trouvent dans la circulation, a une légère tendance à l’augmentation : celle-ci est proportionnelle à la surface et peut atteindre jusqu’à 73 milligrammes pour les billets de 1 ,000 francs.
Le papier est blanc, sonore au froissement, et présente en outre un caractère tout spécial : il est. absolument privé de défauts de fabrication, boutons or, épaisseurs de pâte, ordures, clairs ou trous résultant de grattages. C’est un caractère qu’il ne perd pas en vieillissant et en se salissant dans la circulation. Un billet qui présente des défauts sensibles au toucher ne sort pas des ateliers de la Banque.
Le billet change de couleur suivant les milieux dans lesquels il se trouve placé; il se graisse et perd sa sonorité, il se crible de trous d’épingle, mais il reste exempt d’épaisseurs de pâte. On a donc là une indication précieuse toujours facile à observer.
Le papier porte un filigrane, c’est-à-dire une empreinte obtenue pendant la fabrication, en même temps que le papier lui-même. Cette empreinte, lettres ou figure, donne toujours trois teintes : la teinte du fond du papier, une teinte plus claire, une teinte plus foncée ; quand le filigrane représente une tête ou un objet naturel, les ombres sont fondues, c’est-à-dire se dégradent en demiteintes avant de se perdre dans les lumières.
Aucun procédé mécanique ne peut donner au filigrane l’aspect qu’il tire de sa formation dans une pâte liquide et qui se coagule lentement. 11 suffit d’avoir examiné avec soin quelques filigranes ainsi formés dans la pâte pour ne pouvoir plus les confondre avec aucun autre.
Les planches qui servent à imprimer les billets sont revues, ayant d’être employées, avec le même soin que le papier lui-niême ; la moindre cassure dans les tailles, le moindre défaut dans les traits, les fait rejeter. Les procédés au moyen desquels elles sont obtenues assurent leur identité constante et parfaite.
Après l’impression, les billets sont examinés un à un avec le plus grand soin, et ceux qui ont le moindre défaut sont rejetés.
Un billet authentique ne doit donc présenter aucun défaut, aucune brisure dans les traits de la vignette, dans les tailles qui forment les ombres de celle-ci, dans les lettres du texte, et surtout dans les lettres des médaillons. Celles-ci) particulièrement, doivent être d’une netteté parfaite, et c’est un détail que les faussaires n’ont jamais pu imiter.
De toutes ces précautions prises pour assurer à l’impression des billets une beauté et surtout une régularité exceptionnelle, il résulte que ceux-ci présentent, au premier aspect, un ensemble facilement reconnaissable, et que la contrefaçon paraît à peu près impuissante à imiter. Seulement, au fur et à mesure que le billet vieillit et cii'cule, ce caractère peiti ce qu’il a de saisissant, Chevalliiîr et Baudrimont, 5® édit. * 30
et les faussaires le savent si bien, que presque toujours ils plient et salissent leurs billets, le plus souvent même, ils les déchirent et les réparent avec des bandes qui en dissimulent les imperfections les plus appréciables.
Plus un billet est usé et fatigué, plus il importe donc de l’examiner avec soin et de se reporter aux caractères que la vieillesse et l’usure ne sauraient lui faire perdre, c’est-à-dire à la netteté de l’impression et des lettres du texte contenu dans les médaillons.
L’intérêt du public et des comptables est en même temps de ne laisser circuler que des billets en bon état de conservation. La Banque ne recule devant aucun sacrifice pour arriver à ce résultat; les comptables peuvent l’aider puissamment à l’obtenir en ne remettant jamais en circulation les billets fatigués qu’ils reçoivent et en ayant soin, au contraire, de les comprendre dans leurs plus prochains versements.
11 est facile de comprendre que toutes les fois que les billets sont reçus en grand nombre, surtout en liasses, il n’est pas possible de se livrer, pour chaque billet, à l’examen successif de tous les caractères qui viennent d’être indiqués ; mais il est un procédé facile et sûr, basé sur la régularité à peu près absolue de la fabrication des billets, qui peut toujours être employé : c’est de choisir dans le billet, du côté où on les compte ordinairement, une figure, un ornement, un ensemble de lettres; de bien se pénétrer de l’apparence de ce détail et de s’y reporter avec attention au fur et à mesure que les billets passent sous les doigts : au bout de très-peu de temps la moindre défectuosité frappe machinalement le regard et appelle l’attention sur le billet. On doit alors détacher celui-ci de la liasse et se reporter aux autres signes en se livrant à un examen plus attentif, afin de ne pas s’exposer à rejeter comme faux un billet authentique, qu’un accident quelconque aurait détérioré à cette place. Il n’y en a pas de faux qui puissent résister à cet examen. »
FÉCULE DE POMME DE TERRE. — Cette fécule, retirée des tubercules du Solanum tubei'osurn, de la famille des Solanées, se distingue des autres
matières amylacées par son apparence nacrée, par le cri qu’elle fait entendre lorsqu’on la presse entre les doigts. Examinés au microscope, ses grains sont beaucoup plus gros et d’un volume plus constant que ceux de l’amidon de blé (140 millièmes de millimètre) ; ils sont ovoïdes, étianglés, gibbeux, obscurément triangulaires. On y aperçoit très-manifestement le hile, ou trou par lequel s’introduit la matière plastique qui sert à l’accroissement du grain de fécule; celui-ci se trouve composé de couches concentriques qui le font ressembler assez à une écaille d’huître (fig. 102). On observe sur les grains vieux, ou très-volumineux, qui se rencontrent surtout dans les tuber-
Cilles arrivés à leur maximum de développement, des déchirures anguleuses qui partent généralement du hile.
Les grains de fécule les plus gros ont été observés jusqu’ici dans la variété de pomme de terre dite de Rohan; ils ont 155 millièmes de millimètre de diamètre.
La fécule de pomme de terre est blanche, insipide, insoluble dans l’alcool et l’éther, inaltérable à l’air. Elle a une odeur peu agréable qui s’exalte par la cuisson; elle bleuit au contact de l’eau iodée; sa densité est environ 1,5 à -1-19". L’eau, à la température ordinaire, n’a pas d’action sur la fécule; mais, à chaud, celle-ci s’y gonfle, s’y hydrate, et prend une consistance gélatiniforme, en donnant ce que l’on nomme de V empois. Un phénomène analogue se passe à froid avec les alcalis.
La fécule est convertie simultanément en dextrine et en sucre de glucose, sous l’influence de la diastase ou des acides étendus et bouillants.
Chauffée peu à peu de 160 à 210", elle se transforme en une matière jaunâtre, soluble dans l’eau, qu’on appelait autrefois amidon grillé, amidon torréfié, et aujourd’hui léiocome : c’est de la fécule désagrégée. En portant brusquement la fécule à la même température, on la convertit en dextrine.
La fécule de pomme de terre pure donne, par l’incinération, 1,4 p. 100 de cendres très-fines, denses, mobiles et sèches [Louyet).
Usajes. — En médecine, la fécule de pomme de terre est employée à l’intérieur comme analeptique ; on en fait aussi des gelées, des tisanes, ou des cataplasmes mucilagineux. Dans les arts, elle a reçu un très-grand nombre d’applications : elle sert à la fabrication de la dextrine, de la gommeline, du léiocome, des sirops et sucres de fécule, de l’acide oxalique ; elle sert à confectionner les produits alimentaires connus sous les noms de semoule, tapioka factice, etc. ; on l’emploie pour l’encollage des toiles, le collage du papier, l’épaississement des mordants, etc.
Altérations. — La fécule absorbe des quantités d’eau très-variables, suivant les circonstances dans lesquelles on la place. Payen et Persoz (1833) en ont donné
le tableau suivant :
Eau p. 100.
Fécule plongée dans l’eau pendant 72 heures. 48,5
— immergée, puis égouttée 46
— humide, étendue à l’air pendant quelques heures. . 38,5
— exposée à l'air saturé de vapeur d’eau 2 !
— sèche du commerce 16 à 19
Féeulomètre. — Dans le but d’évaluer la richesse réelle des différentes fécules du commerce, c’est-à-dire de déterminer la proportion àieau qu’elles contiennent, M. .6/ocA (1855), procédant par la mesure du volume qu’occupe un poids constant de fécule arrivée à son maximum d’hydratation, a imaginé un petit appareil dit féeulomètre, qui consiste en deux tubes de verre de diamètres différents et soudés ensemble. Le tube inférieur, gradué et fermé par un bout, a 0”,15 de long et 0“,013 de diamètre; le tube supérieur, bouché à l’émeri, a O"*, 18 de long et 0“,03 de diamètre (fig. 103). On prend 5 grammes de la fécule à essayer, on les introduit dans le tube inférieur, on agite avec de l’eau ordinaire potable, après avoir remis le bouchon du tube supérieur ; lorsque toute la fécule est délayée, on enlève le bouchon et l’on fait couler quelques gouttes d’eau le
long des parois internes du tube, afin d’enlever quelques granules qui y restent attachés : ensuite, on l’abandonne au repos jusqu’à ce qu’elle ne se meuve plus en renversant le tube. Plus une fécule est saine ou de bonne qualité, plus vite elle se dépose; la meilleure exige une heure; la plus mauvaise, six heures; on opère à 15°. Après un repos complet, on lit le nombre de divisions occupées par la fécule; ce nombre indique le titre de la fécule en centièmes, c’est-à-dire que le nombre 75, par exemple, signifie que la fécule essayée contient 75 p. 100 de fécule réelle et 25 p. 100 d’eau ; et ainsi de suite.
Pour graduer le féculomètre, on a pris 10 grammes d’une fécule pure et sèche, contenant 8,457 de fécule et 1,543 d’eau ; elle occupait, après son gonflement dans l’eau ordinaire, un volume égal à 14'°, 847 ; une fécule pure et normale aurait donc occupé 17",567. Ce volume a été divisé en 100 parties égales; mais, pour faire l’essai avec 5 grammes de matière, on a divisé en 100 parties égales la moitié de cette capacité ou 8", 783.
^ ^ Un moyen imaginé par Scheibler pour doser l’eau contenue
Bloch. • dans la fécule repose surl’action déshydratante réciproque de l’alcool (D=0, 8339) en présence de la fécule hydratée. 100" d’alcool = 83®', 39 sont introduits dans un flacon à l’émeri avec 41®', 7 de la fécule à essayei'. On agite assez fréquemment le mélange pendant une heure ; on le filtre, et on prend la densité aréométrique du liquide à -|- 15“,5. Le tableau suivant indique à quel degré d’hydratation correspond cette densité ;
Eau d’hydratation
Densité
Eau d’hydratation
Densité
de
de
de
de
la fécule.
l’alcool retiré.
la fécule.
l'alcool retiré.
11 est évident qu’on peut évaluer exactement la proportion d'cfl« d’une fécule hydratée en en soumettant un poids déterminé (5 ou 10 grammes) à la chaleur d’une étuve à 110°.
Falsifications. — On falsifie la fécule de pomme de terre avec la o'aie ou carbonate de chaux, le plâtre, la poudre ou sciure d‘ albâtre gypseux, une argile blanchâtre (terre de pipe?). On y ajoute également d’autres /ec«/e/î<es,
de la farine, des débris de féculeries.
Matières minérales. — Plusieurs moyens peuvent être employés pour reconnaître ces fraudes, signalées en premier lieu par Payen (1832). On peut chauffer, pendant une demi-heure environ, à la température de 72 à 75® au bain-marie, 25 grammes de la fécule à essayer, dans une solution de diastase brute ; elle se convertit „en dext.rine, sans résidu bien sensible si elle est pure; dans le cas
contraire, on a une partie insoluble qui, recueillie sur un filtre, lavée, séchée et pesée, donne approximativement la proportion des corps étrangers introduits. Ce résidu est ensuite examiné à part, afin d’en connaître la nature. Traité par l’acide chlorhydrique ou nitrique étendu d’eau, il fait une vive effervescence s’il contient de la craie, et laisse un résidu terreux indissous. La solution acide, évaporée à siccité et reprise par l’eau chaude, donne une liqueur qui précipite en blanc par l’oxalate d’ammoniaque. Le résidu insoluble, séché et chauffé au rouge dans un creuset, donne une masse fortement agglomérée, qui ne se délaye pas dans l’eau et ne fait pas effervescence au contact des acides.
De plus, la fécule contenant de la craie fait une vive effervescence avec les acides. Celle qui contient Ansulfate de chaux, chauffée au rouge dans un creuset, laisse une masse charbonneuse qui, délayée dans l’eau et additionnée de quelques gouttes d’acide, dégage une forte odeur d’œuf pourri (hydrogène sulfuré). L’examen microscopique, l’incinération peuvent aussi servir à découvrir ces fraudes. Une petite pincée de fécule suspecte, placée en couche très-mince sur une lame de verre, et vue au microscope, n’offre que des grains arrondis, diaphanes, blancs, si elle est exempte de mélange ; dans le cas contraire, on voit distinctement, interposés entre ses grains, des corps opaques, bruns ou nuageux, anguleux, irréguliers.
La proportion de cendres fournies par l’incinération de 5 grammes de fécule, et leur examen chimique servent également à constater s’il y a eu ou non adultération de la fécule. Ces cendres sont composées de chaux, de sulfate de chaux ou d’argile.
D’un autre côté, en délayant dans beaucoup d’eau une petite quantité de fécule suspecte, les substances minérales ajoutées, étant beaucoup plus denses, se précipitent les premières, et peuvent être examinées séparément.
Matières féculentes. — La fécule de pomme de terre a été quelquefois mélangée à d’autres fécules exotiques. M. Gobley (1844) a indiqué, comme moyen de reconnaître ces fraudes, les colorations diverses qu’éprouvent quelques fécules pures ou mélangées, lorsqu’on les expose à la vapeur d’iode.
On met les fécules dans des verres de montre, sous une cloche qui renferme de l’iode placé à part dans l’un de ces verres (fig. 104), et on les y laisse exposées pendant vingt-quatre heures (l).Voici les colorations que l’on obtient :
Amidon, couleur violacée ;
Fécule de pomme de terre, gris-tourterelle ;
Arroiü-root vrai, café au lait clair:
Fig. 104. — Appareil pour la coloration des fécules par la vapeur d’iode.
(1) L’expérience prouve que les fécules ne sont colorées par l'iode qu’aitant qu’elles sont humides, par leur exposition à l’air libre.
Arrow-root avec 1/4 à' amidon, lilas gris ;
Ar7'oiv-root factice, gris-tourterelle ;
Tapioka vrai entier, tous les grains jaunâtres ;
Tapioka vrai pulvérisé, couleur chamois ;
Tapioka vrai pulvérisé et mêlé avec 1/4 à' amidon, couleur violacée ;
Tapioka factice entier, quelques grains gris violacé, les autres jaunâtres ;
Tapioka factice pulvérisé, couleur chamois;
Tapioka factice pulvérisé et mêlé avec 1/4 d'amidon, couleur violacée;
Sagou blanc entier, quelques grains gris violacé, les autres jaunes ;
Sagou blanc pulvérisé, couleur chamois ;
Sagou blanc pulvérisé et mêlé avec avec 1 /4 di amidon, couleur violacée ;
Sagou factice entier, quelques grains gris violacé, les autres jaunâtres ;
Sagou factice pulvérisé, couleur chamois ;
Sagou factice pulvérisé et mêlé avec 1/4 à.' amidon, couleur violacée ;
Dextrine, pas de coloration.
Suivant M. Mayet, on peut distinguer la fécule de pomme de terre, l’arrowroot et l’amidon de blé, par la consistance et la transparence de la gelée qu’ils forment avec une solution au 1/4 de potasse à la chaux (25 p. de potasse et 75 p. d’eau) et reconnaître 1/10 de fécule ajouté à l’amidon ou à l’arrow-root. Voici les résultats que M. Mayet a obtenus en prenant 5 grammes de la fécule à essayer, 60 grammes d’eau et 5 grammes de solution alcaline au quart :
Avec la fécide de pomme de terre, gelée très-épaisse, d’une transparence opaline, solide au bout d’une demi-minute ;
Avec V amidon de blé, le mélange n’est pas solide au bout d’une demi-heure ; de plus, il est laiteux, complètement opaque, mais il ne laisse pas déposer l’amidon ;
Avec \ arrow-root, le mélange est totalement liquide et laisse déposer cette fécule malgré plusieurs agitations. Le liquide surnageant est d’une transparence parfaite ;
Avec la fécule de bryone, le mélange se prend en gelée transparente immédiatement, mais cette gelée est très-liquide et d’une teinte légèrement citrine;
Avec la farine de haricots (prise comme type des farines de légumineuses), mucilage peu épais, jaune verdâtre, non transparent;
Avec la farine de manioc, mucilage un peu plus épais que le précédent, incomplètement opaque, laissant voir un grand nombre de grumeaux gonflés, mais non dissous.
La fécule de pomme de terre se distingue de l’amidon de blé par le procédé suivant : l’amidon de blé, broyé avec l’eau, donne un liquide qui, après avoir été filtré, se colore en jaune ou en rouge pâle, par l’addition de quelques gouttes de teinture d’iode ; le liquide provenant de la trituration avec la fécule de pomme de terre prend une couleur bleue. (Voy. Farines, page 422.)
Il est nécessaire de répéter encore ici que toutes ces réactions ne sauraient dispenser le praticien de recourir à l’emploi du microscope ; ce précieux instrument permettra toujours de reconnaître dans la fécule de pomme de terre, les diverses autres matières amylacées qu’on peut lui ajouter. (Voir : Arrowroot, Sagou, Tapioka, ainsi que les farines des céréales.)