‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 203 sur 470 · FOURRAGES · texte numérisé non relu

FOURRAGES

FOURRAGES (1). — Les fourrages [foin, paille, avoine) sont souvent le sujet de fraudes scandaleuses, dont les détails ont été révélés plusieurs fois devant les tribunaux. C’est ainsi que, sur une livraison de 265 bottes de paille, il a été constaté qu’il en manquait environ une centaine; de plus, les bottes en livraison pesaient moins que le poids voulu.

Dans un procès, jugé en 1846 par le tribunal correctionnel de Versailles, et intenté aux sieurs P..., H..., T..., fournisseurs de fourrages à la cavalerie, aux sieurs L..., agent comptable, et V..., chef ouvrier, il a été acquis aux débats que les fourrages avaient été soumis à des manipulations frauduleuses, en vue d’assurer aux entrepreneurs des bonis illicites.

Ainsi, pour la paille, on trompait sur le poids; on faisait des bottes de 4 kilo"grammes et demi, tandis qu’elles devaient en peser 5, ou de 3 kilogrammes et demi, lorsque le poids devait être de 4 kilogrammes.

Le foin était mouillé abondamment. On arrosait de la graine de foin ou de la poussière qu’on répandait tout humide sur la fanée. On obtenait ainsi un rendement en poids plus considérable, au détriment de la qualité du foin. On faisait aussi des fanées de 200 bottes de 5 kilogrammes chacune ; on y introduisait 40 hottes de bon foin, 60 de qualité inférieure; le reste se composait de foin de mauvaise qualité, de graines, de criblures, de poussière, de déchets, de balayures de magasins, et ce mélange était arrosé d’une quantité d’eau plus ou moins considérable, suivant que le temps était plus ou moins humide (2).

L’avoine était mouillée dans la proportion de 23 ou 30 seaux d’eau par 100 quintaux métriques (1,000 kilogrammes), et on ne la criblait jamais (3).

Ces fraudes, pratiquées dans le bottelage et au moyen du mouillage, furent regardées comme une des causes principales de la mortalité croissante des chevaux de troupe, et éveillèrent à juste titre la sollicitude de l’administration de la guerre ; car la bonne qualité des fourrages est indispensable à l’amélioration si désirable des chevaux de notre cavalerie.

En 1855, la Cour impériale a condamné à quinze jours de prison la femme Y. . . et le sieur B... pour avoir apporté au marché d’Évreux un certain nombre de sacs d’avoine, dont le haut seul était garni de grain de première qualité ; au-dessous, le grain était de qualité inférieure.

La même année, le tribunal correctionnel de Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord) a condamné neuf individus qui mêlaient à de l’avoine du sable fin de rivi'ere; trois ont été condamnés à un an de prison, trois à six mois, et trois à trois mois de la même peine. Le tribunal a prononcé, en outre, contre chacun des fraudeurs une amende de 50 francs, et ordonné que le jugement serait inséré dans les

(1) Le commerce des fourrages a beaucoup d’importance. A Paris, on vend annuellement plus de 8 millions de bottes de foin, près de 13 millions débottés de paille, et environ 1,100,000 hectolitres d'avoine.

(2) D’après M. Payen, le foin contient, en moyenne, 13 p. 100 d’eau, et donne 8 p. 100 de cendres. La paille renferme 10 p. 100 d’eau, et fournit près de 4 p. 100 de cendres.

(3) Le poids moyen d’un hectolitre d’avoine de bonne qualité varie de 13 à 48 kilogrammes. Les poids légaux de l’hectolitre d’avoine, d’orge, de seigle, constatés officiellement à la mairie de Pontoise, sont les suivants :

Avoine.

Orge.

Seigle.

kil.

kil.

kil.

Première qualité

Deuxième qualité

Troisième qualité

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