‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 207 sur 470 · FULMINATE DE MERCURE · texte numérisé non relu

FULMINATE DE MERCURE

découvert, en 1799, ]}!lv Hoivai'd ; de là le nom de mercure fulminant de Hoioard, sous lequel il a été longtemps connu. C’est une poudre très-détonante, d’un gris jaunâtre. Chauffée à 186“, ou soumise à une forte percussion, elle produit une explosion très-violente. L’étincelle électrique, les étincelles d'un briquet d’acier, le simple contact des acides sulfurique et nitrique, la font également détoner.

Le fulminate de mercure est soluble dans l’eau bouillante et peut cristalliser sous forme de petits cristaux dendritiques, blancs, à éclat soyeux, doux au toucher. Ce fulminate cristallisé détone plus aisément par la friction que le fulminate pulvérulent.

Humecté avec 5 p. 100 d’eau, le fulminate perd beaucoup de son inflammabilité par le frottement ; avec 10 p. 100 d’eau, il s’enflamme plus difficilement encore ; avec 30 p. 100, il ne donne plus que des détonations très-rares.

Ce fulminate, résultant de l’action du nitrate de mercure sur l’alcool, est composé de carbone^ azote, oxygène et mercure. 11 sert de base aux amorces fulminantes dont la fabrication, en France, date de 1816. Les amorces les plus ordinaires sont celles qui sont connues sous le nom d’amorces à capsules; depuis 1819, elles sont contenues dans des capsules en cuivre rouge. Cette fabrication s’exécute maintenant sur une très-grande échelle. Déjà, pendant l’année 1837, les fabricants livrèrent 800 millions de capsules, dont 300 millions furent exportées à l’étranger. Cette industrie, depuis cette époque, n’a pu que s’accroître (1).

Le fulminate est employé tantôt pur, tantôt mêlé à.Q poussier de poudre ou pulvérin, tantôt mêlé simplement de nitrate, et même de chlorate de potasse (2). En Allemagne, on ajoute à 7 parties de fulminate, 9 parties d’un mélange de nitrate de potasse (117 parties) et de soufre (23 parties).

Ces additions ont pour objet d’affaiblir l’explosion et de rendre ainsi l’amorce propre à propager l’inflammation. L’addition de nitrate de potasse a aussi pour but de brûler le charbon laissé pour résidu dans la détonation du fulminate pur. Ces mélanges, au reste, sont tellement en usage, que les fabricants vendent à des prix différents quatre qualités de fulminate mélangé de chlorate ou de nitrate de potasse (3).

Néanmoins, comme l’addition de ces sels' pourrait être faite dans une proportion trop forte (4), il est bon de connaître les moyens propres à déceler leur présence et à les doser.

(1) Cet article a été écrit avant l’invention du fusil Chassepot.

(2) Nous avons eu à examiner du fulminate destiné à être mis au fond des cartouches dont on se sert avec les fusils du système Lefaucheux. Ce fulminate était mêlé de nitrate et de chlorate de potasse; il y avait, en outre, une quantité très-minime d’une matière qui semblait être de la gélatine (.4. C/n).

(3) Avec le fulminate mêlé de chlorate, qualité la plus ordinaire, les capsules se ven-

dent û'‘',90 à 1 fr. le mille.

Qualité au-dessus 1 ,20

Qualité au-dessus 1 ,40

Qualité supérieure 1 ,60

(4) On a colporté, en Allemagne, des [poudres de fulminate de mercure qui contenaient de 40 à 60 p. 100 de nitre.

Nous avons entendu demander des capsules dont la composition était laissée à la volonté du fabricant, pourvu qu’elles fussent livrées à bon marché.

GALÂNGA.

On traite le fulminate par l’eau froide, qui ne le dissout pas et dissout le nitrate et le chlorate de potasse ; le liquide filtré et concentré par évaporation précipite en jaune-serin par le chlorure de platine, en blanc par l’acide tartrique. Une portion traitée par le cuivre en limaille et l’acide sulfurique concentré donne des vapeurs rutilantes dues i\ la séparation de l’acide nitrique du nitrate ; cet acide, se combinant avec le cuivre, forme du nitrate de cuivre qui colore la liqueur en bleu. S’il y a du chlorate mêlé au nitrate, l’acide sulfurique s’empare de la potasse, décompose l’acide cblorique et se colore en rouge, par suite de la formation d’acide hypochlorique. D’ailleurs, en traitant séparément une autre portion de liqueur par l’acide chlorhydrique concentré, celui-ci décompose le chlorate, et le liquide est coloré en jaune.

On peut apprécier la quantité de potasse contenue dans le liquide au moyen d’une solution titrée de chlorure de platine, contenant par litre 36®“', 003 de ce sel. Chaque centimètre cube de la liqueur correspond à 0®“',01 de potasse.

Un autre moyen consiste à prendre le liquide provenant du traitement du fulminate par l’eau, à le décomposer par l’hydrogène sulfuré pour séparer le mercure à l’état de sulfure ; le liquide filtré et évaporé à siccité donne un résidu qui est composé du nitrate et du chlorate de potasse ajoutés au fulminate; le poids de ce résidu indique celui du mélange. Si ensuite on le chauffe fortement avec du charbon, et qu’on traite la solution aqueuse du résidu par l’azotate d’argent, on a un précipité de chlorure et de carbonate d’argent, qui, traité par l’acide nitrique afin de dissoudre ce dernier sel, recueilli sur un filtre, lavé, séché et pesé, donne le poids du chlorure d’argent, et par suite celui du chlorure de potassium ou du chlorate de potasse contenu dans le mélange. Le nitrate de potasse est connu par la quantité de potasse restant après que l’on a défalqué la proportion d’alcali nécessaire pour former le chlorate, sachant que le chlorate de potasse renferme 38 p. 100 de potasse et le nitrate 46,6 p. 100.

GALANGA. — H y a deux sortes de galanga, le galanga officinal qui nous vient de Chine, et le grand galanga que nous donne l’Inde et Java.

Le galanga offcinaf produit par VAljnnia of fcinarum (Hance), de la famille des Amomées, présente deux variétés :

La première {Galanga minor) est en racines petites, ramifiées, rougeâtres, ou plus souvent d’un brun noirâtre terne à sa surface, et marquées de nombreuses franges circulaires. Sa texture est fibreuse, compacte, uniforme, d’un fauve rougeâtre ; son odeur est forte et aromatique, agréable ; sa saveur est piquante, très-âcre, brûlante et aromatique, Sa poudre est rougeâtre, elle donne, avec l’eau et l’alcool, une teinture de même couleur;

La deuxième variété ne diffère de la première que parce qu’elle est en morceaux longs de 0“”,03 à 0““,08 et de 0““,013 à 0“",0o4 de diamètre, cylindriques, souvent bifurqués. Son odeur est moins forte. Son aspect extérieur la fait ressembler à la racine à'Acorus calamus.

Quant au grand galanga {Alpinia galanga), il est beaucoup plus volumineux

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que les variétés précédentes. Il est d’un rouge cinabre à l’extérieur et blanc grisâtre à l’intérieur. Il n’est pas officinal.

La racine de galanga contient, d’après M. Morin: huile volatile^ résine âcre., amidon, gomme, matière colorante brune, matière extractive, ligneux, soufre, oxalate de chaux, acétate de potasse.

Usages. — Elle est excitante et stomachique.

Falsifications. — La racine de galanga est quelquefois mêlée avec celle du souchet long {Cyperus longus), plante indigène des marais de l’Europe, et avec la racine du faux galanga.

La racine de souchet long se distingue par sa couleur noire, l’absence de franges circulaires blanches, et par sa saveur amère, astringente et peu aromatique.

Le faux galanga, désigné par Guibourt sous le nom de galanga léger, est de grosseur moyenne, marqué d’anneaux circulaires blanchâtres ; son écorce est luisante et jaunâtre; sa texture intérieure est très-lâche ; son odeur, nulle. Cette racine est d’une densité moitié moindre que celle du vrai galanga.

GALBANUM. — Le galbanum est une gomme résine fournie par les Ferula gummosa, erubescens et schaïr, dont le premier est devenu le Ferula galbaniflora de Bushe et Doissier {Collin). Ces plantes, de la famille des Ombellifères, croissent abondamment en Perse.

On distingue dans le commerce deux sortes de galbanum: le galbanum mou et le galbanum sec.

Le premier est en larmes ou en masses. Les larmes sont jaunes, vernissées, gluantes à l'extérieur. Leur cassure est grenue et comme huileuse. Elles ont une odeur forte, légèrement fétide, ainsi qu’une saveur âcre et amère. Elles se réunissent souvent en une seule masse qui devient brunâtre après un certain temps.

Le deuxième ou galbanum sec est, comme le précédent, en larmes ou en masses; mais il est plus sec, ni gluant ni vernissé, et ne s’agglutine pas. Contenant moins d’huile essentielle, il est moins odorant. On y rencontre souvent des tronçons de tiges et des carpelles d’Ombellifères.

Le galbanum mis en contact avec un corps en combustion prend feu et brûle avec flamme.

D'après l’analyse de Môssmer, le galbanum renferme : résine, 65,8 ; gomme soluble, 27,6 ; bassorine, 1,8 ; huile volatile, 3,4 ; eau, 2 ; matières insolubles, 2,8.

Le galbanum doit être choisi bien sec et contenant beaucoup de larmes.

Usai^cs. — Il est employé en pharmacie comme stimulant et tonique; il fait partie du diachylon gommé, du baume de Fioravanti, du diascordium, de la thériaque, etc., etc.

Falsifications. — On mêle quelquefois le galbanum mou et en masses avec d’autres substances résineuses d’un prix inférieur. Ce mélange ne peut être reconnu que par l’habitude et par un examen comparatif avec un échantillon de galbanum de bonne qualité.

Souvent on y ajoute des substances terreuses, dans le but d’en augmenter le poids. Ces substances restent comme résidu lorsqu’on traite le galbanum par l’eau et l’alcool. L’incinération sert aussi à constater leur présence.

GARANCE. — La racine de garance ou alizari {Jîubia tinctoria ou tinctorum).

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de la famille des Rubiacées, est cultivée à Chypre, en Barbarie, à Smyrne, à Andrinople, en Hollande, en Saxe, en Silésie, dans la Provence (aux environs d’Avignon), en Alsace, et, depuis l’année 1839, en Auvergne.

La racine de garance est cylindrique, striée, de la grosseur d’une plume ou de celle du petit doigt ; son odeur est faible, particulière ; sa saveur est amère et styptique. Elle se compose de trois parties bien distinctes : d’une partie ligneuse centrale jaunâtre, d’une partie corticale rouge, d’une pellicule légère et rougeâtre. La partie corticale est la seule qui fournisse de la matière colorante.

Variétés commerciales. — L’alizari du commerce est la racine de la garance séchée, battue, dépouillée de terre et d’impuretés ; c’est la garance dite entière ou en branches.

On distingue plusieurs sortes commerciales d’alizaris : les alizaris de Chypre, de Smyrne, de Barbarie, d’ Andrinople , d’Avignon, puis les alizaris de Hollande, de Silésie, de Saxe et d’Alsace.

La garance peut être entière, ou moulue et réduite en poudre. Celle-ci a une couleur qui varie du rouge jaunâtre au rouge foncé.

La garance moulue se divise en trois sortes :

1“ La garance de Hollande, grasse au toucher, d’une odeur forte et nauséabonde, d’une saveur sucrée mêlée d’amertume, d’une couleur qui varie du rouge brun au rouge orangé. Elle attire l’humidité de l’air. Sa couleur passe du rouge orangé au rouge vif, lorsqu’on l’expose pendant quelque temps à l’air humide d’une cave. La garance de Hollande est dite robée ou non robée, suivant qu’elle a été privée ou non de sa pellicule corticale, au moyen du blutoir.

2° La garance d’Alsace a une odeur plus pénétrante que la précédente, une saveur amère, mais moins sucrée ; une couleur qui varie du jaune vif au brun. Elle absorbe assez facilement l’humidité de l'air, et acquiert une couleur rouge foncé, quand on l’expose à l’air humide d’une cave. La garance d’Alsace a remplacé, dans nos fabriques, la garance de Hollande; on la prépare principalement à Strasbourg, Haguenau et Geisselbronn.

3® La garance d’Avignon est en poudre très-fine, sèche au toucher ; son odeur est agréable et peu pénétrante ; sa saveur est légèrement sucrée et amère ; sa couleur varie du rose au rouge clair, et même au rouge-brun. Elle absorbe plus difficilement l’humidité de l’air que les deux précédentes.

Composition. — D’après les analyses de Bucholz, .John, Kuhlmann, Kœchlin, Rochleder, etc., la racine de garance renferme : des glucosides colorants d’où dérivent les matières colorantes alizarine, purpurine ou oxyalizarine ; une matière orangée ou hydrate de purpurine ; une matière rouge on pseudo-purpurine ; une matière jaune ou xantho-purpurme . On y trouve en outre : glucose, saccharose, gomme et mucilage, albumine, érythrozyme (ou ferment soluble), chlorogénine ; tartrates, nitrates et citrates alcalins ; matière extractive ; résines, cellulose, pectose, acide pectique, pectates de chaux et sels minéraux comprenant carbonate, sulfate et phosphate de potasse ; chlorure de potassium ; carbonate, phosphate et tartrate de chaux ; phosphate de magnésie ; silice.

La garance pure, bien desséchée à 100®, dépouillée de matière terreuse et de son épiderme, donne en moyenne 5 p. 100 de cendres; l’alizari de Provence, pourvu de sa pellicule, en fournit 8,80 p. 100 [Girardin oi Labillardière).

L’alizari d’Alsace, lavé à l’eau distillée et séché à 100®, donne 7,02 p. 100 de

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cendres, tandis quel’alizari d’Avignon, préparé de la même manière, en fournit 8,77 p. 100 (I) [Henri Schlumberger).

L’alizari du Levant, séché à 100°, donne 9,80 p. 100 de cendres [Chevreul).

Usag-es. — La garance est une matière colorante très-employée en teinture, dans la fabrication des indiennes et dans la préparation de laques pour la peinture.

Le commerce nous l’offre entière ou en poudre. Elle est également la base d’un grand nombre de préparations industrielles dont les principales sont : 1“ la fleur de garance^ ou garance lavée à l’eau acidulée, pour lui enlever ses principes solubles (sucre et gomme), mais non pas ses matières colorantes. Cette racine perd, par cette opération, la moitié de son poids ; 2“ les garanceux, produits préparés en traitant les dépôts obtenus des cuves de garançage par l’acide sulfurique bouillant et en lavant bien pour éliminer l’acide ; 3“ la garancine, ou garance traitée par l’acide sulfurique et la vapeur d’eau : on filtre, on lave le dépôt qu’on exprime, qu’on sèche et qu’on pulvérise ensuite ; 4® Valizarine commerciale^ obtenue en soumettant la garance à l’action de la vapeur d’eau surchauffée; 5® les extraits de garance préparés à l’aide des alcools méthylique ou éthylique, ou bien parles alcalis, les sels d’alumine, etc.

Falsifications. — La garance est falsifiée soit par Veau^ soit par l’addition de substances minérales [brique pilée , ocre rouge ow jaune, sable jaunâtre, argile jaunâtre) on végétales [sciure de bois, coques d’amandes, de cacao, son, écorce de pin, bois d’acajou, bois de campêclie, bois de santal, bois de sapin, garance déjà épuisée par la teinture).

Matières minérales. — La garance contenant des substances terreuses croque sous la dent, quand on la mâche. La sophistication par les substances minérales se reconnaît, soit en délayant la poudre de garance avec 100 ou 130 fois son poids d’eau, la garance reste suspendue dans le liquide, tandis que les substances terreuses se déposent ; soit par l’incinération. La quantité de cendres fournie, comparativement à celle que donnent les garances naturelles, ainsi que nous l’avons indiqué ci-dessus (entre 5 et 9 p. 100), permet de reconnaître si la garance soumise à l’essai a été additionnée ou non de substances minérales. Toutefois on admet une tolérance de 0,03 à 0,04 sur le poids des cendres.

Matières végétales. — La fraude de la garance parles substances organiques, plus appréciable au teinturier que la première, est très-difficile à spécifier, du moins quant à la nature des substances qui ont servi à la falsification ; le plus

(1) Composition des cendres de garance :

D’Alsace,

De Séelande,

d’après M. H. Kœchlin.

d’après M. May

Potasse

Soude

Chaux

Magnésie

Peroxyde de fer

Clilorure de sodium..

Acide phosphorique. .

Chlore

Acide sulfurique

Silice

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souvent on ne peut que reconnaître qu’il y a mélange : aussi faut-il toujours déterminer la valeur tinctoriale de la garance. Trois moyens ou essais principaux sont employés, à cet effet, par M. Girardin.

Essai. — Le premier essai consiste à déterminer le pouvoir colorant à l’aide du colorimètre de HoiUon-Labillardière tel qu’il a été modifié par 4/. Salleron{\)\

(1) Ce colorimètre se compose d'une boîte C ayant la forme d'une pyramide tronquée, iixéc sur un pied dont la tige peut s'allonger ou se raccourcir à volonté. La partie postérieure de la boîte

est ouverte et porte en a une échancrure qui permet au visage de s’y appliquer facilement pour faire les observations. — La partie anterieure présente deux plaques métalliques noircies, portant chacune, de façon à se correspondre, deux fentes longitudinales et parallèles F, F' éclairées par un miroir réflecteur R qui renvoie la lumière difl'use dans l’intérieur de l’instrument. L’inclinaison do ce miroir est réglée à volonté à l’aide d’une charnière et d’une vis de pression.

Entre les deux plaques métalliques on peut glisser une cuve en verre à. deux compartiments T et T', rectangulaires, parallèles et égaux en capacité. Ils reçoivent toute la lumière que laissent passer les fentes F et F', ce qui donne à la partie inférieure do la cuve une transparence complète. Un support S fixé sur la boite sert à suspendre au-dessus du compartiment T une burette de Mohr B, graduée en dixièmes de centimètre cube et qu’on remplit d’eau. — Un tube creux A', descendant jusqu'au fond du même compartiment T, est fixé la branche mobile A, en même temps qu’il est ajusté au tube en caoutchouc b par lequel on peut insuffler do l’air, de manière îi faire barboter ce fluide dans le liquide du compartiment T. C’est là un véritable agitateur.

Dans ces conditions, si les vases T et T' reçoivent chacun un même volume d’un liquide coloré, soit 10 centimètres cubes, leur teinte vue à travers les fentes F et F' par le grand orifice de la boîte, aura la môme intensité ; si au contraire le compartiment T reçoit un liquide plus coloré que le compartiment T', on pourra affaiblir la teinte du premier et la rendre égale à l'autre en intensité, on y instillant de l’eau goutte à goûte au moyen de la burette graduée Fig. 105. — Colorimètre de Houton-Labillardière modifié B, en prenant le soin de rendre le mélange bien par M. Sallcron. homogène en faisant jouer l’insufflatcur b. —

Quand on juge que les deux teintes sont bien égales, il suffit do lire sur la burette graduée la dépense d’eau qu’on a fait tomber en T pour juger de l’intensité relative des liquides colorés mis en expérience. Si leur volume primitif étant de 10 centimètres cubes, on a ajouté en T -3 centimètres cubes d’eau, leur somme 13 centimètres cubes indique que l'intensité de coloration du liquide ï est à celui du liquide mis en T', comme 13 est à 10.

Lors donc qu’on veut faire un essai colorimétrique d’une garance, comparativement à un échantillon type, on prépare les liquides comme il est dit au premier essai, et on les place à volumes égaux dans la cuve double du colorimètre pour agir comme il vient d’être recommandé.

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le second, à reconnaître la faculté tinctoriale par une opération de teinture; le troisième a pour but de trouver la quantité absolue du principe colorant.

Ces différents essais se font toujours comparativement, en prenant comme type une garance préparée avec soin et ayant les mêmes marques commerciales que celles qu’il s’agit d’expérimenter. Il est indispensable, pour arriver à des résultats satisfaisants, de contrôler un essai par un autre (1).

1®'' essai. — On fait sécher à 100“ la garance type et la garance à examiner, et on tient compte des proportions respectives d’eau hygrométrique qu’elles renferment. On prend ensuite 25 grammes de chaque échantillon dont on évalue les proportions de matières solubles, sucrées et mucilagineuses, au moyen de deux lavages préliminaires faits chacun avec 250 grammes d’eau à 20“, qu’on laisse en macération pendant trois heures. On compare ensuite, au colorimètre, les liquides provenant de trois décoctions de 5 grammes de chacune des deux garances avec 40 pp. d’eau et 6 pp. d’alun qu’on fait bouillir pendant un quart d’heure. Après chaque décoction, on a soin de laver le marc avec 2 pp. d’eau chaude.

2® essai. — On prend pour type une garance de qualité supérieure avec laquelle on teint à l’avance des écheveaux ou des calicots mordancés, en agissant sur des proportions déterminées de poudre, de tissu et d’eau. On choisit des calicots imprimés en mordant de rouge et de noir, bien dégorgés dans un bain de bouse. On les divise en morceaux de 0“,05 chacun, et on les teint avec des portions successivement croissantes de garance, depuis 1 gramme jusqu’à 10 grammes, de manière à avoir une gamme de dix nuances, dont les gradations représentent chacune un poids connu de garance. On procède ensuite au garançage; on partage chaque coupon teint par la moitié : l’une est conservée telle quelle, l’autre est soumise à l’action des avivages, qui sont surtout. nécessaires pour faire connaître la solidité et la vivacité des nuances obtenues, attendu que les couleurs fournies par les substances étrangères (tinctoriales ou inertes) ne peuvent résister, comme la matière colorante rouge de la garance, à l’action des avivages ; elles lâchent, comme on dit, dans les bains de savon et de sel d’étain, et il ne reste, en définitive, sur les tissus que la couleur due à la garance. Ayant ainsi préparé une série de nuances à deux états différents, c’est-à-dire une teinture avec et sans avivage, on peut facilement trouver la valeur comparative d’une garance donnée. En effet, on en prend 10 grammes au sortir d’une barrique, on fait toutes les opérations précédentes sur 5 centimètres carrés de calicot mordancé convenablement, et on compare la teinture, obtenue avant et après l’avivage, aux dix nuances de la garance. Si cette teinture équivaut à la nuance n“ 5, on en conclut que la 'garance essayée est inférieure de moitié à la garance type.

3“ essai. — On délaye 50 grammes de garance avec 50 grammes d’acide sulfurique concentfé; on laisse en contact pendant quelques heures, en évitant que la température ne s’élève trop ; le charbon obtenu est délayé avec l’eau, jeté sur un filtre, lavé jusqu’à parfaite insipidité de l’eau de lavage, puis séché à 100“. Ce charbon est ensuite réduit en poudre fine, et mis en macération pendant deux heures avec de l’alcool froid un peu éthéré, pour le dépouiller d’une matière grasse qu’il retient. On fait bouillir à trois reprises différentes dans l’alcool à 36“ Baumé, en employant chaque fois 250 grammes de ce liquide.

(1) Il est également indispensable de déterminer préalablement les proportions d'eau contenues dans les échantillons ii analyser.

GARANCE

Quand il ne se colore plus par son ébullition avec la poudre de charbon, on réunit les liqueurs alcooliques, on les distille et on achève d’évaporer en consistance d’extrait sec dans une capsule tarée d'avance : le poids de l'extrait sec représente, avec une approximation suffisante, la proportion de matière tinctoriale rouge renfermée dans la garance [Girardin).

Essai Schhimbe7'ger. — Un quatrième procédé a été employé Schlumbe)'ge7\ 11 consiste à prendre un poids déterminé de garance, à le mélanger avec de l’eau et de la levûre de bière, en abandonnant le tout à la température de -j- 2o“, pendant vingt-quatre heures. Le sucre de la garance entre alors en fermentation ; mais pour que l’alcool qu’il engendre ne dissolve pas de matière colorante, on ajoute de temps en temps au liquide un peu de vinaigre, afin de faire subir à cet alcool la fermentation acétique. Après filtration, le résidu solide est mis en ébullition à deux reprises différentes, avec de l’acide acétique à 8 p. 100 de monohydrate. On filtre, on évapore les liqueurs et on sèche le résidu à 100® : on obtient ainsi la matière colorante suffisamment purifiée. Bien entendu qu’on doit faire un essai comparatif avec de la garance pure.

A ces essais types, il sera bon d’adjoindre l’examen des produits au microscope, en étudiant tout d’abord, à l’aide de cet instrument, les caractères de la racine de garance pure. Il est encore quelques autres modes d'essai dont les données peuvent également être mises à profit; tels sont ceux de M. Pe7'7iod et de M. He7'la7id.

Essai Pe7’7iod. — D’après M. Pernod, lorsqu’on recherche, dans la garance en poudre, des bois colorants ou des principes astringents, comme produits d’addition frauduleuse, il faut les faire tomber, en couche très-mince et à l’aide d’un tamis à mailles fines : 1° sur une feuille de papier blanc enduite d’une solution de bichlorure d‘étai7i: la poudre y produira des taches qui seront rouge-cramoisi .pour le bois de Brésil, violettes pour le bois de ca7npêche, jaunes pour le bois de Cuba, tandis qu’elles resteront d’un jaune peu intense pour la^m’ance elle-même ; 2“ sur un papier blanc trempé dans une solution alcoolique de perchlorure de fer (I). Après une demi-heure de contact avec la poudre, puis un lavage rapide à l’eau froide, toutes les parties végétales astringentes étrangères à la garance, y laisseront une tache d’un noir bleuâtre.

Essai He7'la7id. — Le procédé de M. He7'land pour la recherche des bois de teinture consiste à prendre 5 grammes de garance à essayer ; on les fait bouillir pendant dix minutes avec 100 grammes d’eau distillée, additionnée de 8 à 10 gouttes d’ammoniaque pure : on filtre, on ajoute goutte à goutte à la liqueur de l’acide sulfurique très-étendu jusqu’à disparition de la teinte violette, laquelle fait place au jaune clair ou au jaune brunâtre; on y fait tomber alors quelques û% protochlorure d'étam dissous qui n’y produit rien, si la garance est pure, mais qui donne au contraire un précipité gélatineux d’autant plus foncé qu’il y avait plus de bois colorant étranger : le précipité est rose pour le bois de B7'ésil, violet pour le car7ipêche et rouge-brique pour le santal.

Si la fraude provient de l'addition de matières inertes, ou d’une garance déjà épuisée, on a recours à un dosage volumétrique. L’eau pure n’enlevant presque rien de la matière colorante de la garance et le contraire ayant lieu de la part des liqueurs alcalines, la proportion d’alcali retenue sera d’autant plus consi-

(1) L’alcool est là pour dissoudre les résines qui s’opposeraient au contact direct du principe astringent avec le sel de fer.

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