GRAISSES ANIMALES
Usages. — Elles servent d’abord dans l’économie domestique, à ta préparation des savons, des acides gras pour les bougies stéariques; pour lubréfier les organes des machines. Elles entrent dans la confection des cosmétiques, dans la préparation des tissus imperméables ; elles servent à assouplir les cuirs hongroyés ; enfin, on consomme beaucoup de graisses dans la fabrication des chandelles (1). On les emploie, en pharmacie, à la préparation de pommades, d’onguents, d’emplâtres.
Altérations. — La graisse est susceptible d’altérations qu’il est important de prévenir quand elle est destinée à l’alimentation.
Lorsqu’elle est colorée en brun, qu’elle aune odeur repoussante et une saveur désagréable, dont la rancidité est la cause, elle doit être rejetée sans hésitation; cette graisse altérée pourrait exposer aux plus graves dangers les personnes qui en feraient usage. Traitée par l’alcool bouillant, elle laisse, après l’évaporation, une matière brune, mollasse, acide, d’une odeur désagréable, d’une saveur piquante, nauséeuse, irritant très-violemment l’arrière-boucbe, et y laissant un sentiment de sécheresse. Ce produit brun, retiré de certaines graisses altérées, a fait péi’ir des animaux auxquels on l’avait fait avaler.
Falsificatious. — Les falsifications des graisses paraissent moins fréquentes en France qu’en Angleterre et en Amérique. On y incorpore des pommes de terre cuites et broyées, ou de la fécule, afin d’en augmenter le poids. On y mêle des matières blanches pulvérulentes, telles que le kaolin, le marbre pidcérisé (2).
M. Dlanquinque VLivonyénnQ graisse blanche employée au graissage des machines, qui renfermait jusqu’à 62 p. 100 de sulfate de baryte.
Ces fraudes sont décelées en faisant bouillir la graisse suspectée dans dix fois son poids d’eau; on laisse refroidir: les matières étrangères se précipitent, la graisse surnage ; on la recueille, on en chasse l’eau par la chaleur et on pèse; la perte de poids fait connaître la fraude. Quant à l’amidon, il s’est converti en empois, et se décèle par la coloration bleue qu’il développe au contact de l’eau iodée.
On peut aussi constater ces falsifications au moyen de l’éther, qui ne dissout que le suif, tandis que les matières étrangères se précipitent.
On mélange les suifs avec des graisses inférieures et du flambart. Ils sont alors moins durs que les autres, d’une couleur jaunâtre plus ou moins foncée, d’une odeur empyreuma tique, et plus fusibles que les suifs purs.
La graisse d’os, o\x petit suif , ou graisse extraite des os avant de les faire servir à la fabrication du noir animal, de la gélatine, etc., contient une certaine quantité d’eau, ce qui rend cette matière très-propre à être pénétrée d'alcali; aussi l’emploie-t-on dans la fabrication des savons. Mais cette propriété a été mise à profit pour la rendre plus pesante et pour y incorporer jusqu’à 39 p. 100 d’eau chargée de carbonate de soude.
Pour reconnaître ce mélange qui est alcalin et qui bleuit le papier de tournesol rougi, il suffit de traiter un certain poids de graisse par un acide faible qui sature le carbonate de soude : on sépare la graisse par la chaleur, puis elle est recueillie, séchée et pesée ; la perte de poids décèle la fraude.
(1) Les boucliers do Paris livrent par semaine environ 400,000 kilogrammes de suif à la fonte. Cette substance est presque entièrement convertie en bougies stéariques et en chandelles.
(2) M. Laurent, de Marseille, a trouvé jusqu'à 10 p. 100 de marbre en poudre dans une livraison de 33 barriques de suif, faite par une maison de commerce de Naples à un négociant de Marseille.
GUANO
GRAISSE DE PORC. — V. Axonge.
GRANULES. — V. Dragées.
GRENADIER. — V. ÉcORCE de grenadier.
GUANO. — Le guano (ou huanu, qui signifie exciément) est la substance plus ou moins riche en azote et en phosphate de chaux qui forme des couches de 15 à 20 mètres d’épaisseur dans certaines îles de la mer du Sud, sur la côte sud-ouest de l’Amérique méridionale et sur quelques points des côtes d’Afrique.
On ne connut d’abord en Europe que le guano duPéi'ou, récolté aux îles Chinchas, près de Pisco, puis le guano des îles d’iza, d’ilo et d’Arica, plus au sud. 11 fut introduit en Europe en 1841. Quelques années après, on en découvrit d’immenses dépôts sur la côte sud-ouest de l’Afrique, dans les dépendances de la colonie du cap de Bonne-Espérance, aux îles Ichaboë, Angra-Pequena, Malaga, etc. On en a rencontré aussi au cap Tenez, dans quelques îlots voisins en Algérie, ainsi que sur les côtes du Labrador, aux îles Eggs (îles desOEufs), sur les côtes de la Patagonie, dans quelques Mots des îles Marquises, dans les îles de Saint-André, dans l’île de la Nativité, et dans d’autres localités peu connues ; mais ces guanos sont très-inférieurs, comme engrais, au guano du Pérou, qui constitue la première qualité. Aujourd’hui, à cause de l’épuisement du guano des îles Chinchas, on en extrait de la Bolivie, de la Californie, des îles Baker et Jervis et de l’île du Corail.
On donne pour origine au guano la fiente de nombreux oiseaux de mer, accumulée depuis des siècles ; mais, vu la puissance de ces masses de déjections animales, beaucoup de savants pensent que le guano n’appartient pas à Tépoque actuelle, et que c’est un coprolüe, ou excrément fossile d’animaux antédiluviens. On a constaté dans le guano africain la présence de débris de cétacés (1).
11 n’est guère de produits dont l’aspect et la composition soient plus variables. Le guano du Pérou a une couleur jaune pâle, ou café au lait, une saveur piquante et salée très -prononcée, une odeur forte, putride ou ammoniacale, qui provoque l’éternument. Certains guanos ont une couleur brune et une odeur qui tient à la fois de celles du castoréum et de la valériane; d’autres ont une couleur grisâtre et une odeur infecte, une teinte briquetée et une odeur fétide, masquant l’odeur musquée de certains oiseaux sauvages. Le guano du Pérou noircit au feu, brûle avec une flamme légère, en produisant une sorte de vapeur ammoniacale, et en laissant 27 à 35 p. 100 d’un résidu sous forme de scorie caverneuse, d’un blanc faiblement azuré.
Trituré avec de la chaux vive en poudre, le guano du Pérou répand immédiatement une forte odeur ammoniacale; lorsqu’on le jette dans une dissolution concentrée de chlorure de chaux, il donne lieu aussitôt à un dégagement de bulles de gaz azote, qui continue pendant assez longtemps. Mis en contact avec l’acide chlorhydrique, il ne produit qu’une légère effervescence ; humecté d’acide nitrique et soumis à la dessiccation dans une capsule de porcelaine, il prend une belle couleur rouge. Il ne contient que rarement des cailloux siliceux, et
(1) D’après M. Al. Baudrimont, il se pourrait même que les vastes gisements de phosphate de chaux du département du Lot soient dus à des guanos fossiles dont les sels solubles'et la matière organique auraient disparu à la suite des temps.
GUANO. 511
seulement de 1,5 à 3 p. 100 de sable. Jeté dans l’eau, le guano du Pérou gagne rapidement le fond et ne laisse rien surnager.
Composition. — La Composition du guano est très-complexe et très-variable. Voici les substances dont la présence peut être admise, d’après les analyses de Fourcroy et Vauquelin, de MM. Boussingault et Payen, Wœhler, Girai-din et Bidard, W. Fi-ancis, Ure, Lielng, Malaguti, etc.
Acide urique libre ; urate d'ammoniaque , urate de chaux ; oxalate d’ammoniaque; chlorhydrate, carbonate et phosphate d'ammoniaque ; phosphate arnmoniaco-magnésien; sulfate et ulmate d’ammoniaque ; matière organique azotée ; humus ; oxalate et phosphate de chaux; oxalates de potasse, de soude ; chlorure de potassium ; chlorure de sodium ; phosphates dépotasse, de soude et de magnésie ; sulfates de potasse et de soude; carbonates de chaux et de magnésie ; matière grasse; matière colorante jaune ; silice eib'aces d'oxyde de fer et d'alumine {i). M. Unger y a trouvé, en outre, une base organique nouvelle, \a guanine. A ces substances, il faut ajouter: des niti'ates [Boussingault), du fluorure de calcium, du phosphate d'alumine [Malaguti) et des traces diode, de bi'ôme et durée (2).
D’après Liebig (1861), tous les guanos contiennent de l’acide oxalique en proportion plus ou moins forte, et en raison inverse de celle de l’acide urique. D’après le même chimiste, une addition d'eau ne constitue pas seulement une tromperie sur le poids de la marchandise, mais elle favorise une transmutation prématurée des éléments du guano (production d’oxalate de chaux et de sels ammoniacaux volatils), et par là elle occasionne des pertes d’azote dues à la volatilisation d’une certaine quantité d'ammoniaque.
M. Malaguti (1862) a fait l’analyse d’un certain nombre de guanos de Patagonie. Les uns, très-riches en azote, ne renferment pas d'acide urique. Les autres renferment des nitrates sans acide oxalique. Il en est qui, chose exceptionnelle, renferment du phosphate d’alumine. Ce sel offre cette particularité de devenir presque insoluble ou peu soluble dans les acides, après calcination, ce qui peut causer une grave erreur au point de vue du dosage de l’acide phospborique.
M. Bobierre^ trouvé dans le guano de Mexillones (Bolivie) des agglomérations cristallines formées de phosphate de magnésie tribasique hydraté.
En 1860, M. Boussingault a constaté la présence des nitrates dans le guano des îles Galapagos. Ce guano est presque complètement dépourvu de matières organiques et d’ammoniaque. Les proportions d’azotates varient depuis 0,6 jusqu’à
En résumé, les différences signalées dans la composition des guanos rendent très-variable leur valeur commerciale.
Le guano est donc un mélange de sels ammoniacaux; aussi a-t-on proposé de l’appeler ammoniaque uratée. 11 contient quelquefois environ 5 à 10 p. 100 d’ammoniaque carbonatée, ou de 16 à 32 p. 100 de sels ammoniacaux. On peut en retirer environ 2 p. 100 d’acide urique blanc [Bensch).
Le guano renferme aussi de l’eau hygroscopiqueen proportions très-variables. Ainsi, dans le guano d’Afrique, M. Ure a trouvé 28,3 p. 100 d’eau; M. W.Fran-
(1) D'après M. Woelckel, les excréments de l’aigle contiennent les mêmes substances et presque en môme quantité que le guano; ce chimiste y a trouvé 45 p. 100 d’acide urique combiné en partie avec l’ammoniaque.
(2) Ces trois dernières substances ont été indiquées par M. Lafont (Thèse sur le guano. École de pharmacie, 1859).
GUANO
cù, 27,13 p. 100; M. Teschemacher, 30p. 100; M. Kersten^ 23 p. 100 ; M. Poinsot, 28 p. ICO. Dans le guano d’Amérique, venant d’Angleterre, M. Denham Smith a trouvé de 8 à 22 p. 100 d’eau ; M. Kei'sten, 25 et 26 p. 100 ; M. Poinsot, 19 p. 100. Ce dernier chimiste n’en a trouvé que 11 p. 100, dans un guano d’Amérique, tiré directement, par ordre du ministre des affaires étrangères. Enfin, d’après M. Langlois, la proportion d’eau dans le guano varie de 10 à 20 p. 100.
Les guanos des autres provenances présentent des différences tranchées avec le guano du Pérou, comme on peut le voir d’après le tableau ci-contre (page 476), qui contient les résultats d’analyses faites par M. Girardin, de Rouen (1), sur 100 parties de treize échantillons de guano, importés par autant de navires différents :
Ce tableau (ainsi que tous ceux que l’on pourrait consulter) montre l’importance qu’il y a pour les cultivateurs à ne pas substituer indifféremment l’un de ces guanos à l’autre, pour l’engraissement de leurs terres.
Usages. — Le guano est très-employé comme engrais depuis longtemps ; on en consomme des quantités considérables. Voici les chiffres d’importation de cet article, depuis 1837 jusqu’en 1866 inclusivement :
Nombre
Nombre.
Années.
de kilogrammes.
Années.
de kilogrammes.
Altérations. — Le guano abandonne peu à peu à l’air ou par la chaleur une partie de l’ammoniaque qu’il contient. Le plâtre, le charbon de bois et le noir animal fin surtout, retiennent le gaz ammoniacal en raison de leur porosité {Bobierre).
On ne saurait analyser un guano sans tenir compte de l’ammoniaque évaporée pendant la dessiccation. Il faut également ne pas oublier l’altération que le guano éprouve sous l’influence de l’eau, comme l’a constaté Liehig.
Falsiiicatioiis. — Les fraudes qui se commettent dans le commerce du guano
(1) M. Ev71. Baudrmiont a analysé deux engrais artificiels qui ont quelque rapport avec le guano : l'un, fait avec des débris de sardines et d’anchois, est en poudre grossière exhalant une forte odeur de poisson pourri, et ayant une saveur très-salée ; l’autre, nommé guano artificiel, est fabriqué avec tous les débris des animaux abattus en si grande quantité dans le Texas et à la Plata, desséchés avec soin et réduits en poudre grossière; il est d’un brun cendré, son odeur peu diffusible est assez infecte.
Ces deux engrais ont la composition suivante :
ÎO
bj O)
tù
SABL]
CA *§ W rZ
CHLOR de sodi
^ bo
Engrais de sardines
Guano artificiel
GUANO. 513
sont nombreuses (1); elles consistent principalement dans un excès d’eaw, dans