‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 223 sur 470 · HOUBLON · texte numérisé non relu

HOUBLON

HARICOTS TREMPÉS. — Autrefois, on a vendu frauduleusement à Paris des haricots trempés.

Les haricots vieux, restes de magasins, ou les haricots séchés de la dernière récolte, sont mis dans un haquet d’eau tiède, puis laissés douze heures en contact avec ce liquide, auquel on ajoute quelquefois un peu de potasse ; les haricots augmentent de volume et donnent un rendement de 100 p. 100, c’est-àdire qu’un litre en rend deux.

Ces haricots sont ridés. Pour leur donner un aspect lisse, dû à la tension de la pellicule, on les jette dans une cuve d’eau houillante, que l’on recouvre avec une ou plusieurs couvertures de laine ; on les laisse tremper, puis on les retire de l’eau avant qu’elle soit refroidie, et on les jette dans l’eau fraîche; on les place ensuite dans des couvertures de laine pour les ressuyer. On donne ainsi aux vieux haricots un lustre et une fraîcheur factices.

Les personnes qui se livraient à cette manipulation frauduleuse avaient soin de vendre, le jour même, la préparation faite pendant la nuit : car ces haricots trempés éprouvent, du jour au lendemain, un commencement de fermentation putride, qui se décèle par une odeur fétide.

Le trempage des vieux haricots s’est pratiqué sur une grande échelle, dans quelques rues avoisinant les halles. Une seule maison a préparé, dit-on, par semaine, cent sacs de ces haricots trempés, dont la vente procurait un assez beau bénéfice; car 1 litre de vieux haricots à0^‘',18 fournissait, par le trempage, 2 litres de haricots trempés, vendus de 0'’‘',3o à 0^L40, et même 0''‘',43 centimes le litre.

Il a été constaté par expérience que les haricots acquièrent, par le fait de la détrempe, un principe délétère qui peut occasionner de graves accidents pour les consommateurs.

M. le préfet de police a, en conséquence, donné les ordres les plus sévères pour qu’une surveillance active fût exercée contre les marchands qui commettent ce genre de fraude. Déjà des contraventions ont été établies, et des condamnations en furent la conséquence.

HOUBLON. — Le houblon (Humulus lupulus) est une plante indigène, de la famille des Cannabinées, munie de feuilles opposées et assez semblables à celles de la vigne. A la base de chacune des folioles (bractées) des fruits ou cônes du houblon, est une sécrétion jaune, glanduleuse, d’une saveur aromatique et amère, d’une odeur alliacée, à laquelle Yves a donné le nom de lupulin, et qui est regardée comme contenant les principes actifs du houblon.

Composition. — L’analyse du Ittpulin, faite autrefois par MM. Payen et Chevallier, et reprise ensuite par MM. Personne, Wagner, Lermer, Ad. Méhu, y a fait constater l’e.xistence d’un assez grand nombre de matières diverses parmi lesquelles : une huile essentielle, formée d’un mélange de valérol et d’un hydrocarbure isomère du hornéène (1) ; une matière amère {lupuline) non azotée, isolée par

(1) D'après M. Ad. Méhu, l'acide valérianique dont M. Personne avait signalé la présence dans cette huile essentielle, n’y préexisterait pas.

M. Lermer; une resme très-abondante, de la cù'e, du tannin {acide morinlannique), une matm-e colorante jaune {quercitrin), des sels minéraux, etc.

Pour essayer les houblons, on frotte les cônes dans l’intérieur de la main : l’odeur plus ou moins forte, plus ou moins agréable, qui se développe, permet de juger la qualité de ce produit. Cette odeur varie suivant la saison, l’époque de la récolte, le temps écoulé depuis l’emmagasinage et les moyens employés pour sa conservation.

Après la récolte, on doit faire sécher le houblon assez rapidement, pour éviter toute déperdition de l’arome. Le meilleur mode de conservation consiste, comme cela se pratique en Amérique et en Angleterre, dans une pression énergique à l’aide de la presse hydraulique; le houblon, renfermé dans des sacs solidement cousus, est converti, de cette manière, en pains qui pèsent jusqu’à 300 kilogrammes le mètre cube.

Le houblon est cultivé sur une vaste échelle en Angleterre, en Allemagne (Bohême, Bavière), particulièrement dans les cercles de Reyat et dans les provinces du haut Danube, aux États-Unis, en Belgique, en Hollande. La France en produit environ pour un million de francs.

Usages. — Les cônes du houblon sont employés surtout dans les arts, qui en consomment de grandes quantités pour la fabrication delà bière (1). Cette boisson doit son odeur aromatique, sa saveur amère, au principe amer et à l’huile essentielle du houblon, qui est en même temps un agent de conservation.

En médecine, les cônes du houblon servent, comme fondants et dépuratifs, sous forme de tisane, d’eau distillée, d’extrait, de teinture alcoolique, dans le traitement de la cachexie, des scrofules, du rachitisme. Le lupulin est employé, sous forme de poudre, de teinture, de sirop, de pominade, contre les maladies nerveuses.

Falsiflcations. — On a eu l’idée d’exploiter le houblon epwfse provenant des brasseries, et de le mêler, après dessiccation, avec du houblon neuf; le mélange était ensuite mis en balles et vendu comme marchandises de bonne qualité.

On a vendu aux pharmaciens et aux herboristes des cônes de houblon dépouillés de lupulin ; ceXux- Cl avait été préalablement recueilli et vendu aux brasseurs {Stanislas Martin).

11 y a peu de temps, on a livré des balles de houblon comprimé dont la partie extérieure était formée de houblon récent d’une belle couleur verte, très-odorant, élastique, etc. ; tandis que le centre des balles n’offrait que de vieux houblon sec, jaune et sans odeur : c’était ce qu’on pourrait nommer du houblon fourré.

HOUILLE. — La houille, appelée vulgairement c/««rôon de terre, est d’un noir brillant, quelquefois irisé, quelquefois un peu grisâtre. Elle est opaque, insipide,

(1) Voici les quantités de houblon produites dans les divers pays ; ces chiffres peuvent en même temps servir à apprécier dans quelles proportions la bière y est consommée ;

Quint, métr.

Angleterre 250,000

Bohême 70,000

Bavière 00,000

Belgique 50,000

Pologne 20,000

Amérique du Mord 20,000

Quinl. métr.

Alsace et Lorraine 18,000

Grand-duché de Bade. . . .... 1 6,000

Brunsvt'ick et ancienne Marche 15,000

Wurtemberg 6,000

France (Nordj 4,000

cassante et même friable ; sa cassure est éclatante. Elle brûle avec flamme et fumée. Sa densité varie de 1,16 à 1,60. La houille compacte a pour densité 1,33.

La houille ne renferme pas de matières solubles dans la potasse; elle est principalement composée de carbone, hydrogène, oxygène, azote et soufre ; elle contient de plus des cendres, dont la proportion dans la bonne houille ne doit pas dépasser 5 p. 100 (1). Elle laisse, par la calcination en vases clos, un charbon appelé colæ, dont la nature varie avec celle de la houille carbonisée ; il est tantôt en masses frittées ou boursouflées, tâiïiàt pulvérulent [2). A 330', la houille donne, en outre, des quantités variables de gaz d'éclairage, du goudron, de Veau ammoniacale, etc.

Les bouilles peuvent se partager en quatre variétés principales :

l“La houille grasse et du7'e, donnant un coke boursouflé : sa densité est 1,832 [Régnault). Elle est caractérisée par sa grande richesse en bitume ;

2° La houille grasse maréchale, ainsi appelée parce qu’elle est surtout employée dans les marécbaleries, est d’un noir brillant; elle est très-légère et très-friable ; sa densité est 1,298 [Régnault). Elle a une odeur résineuse, brûle avec une flamme longue, blanche et fuligineuse ; ses fragments entrent dans une sorte de fusion pâteuse et se collent ensemble; elle donne un coke très-boursouflé;

3" La houille ordinaire, ou charbon flénu de Mons, est noire, d’une densité variant de 1,276 à 1,333. Elle brûle avec une longue flamme sans fondre, et donne un coke fritté ;

4“ La houille sèche ou maigi-e est d’un noir passant au brun ou au gris ; sa cassure peu éclatante est quelquefois concboïde comme celle de l’anthracite. Elle s’allume difficilement et brûle avec une très-grande flamme, donnant peu de fumée ; elle fournit un coke pulvérulent. Elle est très-peu bitumineuse (3).

En général, les houilles maigres laissent de cendres que les houilles grasses.

La houille se vend. à 1 hectolitre. L’hectolitre ras, c’est-à-dire rempli jusqu’aux bords et nivelé avec une règle, mesuré sans fraude, pèse de 80 à 88 kilog. (4). Rarement on vend à l’hectolitre comble ; ce dernier, tassé, pèse 126 kilog. La

(1) Voici, dans l’ordre de leur fréquence et de leur plus grande proportion, les matières que l’analyse rencontre dans les cendres de houille :

Silice, alumine, chaux ou carbonate de chaux, sulfate de chaux, ox jde et quelquefois soussulfate de fer, magnéiie ou carbonate de magnésie, oxyde de manganèse (traces;.

(2) Karsten a classé les houilles en trois groupes, d’après la nature de leur coke :

1° Houilles à coke léger ou boursouflé (houilles grasses; ;

2° Houilles à coke fritté (houilles grasses) ;

3° Houilles à coke pulvérulent (houilles maigres).

(3) On connaît aussi une houille compacte, de nature bitumineuse ; elle se trouve surtout en Angleterre, sous le nom de candle-coal (charbon-chandelle), parce qu’elle produit beaucoup de gaz et brûle avec une belle flamme blanche, très-éclairante.

(4) Le tableau suivant indique le poids moyen de l'hectolitre 7'as de différentes espèces de houille :

Houille. Poids de l’Iieclolitre.

De la mine de Labarthe 88 kilogr.

D'Auvergne et de Blanzy 87 —

De la mine de Combelle 86 —

De Lataupe 85 —

De Saint-Étienne 84 —

De Decize 83 —

De Mons 80 —

Du Creusot 79 —

houille, vendue en grand, se mesure à la voie, composée de 15 hectolitres ras, ou 12 hectolitres combles. La houille en gros blocs (1) se vend au poids.

Indépendamment des qualités spéciales qui peuvent recommander telle ou telle houille, pour une industrie déterminée, on doit donner la préférence à celles qui laissent le moins de cendres après la combustion, et qui contiennent le moins de sulfure de fer.

Usages. — Le charbon de terre est aujourd’hui l’élément principal de toutes les grandes industries. Les houilles grasses conviennent aux travaux de forge, à la fabrication du gaz d’éclairage, au chauffage avec flamme (évaporation, distillation, etc.). Les houilles maigres s’appliquent plus particulièrement au chauffage ordinaire, à la cuisson du plâtre, de la chaux, des briques, etc.

Altérations. — La houille peut s’altérer par la conservation. E.xposée au soleil et dans un endroit très-aéré, elle éprouve une déperdition assez notable dans la proportion de son bitume.

Sous l’influence de l’humidité, le bisulfure de fer, qui est disséminé dans toutes ses parties, absorbe activement l’oxygène de l’air et passe à l’état de sulfate de protoxyde, qui se décompose ensuite lui-même en peroxyde et en persulfate de fer, ce qu’on reconnaît à la couleur rouillée que prend la houille.

Quand la houille mouillée est rassemblée en quantités considérables dans des magasins humides, réchauffement produit par la réaction chimique de l’air sur les pyrites peut déterminer la combustion de la masse charbonneuse. La houille ne doit donc être enfermée que lorsqu’elle est sèche, dans des magasins secs, bien clos, et qui ne soient pas à proximité d’un ou de plusieurs foyers de chaleur.

Falsificatious. — La fraude sur la houille porte sur son mélange avec le produit des veines chargées de sc/<fs<e bitumineux; le mauvais charbon se reconnaît à sa plus grande pesanteur, à sa nuance terne et moins foncée, et surtout à ce qu"il résiste à la combustion.

La fraude sur les houilles s’opère par le mouillage, lorsqu’on vend au poids ou à la mesure, et dans le mesurage lui même.

Quoique la houille ne soit pas hygrométrique, on peut lui faire absorber, suivant sa qualité, de 10 à 50 et même 60 p. 100 d’eau ; en même temps son volume peut augmenter de 15 à 20 centièmes.

On reconnaît cette proportion d’eau par la dessiccation à 105 ou 110° d’un échantillon moyen (100 à 200 grammes) de la houille à essayer ; la différence de poids avant et après l’expérience donne la quantité d eau.

Le résidu est traité à chaud, à plusieurs reprises, avec l’essence de térébenthine, renouvelée chaque fois, jusqu’à ce qu’il ne cède plus rien à ce dissolvant; on dessèche et on pèse : la différence de poids indique celui du bitume enlevé par l’essence.

On calcine ensuite le résidu dans un creuset de platine pour connaître la quantité de cendres.

Un autre mode d’essai des houilles consiste à évaluer approximativement la quantité de chaleur qu’elles peuvent développer en brûlant, d’après la quantité de litharge qu’elles réduisent. On mélange 1 gramme de houille réduite en

(1) Oa distingue les charbons provenant d’une même exploitation, d’après le volume de leurs fragments, en gros charbon ou pérat, en gaillette ou grêle (houille en fragments de moyenne grosseur) et en menu.

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