‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 261 sur 470 · IPÉCACUANHA · texte numérisé non relu

IPÉCACUANHA

des espèces d’étranglements circulaires. Sa cassure est d’un brun foncé ou noirâtre ; son odeur est presque nulle ; sa saveur, fade, sans amertume ni âcreté. Il paraît ne contenir que 8 p. 100 d’émétine environ (1) ; elle y est accompagnée d’une assez forte proportion d’amidon. L’épiderme est d’un gris rougeâtre sale et devient noir par vétusté, surtout dans l’intérieur : de là le nom d’ipécacuanha noh\ que lui ont donné quelques auteurs. M. Planchon le nomme ipécacuanha strié mineur. Il nous vient des Côtes diOr; mais on n’en connaît pas l’origine botanique.

La deuxièpie variété, nommée ipécacuanha sti'ié majeur, ou de Carthagène (Nouvelle-Grenade), est d’aspect semblable au précédent. Il est cependant plus fort, d’un rouge brun, grossièrement strié ; il est mou et élastique comme de la gutta-percha. Au lieu d’amidon, M. Attfieldy a trouvé 5,4 de glucose et 34 d’un sucre non réducteur. La proportion d’émétine y est faible (2,73 p. 100). G’esl cette variété qui provient spécialement du Psychotria emetica.

L’ipécacuanha ondulé, ou blanc {Richardsonia scabra), est gris blanchâtre extérieurement, blanc et farineux intérieurement. Au lieu de présenter des anneaux circulaires, il n’offre que des parties convexes ou concaves, qui lui donnent un aspect ondulé. Cette sorte est bien moins active que les précédentes, et ne renferme environ que 6 p. 100 d’émétine. Elle a une odeur de moisi et contient une proportion considérable de fécule que l’on peut apercevoir en exposant, entre l’œil et la lumière, un morceau de cette racine fraîchement cassé (2).

Composition. — D’après les analyses de Pelletier et Magendie, Richard et Rarruel, etc., la racine d'ipécacuanha contient : émétine ; gomme ; amidon ; cire végétale ; ligneux; matière grasse huileuse; matière extractive ; résine, pectine, sels minéraux. L’ipécacuanha annelé brun renferme, en outre, des traces diacide gallique. En 1830, M. Ervin Willigk y a découvert V acide ipécacuanhique.

Usagées. — L’ipécacuanha annelé mineur est la seule sorte employée en France dans la pratique médicale ; il agit le plus souvent comme vomitif ; on l’administre sous forme de poudre, de tablettes, de sirop, d’extrait, de teinture, etc., contre quelques cas de dyssenterie, pour faciliter l’expectoration dans les catarrhes anciens et à la fin des rhumes.

Altérations. — La racine d’ipécacuanha est mélangée quelquefois, ou remplacée entièrement par des racines analogues ou faux ipécacuanhas, qui n’ont pas la même puissance. Parmi ceux-ci, nous citerons V ipécacuanha de l'Amérique septentrionale, celui du Brésil, de Cayenne, de \'île Bourbon.

Le premier, ou Spiræa trifoliata (Rosacées), n’est autre qu’une tige souterraine munie de tubercules et garnie de longues radicules ; sa grosseur est celle d’une forte plume à écrire, son épiderme est gris rougeâtre, sa texture est spongieuse, sa saveur amère et son odeur presque nulle.

Le second, ou lonidium ipécacuanha (Violariées), est en racines longues de 0”,IC à 0“,20, de la grosseur d’une plume, un peu tortueuses et présentant, de distance en distance, des fentes demi-circulaires, qui le font ressembler à l’ipécacuanha ondulé. Son écorce, ridée longitudinalement, est d’un gris jaunâtre

(1) D'après M. Lefort, qui l’a titré, il renfermerait presque autant d'émétine que celui du Brésil, quoique moins riche en alcaloïde, comme Pelletier l'avait déjà reconnu.

(2) MM. Georges Durand et Charles Ménier, dans leurs thèses inaugurales (1870-1871, École de pharmacie), ont tracé les caractères microscopiques qui permettent de distinguer entre tes trois sortes d’ipécacuanhas.

Page 1