‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 265 sur 470 · JUSQUIAME · texte numérisé non relu

JUSQUIAME

La racine de jalap est encore quelquefois mélangée avec d’autres racines analogues, telles que la racine de Mirabilis jalapa, les racines de brrjone et de belle-denuit.

La racine du Mirabilis jalapa est à peu près cylindrique, épaisse de 0”,027 à 0“,0o4, coupée en tronçons ; elle est d’un gris livide, plus foncé à l’extérieur, plus pâle à l’intérieur. Les surfaces transversales portent un grand nombre de cercles concentriques, très-serrés et légèrement proéminent, se remarquantaussi sur la section qui est presque noire. Cette racine est dure, compacte, très-pesante, d’odeur faible et nauséeuse, d’une saveur douceâtre, mêlée d’un peu d’âcreté.

Quant aux racines de bryone et de belle-de-nuit^ leurs caractères extérieurs les différencient nettement de la racine de jalap officinal. La racine de bryone est plus légère, plus cassante et moins foncée en couleur.

On a signalé une fois la substitution de la racine de VAconitum ferox., ou Bikh de l’Inde, à celle du jalap. Elle pourrait en effet être confondue avec le jalap digité ; mais l’irrégularité de ses sillons extérieurs, les cicatrices des radicelles, l’absence d’étui médullaire à l’intérieur, et la disposition remarquable des faisceaux vasculaires isolés les uns des autres et disséminés dans une écorce volumineuse, enfin sa saveur brûlante, la caractériseront suffisamment (1).

Quelques fraudeurs ont vendu comme vrai jalap cette racine préalablement privée de sa résine au moyen de l’alcool; mais ce traitement rend le jalap plus léger et lui enlève presque toute son odeur : la sophistication devient dès lors facile à reconnaître.

Enfin, Réveil a présenté autrefois à la société de pharmacie de vieilles jjoires tapées qu’on avait osé proposer sous le nom de jalap.

JAUNE DE CADMIUM. — On nomme ainsi le sulfure de cadmium CdS, obtenu par voie humide en précipitant un sel soluble de cadmium par l’hydrogène sulfuré. C’est une poudre amorphe d’un jaune magnifique, insoluble dans l’eau, rougissant par la chaleur et ne fondant qu’au rouge vif. L’acide chlorhydrique concentré la dissout en en dégageant de l’acide sulfhydrique. Le sulfure de cadmium est insoluble dans les sulfures alcalins.

On en fait usage en peinture.

Falsifications. — Il est quelquefois mélangé ^orpiment (sulfure jaune d’arsenic) ou d’or mussif (bisulfure d’étain). Si on le traite alors par une solution de sulfhydrate d’ammoniaque, celui-ci dissout l’orpiment et l’or mussif sans toucher au jaune de cadmium. En filtrant et en neutralisant les liqueurs par l’acide chlorhydrique, on en obtient un dépôt jaune. Ce dépôt lavé, séché et chauffé au chalumeau, dégage de l'acide sulfureux et des fumées blanches alliacées, si l’on a affaire à de l’orpiment ; ou bien il laisse une poudre blanche, fixe, que le cyanure de potassium réduit à l’état de globules blancs et malléables d’étain métallique provenant de l’or mussif.

JAUNE DE CHROME. — V. Chrômate de plomb.

JUSQUIAME (Semences de). — Les semences de jusquiame employées en

pharmacie proviennent de V Hyoscyamus niger (Solanées). Elles sont petites

(1) Ch. Patrouillard. Thèse sur les Aconits et ïAconitinc. École de pharmacie, 1872.

KERMÈS MINÉRAL

(1 millimètre), réniformes, comprimées, d’un gris cendré un peu brunâtre. Leur surface est ûnement réticulée. Elles contiennent un principe actif, Vhyoscy amine, alcaloïde encore mal défini jusqu’ici.

On a signalé leur falsification au moyen des semences A'ummi. Ces dernières sont facilement caractérisées par leurs crénelures et leurs deux styles persistants. De plus elles ne sont pas réniformes {Thibaut) (1).

KAINÇA. — V.' Cainça.

KERMÈS MINÉRAL. — Le kermès minéral, appelé aussi oxysulfure d'antimoine hydraté, a été découvert par Glauber. Le commerce en présente deux espèces distinctes: 1® le kermès officinal ou par iioie humide, obtenu d’après le procédé Cluzel; c’est une poudre légère, d'un brun rougeâtre foncé (2), offrant un aspect velouté ; elle est insipide, inodore. 2® Le kermès par voie sèche, obtenu par le p?'océdé Berzelius. Il est moins foncé en couleur, et plus briqueté que le précédent. 11 est aussi moins beau et non velouté.

Le kermès est inaltérable par l’eau ; les solutions alcalines bouillantes le dissolvent en le décomposant. Il s’altère par l’action de la lumière (3), prend une teinte blanc jaunâtre, un aspect farineux, et renferme alors du soufre libre. C’est surtout lorsqu’il est humide qu’il subit cette altération.

Composition. — La nature chimique du kermès a été le sujet de nombreuses recherches desquelles on peut conclure, quant à présent, que cette substance est un sulfure d'antimoine hydraté contenant des proportions variables d’oxyde d’antimoine ; il retient aussi du sulfure de potassium ou de sodium, que des lavages à l’eau, même très-multipliés, ne peuvent entièrement séparer, parce que ce sulfure alcalin est intimement combiné au sulfure d’antimoine. Le microscope fait voir distinctement ces trois sortes de substances.

Usages. — Le kermès est très-employé en médecine, comme expectorant, dans les catarrhes chroniques et sur la fin des pneumonies; il est aussi purgatif et vomitif. On l’administre sous forme de tablettes, de potions ou de pilules. On l’emploie aussi en très-grande quantité dans la médecine vétérinaire.

Altérations. — M. Noi'bert Gille a signalé autrefois (1859) un assez grand nombre d’altérations du kermès du commerce.

I® Le kermès a été quelquefois mal lavé. Dans ces conditions, il cède à l’eau distillée un carbonate alcalin qui bleuira le tournesol et troublera l’eau de chaux. S’il contient des traces de sulfure alcalin libre, il brunira l’acétate de plomb dissous.

2® Il peut contenir du sulfure d'antimoine à l'état métallique, lorsque la décanta-

(1) Thibaut. De la Jusquiame et de YHyoscy amine. Thèse. École de pharmncie, 1874.

(2) La nuance varie d'ailleurs beaucoup, suivant les circonstances qui ont influé sur la préparation.

(8) On doit conserver le kermès dans des flacons entourés de papier noir, ou mieux encore dans l’obscurité.

KERMÈS MINÉRAL

lion des liqueurs d’où le kermès se dépose a été faite trop précipitamment. En le traitant par une solution peu concentrée et froide de potasse caustique, celle-ci dissout le kermès et laisse un résidu grisâtre insoluble, dans lequel la loupe fait I distinguer facilement les fragments de stibine^

3® Lorsque le kermès a été préparé avec un sulfure d’antimoine arsenical, il peut renfermer de Vorpiment. On reconnaît cette altération, que présente rarement le kermès Cluzel, en mettant le produit à examiner en digestion dans de l'ammoniaque caustique étendue de son volume d’eau. On agite le tout dans un flacon bien bouché. Après quelques heures d'attente, on filtre le liquide et on le sursature par de l’acide chlorhydrique étendu ; la liqueur se trouble et abandonne un dépôt de flocons d’un beau jaune orangé, lorsque l’ammoniaque a trouvé à dissoudre du sulfure jaune d’arsenic.

Falsifications. — En raison de son prix élevé, le kermès Cluzel a été souvent remplacé par le kermès Berzelius, c'est-à-dire par le kermès obtenu par voie sèche ; il a été additionné de peroxyde de fer (1) ; on l’a falsifiée aussi avec des terres argileuses et ferrugineuses, telles que l’ocre rouge, la sanguine, la terre sigillée, le bol d' Arménie ; àyQC, la brique pilée très-dioisée, le soufre doré d'antimoine, le verre et le crocus d'antimoine, la litharge; enfin avec des poudres végétales, telles que le santal rouge, le campêche, le bois d'Inde.

Le kermès par voie sèche ou ke7-rn'es Berzelius est moins rouge, plus brunâtre que le kermès Cluzel ; il est aussi moins léger et sans velouté. Il renferme constamment du sulfure d'ai'senic, qu’on peut en isoler à l’aide du procédé décrit cidessus. Enfin, étant préparé avec du carbonate de potasse, il retient toujours un peu de cet alcali, dont on pourra faire la recherche.

oxyde de fer et les argiles ferrugineuses se reconnaissent à la couleur jaune rougeâtre de la dissolution du kermès dans l’acide chlorhydrique concentré et bouillant ; on a pour résidu insoluble la partie terreuse et argileuse des oxydes de fer signalés ci-dessus, ainsi que le noir de fumée et la brique pilée, s’ils ont servi à la fraude.

On introduit 1 gramme de kermès dans un tube bouché, avec 5®® ou 6" d’acide chlorhydrique pur et concentré, et on chauffe ; le kermès, lorsqu’il est pur, se dissout en dégageant beaucoup d’hydrogène sulfuré ; la liqueur est laiteuse et laisse déposer un peu de soufre; on porte à l’ébullition et l’on filtre ; la liqueur doit passer incolore. Si le kermès contient de l’oxyde de fer, le dégagement d’hydrogène sulfuré es,t moins considérable et quelquefois à peine sensible ; le dépôt de soufre est très-abondant, et la liqueur filtrée est d’un jaune plus ou moins foncé. Dans tous les cas, on l’étend de quatre à cinq fois son volume d’eau ; mais avant cette addition, qui déterminerait la formation d’oxychlorure d’antimoine insoluble ou poudre d’Algaroth, on ajoute un peu d’acide tartrique en dissolution concentrée, qui s’oppose à la précipitation de l’antimoine. On verse alors du cyanure jaune, qui produit instantanément un précipité de bleu de Prusse, bien différent de la teinte bleue faible que donne, dans les mêmes circonstances, le kermès non falsifié, mais préparé avec le sulfure d’antimoine

(1) Quelquefois, comme l’ont observé MM. Lassaigne et Lacassin, l’oxyde de fer est additionné d'une petite quantité de noir de fumée, afin de rembrunir sa couleur rouge et de la faire ressembler davantage à celle du kermès bien préparé.

La falsification du kermès par le peroxyde de fer est assez fréquente ; en 1 849, on a saisi, chez six pharmaciens droguistes de Paris, une. très-grande quantité de ce d'aux kermès.

KERMÈS MINÉRAL

du commerce, qui souvent contient du fer. Si le précipité est d’un blanc légèrement bleuâtre, c’est qu’on n’a pas ajouté assez d’acide tartrique, car le préci-' pité dû à l’antimoine se dissout dans un excès d’acide tartrique.

On peut également avoir recours à la calcination, qui ramène le kermès à l’état d’oxyde gris jaunâtre, et laisse l’oxyde de fer avec sa couleur rougeâtre ; ou bien on triture dans un mortier de verre l gramme du kermès suspecté avec 2 ou 3 grammes de potasse caustique, en ajoutant peu à peu de 12 à 13 grammes d’eau. Le kermès pur est décoloré, décomposé et en partie dissous par la potasse ; il ne laisse qu’un précipité blanc jaunâtre d’oxyde et de soufre ; s’il est mêlé â de l’oxyde de fer, celui-ci reste intact avec sa couleur caractéristique [Duroy] .

Pour s’assurer de la présence du soufi'e doré, on projette une pincée du kermès suspect sur des charbons ardents ; s’il contient du soufre doré, il brûle avec une flamme bleue, ce qui n’arrive pas avec le kermès pur. On peut, dans le même but, employer l’un des procédés suivants, proposés par M. Vogel: 1® traiter à chaud le kermès par huit fois environ son poids d’essence de térébenthine, et filtrer; s’il est pur, il ne cède rien à l’essence, qui reste à peine colorée ; s’il est mélangé de soufre doré, il colore l’essence en jaune orangé, en lui cédant du soufre qui se dépose, par le refroidissement, sous forme de petits cristaux aiguillés. Les résultats ne sont plus aussi tranchés, lorsque le kermès ne contient que 12 à 13 p. 100 de soufre doré.

2® Traiter à froid le kermès par l’ammoniaque liquide à 20® Baumé, qui ne se colore pas, s’il est pur, et se colore en jaune foncé, s’il est mélangé de soufre doré. 11 se forme, en outre, un dépôt dont la partie supérieure est jaunâtre ; la couche inférieure conserve la couleur du kermès. Ce procédé, préférable au précédent, est encore sensible avec un kermès qui ne contient que 10 p. 100 de soufre doré.

La recherche du vetTe ou du crocm d' antimoine ne peut être tentée qu’en recourant au procédé déjà décrit pour celle du sulfure d’antimoine métallique. C’est en épuisant le kermès par la potasse qu’on peut alors examiner le résidu insoluble à la loupe pour y retrouver les fragments des corps précédents.

M. Pouillat dit avoir trouvé un kermès additionné de litharge. Cette grave falsification peut être facilement décelée en traitant le produit par de l’acide azotique légèrement étendu d’eau. 11 se fait de l’azotate de plomb soluble qu’on filtre et qu’on essaye ensuite : par l’hydrogène sulfuré, précipité noir ; par l’acide sulfurique , précipité blanc ; par l’iodure de potassium , précipité jaune (1).

La falsification du kermès par la poudre de santal rouge, de campêche ou de bois d’Inde, signalée dès 1821, par Cottereau, est reconnue de plusieurs manières. Si l’on projette dans un verre.d’eau une pincée de la matière suspecte, le kermès seul se précipite et le santal surnage ; ou bien, si l’on en chauffe une petite quantité, soit dans un tube, soit dans une petite cornue de verre munie d’un récipient, le kermès se décompose; la matière organique se' reconnaît à l’odeur particulière exhalée, à la formation de traces d’huile empyreumatique, à un dégagement d’acide carbonique et de gaz inflammables. .

D’ailleurs, toutes les matières qui servent à frauder le kermès peuvent en

(I) Poîu7/aL Tlièse sur le À'e;7>iè5. École de pharmacie, 1871 . ’

KINO.

être séparées à l’aide d'une solution alcaline bouillante, qui ne dissout que le kermès et laisse, sous forme de dépôt, toutes les substances étrangère.s, minérales ou organiques (t).

KINO. — Le kino, improprement appelé gomme kino, n’est ni une gomme ni une résine; c’est le suc épaissi, extrait de différentes espèces du genre Pterocarpm ^(Légumineuses), qui croissent, d’une part, dans les forêts de la Sénégambie, d’autre part, sur la côte de Malabar et, en général, dans l’Inde.

Il est formé principalement de tannin {acide cocotannique de Berzelius) , et il paraît ressembler beaucoup au rouge cinchonique du quinquina. Il est complètement soluble dans l’eau, avec laquelle il donne une liqueur rouge.

Dans le commerce, on distingue deux classes de kinos : ceux à' Afrique et d’Asfe, et ceux à.' Amérique.

Parmi les premiers, les principales sortes, décrites par Guibourt, sont les suivantes :

Le kino de l'Inde orientale, qui a porté pendant longtemps le nom de kino d'Amboine, est originaire de la côte du Malabar, et provient du Pteroca7yus marmpitim. Il est en très-petits fragments d’un noir brillant, opaques lorsqu’ils sont entiers ; transparents et d’un rouge de rubis lorsqu’ils sont réduits en lames minces. 11 est très-friable et se divise facilement sous la pression des doigts. 11 est inodore, se ramollit dans la bouche, s’attache aux dents, colore la salive en rouge foncé et possède une saveur astringente très-marquée. Il est aisément soluble à froid dans l’eau et dans l’alcool, et leur communique une teinte rouge de sang. Sa poudre a la couleur du colcothar. Il paraît avoir été séché en couche mince dans des vases à surface cannelée, car il offre presque toujours, sur une de ses faces, des cannelures parallèles et régulières. Ce kino de l’Inde a été analysé par Vauquelin; il donne 0,036 p. 100 de cendres formées de carbonate de chaux, de silice, d’alumine et de peroxyde de fer.

Le kino de l'île Maurice est noir et opaque vu en masse ; mais ses éclats trèsminces sont transparents et d’un rouge de rubis. Il est moins fragile que le kino de l’Inde ; il possède une saveur très-astringente et une faible odeur animalisée, un peu analogue à celle de la colle de peau. Il est , comme le kino de l’Inde, moins complètement soluble dans l’eau que dans l’alcool.

Le kino de Botamj-Bay ou résine de Botany-Bay, nommé par Murray gomme astringente de Gambie, est assez rare dans le commerce. 11 paraît provenir de X Eucalyptus l'esinifera. Il est en masses qui ont la forme d’un pain rond, plat en dessus, convexe en dessous, épais de 0“,04 à 0“,06 au milieu, et aminci à la circonférence ; il présente, à sa surface inférieure, une couche de handes de feuilles de palmier. Sa cassure est opaque, inégale et rude au toucher; sa poussière est d’un rouge brun. La surface des morceaux est souvent recouverte d’une sorte d’efflorescence qui lui donne la couleur grise un peu violacée du lack-dye. Sa fracture récente est brillante et d’un brun noir. Il est inodore, se broie facilement sous la dent, a une saveur astringente médiocre. 11 se dissout complètement dans l’eau, et forme une liqueur d’un rouge très-foncé, mucilagineuse et se troublant par l’alcool.

(1) Nous pensons qUe les pharmaciens devraient préparer eux-mêmes un agent médicamenteux aussi important que le kermès. Ils seraient alors certains du produit qu’ils emploient, et le médecin ne serait pas exposé souvent à donner au malade un médicament inerte, ou au moins peu actif.

Chevaluek et Baudkimont, 5' édit. 40

KINO.

On cite encore : un kino d'Afrique, qui découlerait spontanément du Plerocarpus erinaceus, et qu’on a désigné également sous le nom de gomme astringente de Gambie ; un kino de Bengale ou de Maduga, qui proviendrait du Butea f?'ondosa.

Parmi les kinos d’Amérique, on distingue :

Le kino de la Jamaëque, extrait du Coccoloba uvifera, grand et bel arbre de la famille des Polygonées, qui croît aux Antilles. Il y a deux extraits astringents venant de la Jamaïque. Le premier est en fragments de 4 à 12 grammes, d’un brun foncé, devenant rougeâtres par la poussière qui les recouvre ; leur cassure est noire, brillante, un peu inégale, et offre çà et là quelques petites cavités. Sa poudre est d’une couleur de bistre ou de chocolat. Il est inodore ; lorsqu’on le pulvérise ou qu’on le traite par l’eau bouillante, il exhale une légère odeur bitumineuse. Il se pulvérise facilement sous la dent, colore légèrement la salive, et présente une saveur astringente un peu amère. Il est peu soluble à froid dans l’eau et dans l’alcool ; il se dissout presque en entier dans les mêmes véhicules bouillants. Il ne se ramollit pas par la chaleur.

La seconde espèce de kino de la Jamaïque est très-rare ; elle a une cassure tout à fait vitreuse, et ses larmes minces sont entièrement transparentes et d’un rouge foncé. Réduit en poudre, ce kino ressemble à l’extrait sec de ratanbia.

Le kino brun terne est en pains cubiques de0'",035 à 0“',040 de côté, d’un brun terne tirant un peu sur la couleur du foie et d’une opacité complète. 11 a une saveur astringente désagréable, accompagnée d’un goût de fumée.

Le kino brun violacé est en masses d’un brun noirâtre, opaques, à cassure brillante, mais inégale; friable en donnant une poudre d’un rouge brun violacé très-foncé. Il a une odeur d’aigre et une saveur astringente d’abord, puis douceâtre, tenant un peu de celle de la réglisse et devenant enfin d’une âcreté marquée.

Le kino de Colombie, provenant des incisions faites à l’écorce des mangliers ou palétuviers {Bhizopho7'a mangle), est sous la forme de pains aplatis du poids de 1,000 à 1,500 grammes, gardant à l’extérieur l’empreinte d’une feuille de palmier ou de canne d’Inde, et recouverts d’une poussière rougeâtre qui leur donne l’aspect du sang-dragon. 11 se divise facilement en fragments irréguliers, à cassure brune, brillante et inégale. Sa saveur est très-astringente et amère; sa poudre, d’un rouge orangé; son odeur, faible. Il est presque entièrement soluble dans l’eau bouillante et dans l’alcool ; ses solutions sont d’une belle couleur rouge.

Usages. — La gomme kino est administrée en médecine comme un bon tonique et astringent, dans quelques diarrhées et leucorrhées, dans les fièvres intermittentes. On l’emploie le plus habituellement sous forme de poudre, de sirop, de teinture alcoolique.

Falsifications. — La gomme kino a été falsifiée avec le &ang-di'agon, le bitume ou Vasphalte, le cachou, l'extrait de ratanhia.

Le sang-dragon est reconnaissable à son insolubilité dans l’eau ; le bitume, à son insolubilité dans l’eau et l’alcool, et à sa fusibilité.

D’après M. Wahlberg, on distingue facilement la gomme kino de l'extrait de ratanhia, en humectant avec de la salive le morceau à essayer , si la couleur reste d’un rouge brun, on a affaire à du kino. L extrait de ratanbia, au contraire, prend une belle teinte bronze, qui persiste tant que la surface reste humide.

On reconnaît aussi ces fraudes en examinant comparativement les léactions fournies par les kinos, le cachou et l’extrait de ratanbia.

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