‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 281 sur 470 · MASTIC · texte numérisé non relu

MASTIC

Usages. — La manne est employée comme purgatif doux. Elle fait partie de plusieurs préparations pharmaceutiques; elle sert à l’extraction de la mannite.

Falsifications. — La manne est falsifiée avec le glucose ou sucre de fécule, avec le sucre et Y amidon (1); on l’a fabriquée de toutes pièces. Ainsi, la manne en larmes a été imitée avec un peu de manne, de la farine, du miel et une poudre purgative ; le tout était bouilli, rapproché en consistance sirupeuse, et moulé en forme de larmes ; on en a fabriqué aussi avec de la manne de qualité inférieure, de Y amidon, du sulfate de soude et de la moscouude. On l’a imitée quelquefois avec la manne en sorte, clarifiée par le charbon (2).

En 1842, Ménier a signalé l’emploi du suc7'e de fécule pour la préparation d’une fausse manne, qui avait quelque ressemblance physique avec les débris de la vraie manne en larmes.

On a fabriqué de la manne en sorte avec un mélange de vieille manne, de miel ou de sirop, de cassoiiade, de farine et de substances purgatives.

On a imité la manne grasse avec un mélange de sucre et de iniel, additionné d’une petite quantité de scamrnonée et de l'ésine de jalap.

Ces mannes factices sont dépourvues des cristaux que l’on observe constamment dans la vraie manne ; elles peuvent se reconnaître au goût, à l’absence totale ou à la proportion plus faible de mannite obtenue à l’aide d’un traitement par l’alcool à 36“ bouillant. Ce dernier dissout aussi les résines purgatives dont la présence se manifeste par la fumée noire, plus ou moins forte, produite lorsqu’on fait brûler cet alcool. En traitant ces fausses mannes par l’eau froide, le miel se dissout, l’amidon se dépose ; on le fait bouillir avec de l’eau, et on y verse de l'eau iodée qui développe la coloration bleue caractéristique de la fécule.

La manne falsifiée, quelquefois remplacée entièrement par le glucose, est plus dure, et ne présente ni la saveur, ni la cristallisation de la manne véritable ; elle a une cassure grenue, une surface luisante, et craque sous la dent. Elle adhère légèrement aux doigts, possède une odeur particulière et une saveur de sucre caramélisé. Lorsqu’on l’expose à la flamme d’une bougie, elle ne s’enflamme pas comme le fait la manne pure, mais elle devient noire, et il en tombe des gouttelettes qui se solidifient promptement. Elle attire fortement l’humidité de l’air et donne une solution aqueuse très-claire, tandis que la solution de la manne en larmes a une teinte blanchâtre. En outre, la solution aqueuse de cette fausse manne précipite en blanc par l’oxalate d’ammoniaque et par le chlorure de baryum, accusant de cette manière la présence du sulfate de chaux, dont le sucre de fécule retient toujours une certaine proportion. Enfin la manne vraie, traitée par l’alcool bouillant, fournira une proportion de mannite que ne donnera pas le glucose pur ou mélangé.

MASSICOT. — V. Litiiarge.

MASTIC. — V. Résine mastic.

(1) Cette falsification n’est pas nouvelle. En effet, dès l’année 148G, un pharmacien espagnol fut condamné à une amende de 9,tOO ducats et à la privation de ses droits civiques pendant une année pour avoir adultéré de la manne avec du sucre et de l’amidon.

(2) Ce produit ne constitue pas, à proprement parler, une falsification : c’est une manne purifiée. Elle se distingue de la véritable manne en larmes par sa saveur moins nauséabonde et par sa blancheur mate, sans demi-transparence.

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MATIÈRES TEXTILES (Fibres végétales et animales , Étoffes, Tissus). — Dans cet article nous réunirons tout ce qui a trait aux matières textiles, aux fibres végétales et animales, aux étoffes et aux tissus.

Les diverses matières textiles sont d’origine végétale ou d’origine animale. Les premières, dont le nombre s’accroît journellement, ne présentent pas toutes la même importance. Les plus employées sont : le coton, le chanvre, le lin; puis le jute ou chanvre du Bengale, le Phormium tenax ou lin de la Nouvelle-Zélande et le china-grass ou ortie de Chine. Viennent ensuite : l’Agave ammcana (Martinique), Agave f a:tida, Hibiscus cannahinus (Sénégal), Bœhmeria (îles Sandwich), Oua-ouké (îles Sandwich), Lagetto (Saint-Domingue), Crotalaria juncea (Inde), abaca (Manille), Co?'chot'us capsulai'is (Inde), Asclepias gigantea (Inde), etc.

Les fils animaux sont la laine et la soie.

Le cAanwe provient du Cannabis sativa, plante de la famille des Gannabinées. Les fils sont fournis par les fibres corticales des individus mâles et femelles, que l’on soumet â un rouissage dans l’eau, afin de détruire tout le parenchyme et de ne laisser que la substance ligneuse pure ou chènevotte, sur laquelle est la filasse, ou le fil de chanvre. Le chanvre est cultivé dans presque toutes les contrées de la France; on préfère cependant les chanvres d’Alsace et d’Italie.

Le lin est la fibre textile extraite du Linum usitatissimum, plante annuelle de la famille des Linées, très-cultivée en France et dans le nord de l’Europe. On fait subir à sa tige un rouissage qui dégage les fibres corticales de la partie ligneuse, qu’on élimine ensuite à l’aide de diverses opérations mécaniques.

Le coton est le duvet blanc, jaunâtre ou roussâtre, qui entoure les semences du cotonnier {Gossypium), arbuste de la famille des Malvacées, semences renfermées dans la capsule ovoïde ou sphérique, à trois ou cinq valves, qui en forme le fruit. Le cotonnier croît dans les climats chauds de l’ancien et du nouveau monde.

Il y a une immense variété de cotons, distingués entre eux, non-seulement par les noms des pays d’où ils proviennent, mais encore classés par qualité, longueur, finesse, couleur ^ force de soie.

La laine est fournie par la toison des moutons. Les uns, parmi lesquels on distingue les moutons mérinos, donnent une laine courte, fine et frisée; les autres, comme ceux de Saxe et de quelques contrées de l’Angleterre, donnent une laine longue et droite. (Voy. Laine.)

La soie est le fil très-long et très-fin qui forme le cocon de divers Lépidoptères du genre Bombyx, et particulièrement du ver à soie ou chenille du bombyx du mûrier. (Voy. Soie )

Avec ces diverses matières textiles, seules ou mélangées deux à deux, trois à trois, on fabrique un grand nombre de tissus distingués par une multitude de noms différents que suggère le caprice de la mode.

Quelles que soient les matières qui les forment, les étoffes tissées sont composées de deux systèmes de fils parallèles, formant la chaîne (dans le sens de la longueur), la trame (dans le sens de la largeur), et dirigés perpendiculairement l’un à l’autre.

Notre seul but ici est de faire connaître les moyens de distinguer les uns des autres, dans une étoffe donnée, les fils des matières textiles indiquées ci-dessus, afin de pouvoir s’assurer si dans un tissu dit de chanvre et lin il n’entre pas de coton ; si dans une étoffe de cachemire il n’entre pas de laine, et ainsi de suite.

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Le commerce des étoffes, en effet, a été sujet à bien des tromperies sur la nature des marchandises : de môme que l’on vend du sel, du chocolat, du café, du vin, etc., frelatés, de même on vend des étoffes qui ne contiennent pas, ou du moins contiennent à l’état de mélanges, les matières textiles qui auraient dû servir uniquement à leur fabrication, comme sembleraient le faire croire les noms pompeux et mensongers dont on s’est plu à les décorer dans le but de tromper l’acheteur. C’est ainsi qu’on a vendu pour tout laine des châles où se trouvait une grande quantité de coton; pour flanelles pures, des flanelles contenant beaucoup de coton; pour toiles de Hollande, des toiles coton ou calicots; pour soie, un mélange de soie et de laine; pour tissus de cachemire, de la laine ; pour châles de cachemire, des châles mélangés de laine ou tout laine, ou des mélanges de laine et de bourre de soie, de laine et de coton ou tout coton. Or, le véritable cachemire est un tissu très-fin, fait avec le duvet cachemire, c’est-à-dire le poil provenant de chèvres, de moutons élevés au Thibet, ou de races semblables importées et élevées en France (1).

Les procédés employés à l’analyse des matières textiles et des tissus reposent sur leur examen microscopique et sur des essais chimiques. Ces derniers comportent, soit l’emploi de réactifs qui produisent des effets déterminés, soit celui de matières tinctoriales qui s’unissent avec plus ou moins de force aux fils et tissus. Quelques-uns de ces procédés sont assez précis; cependant, pour éviter les erreurs, il est préférable de les employer simultanément. C’est pourquoi nous rapporterons ici la plupart de ceux qui ont été proposés.

I^istiiictioii entre les fibres animales et les fibres végétales. — Il est important tout d’abord de pouvoir distinguer nettement les fibres animales des fils végétaux. Ces derniers, formés de cellulose, ne contiennent pas l’azote que les fibres animales renferment en très-forte proportion. Cette différence de composition élémentaire permet d’avoir recours. aux essais suivants :

1® Action de la chaleur. — Les fils, tissés ou non, introduits chacun avec un peu de chaux vive dans un tube fermé, sont chauffés au moyen d’une lampe à alcool. Les fils. animaux fournissent des vapeurs ammoniacales, ramenant au bleu le papier de tournesol rougi qu’on aura placé à l’extrémité ouverte du tube (fig. 143). Dans les mêmes circonstances, les fils végétaux dégagent des vapeurs acides qui rougissent le papier bleu de tournesol .

Un ingénieur de Rouen a proposé, pour distinguer, dans un tissu, les fils vé-

Fig. 143. — Essai pour reconnaître l’origine, végétale ou animale, d’une matière textile.

(1) Ce fut Ternaux qui importa de l’étranger la matière même du cachemire. En 1819, ce célèbre manufacturier fit venir à grands frais des chèvres du Thibet, dites de Cachemire, qui fournissent ce précieux duvet. La France lui tint compte des efforts et des sacrifices de tout genre qu’il fit pour accroître et améliorer cette industrie, et la reconnaissance publique donna aux châles de cachemire français le nom do châles Ternaux, sous lequel ils ont été et sont encore

connus.

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gétaux et les fils animaux, un moyen à la portée de tout le monde, et qui est le plus ordinairement employé dans le commerce des étoffes. Il consiste à découper dans le tissu à essayer un morceau carré de 3 à 4 centimètres environ, à en tirer tous les fils en travers (ceux de la trame), et tous' les fils en long (ceux de la chaîne), à les prendre l’un après l’autre et à les brûler à la bougie. Les fils d'origine végétale (coton, chanvre ou lin) brûlent avec une flamme vive, sans laisser de résidu, et donnent une odeur franche de linge brûlé ; les fils d’origine animale (laine ou soie) brûlent mal ; un charbon spongieux, qui contient beaucoup de cendres, se forme à leur extrémité et en arrête la combustion; il se dégage en même temps une odeur forte et caractéristique de corne brûlée. 11 est facile, par suite, de compter le nombre de fils de l’une ou de l’autre origine.

2® Action des alcalis. — Les fils animaux, chauffés avec une solution de potasse ou de soude (10 parties d’alcali pour 108 p. d’eau), s’y dissolvent; les fils végétaux, au contraire, ne s’y dissolvent pas. Ce moyen est des plus précis et donne des résultats certains (1).

Pour déceler le coton dans la flanelle, on prend 10 p. de cette dernière, on les met en contact avec une lessive de potasse à 12“ Baumé, on fait bouillir et l’on agite à diverses reprises pendant l’ébullition ; bientôt la laine se dissout et se convertit en savon, tandis que le coton n’est que faiblement altéré ; on arrête l’opération, on lave le résidu insoluble (coton), qui est ensuite sécbé et pesé. Cette réaction permet aussi de reconnaître la quantité de coton que les fabricants mêlent aux étoffes de laine, dans l’opération du cardage. La simple inspection du tissu, même pour les personnes les plus expérimentées, serait insuffisante pour constater le mélange.

3“ Action de l'acide azotique. — Les fils animaux, notamment ceux de laine (2), bouillis pendant quelque temps avec l’acide nitrique, se colorent en jaune d’une manière durable; les fils végétaux, au contraire, soumis à la même influence, restent blancs [Rouchas).

4“ Action des acides azotique et sulfurique. — D’après les expériences de Peltier, les fils d’origine végétale et animale peuvent également sé distinguer par l’immersion à froid pendant douze à vingt minutes dans un mélange, à parties’ égales en volume, d’acide nitrique monohydraté et d’acide sulfurique à66“; on lava ensuite à grande eaujusqu’à ce que la saveur n’indique plus de traces d’acide. Après ce lavage, on remarque déjà que les fils de soie ou de poil de chèvre sont complètement dissous, les fils de laine sont de couleur citrine ou d’un brun très-foncé, tandis que les fils végétaux sont blancs. Dans le premier cas, le poids du résidu indique la proportion dans laquelle le mélange a été fait; dans le second cas, la combustion donne la preuve irrécusable du mélange avec la laine. En effet, si l’on dessèche le tissu nitré à une douce chaleur, les fils végétaux qui le composent ont acquis les propriétés du fulmicoton; le tissu brûle avec vivacité et laisse pour résidu le charbon produit par les fils de laine, charbon qui simule parfaitement un réseau de toile métallique. Le procédé de Peltier est surtout avantageux pour un tissu coloré ou teint.

(1) Lorsque les fils sont teints, on les lave à l’eau chaude après le traitement précédent; puis on les abandonne pendant 10 minutes dans de l’eau tiède aiguisée de 5 p. 100 d’acide chlorhydrique ; enfin on y ajoute quelques gouttes de solution d’hypochlorite de chaux qui achève le blanchiment de la fibre végétale.

(2) Ce procédé s’applique aussi bien aux fils teints qu’aux fils blancs.

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5“ Action du nitrate mercurique. — Lebaillif et Lassaigne ont aussi proposé le deutonitrate de mercure liquide comme propre à faire distinguer les fils de soie et de laine, des fils blancs de coton et de lin; par une ébullition de quinze à vingt minutes avec ce réactif, les premiers seuls prennent une couleur rougeamarante.

6® Action du bichlorure d'étain. — M. Maumené a recommandé l’emploi du bichlorure d’étain pour reconnaître, dans les tissus blancs ou de couleur claire, le mélange de coton ou de lin avec la laine et la soie; les premiers fils, sous l’influence du bichlorure et de la chaleur, deviennent entièrement noirs, tandis que les autres conservent leur couleur.

7® Action de la liqueur de Schweitzer (oxyde de cuivre ammoniacal). — Cette liqueur d’un beau bleu céleste (qu’on obtient en dissolvant de l’hydrate d’oxyde de cuivre dans un excès d’ammoniaque) dissout assez facilement les fibres végétales (lin, chanvre et coton) et même la soie, mais ne touche pas à la laine, lorsqu’on opère à froid.

8“ Action du chlorure de zinc basique. — D’après M. J. Persoz, une solution de ce réactif marquant 60® Baumé et employée bouillante, dissout la soie sans toucher aux autres fibres textiles. Si on lave ensuite celles-ci avec de l’acide chlorhydrique étendu, puis enfin avec de l’eau pure, le poids du résidu sec peut faire apprécier la proportion de soie, par différence. En traitant ce résidu par une solution de potasse caustique au 10®, on dissoudra la laine et on laissera le coton.

9® Action des ynatières tinctoriales. — Overbeck avait démontré que la laine fixe la murexide, ce que ne fait pas le coton. Liebermann a établi un procédé analogue, qui consiste à teindre les tissus avec une solution Ae. rosaniline préparée en ajoutant un excès d’alcali à une dissolution de /"«cAsme jusqu’à sa complète décoloration. On y trempe ensuite les tissus ou les filés à examiner, puis on les lave à grande eau : par leur exposition à l’air, la soie et la laine se teignent en rouge foncé, tandis que le coton reste blanc.

Ce procédé s’applique aussi bien aux tissus teints qu’à ceux qui sont restés blancs.

Ces moyens généraux permettent de distinguer, dans une étoffe donnée, la nature des fils qui la composent et même de les y compter.

Ainsi, un morceau d’étoffe de 7 centimètres carrés environ, étant soumis à l’un des essais précédents , puis lavé et séché, on peut, à l’aide d’un compte-fils, ou loupe montée, savoir le nombre des fils de nature animale ou végétale qui composent l’étoffe (fig. 14 i).

Caractères «Hstinctifs entre la laine et la soie. — Les moyens de distinguer entre eux les fils d’origine animale ont été l’objet de nombreuses recherches. Voici les principaux procédés proposés :

Fig. m. — Compte-fils.

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1® Vsx\q plombate de soude. On prépare ce réactif en faisant bouillir sur de la litharge en poudre fine une solution de soude caustique au 15®. On laisse refroidir et l’on décante la liqueur claire. On y plonge ensuite le tissu à essayer : tous les fils de laine y deviennent noirs en raison du soufre qui s’y trouve contenu, coloration qui n’a pas lieu pour la soie qui est exempte de ce métalloïde; ou bien c’est la liqueur qui devient d’un brun noirâtre [Lassaigne).

D’après Wagnei', un procédé plus sensible consiste à traiter le tissu par une solution bouillante de potasse caustique, ce qui donne lieu à un sulfure alcalin dû au soufre de la laine; on le reconnaît facilement ensuite par l’addition d’un peu de nitroprussiate de soude qui développe alors une magnifique coloration violette.

2® Par la liqueur de Schweitzer, qui dissout à froid la soie et non la laine iStefanelli). Il en est de même de l'oxyde de nickel ammoniacal [Schlossberger).

Pour faire usage de ces deux réactifs, voici comment on doit opérer : on prend 10 à 12®® de l’un de ces réactifs et l’on y plonge pendant cinq à six minutes environ 2 centim. carrés du tissu à examiner : la laine n’est point attaquée, tandis que la soie est dissoute. Pour des étoffes teintes en noir, on emploie le double de temps et de réactif ; puis, après filtration, on sursature la liqueur d’acide azotique, qui ne précipite pas la soie de sa dissolution, mais qui en précipiterait la cellulose, s’il y avait eu des fibres végétales en présence du réactif cuprique.

3® Par le chlorure de zinc (voir plus haut) qui dissout la soie et non la laine.

4® Par les acides concentrés. Barreswil a fait voir que l’acide azotique du commerce employé à froid dissout la soie sans attaquer sensiblement la laine. Il en est de même de l’acide sulfurique assez concentré et froid, qui détruit en même temps les fibres végétales. L’emploi de l’acide chlorhydrique est préférable. 11 enlève la soie, mais laisse la laine et le coton s’il y en a. On peut après cela dissoudre la laine à l’aide de la potasse caustique.

Pour tous ces essais, il est utile de débarrasser préalablement les tissus des apprêts et matières colorantes qui les imprègnent, en recourant â des traitements successifs à l’aide de l’eau bouillante, des solutions alcalines ou acides étendues, ou à l’eau chlorée. On termine par un bon rinçage à l’eau chaude, puis on sèche le tissu.

Caractères distinctifs des différentes fibres végétales aux réactifs. — On

connaît quelques réactifs qui peuvent servir à caractériser plus ou moins bien les diverses fibres végétales, mais c’est ici que l’utilité du microscope devient incontestable. Voici d’abord les procédés chimiques qui servent à distinguer entre eux le coton, le chanvre et le lin :

Pour distinguer le lin du coton dans un tissu, le mode d’essai consiste à imbiber celui-ci d’une solution très-saturée de sucre et de chlorure de sodium, à laisser sécher, puis à mettre le feu aux fils mis à nu de la trame et de la chaîne : les fils de lin se charbonnent avec une couleur grise ; ceux de coton prennent une couleur noire.

M. Bœttger préfère le moyen suivant, qui n’est applicable qu’à un tissu blanc : on plonge 7 centimètres carrés du tissu dans un mélange bouillant formé de parties égales en poids de potasse caustique et d’eau ; on laisse tremper pendant deux minutes, on presse, on lave, puis on tire successivement, sur le côté de la chaîne et sur celui de la trame, environ six à dix fils : les fils de lin sont colorés en jaune foncé; ceux de coton sont blancs ou d’uny«Mwe clair. Ce

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procédé permet de se rendre un compte exact de la nature de chaque fil composant le tissu soumis à l’essai.

Pour découvrir le coton dans une toile de lin ou de chanvre, M. Kindt a proposé un procédé fondé sur ce que la cellulose du coton se dissout bien plus facilement dans l’acide sulfurique concentré que la cellulose du chanvre et du lin. On enlève d’abord l’apprêt de la toile en la faisant bouillir pendant quelque temps dans l’eau ; puis, après l’avoir séchée, on en plonge un morceau jusqu’à moitié, pendant une ou deux minutes, dans l’acide sulfurique concentré ; la toile devient diaphane, le colon est attaqué le premier, et déjà converti en gomme, quand les fils de lin sont encore blancs et opaques. On enlève avec l’eau la matière gommeuse ; l'excès d’acide est neutralisé par une petite quantité d’alcali (carbonate de potasse, de soude ou d’ammoniaque) ; puis on lave à l’eau pure et on sèche de nouveau : si la toile contient du coton, tous les fils de cette matière textile sont dissous, et l’on peut aisément s’assurer des proportions dans lesquelles le mélange avait été fait, en comptant les fils manquants, ou en comparant la partie immergée dans l’acide avec celle qui ne l’est pas.

Pour reconnaître les fils de coton dans un tissu de lin, on plonge, d’après M. Leykauf, le tissu sec dans de l’huile, et on l’exprime ensuite fortement pour enlever l’excès de cette dernière : les fils de lin sont devenus translucides, tandis que ceux de coton restent blancs. Il est facile, en effilant le tissu, de compter les fils de lin et de coton. 11 n’est pas indispensable d’enlever préalablement l’apprêt du tissu, mais il doit être desséché avec le plus grand soin.

D’après Kahlmann, on peut également se servir de potasse caustique en dissolution concentrée et froide pour distinguer le coton écru du lin écru : les tissus de ces deux matières s’y contractent et se tordent sur eux-mêmes ; mais les fibres du coton y deviennent de couleur gris clair ou blanc sale, tandis que celles du lin y prennent une teinte jaune orangé.

En 1865, a proposé le moyen suivant pour découvrir le coton mélangé

à des tissus de lin blanc. On coupe une bande de 8 cent, de longueur sur 4 cent, de largeur de la toile soumise à l’essai. On en effile les bords ; puis on la plonge à moitié dans une solution alcoolique de fuchsine (8gr. pour 60 d’alcool). Après quelques instants de contact, on retire le tissu et on le lave à grande eau jusqu’à ce qu’il en sorte incolore. Puis on place la bande dans de l’ammoniaque pendant une ou deux minutes ; enlevant ensuite et lavant à l’eau, on voit que les fils de coton sont décolorés et blancs, tandis que ceux de lin sont restés teints.

M. Ad. Vincent, pharmacien en chef de la marine, a proposé: 1® l’emploi de trois réactifs différents : l’acide nitrique concentré, l’acide chlorhydrique et l'acide iodique ; 2® l’action combinée d’une solution aqueuse de chlore, puis d’ammoniaque, pour reconnaître les fils de Phormium tenax dans les tissus de chanvre et de lin.

Sous l’influence de l’acide nitrique à .36®, contenant un peu de gaz nitreux, le chanvre se colore en jaune pâle, à froid et à chaud ; celui dont le rouissage a été opéré dans une eau stagnante prend une légère nuance rose ; le lin prend, à l’aide de la chaleur, une légère teinte rose qui bientôt passe au jaune ; le phormium tenax se colore rapidement à froid en rouge de sang, de plus il conserve cette propriété, même après avoir été lessivé {Boussingault).

Sous l’influence de l’acide chlorhydrique, le chanvre et le lin ne sont colorés

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ni à froid ni à chaud : à une température de 30 à 40®, le phormium tenax est d’abord jauni faiblement, ensuite rougi, et ne tarde pas à brunir ou à noircir.

L’acide iodique n’agit ni sur le chanvre ni sur le lin, tandis qu’il colore en rose le phormium tenax ; l’action est accélérée par une élévation de température.

Par l’action successive et très-peu prolongée d’une solution de chlore, puis d’ammoniaque (1), les fils de phormium tenax se colorent en rouge violacé, que quelques gouttes d’acide nitrique font disparaître ; les fils de chanvre prennent une teinte légèrement rosée, qui devient un peu plus vive avec les filasses provenant de chanvres déposés dans une eau stagnante ; quant au lin, il conserve sa couleur primitive.

M. Vincent a examiné aussi l’action des réactifs précédents sur les fils des végétaux exotiques précédemment cités ; il a obtenu les résultats suivants : l’acide nitrique est sans action sur l’asclepias gigantea; il ne développe qu’une teinte

peine rosée dans le oua-ouké et colore en rouge ou en rose les agaves, l'hibiscus, le lagetto, la crotalaria, l’abaca et le corchorus.

Par l’action du chlore et de l’ammoniaque, les filaments des agaves, de l’hibiscus, du lagetto, de la crotalaria, de l’abaca et du corchorus prennent une couleur rouge violacée, dont l’intensité s’éloigne beaucoup de la coloration du phormium. Il ne produit rien avec le bœhmeria et l’asclepias. L’ammoniaque est sans action sur les agave fœtida et americana, sur les bœhmeria, crotalaria, corchorus, asclepias ; elle jaunit les fils de l’hibiscus, du lagetto et de l’abaca.

La solution aqueuse d’iode colore en jaune pâle la plupart de ces végétaux ; le bœhmeria et le lagetto présentent seuls quelques parties légèrement bleuies. Les chanvres préparés dans les eaux courantes bleuissent très-sensiblement par la solution aqueuse d’iode; ceux qui sont préparés dans les eaux stagnantes ne bleuissent pas (2).

L’acide chlorhydrique ne jaunit que le lagetto et la crotalaria juncea.

La potasse colore en jaune les filaments de toutes ces plantes, sauf ceux de l’asclepias gigantea.

On distinguera facilement les fibres du Phormium tenax de celles du chanvre et du lin mélangés dans un tissu, en plongeant celui-ci dans une solution aqueuse et chaude de bleu d’aniline au ICOOO® (0®%10 par litre) : après quelques minutes de contact avec la liqueur à 70 ou 80°, les fibres du Phormium seront fortement colorées, tandis que celles du chanvre ou du lin resteront blanches ou écrues.

La méthode tracée par M. Pinchon pour reconnaître les différentes fibres dans les tissus et les fils est résumée par l’auteur dans le tableau suivant :

(1) L'ordre de ces réactifs est très-important à observer ; car si on l’intervertit, aucune coloration ne se manifeste sur le phormium tenax.

(2) M. le docteur Robert Schlesinger a publié une brochure intitulée ; Examen microscopique el microchimique des fibres textiles, etc. Les caractères d’un grand nombre de fibres textiles sont résumés dans des tableaux dichotomiques fondés sur l’action des réactifs.

TABLEAÜ,

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Chlorure de zinc, à froid, dissout tout.

Solution alcaline noircit par addition d’un sel de plomb

Chlorure de zinc, dissout partiellement ou ne dissout rien . . .

Chlorure de zinc, ne dissout rien.

Chlorure de zinc, dissoutune partie

Chlorure de zinc, l ne dissout rien, j

Soluble partiellement

Partie soluble ne noircit pas par j un sel de plomb, partie inso- / Soie et Laine, lubie noircit '

Insoluble

Noircit par un sel de plomb ... | Laine.

Eau de chlore, \

puis AzlP CO- / Fibre rougit par l’acide nitrique

lorent la fibre i ou le peroxyde d’azote

en rouge. ... '

Phormium.

I Fibre se colore \

I par solution al- ]lodeetS03,HO )

cooliquedefu- j colorent en J Chanvre.

chsine au 20', f . jaune )

et la coloration \

résiste au la- 1 Iode et S03,H0 1 vage. Potasse I colorent en ) Lin.

coiorenipas. i aqueuse colore bleu )

I fibre en jaune. /

I Coloration par fuchsine ne ré- \

I siste pas au lavage ; la po- ( Coton

I tasse ne colore pas la fibre en j

\ jaune j

! Potasse dissout partiellement les \

fibres insolubles dans ZnCl ; / Lajne Soie celles qui résistent à ce second ) et Coton traitement se dissolvent dans l le réactif de Schweitzer '

Sel de plomb ( picrique colore partielle- )

nenoircitnas { "lent en jaune, 1 autre partie | SoieetCoton. ■ ( restant blanche )

Acide nitrique colore une partie, l’autre restant I (jotonetLin blanche ( ^

Les toiles de chanvre que reçoit la marine sont composées de fils blanchis avec des alcalis et sans chlore ; elles doivent être collées à la gomme arabique et sans amidon; pour s’en assurer, on les essaye avec la teinture d’iode. Cependant, certaines toiles de chanvre, quoique collées à la gomme arabique, bleuissent par la teinture d’iode et donnent la réaction due à la présence de l’amidon. M. Malaguti Si reconnu que cette propriété tenait à la présence de V amidon noz-j«aZ qui pouvait exister, quelquefois en quantités très-sensibles, dans certains fils de chanvre écrus (1). De nombreuses expériences lui ont, en outre, démontré : 1® que les toiles naturellement amylacées abandonnent à l’eau bouillante 0=',001 environ d’amidon par centimètre carré, tandis que les toiles collées à l’amidon en abandonnent 0^'',003o; 2® que les toiles naturellement amylacées pouvaient être distinguées des toiles collées à l’amidon par l’emploi successif du charbon animal (2) et de l’iode :

On coupe en petits morceaux 4 cent, carrés d’une toile bleuissant par l’iode, et on les introduit dans un matras avec 30 grammes d’eau ; puis on fait bouillir

(1) La présence de l’amidon dans des fils de chanvre écrus paraît tenir à des accidents de rouissage.

(2) Le charbon animal du commerce peut absorber environ 9 millièmes de son poids d’amidon dissous {ilalaguti).

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jusqu’à réduclion d’un tiers ; alors on mêle au liquide un gramme de charbon animal ordinaire, on agite et on filtre. La liqueur filtréç, dont le volume doit être de lO”' environ, une fois refroidie, est traitée par la teinture d’iode : s’il se; manifeste une coloration bleue, la toile essayée est collée à l’amidon ; s'il ne se manifeste aucune coloration, excepté celle qui est due à l’iode même, la toile est naturellement amylacée.

Il résulte des expériences de M. Malaguti que les fils de chanvre écrus peuvent se diviser en trois classes': 1'® classe, fil écru sans matière amylacée; 2^^ classe, fil écru avec matière amylacée que peuvent éliminer les lessives faites bien audessous de 10“ ; 3““ classe, fil écru avec matière amylacée qui n’est éliminée que par des lessives et des lavages à une température voisine de l’ébullition.

Applications du microscope à la détermination de la nature des matières textiles. — L’inspection microscopique est le complément nécessaire des recherches chimiques pour la distinction des diverses matières textiles entre elles.

Laine. — “Vus au microscope, les fils de laine sont cylindroïdes, entortillés, plus ou moins gros, un peu coniques vers le sommet. Ils sont marqués extérieurement de nombreuses lignes transversales donnant l’image d’écailles imbriquées les unes sur les autres, à la manière des stipes de palmier (fig. 145). A l’intérieur, ils présentent comme un tube entouré d’une écorce. Leur coupe transversale est un peu elliptique. (Yoy. Laine.)

Soie. — Les brins de soie sont constitués par des filaments doubles et pleins.

Fig. 145. — Laine \ue au microscope. Grossissement de Fig. 146. — Soie vue au microscope. Grossissement de 140 diamètres. 140 diamètres.

transparents, d’un égal diamètre sur toute leur longueur. Ils sont striés longitudinralement et souvent tordus sur eux-mêmes (fig. 146). Leur coupe transversale n’est pas circulaire, mais anguleuse.

Chanvre. — Ses fibres représentent des tubes creux coupés de distance en distance par des cloisons transversales, comme le chaume des Graminées. Ces cloisons sont garnies de petits filaments ou barbes 'qui forment des appendices plus ou moins nombreux (fig. 147). Le diamètre des fibres de chanvre varie de 1/20 à 1/90 de millimètre.

Chevallier et BAunHiMONT 5' édit.

MATIÈRES TEXTILES

Lin. — Les filaments du lin ont une forme analogue à celle du chanvre. Les tubes sont cloisonnés, mais peu pourvus d’appendices soyeux. De plus, ils sont plus Ans et d’un diamètre qui varie de 1/45 à 1/50 de millimètre (fig. 148).

Fig. i47. — Chanvre \u au microscope. Grossissement de Fig. 148. — Lia vu au microscope. Grossissement de 25 diamètres. 25 diamètres.

Coton. — Ses fibrilles ont la forme de longs rubans aplatis, ondulés, tordus en spirale, non cloisonnés (fig. 149). Ils sont plus ou moins diaphanes à sec.

Fig. 149. — Cotwi vu au microscope. Grossissement de Fig. CW. — Fibres textiles vues sou? le même grossisse- 140 diamètres. ment. — ch, chanjre; l, lin ; c, coton; la, laine; s, soie •

transparents dans l’eau ; les deux bords de leur tube aplati forment comme des bourrelets.

Pour mieux faire apprécier l’aspect et la grosseur relative de chacun des cinq types de matières textiles, il suffit de regarder la figure d’ensemble qui les présente réunis sous le même grossissement (fig. 150). •

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