MERCURE
à des épreuves qui peuvent y faire reconnaître les substances métalliques auxquelles il est allié.
La plus ordinaire consiste à distiller avec précaution une quantité déterminée de mercure dans une cornue de verre assez résistante, au col de laquelle on
adapte un nouet de linge dont l’extrémité doit plonger dans l’eau, de telle façon que ce liquide ne soit pas en contact direct avec le bout de la cornue elle-même (fig. 151).
Cette disposition a pour objet de déterminer la condensation des vapeurs du mercure, au contact du linge mouillé, sans que pour cela l’eau puisse rentrer dans la cornue par voie d’absorption, car l’air pourrait pénétrer à travers les pores du linge, s’il venait à se produire une condensation trop brusque à l’intérieur de l’appareil. Dans ces conditions, le mercure pur distillera sans laisser de résidu dans la cornue; au contraire, le mercure impur y abandonnera les métaux qu’il tenait en dissolution; de telle façon qu’il sera possible de recueillir ceux-ci une fois l’opération terminée et de les examiner. 11 faut noter cependant que le mercure entraîne toujours avec lui quelque peu de ces métaux étrangers, ce qui l'end cette épreuve incertaine.
Pour apprécier la nature du résidu de la distillation, on le traitera par de l’acide azotique pur et suffisamment concentré ; Vélain se convertira alors en une poudre blanche d’acide métastannique insoluble, facile à reconnaître, tandis que le plomb, le bismuth et le zinc passeront à l’état d'azotates solubles. Dans ce dernier cas, essayant la liqueur par l’hydrogène sulfuré, on obtiendra un précipité noir avec les sels de plomb et de bismuth, et un précipité blanc avec le sel de zinc, à la condition de sursaturer préalablement la liqueur acide par l’ammoniaque. Pour distinguer enfin le plomb du bismuth, on traitera une autre partie de la liqueur à peu près neutralisée, par une solution d’iodure de potassium, qui précipitera le sel de plomb en jaune et celui de bismuth en brun noirâtre ; ou par une solution de sulfate de soude, qui ne précipitera pas ce dernier sel, tandis qu’il troublera en blanc le sel plombique.
L’essai du mercure peut se faire d’une manière plus certaine en dissolvant ce métal dans un léger excès d'acide azotique et en évaporant les liqueurs à siccité dans un matras chauffé au bain de sable. En calcinant ensuite le résidu d’azotate de mercure formé, on décomposera celui-ci en totalité, et, si la chaleur est assez forte, l’o.xyde de mercure lui-même, que donnera d’abord l’azotate, sera réduit à l’état de mercure complètement volatil , de telle sorte qu’il ne devra rien rester dans le matras lorsque l’essai portera sur le métal pur. Au contraire, tous les autres métaux qui l’accompagnent ayant été convertis en azotates dont les oxydes sont fixes, ceux-ci se retrouveront après la calcination. 11 sera alors pos-
Fig. I3l. — Distillation du mercure. La cornue c renvoie les vapeurs de mercure dans le vase plein d’eau v, à l’aide du nouet en linge mouillé qui les y conduit.
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sible de les redissoudre dans l’acide azotique pour en faire ensuite l’essai comme il vient d’être dit {Er. B.).
On peut encore essayer le mercure impur en l’agitant en certaine quantité (lo ou 20 grammes) avec une solution d’azotate mercurique; après douze heures de contact, le sel aura dissous les autres métaux. En évaporant les liqueurs aqueuses à siccité et calcinant, on répétera sur le résidu l’essai précédent. Seul, l’étain résisterait peut-être à ce dissolvant; il convient, pour rechercher ce métal, d’employer de préférence l’acide chlorhydrique qui produira ainsi du chlorure stanneux soluble.
MERCURE DOUX. — V. Chlorure (photo-) de mercure.
MIEL. — Le miel est produit dans nos contrées (1) par Tabeille {Apis mellifica) (2), insecte de l’ordre des Hyménoptères, famille des Mellifères, genre des Apiaires sociales.
C’est une substance sucrée, demi-fluide, à odeur et à couleur variables (3), que les abeilles recueillent dans le sein des fleurs, et qu’elles élaborent ensuite dans leur cavité digestive pour la dégorger après cela dans les alvéoles qui composent leur ruche.
Variétés commerciales. — On Connaît plusieurs qualités de miel dans le commerce français :
Le Intel de Narbonne, celui de la vallée de Chanioumj sont blancs, grenus, odoriférants ; le goût en est aromatique ;
Le miel d'Angoulême, moins grenu et moins odoriférant, tient le second rang.;
Le miel d'Orléans ou du Gâtinais, que l’on substitue quelquefois aux précédents, a les mêmes caractères, mais il est moins ai'omatique et moins blanc;
Le miel d'Avignon est de couleur blanc-paille, très-consistant, visqueux, gluant, sans granulations. On en distingue plusieurs qualités;
Le miel de Normandie est blanc paillé ou rouge, très-consistant, peu grenu, de saveur cireuse;
Le miel de Champagne est jaune doré, consistant et onctueux, de saveur agréable ;
Le miel de Picardie ci celui de la Touraine sont spumeux, assez coulants, cireux, et moins agréables que le précédent ;
(1) En France, on ne retire encore des 1,500,000 ruches qui s'y trouvent que 7 millions de kilogrammes de miel, et 1,500,000 kilogrammes de cire, représentant ensemble une valeur de 15 millions de francs. Ce sont les départements les plus pauvres (Morbihan, Landes, Corrèze) qui possèdent le plus grand nombre de ruches.
(2) Les observations de Huber, de Genève, ont appris que l’espèce d’abeille influe sur la nature même du miel. Ainsi c’est à l’yl/)is fasciata qu’on rapporte les miels estimés de Narbonne et du Gâtinais, et de quelques autres contrées, soit de l’Italie, soit de l’Orient, de l’Égypte et même de l’Abyssinie. Cette espèce d’abeille préfère les fleurs des labiées odorantes aux fleurs des composées.
(3) La couleur des miels de diverses contrées paraît dépendre surtout des principes colorants
des végétaux ; celui des îles Baléares est noir ; le miel de l’ile Bourbon est vert. Leur odeur dépend, bien certainement, de celle des plantes sur lesquelles les abeilles ont butiné : le miel de Cuba^a l’odeur de la fleur d’oranger ; celui de Chamouny sent la térébenthine ; les miels d’Espagne ont un goût prononcé de genêt; ceux de Sardaigne sentent l'absinthe; ceux du Limousin et de la Bretagne doivent leurs caractères au colza et au sarrasin que les abeilles y rencontrent particulièreniant. ,
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Le mid de Bretagne est d’un jaune plus ou moins rouge ; son odeur est forte, son goût particulier ; il est de médiocre et parfois de très-mauvaise qualité.
La Provence, le Roussillon, la Brie, les Landes et diverses autres provinces, en fournissent de très-estimés (1).
Dans toutes ces sortes, le meilleur et le plus pur est le miel vierge ou de premier écoidement, recueilli par un simple égouttage des rayons .
Composition. — Le miel, d’après les recherches de Soubeiran, est un mélange, en proportions très-variahles, de glucose ou sucre solide (2) cristallisable, qui dévie vers la droite les rayons de la lumière polarisée, et de sucre liquide incristallisable ou lévulose, déviant à gauche la lumière polarisée, tous deux se détruisant facilement sous l’influence des alcalis. Il contient, en outre, un peu de sucre de canne que les acides peuvent intervertir (3), un peu de mannile, un ou plusieurs acides organiques, à&s, principes aromatiques et colorants qui ont une grande influence sur sa qualité, des substances g?-asses, des principes azotés et des granules polliniques provenant des fleurs sur lesquelles butinent les abeilles.
Lorsqu’on examine le miel au microscope, on y remarque des lamelles cristallines de glucose accompagnées de quelques grains de pollen, au milieu d’une masse fluide de sucre incristallisable (fig. 152).
La cristallisation du miel a lieu avec une expansion telle que les vases où elle s’opère seraient brisés, si on ne leur laissait les moyens de se dilater librement. L’intervention de l’air est indispensable à cette cristallisation.
CsasTcs. — Le miel est un aliment précieux doué d’un goût très-agréable; on l’utilise dans la confection de pains d’épices spéciaux, offrant un arôme qui rappelle celui qu’il possède lui-même. 11 sert à préparer les hydromels, l’eaude-vie de Dantzick, le marasquin et autres liqueurs de table. On s’en est servi avec avantage pour remplacer les autres matières sucrées dans la fabrication de la bière.
En pharmacie on l’emploie comme émollient, laxatif et rafraîchissant : on en fait usage pour édulcorer certaines tisanes, et pour préparer les mellites ou sirops dans lesquels le sucre est remplacé par le miel.
Altérations. — Souvent les miels, surtout ceux qui sont obtenus par la chaleur ou par la pression des gâteaux, contiennent un peu de ch'e, ou sont mêlés de couvain, de débris d'insectes restés dans les cellules céreuses, et exprimés en même temps que le miel. Ces matières rendent les miels susceptibles de fermenter et de devenir écumeux. Parfois ils ont contracté une coloration plus foncée et une saveur désagréable. Ces miels doivent être rejetés de l’emploi pharmaceutique (4).
(1) On récolte, en Espagne, en Algérie et dans quelques îles de la Méditerranée, des miels assez renommés; mais ceux du mont Hymette et du mont Ida, transparents et fluides, sont supérieurs à tous les précédents.
(2) Les miels, suivant leur consistance et la température à laquelle on opère, fournissent de 20 à 30 p. 100 de glucose par la pression.
(3) Les miels du commerce récemment récoltés renferment des proportions variables de sucre de canne, qui existe exclusivement dans la partie liquide. Ce sucre disparaît avec le temps, sous l’influence du ferment naturel contenu dans ces produits [Dubrunfaut).
(4) Nous devons ajouter que divers miels du midi de l’Europe offrent une qualité plus ou moins enivrante, soit que celle-ci résulte d’un commencement de fermentation alcoolique, soit qu elle dépende des propriétés excitantes et aromatiques des végétaux qui les fournissent.
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La cire se laisse apercevoir lorsqu’on dissout une petite quantité de miel dans de l’eau distillée.
Faiaiflcations. — Le miel est falsifié avec X amidon, \ei pulpe de châtaignes, la farine de haricots, ou d’autres farines crues ou torréfiées; avec des mucilages de
Fig. 152. — Miel \u au microscope. Cj cristaux de glucose; P, graines de pollen de diverses origines.
gomme adragante, de coings, etc.; avec de la gélatine, du sirop de dexlrine, et surtout avec du sirop de fécule ou glucose (1). On y introduit encore de la mélasse et de l’eau. On y a fait entrer jusqu’à du sable, de la craie, du plâtre, de la terre de pipe et de la chapelure.
Vamidon, la farine de haricots et autres amylacées, la gomme, les mucilages, la gélatine, servent à donner de la viscosité au miel altéré et à augmenter son volume. Ces fraudes se reconnaissent par la chaleur, sous l’influence de laquelle le miel sophistiqué prend une très-grande consistance, s’épaissit beaucoup, tandis que lorsqu’il est pur, il se liquéfie; puis, si on le traite par l’eau froide, celle-ci dissout les substances solubles, et laisse pour résidu les corps étran-
Enfin, il y a des miels vénéneux! on sait ; 1“ que Toumefort et Aug. Saint-Hilaire ont observé que les miels récoltés par les abeilles sur des Apocynées, sur \Azalea pontica (plante qui croît sur les montagnes avoisinant Trébizonde, et sur les bords méridionaux de la mer Noire), sur le Rhododendrum ponticum, sont vénéneux ; 2“ que M. Seringe a vu, en Suisse, du miel recueilli sur les fleurs d' Aconitum napellus produire des effets dangereux sur les pâtres de ce pays.
(1) Nous avons vu du miel préparé avec du sirop de fécule, à la confection duquel nulle abeille n’avait travaillé. Il était devenu solide dans le baril, de façon que l’épicier qui l’avait acheté pour du miel de bonne qualité, ne savait que faire d’un produit que ses caractères extérieurs rendaient invendable.
La falsification du miel par le sirop de dextrine a été signalée par M. Stanislas Martin. ;
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gers, tels que, les farines, l’amidon, etc. En les recueillant pour en faire l’examen au microscope, on y reconnaît facilement les granules amylacés de Graminées et de Légumineuses à leurs formes caractéristiques. De plus, ils bleuissent au contact de l’eau iodée.
Les mucilages et la gélatine sont insolubles dans l’alcool à 80°, qui peut dissoudre au contraire tous les principes sucrés du miel. Ces mucilages se reconnaissent à leur consistance, à leur transformation en acide mucique par l’acide nitrique. Chauffés avec de la chaux vive, dans un tube à essai, ils ne dégagent pas d’ammoniaque, tandis que la gélatine, dans les mêmes circonstances, en produirait abondamment.
Quant à la présence du sirop de fécule ou du sû'op de dextrine, on la reconnaît d’abord par un examen attentif des caractères physiques du miel à essayer, tels que la consistance, la demi-transparence, la saveur, l’odeur, etc.
Comme presque toujoui’s le sirop de fécule employé à cette fraude a été préparé par l’intermédiaire de l’acide sulfurique que l’on sature ensuite par la craie, il relient un peu de sulfate de chaux dont la présence est alors caractéristique; l’essai se borne donc à rechercher si le miel, dissous dans l’eau distillée (1), se trouble par l’oxalate d’ammoniaque, et surtout par le chlorure de baryum ou le nitrate de baryte (2).
Les sirops de fécule et de dextrine n’étant jamais complètement débarrassés des principes amylacés qui servent à leur préparation, se reconnaîtraient encore au trouble que l’alcool fort ferait naître dans leur solution aqueuse concentrée, et à la coloration violette que celle-ci prendrait en présence d’un peu d’iodure ioduré de potassium. On peut encore chauffer le miel avec de l’alcool à 80“, puis rassembler le résidu, qu’on lave à l’alcool, et dont on fait enfin l’essai qualitatif. On y reconnaîtra facilement : la dextrine par l’eau iodée qui la colore en violet ; la gomme par l’acide azotique qui la transforme en acide mucique ; la gélatine par la calcination avec de la chaux vive' qui en dégagera des vapeurs ammoniacales.
Lassaigne a eu à examiner, en 1844, une livraison de 35 kilogrammes de prétendu miel de Bretagne, de qualité inférieure, qui n’était que du sirop de fécule solidifié en masse grenue. Ce produit, renfermé dans un petit baril de la contenance de ceux dans lesquels on expédie le miel dit de Bretagne, avait la consistance du miel commun solidifié, un aspect grenu et cristallin. Son odeur était celle d’un sirop trop cuit et un peu caramélisé. Sa saveur, d’abord faiblement sucrée, devenait ensuite un peu âcre et amère; il avait une grande tendance à se durcir par son exposition à l’air sec, à 16®. Délayé dans deux ou trois fois son volume d’eau froide, il a abandonné une matière grenue, qui, après avoir été pressée entre plusieurs doubles de papier Joseph, était blanchâtre, composée de petits mamelons cristallins. Une même quantité de ces cristaux et
(1) Il est bien entendu qu’on doit exclusivement employer l’eau distillée dans toutes les réactions, et que, quand nous indiquons l’eau comme dissolvant, c’est de Veau distillée qu’il s’agit.
(2) D'après les expériences de Habert et Guibourt, les différents miels sont exempts de sels calcaires ; toutefois, il ne faudrait pas les filtrer au papier, à moins que celui-ci n’eût été préalablement bien lavé à l'acide cblorhydrique. Guibourt a, en effet, obsei’vé que l’action dissolvante du miel sur les sels calcaires était telle, qu’il suffit de filtrer une solution du miel le plus pur à travers le meilleur panier à filtre non lavé, pour que la liqueur accuse aussitôt des traces de chaux par l’oxalate d’ammoniaque.