MYRRHE
Les muscades piquées sont également insipides et presque inodores; parfois elles ont une odeur de moisi, lorsqu’elles ont été mal conservées. Elles tombent plus ou moins lentement au fond de beau.
Quant à la fraude qui consiste à vendre des muscades épuisées par l'alcool el par la distillation, ou mélangées avec des fruits étrangers analogues, elle est reconnue par la cassure, l’odeur, la saveur. Leur traitement par le sulfure de carbone dans l’appareil Berjot (fig. 158 et 159) ne fournirait que des proportions insignifiantes de matière grasse.
Fig. 159. — Suite de l’appareil Berjot pour l’évaporation du sulfure de carbone contenant une huile grasse en dissolution.-*rne lampe à alcool T cliauffc le vase distillatoire F, contenu dans l’enveloppe C. Ce vase, rempli d'eau, communique par un tube en caoutchouc, avec le récipient B, où la vapeur d’eau se c<*ndeüse en vaporisant le sulfure de carbone placé dans le vase b.
MYRRHE. — La myrrbe est une gomme-résine qui découle du Balsamodendron Ehrenhergxanurn, arbre de la famille des Térébintbacées, qui croît en Arabie, en Abyssinie, dans la Nubie.
Il y a deux sortes de myrrhe : la myrrhe en larmes et la myrrhe en sorte.
La myn-he en larmes se présente en larmes pesantes, d’un volume très-variable, rougeâtres, irrégulières, comme efflorescentes à leur surface, grasses au toucher, demi-transparentes, fragiles, à cassure vitreuse, brillante et offrant quelques stries blanchâtres. Elle a une saveur âcre et résineuse, une odeur faible, aromatique, et répand une odeur balsamique lorsqu’on l’expose â la chaleur ; elle ne fond pas et brûle avec une flamme claire et brillante : elle est peu soluble dans l’alcool. Sa densité varie de 1,12 à 1,18 {Buickoldt).
Composition. — La myrrhe en sorte contient de la myrrhe commune, beaucoup de menus et de poussière, souvent du bdellium, de la gomme et des marrons.
La myrrhe renferme, d'après l’analyse de Bi'andes : huile volatile très-fluide ; résine insipide; résine molle ; gomme insoluble ; sels minéraux.
Ultérieurement, M. Buickoldt a trouvé à la myrrhe la composition suivante : huile essentielle ou myrrhol, 2,18 ; résine ou myrrhine, 44,76; gomme, 40,82; eau, 1,47 ; carbonate de chaux et de magnésie, 3,65 ; impuretés, 3,86; plus, des traces de sulfate de chaux e,i de peroxyde de fer.
NARCÉINE,
Uüa^ïcir. — La myrrhe est employée, à l’intérieur, comme tonique et excitant ; on s’en sert aussi pour faire des fumigations. Elle entre dans un grand nombre de préparations officinales, telles que la thériaque, l’élixir de Garus, etc.
FaiüiHcatioiis. — On a falsifié la myrrhe avec diverses sortes de bdellium (myrrhe de l’Inde, bdellium opaque), avec la gomme du patjs, \a gomme arabique, et diverses autres gommes ou résines, qu’on a fait infuser préalablement dans de la teinture de mgrrhe (I).
La myrrhe de l'Inde, qui n’est qu’une espèce de bdellium, se distingue de la véritable myrrhe par sa couleur rouge noirâtre ; elle est peu transparente sur les bords, se ramollit par la chaleur de la main, est peu odorante ; elle a une cassure inégale, résineuse, molle et collante par places ; sa saveur est très amère et térébinthacée. Quelques gouttes d’acide nitrique, versées dans une solution alcoolique de cette matière, donnent un précipité jaunâtre ; le même acide forme, dans la teinture de myrrhe, un précipité rose, passant au rouge et finalement à la couleur lie de vin [Bonasti'e).
Le bdellium opaque est cireux, d’une saveur amère, un peu gommeuse, nullement âcre à la gorge.
La gomme se distingue par sa ductilité sous la dent, son insolubilité dans l’alcool, par l’odeur empyreumatique et nullement balsamique qu’elle répand lorsqu’on l’expose à la chaleur. En outre, sa poudre est d’une couleur beaucoup plus pâle que celle de la bonne myri’he.
Pour reconnaître si la myrrhe est pure ou altérée par le mélange d’autres gommes-résines, M. Giovanni Rigkini & proposé le moyen suivant : on réduit en poudre très-fine 4 grammes de myrrhe et une égale quantité de chlorhydrate d’ammoniaque très-pur; puis on mélange les deux poudres par la trituration, et on y ajoute à peu près 60 à 100 grammes d’eau : si le mélange se dissout promptement dans ce liquide, c’est un indice assuré que la myrrhe ne contient point de substances étrangères.
NAPHTE. — V. Pétrole.
NARCÉINE : — La narcéine, découverte dans l’opium par Pel-
letier en 1832, est un alcaloïde cristallisé en longues aiguilles fines et soyeuses, blanches et légères comme l’est le sulfate de quinine. Sa saveur est amère et styptique. Elle entre en fusion à 92®, commence à jaunir vers 110°, et se décompose ensuite. Peu soluble dans l’eau froide, elle se dissout beaucoup mieux dans l’eau bouillante ; elle est très-soluble dans l’alcool, surtout à chaud, et insoluble dans l’éther. -Elle se dissout dans les acides qu’elle sature facilement. L’iode bleuit la narcéine comme il bleuit l’amidon ; cette coloration disparaît chez tous les deux par l’application de la chaleur. Cette réaction peut être rendue très- sensible par le procédé de .' il ajoute un peu d’iodure double
(I) Eli 1847, M. Hartung-Schwarzkopf a reçu une partie de myrrhe qui contenait 6 p. 103 environ de gomme du Cap, à laquelle on avait donné l'odeur et la saveur de la myrrhe, en l’huniectant à plusieurs reprises avec la teinture de cette gomme-résine.
NERPRUN
de zinc et de potassium, ainsi que de l’eau iodée à la solution de narcéine ; agitant ensuite le tout avec un peu d’éther pour enlever l’excès d’iode, on obtient une liqueur qui reste encore bleue en présence de 1/2500 d’alcaloïde. Cette réaction est spéciale à la narcéine.
Usages. — La narcéine, d’après les remarquables travaux de M. Claude Bernard sur les alcaloïdes de l’opium, est aujourd’hui employée de préférence à la morphine dont elle partage l’action soporifique sans être excitante ni convulsivante.
Altérations et falsifications. — Elle peut retenir du sulfate de chaux et de la méconine. De plus, on lui ajoute soit de la fécule, soit du sucre. A l’état de pureté, ■elle ne laisse aucun résidu à l’incinération. Traitée par l'alcool bouillant à 96®, elle se dissout, tandis que le sulfate de chaux, la fécule et même le sucre restent en dépôt. Traitée par l’éther dans lequel elle est insoluble, elle lui cède la méconine qu’elle a pu retenir. Cette dernière se retrouve après l'évaporation de l’éther; elle est fusible, volatile, et se dissout dans l’acide sulfurique dilué en prenant une teinte verte par évaporation.
NÉROLI. — V. Essence de fleurs d’oranger.
NERPRUN. — Les baies ou fruits du nerprun [Rhamnuscatharticus), appelé aussi épine de cerf, bourguépine, sont de la grosseur d’un pois et d’une couleur l’ouge foncé noirâtre, et même noire à leur maturité; leur saveur est amère et sucrée; ils sont quelquefois comprimés par suite du trop de rapprochement qui résulte de leur grand nombre. Ces fruits contiennent 4 graines, rarement moins : lorsquel’on comprime une de ces baies entreles doigts, il en sort un suc pulpeux, d’une couleur pourpre noirâtre, qui devient verte en se desséchant ; sa saveur est amère, nauséeuse. Les graines, de forme ovale et de la grosseur d’une forte semence d’anis, sont d’un brun noirâtre; elles sont aplaties d’un côté, bossuées de l’autre, et se terminent en pointe.
Coiniiosition. — Le SUC des baies de nerprun contient : rhamnine (matière colorante) ; acide acétique ; mucilage de nature particulière; sucre ; matière azotée.
Usagées. — Les baies de nerprun sont employées en médecine comme purgatives, sous forme d’extrait, de sirop, etc. La matière colorante est utilisée dans les arts : le vert de vessie, ou vert végétal, employé dans la peinture à l’eau et pour la fabrication des pastels, est préparé avec le suc de nerprun et l’eau de chaux ou l’alun de potasse.
Falsifications. — Les baies de nerprun sont mélangées ou môme quelquefois totalement remplacées par des prunelles, des baies de troène, par celles de la bourdaine {Bhamnus frangula).
La substitution des prunelles au nerprun peut avoir des inconvénients plus ou moins graves, car ces fruits étant astringents, il en résulte qu’ils donnent un sirop astringent, tandis que le sirop de nerprun est purgatif. Heureusement, cette tromperie est assez facile à déceler, car les prunelles ne contiennent qu’un petit noyau, tandis que les baies de nerprun en ont quatre.
La pulpe de troène est sèche, dépourvue de suc, tandis que celle de nerprun est juteuse et succulente.
M. Molyn, qui a signalé la vente des baies de bourdaine pour celles de nerprun, a donné les caractères suivants pour les reconnaître : elles ont la grosseur d’un
NERPRUN
pois, sont noires à l’époque de leur maturité ; lorsqu’on en comprime une entre les doigts, il en sort un suc pulpeux, d’une couleur pourpre noirâtre, qui, par la dessiccation, ne verdit pas autant que le suc de nerprun ; sa saveur est douceâtre et styptique. Dans ce suc flottent deux semences, très-rarement davantage, d’un blanc jaunâtre, déformé ronde, aplatie, et de la grosseur d’une lentille.
Le suc de nerprun a été falsifié par 65 à 70 p. 100 de suc de sureau htèble {Sambucus ebulus). Pour découvrir cette fraude, M. Billot, pharmacien à Besançon, a soumis comparativement à l’action des réactifs ci-dessus indiqués le suc de nerprun pur, le suc de sureau hièble, et le suc de nerprun fraudé. Voici les réactions qu'il a observées :
Kl': ACTIFS.
SüC
de