ONGUENTS MERCURIELS
pommade mercurielle double, onguent napolitain, qui est un mélange, à parties égales, d’axonge benzoïnée et de mercure pur (l) ;
Vonguent mercuriel simple ou onguent gris, lequel est un mélange de 1 p. de mercure pour 7 p. d’axonge, ou de 1 p. d’onguent napolitain et 3 p. d’axonge.
Usag^os. — On se sert de l’onguent gris en frictions pour détruire la vermine et d’autres insectes parasites. L’onguent napolitain sert comme résolutif et comme antisyphilitique puissant.
Faisiflcations. — Dans un but de fraude, on ne met pas toujours dans la pommade mercurielle la dose de mercure prescrite; on supplée à Labsencedece métal par l’addition de substances telles que la plombagine, V ardoise pilée, V oxyde de manganèse, le charbon; enfin, on a fait de l’onguent mercuriel sans mercure.
On prend un poids donné de l’ongajent à essayer ; on le traite à plusieurs reprises, dans un petit ballon, ou dans un tube à essais, par l’étber bouillant, la benzine, ou le sulfure de carbone. Ces véhicules dissolvent le corps gras, et le mercure reste au fond avec les matières étrangères, s’il en existe ; après avoir lavé le tout à l’éther, on sépare celles-ci et on pèse le mercure, dans le tube même qui a servi à l’opération, après l’avoir complètement desséché au bainmarie : 100 p. d’onguent mercuriel doivent fournir 50 p. de mercure.
S’il se présente quelque difficulté pour la séparation des matières étrangères, on introduit le tout dans une petite cornue et on distille ; le mercure passe seul, (voir fig. 151, page 694).
•Un autre moyen plus prompt consiste à chauffer au rouge dans une cuiller de fer, un peu delà pommade à essayer : l’axonge brûle, le mercure se volatilise, et les matières étrangères, s’il en existe, forment le résidu.
D’après Soubeiran, on doit suspecter tout onguent mercuriel qui ne s’enfonce pas, dans un mélange refroidi fait avec 4 p. d’acide sulfurique à 60“ et 1 p. d’eau en poids. On peut encore peser comparativement et successivement dans un petit bocal qu’on en remplit, de l’onguent pur et de l’onguent suspect (2). Cet essai, bien exécuté, suffit, dans la plupart des cas, pour constater si un onguent mercuriel contient bien la quantité voulue de mercure ; car l’onguent falsifié a un poids spécifique moindre que celui de l’onguent pur. .
Pour l’essai de X onguent gris, l’eau suffit : il s’enfonce dans ce liquide, s’il contient la dose de mercure prescrite par le Codex ; dans le cas contraire, il surnage. 11 ne doit pas contenir d’air interposé (3).
Emplâtre deVigo. — Idemplâtre de Vigo est un emplâtre mercuriel renfermant plusieurs gommes-résines, ainsi que de la térébenthine, du styrax liquide et du safran, qui lui communiquent leur odeur balsamique. Lorsqu’il contient la quantité de mercure voulue, il doit s’enfoncer dans l’acide sulfurique à 43“ Baumé, ou à 1,426 de densité {Guibourt).
(1) Le Codex substitue 4 parties de cire blanclie à autant d’axonge sur 60 parties de celles-ci.
(2) Préalablement on fait fondre l’onguent pour l’introduire dans le bocal.
(3) On a proposé un très-grand nombre de moyens pour bâter l’extinction du mercure dansl'axonge: c’est ainsi qu’on a successivement préconisé l’emploi de Y huile de ricin, de \07iyuent citrin, de la pommade oxygénée, de Yhuile d’œufs, de la térébenthine, du styrax, du miel, de certains sels minéraux, etc. Il est évident qu'aucune de ces substances ne devra se rencontrer dans la pommade mercurielle officinale. Du reste, on possède aujourd’bui des procédés d extinction du mercure si rapides, qu’il devient douteux qu’on songe encore à recourir aux matières précédentes.
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ONGUENT POPULÉUM. — L’onguent populéum, ou onguent de peuplier, pommade de peuplier, employé comme calmant et adoucissant, se prépare avec l’axonge, les bourgeons de peuplier, les feuilles vertes de pavot, de belladone, de jusquiame, de morelle. Il ressemble assez, par son odeur agréable, au baume noir du Pérou ; il a une belle couleur verte.
On lui substitue quelquefois de l’axonge simplement additionnée d’un peu de baume du Pérou, afin de lui donner l’odeur et l’apparence du véritable onguent.
Une des altérations graves que l’on a fait subir à cet onguent consiste à le colorer artificiellement avec acétate bibasique de cuivre (vert-de-gris), ou bien encore avec un mélange de curcuma et d'indigo pulvérisés.
En chauffant fortement l’onguent suspect dans un creuset, on a un petit résidu qui, traité par l’acide nitrique étendu, donne une liqueur bleuâtre présentant avec les réactifs appropriés (cyanure jaune, ammoniaque, etc.) tous les caractères des sels de cuivre.
Une portion d’onguent mise en macération dans l’eau communique à ce liquide une coloration verte, si celle de l’onguent populéum est due à des substances étrangères (curcuma, indigo). Ou bien on traite la pommade par l’éther: l’indigo et le curcuma se déposent ; le contact d’une petite quantité d’alcali rougit le curcuma et accuse ainsi sa présence.
OPIUM. — ~L'opium est le suc épaissi, extrait par incision des capsules du pavot blanc [Papaver somniferum, var. album) de la famille des Papavéracées. Cette plante croît surtout en Orient, dans l’Anatolie, la Perse et certaines parties des Indes orientales. Non-seulement elle est cultivée dans ces divers pays ainsi que dans la haute Égypte, mais on en a tenté encore le développement, pour la faire servir à l’extraction de l’opium, en Australie, en Californie, en Chine, en Algérie et même en France.
C’est en pratiquant une incision circulaire ou plusieurs incisions partielles et horizontales à la surface des capsules du pavot somnifère, qu’on blesse tous les vaisseaux laticifères qui contiennent ce suc, de telle façon que celui-ci, en s’écoulant au dehors, se concrète par évaporation en gouttelettes brunâtres formant l’opium. On les recueille en les réunissant pour en faire des masses de différentes grosseurs, qu’on entoure d’une feuille de pavot, ou qu’on place sur des fruits deRumexqui y adhèrent ensuite. C’est au moins cette méthode de préparation que l’on suit dans l’Asie Mineure.
Variétés commerciales. — Le commerce européen fournit principalement : y opium de Smyrne on d’Anatolie; V opium de Constantinople ou de Turquie; l’opium d' Alexandrie ou di Egypte, nommé encore opium de la Thébaïde ; et de temps en temps V opium de Perse. Les Indes orientales en produisent des quantités considérables, notamment au Bengale ; mais cet opium n’arrive pas en Europe, car il est exclusivement réservé pour les Indes, la Chine et la Malaisie. Quant à y opium indigène, il ne saurait en être question autrement que comme souvenir, puisqu’on n’en rencontre pas dans le commerce.
1“ Opium de Smyrne. — Il est en masses de 200 à 500 grammes, assez molles pour adhérer les unes aux autres, lorsqu’il vient d’être recueilli. Cependant, elles sont faciles à isoler à cause des feuilles qui les entourent et des semences de Rumex qui sont répandues à leur surface. Elles se déchirent alors facilement en laissant voir à l’intérieur une pâte molle formée de petites larmes blondes
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agglutinées. Son odeur est forte et vireuse, sa saveur amère, âcre et nauséeuse. 11 contient 13 à 17 p. 100 d’eau et 10 à 12 p. 100 de morphine. C’est la sorte la plus estimée ; elle constitue Vopium of peinai.
Abandonné à l’air libre, cet opium se dessèche peu â peu, durcit beaucoup, et devient noir rougeâtre. 11 est alors difficile à rompre : son odeur est moins vireuse et sa cassure est lisse.
2“ Opium de Conslanlinople . — 11 offre deux variétés : 1“ pains assez volumineux, aplatis, enveloppés de larges feuilles de pavot dont la nervure médiane semble partager le disque en deux parties égales ; ils sont assez durs et cassants; 2“ petits pains assez réguliers, de forme lenticulaire, de 54 à 67 millimètres de diamètre, toujours recouverts d’une feuille de pavot.
L’opium de Constantinople est plus mucilagineux que celui de Smyrne ; comme lui il noircit et se dessèche à l’air. Sa richesse en morphine est ordinairement moindre.
3® Opium d'Egypte. — C’est le moins estimé des trois, car il semble provenir de l’évaporation du suc extrait par expression des capsules de pavot; il serait donc peu comparable au véritable opium (I). Il est en petits pains orbiculaires, aplatis, larges de 70 à 80 millimètres environ ; ils sont réguliers, dépourvus de feuilles à l’extérieur, à surface luisante et lisse, et à cassure semblable à celle du sucre de Calabre. Leur odeur est à la fois celle de l’opium et du moisi. Ils sont un peu hygrométriques et se ramollissent à l’air en devenant poisseux. Dans * ces conditions ils sont assez pauvres en morphine : les proportions de cet alcaloïde y varient de 4 à 8 p. 100.
4® Opium de Perse. — 11 nous arrive sous plusieurs formes. Tantôt il est en bâtons cylindriques recouverts de papier lustré blanc ou rose, maintenu par un fil de soie; leur poids est de 15 grammes environ. Ils possèdent une odeur vireuse et une saveur amère. Leur pâte est fine, compacte et de couleur café au lait. Cet opium est hygrométrique ; il est presque entièrement soluble dans l’eau qui en enlève jusqu’à 82,6 p. 100.
D’autres fois il est en pains sphériques, nus, très-hygrométriques. Il en existe une troisième variété en masses irrégulières, de couleur hépatique, très-hygrométriques et à cassure lisse et compacte. Toutes ces sortes sont riches en glucose, depuis 13 jusqu’à 32 p. 100. Elles sont plus ou moins riches en morphine et souvent très- pourvues de narcotine ; MM. Sepul et Merck ont extrait depuis 9,37 jusqu’à 12,46 du premier de ces alcaloïdes.
En 1873, M. Caries a signalé l'existence d’un nouvel opium dans le commerce. Ce produit, qu’on ditprovenir de Perse, estsous forme de pains coniques àn poids de 440 grammes environ, portant à la surface des vestiges de feuilles de pavot. 11 a une odeur de café vert, est mou, légèrement déliquescent, à pâte fine et homogène. 11 cède à l’eau 33 p. 100. 11 a fourni sur lOJ parties : morphine, 8,40 ; narcotine, 3,60. Il paraît contenir une assez forte proportion de sucre fermentescible.
Il faut ajouter à ces espèces d’opium celui de Vlnde (Bengale, Bénarès), qui est en pains l’onds ou plutôt en boules de 1,200 à l,3t)0 grammes. Elles sont en-
(1) Aujourd’hui, par l'initiative de M. Gastinel, les pavots à fleur blanche et à fleur violette sont cultivés dans la haute Égypte dans de bonnes conditions; aussi en retire-t-on des opiums titrant 10 et 12 p. mode morphine.
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tourées de feuilles de pavot, de tabac, ou de pétales de pavot au centre duquel l’opium se trouve libre comme le noyau d’un fruit. 11 est consommé en Chine, dans l’Inde et dans la Malaisie.
On a tenté autrefois d’introduire en Algérie la culture de l’opium. D’après un rapport fait en 1834 par M. Bouchardat à l’Académie de médecine, il est démontré que l’analyse chimique a constaté dans les échantillons récoltés à diverses époques, des proportions de morphine qui se sont élevées jusqu’à 11 p. 100.
Opium indigène. — M. Auberyier, à Clermont-Ferrand, avait paru, dès 1844, avoir résolu le problème de sa production par la culture du pavot pourpre : il avait pu extraire assez régulièrement de celui-ci un opium contenant 10 p. 100 de morphine. En faisant les mêmes essais sur d’autres variétés de pavots, on a pu se convaincre que la richesse de l’opium en morphine variait suivant l’espèce du pavot cultivé, le lieu et l’époque de la récolte, ainsi qu’avec son mode d’extraction. Les essais de MM. Bénard et Decharmes en Picardie ont également prouvé la possibilité d’obtenir des opiums, même très-riches en morphine, puisque l’un d’eux en a fourni jusqu’à 22 p. 100. Mais les conditions de maind’œuvre rendraient cette culture peu avantageuse.
En résumé, la culture du pavot faite dans des conditions convenables procure toujours un opium suffisamment riche en morphine, quel que soit le pays où l’on fait cette tentative. Mais, d’autre part, il faut reconnaître que les proportions de cet alcaloïde peuvent singulièrement varier d’un échantillon à un autre, surtout à la suite des fraudes dont l’opium est l’objet.
Composition. — La composition chùw que de cette substance est des plus complexes ; jusqu’à ce jour on a pu y compter jusqu’à dix-sept alcaloïdes; ce sont : la morphine, la codéine, la narcotine, la narcéine, la thébaine ou paramorphine , la papavérine, \ü. pseudomorphine, \ü. cryptopine ; puis deux autres alcaloïdes, dont l’existence est peut-être douteuse, Vopianine (l)etla iViœrfme. Enfin, M. ^l/e?’c/c avait trouvé autrefois dans les opiums de l’Inde un alcaloïde particulier, laporphyroxine, que M. Hesse a reconnu être un mélange de sept autres alcaloïdes : méconidine, laudanine, codanine, lanthopine, protopine, laudanosine et hydrocotarnine. Ces différents alcaloïdes sont saturés en totalité ou en partie par des acides mécanique, lactique (2) et sulfurique. 11 faut ajouter à ces divers corps des substances neutres, bassorine, gomme, caoutchouc, albumine, principe vireux volatil, cire, débris végétaux, résine, huile grasse, glucose, sels minéraux, et enfin une matière particulière non azotée, nommée méconine.
\deau accompagne tous ces produits dans les opiums du commerce. La proportion en est très-variable et importante à connaître, car l’état de sécheresse ou d’hurnidilé d’un opium peut faire varier la force des médicaments dont il est la base.
D’après MM. Smith, les principales substances renfermées dans 100 parties d’un bon opium y sont dans les proportions suivantes :
Morphine
Papavérine
Méconine
Narcéine
Thébaine
Acide méconique ... . .
Codéine
Narcotine
Acide lactique
(1) L’opianine n’est que de la narcotine {Hesse). ;2) 11 a porte le nom d'acide thébolnctique.
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Caractères d'un bon opium. — La morphine étant le principe actif des opiums, et ses proportions pouvant y varier de zéro à 22 p. 100, il est de toute évidence qu’on ne saurait apprécier la valeur d’un opium sans en faire l’analyse. Mais avant d’en donner les moyens, voici les caractères que doit posséder un bon opium :
Mélangé avec l’eau froide , l’opium de bonne nature doit se diviser complètement, son principe extractif doit se dissoudre et la partie résinoïde se séparer. La liqueur, d’abord trouble, doit s’éclaircir promptement par le repos, en prenant une couleur brune plus ou moins foncée, suivant la quantité de matière extractive que contient l’opium, et en tenant compte, toutefois, de la quantité d’eau employée. La solution filtrée, acide au papier de tournesol, doit donner : avec les sels de peroxyde de fer, une coloration d’un rouge vineux très-prononcé dù à la formation du méconate de fer ; avec le chlorure de calcium, un abondant précipité blanc sale, formé de méconate et de sulfate de chaux; avec l'ammoniaque instillée goutte à goutte, un précipité grenu, abondant, de morphine brute mélangée de résine, de narcotine et d’une petite quantité de méconate de chaux. La liqueur qui surnage le précipité dû au chlorure de calcium, étant filtrée et évaporée, doit se prendre en une masse cristalline, grenue, de chlorhydrate de morphine ; de plus, la solution aqueuse d’opium se mêle à l’alcool sans produire de dépôt.
Tels sont les caractères dont la constatation, sur un échantillon donné d’opium, constitue le mode d’essai proposé par Bertkemot. Ajoutons encore qu’un opium de bonne qualité doit facilement brûler en ne laissant qu’une très-faible proportion de cendres.
Usages. — L’opium brut est peu usité en médecine, mais il fait la base de nombreuses préparations ou médicaments énergiques employés journellement dans la pratique médicale; tels sont : l’extrait, le sirop, la teinture d’opium, les laudanums de Rousseau et de Sydenham, les gouttes noires de Baumé, etc.
Les opiums très-riches en morphine sont particulièrement affectés à la préparation de cet alcaloïde ; ceux dont on fait usage en pharmacie doivent tirer 10 p. 100 de ce principe actif.
Falsificatious. — L’opium, ayant une valeur intrinsèque assez considérable, a été de tout temps l’objet des falsifications les plus nombreuses et les plus étonnantes.
Du temps de Pline et de Dioscoride, on le fraudait déjà en y ajoutant des sucs de laitue, de glaucium ou de chélidoine. Schcele fit remarquer autrefois que les Mahrattes, en préparant l’opium, y incorporaient un tiers et jusqu’à moitié de son poids à'huile de lin ou de graine de sésame. Baumé signala également quelques-unes de ces falsifications.
On sait que ce produit est souvent encore accompagné aujourd’hui de substances végétales, formant quelquefois une couche de 6 ou 7 millimètres d’épaisseur à la surface. On l’a falsifié avec les extraits de chélidoine, de laitue viveuse, de réglisse ; avec le cachou, les huiles de sésame ou de lin, la gomme arabique et la gomme adragante ; avec le sable, la bouse de vache, la terre végétale, \& plomb et la fécule.
On a trouvé dans le commerce anglais, en 1874, un opium de belle apparence, qui cependant ne titrait que 2 p. 100 de morphine. 11 était associé à une forte
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proportion de gomme adragante. Un autre opium était mélangé à des boules à.'argüe isolées au milieu de ses pains.
La falsification a été poussée encore plus loin : il a été vendu dans le commerce, à Paris : 1® des opiums contenant, l’un 20 p. 100, l’autre 41 p. 100 de son poids de feuilles de pavot hachées ; 2® un produit imitant l’opium, et qui, pour 500 grammes, n"a fourni que 0®%6 de morphine ; 3® enfin, un faux opium, qui ne contenait pas d’alcaloïde.
M. Datka, de Prague, a donné la description d’un opium fabriqué de toutes pièces, sans la moindre trace de morphine ni d’acide méconique, et ne contenant pas même une parcelle d’opium.
L’analyse de ce prétendu opium donna les résultats suivants :
Matières insolubles dans l’eau et dans l’alcool, composées de substances combustibles contenant du carbone, de I
l’azote 7 1 25
Matières incombustibles (sable, traces de fer, de chaux, l
de plomb) 18 ]
Matières insolubles dans l’eau, gomme 64
Matières solubles dans l’acide acétique; résine 9
Perte.. 2
En 1848, M. Legrip reçut d’une maison de Paris de l’opium en pains de diverses formes et grosseurs, du poids de 50 à 100 grammes. Ces pains avaient été roulés dans des débris de rumex, feuilles et sommités, et étaient recouverts d’une feuille de pavot. Leur odeur forte et nauséeuse rappelait assez celle de l’opium de bonne qualité ; leur tranche offrait un aspect terne, grumeleux et gris jaunâtre ; il était très-glutineux au toucher; sa saveur, un peu âcre et amère, était, à un faible degré, celle du bon opium.
M. Legrip dit avoir constaté dans ce faux opium la présence de Vinuline et de la fungine, et il conclut de ses expériences que c’était un mélange de résidus d’opium de Constantinople épuisés, avec un décocté de plantes ou racines cuites, telles que des tubercules d'hélianthe ou de dahlia, des bulbes de colchique, de la racine d'aunée, ou bien quelques espèces de champignons.
En 1851, E. Barruel, chargé d’analyser des opiums qui étaient à l’entrepôt de Marseille, leur trouva les caractères suivants : certains morceaux étaient durs et secs comme de la croûte de pain de seigle de mauvaise qualité; ils étaient légers et se réduisaient en poudre sous les doigts ; ils n’avaient presque pas d'odeur vireuse. Quelques-uns de ces morceaux étaient recouverts d’une moisissure bleuâtre, comme cela arrive pour le marc d’opium mal séché; d’autres avaient une consistance molle, presque poisseuse, s’écrasaient sous le couteau et n’avaient que faiblement l’odeur vireuse : ils ne contenaient pas de morphine.
Voici d’autres falsifications signalées par M. Dourlier (1858). Dans certains opiums, on introduit de 9 à 15 p. 100 de débris de péricarpe de pavot. On en constate facilement la présence en raclant légèrement avec un couteau un pain d’opium frais : on entraîne ainsi hors de sa masse tous les débris de capsule qui, dans l’opium sec, lui donnent un aspect marbré.
Dans certains districts, on incorpore des ya?mes d'œufs à l’opium, ce que l’on peut reconnaître aux caractères suivants ; l’opium ne se dessèche jamais assez
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pour qu’on puisse le pulvériser. 11 se coupe en tranches laissant voir une pâte bien liée. Ces tranches, exposées à l’air pendant quelque temps, se recouvrent d’une efflorescence blanchâtre. Cet opium est onctueux et non poisseux. Enfin l’éther en sépare un corps gras abondant.
D’après M. Bowlier, c’est à Constantinople qu’on introduit surtout dans l’opium, des pulpes de fruit, ce qui y apporte de fortes proportions de sucre interverti. On isole ce dernier en faisant bouillir dans l’eau 10 grammes d’opium, on filtre, et l’on précipite la liqueur par le tannin en léger excès. Après filtration, on se débarrasse de ce dernier par une addition d'albumine, dont l’excès est coagulé ensuite par une suffisante ébullition. Filtrant enfin, on dose le sucre resté dans la liqueur, à l’aide du réactif cupro-potassique.
En 1860, en étudiant plusieurs sortes d’opiums de Perse, Réveil y trouvant de fortes proportions de sucre réducteur (de 15 à 3ü p. 100), ainsi que de la narcotine en quantité remarquable, crut pouvoir avancer que l’on fabriquait certains opiums de Perse avec des résidus d'opium auxquels on aurait ajouté de la pulpe d'abricot et de la narcotine. Mais M. Séput (1861) ayant repris l’analyse des opiums de Perse, put y doser, comme M. Merck l’avait fait lui-même, de 9,37 jusqu’à 12,46 de morphine dans des opiums non desséchés. Une pareille richesse, jointe à l’absence de narcotine dans le commerce de la Perse, lui fit rejeter l’idée émise par Réveil.
M. Séput, pharmacien à Constantinople, fait remarquer, avec connaissance de cause, que les fraudeurs turcs sont très-adroits, non-seulement pour altérer l’opium de bonne qualité, mais aussi pour donner à des opiums détériorés les apparences d’une très-bonne marchandise.
Depuis longtemps, M. Landerer a signalé la falsification suivante : On introduit dans de mauvais opiums pietits i-aisins finement écrasés, ou du salep. La dessiccation des pains est alors prompte; ils sont ensuite faciles à briser. Un opium gorgé de salep dont on avait voulu faire une teinture, s’était tellement gonflé qu’on ne pouvait plus faire sortir la masse mucilagineuse des flacons qui la contenaient. Le réactif cupro-potassique pour le sucre des fruits, l’iode pour le salep, et l’examen microscopique pour celui-ci et pour les pelures de raisin, permettent facilement de constater ce genre de fraude.
Lors de l’exposition universelle de 1867, M. Georges Relia Sudda ( Faïk-Pacha) publia une remarquable monographie des opiums turcs : les falsifications par les raclures de pavot, les raisins, les pulpes de fruits, les œufs, la cire, le galipot, la brique pilée, et même le marbre, y sont mentionnées. De même que M. Séput, ce savant professeur déclare que les grands remaniements frauduleux exercés sur les opiums, ont lieu principalement chez les facteurs, qui les pratitjuent avec une merveilleuse adresse. L’analyse chimique peut seule mettre un terme à ces déplorables habitudes, car les experts préposés à l’examen des opiums sont d’une incapacité remarquable : une routine aveugle leur fait accepter ou rejeter avec un aplomb sans pareil les opiums qu’ils croient reconnaître bons ou mauvais, par la seule inspection faite au coup d’œil. Aussi les morceaux rejetés font-ils le plus souvent la fortune de ceux qui osent en faire l’acquisition. Sur 92 échantillons d’opiums de provenances diverses que M. G. Relia Sudda a analysés, il a vu la proportion d’eau y varier depuis 3 jusqu’à 21 ,35 p. 100, et celles de la morphine depuis 0 jusqu’à 15 p. 100, en passant par tous les chiffres intermédiaires.
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Suivant Figary-Bey (1868), les opiums d’Egypte qui renferment de 8 à9 p. 100 de morphine lorsqu’ils sont purs, seraient souvent additionnés de gomme arabique en solution concentrée, ainsi que de la pulpe des fruits du Rhamnus lotus, de capsules de pavot réduites en pâte homogène, de farines de lentilles et de lupin, etc.
En 1868, M. Creteur, de Bruxelles, ayant eu l’occasion d’examiner certains échantillons d’opium de l’Inde, put obtenir aussi quelques renseignements sur le genre de falsification qu’on lui fait subir. Or, il paraît qu’en coupant en tranches minces l’opium de récente fabrication, on peut alors glisser entre elles des feuilles de pavot et des semences de rumex en quantité considérable. Une fois les tranches rapprochées, elles se soudent les unes aux autres, et l’on ne peut avoir une idée de cette fraude que par la section complète des pains à examiner.
On trouve encore dans l’Inde des petits pains d’opium renfermant beaucoup de fibres de coton. 11 paraît que ces derniers proviennent des linges dont on enveloppe l’opium au moment de sa récolte, linges qu’on lave ensuite pour en obtenir un liquide opiacé qu’on évapore enfin en consistance d’extrait.
En 1869, M. Finckh ayant eu à sa disposition de nombreux échantillons d’opium d’Asie Mineure put reconnaître : un opium de Macédoine falsifié avec de \' argile ; un opium à' Angora contenant de la cire; un autre û'Amasie était mélangé de gomme ; celui de Taushan contenait du jus de réglisse; l’opium de Belu- Khissar renfermait de la poix fondue. Parmi eux, M. Finckh a trouvé un opium fait évidemment presque en entier Eargile et de bouse de vache.
Titrage des opiums. — Il résulte de tout ce que nous venons de dire qu’à l’aide d’un examen attentif et comparatif, et par l’emploi de quelques essais faciles, on peut, dans beaucoup de cas, distinguer un faux opium du véritable. Mais, comme c’est principalement à la morphine que l’on attribue l’action thérapeutique de l’opium, la détermination de la quantité de cet alcaloïde doit former la base du mode d’essai des opiums. Outre le procédé de Berlhemot, que nous avons indiqué ci-dessus, plusieurs autres ont été proposés.
Procédé Thibouméry . — Le procédé présenté autrefois par Thibouméry consistait à extraire de 1 kilogramme d’opium la morphine qui y était contenue. Que l’on suive pour cela l’un des procédés d’extraction indiqués à ce sujet, et l’on arrivera à un résultat satisfaisant. Mais il faut y employer un temps et une quantité de substance qui rendent ce mode d’essai peu avantageux.
Procédé Payen et Couerbe. — Pour le procédé d’essai de Payen et Couerbe, on pèse 25 grammes d’opium divisé en tranches très-minces ; on les laisse macérer dans 150 grammes d’eau pure; après vingt-quatre heures de contact, on triture dans un mortier, jusqu’à ce que la matière hydratée soit en bouillie claire; puis on décante sur un filtre les parties les plus divisées que le liquide tient en suspension; on ajoute de l’eau au résidu, qu’on triture de nouveau, et qu’on décante sur le même filtre ; on lave avec de l’eau distillée, jusqu’à ce que le liquide passe incolore ; on ajoute à la solution filtrée un excès de chaux bien hydratée (1). On porte le mélange à l’ébullition pendant cinq minutes environ ; on
(1) Pour hydrater complètement la chaux, on verse sur 10 p. de chaux vive 4 p. d’eau distillée bouillante : en quelques instants l'extinction est parfaite, môme lorsqu’on agit sur une petite quantité.
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filtre et on acidulé la solution filtrée avec de l’acide chlorhydrique qui sature la chaux et s’unit à, la morphine; on précipite celle-ci par l’ammoniaque, dont on chasse l’excès par l’éhullition. On recueille la morphine sur un filtre, on la lave avec de l’eau alcoolisée, puis on la dissout dans de l’alcool c\ 33“ bouillant; elle cristallise par refroidissement : il suffit alors de la laver à Téther pour éliminer la narcotine; on la fait dessécher, et on en évalue le poids.
Procédé Merck. — M. Merck prescrit, pour l’essai de l’opium, d’en faire bouillir 16 grammes avec 230 grammes d'alcool ordinaire, de filtrer, et de reprendre le résidu par 123 grammes de nouvel alcool. On évapore les liqueurs à siccité,. après leur avoir ajouté une petite quantité de carbonate de soude ; on délaye la masse dans l’eau froide, puis on la décante dans une éprouvette à pied ; on lave le résidu avec un peu d’eau, et on le laisse en contact pendant une heure avec 30 grammes d’alcool froid à 83“ centésimaux ; puis, on porte sur un filtre, on lave avec de l’alcool, on sèche le précipité, et on le dissout dans 16 grammes de vinaigre distillé et étendu de son poids d’eau. Cette solution est filtrée, puis précipitée par un léger excès d’ammoniaque: au bout de douze heures, la morphine précipitée est recueillie sur un filtre, séchée et pesée.
Procédé GuilUermond. — M. Guüliermond a proposé la méthode suivante pour remplacer celles que nous venons d’indiquer. On prend 13 grammes d’opium, qu’on a prélevés sur différents pains. On les délaye dans un mortier avec 60 grammes d’alcool à 71“, et on reçoit le magma sur un linge pour en séparer la teinture ; on exprime le marc, on le reprend avec 40 grammes de nouvel alcool au même degré, et on réunit les teintures dans un flacon à large ouverture, dans lequel on a eu soin de peser 4 grammes d’ammoniaque. Douze heures après la morphine s’est éliminée d'elle-même, accompagnée d’une quantité plus ou moins grande de narcotine : la morphine tapisse les parois intérieures du flacon de cristaux colorés, assez gros et d’un toucher graveleux ; la narcotine se trouve cristallisée en petites aiguilles nacrées, blanches et fort légères. On lave les cristaux sur un filtre ou sur un linge avec de l’eau distillée, afin de les débarrasser du méconate d’ammoniaque qu’ils renferment ; puis on sépare la narcotine de la morphine par la décantation dans l’eau, qui n’enlève que la narcotine, plus légère (1).
En 1831, les frères Desmedt ont publié un moyen d’essai des opiums, qui n’est qu’une modification de celui de GuilUermond.
Procédé Fordos. — Depuis, M. Fordos a proposé un autre mode de titrage de l’opium. Après avoir épuisé l’opium (13 grammes) par 60 cent, cubes d’eau
(1) M. Mialhe a modifié ce mode de séparation ; il préfère recourir à l'emploi de cinq ou six lavages avec 4 à 5 grammes d’éther. Ce lavage, pratiqué par trituration sur les cristaux préalablement pulvérisés, met en liberté la morphine, qu'il faut ensuite sécher et peser.
M. (le Vnj a proposé aussi de modifier, de la manière suivante, le procédé de M. Guilliennojid ; le mélange de morphine et de narcotine obtenu de la précipitation des teintures alcooliques par l’amnioniaque est lavé, chauffé avec de l’eau pure additionnée d’un léger excès do sulfate de cuivre. La morphine décompose ce sel en acide sulfurique, qui se combine avec elle, et en sulfate de cuivre tribasique, insoluble, tandis que la narcotine est sans action sur le sulfate de cuivre. On a donc une solution de sulfate de morphine contenant un petit excès de sulfate de cuivre, tandis que la narcotine reste indissoute avec le sous-sulfate métallique. La liqueur filtrée est traitée par l’hydrogène sulfuré qui sépare le cuivre, et la morphine est précipitée par l’ammoniaciue.
Suivant M. de Vry, le procédé de M. GuilUermond, ainsi modifié, peut servir îi préparer la morphine pure.
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comme, P ay en et Cowerie l’ont indiqué (Voy. p. 767), M. Fordos prend un tiers de la liqueur filtrée pour déterminer la quantité d’ammoniaque nécessaire à la précipitation de la morphine ; on ajoute l’ammoniaque goutte à goutte, à l’aide d’une burette graduée, et l’on s’arrête au moment où la liqueur présente une légère odeur ammoniacale. On note la quantité d’ammoniaque absorbée. On opère le dosage de la morphine sur les deux autres tiers de la liqueur, qui représentent 10 grammes d’opium. On y ajoute leur volume d’alcool à 85® et une quantité d’ammoniaque un peu plus du double de celle qu’a exigée le premier essai. La liqueur est agitée et abandonnée à elle-même dans un flacon bien bouché, afin d'empêcher le développement de la matière colorante qui se produit dans une dissolution d’opium exposée à l’air, et pour empêcher la volatilisation) de l’ammoniaque. Il se dépose bientôt dans le flacon bouché des cristaux de narcotine en aiguilles fines] peu colorées, et des cristaux de morphine plus volumineux et plus colorés. Au bout de deux ou trois jours, on agite le flacon et on laisse de nouveau reposer pendant quelques heures. On recueille alors les cristaux sur un petit filtre et on les lave avec 15 ou 20" d’alcool très-faible, à' 40 ou 45®, afin d’entraîner les eaux mères et la matière colorante qui souille les cristaux. On laisse sécher sur l’entonnoir même, puis on verse sur le filtre 10 à 15®® d’éther sulfurique pur et, en deux ou trois fois, de 10 à 15®® de chloroforme (1). Ce dernier dissout instantanément la narcotine sans toucher à la morphine. On lave le filtre avec 15'® d’éther pour enlever les dernières traces de chloroforme et de narcotine ; on fait sécher le filtre et on pèse les cristaux de morphine. Comme moyen de contrôle, il est bon de s’assurer que ces cristaux sont entièrement solubles dans une dissolution de potasse caustique.
Depuis cette époque, M. Guüh'ermond (1867) a modifié lui-même son procédé pour le rendre plus avantageux. Il l’avait été primitivement par Guibourt et par Réveil, surtout dans le but de séparer la morphine du méconate de chaux qui se dépose avec elle. En 1866, M. Roussille avait déjà conseillé de placer la teinture opiacée ammoniacale sous une cloche, auprès d’un vase plein d’acide sulfurique, afin de mieux absorber l’ammoniaque qui, sans cela, retient la morphine en dissolution. C’est dans le même but que M. Saint-Plancat (1869) adopta le nouveau procédé Guilliermond, mais en recommandant de porter le liquide ammoniacal à l’ébullition afin d’en chasser l’excès d’ammoniaque, ce qui permet à la morphine de se déposer plus promptement (2).
Procédé Regnauld. — D’autres procédés basés sur les phénomènes de réduction opérés par la morphine en présence de certains corps (cyanure rouge, acide iodique, etc.) ont été proposés tour à tour par MM. Midler, Schonhroodt et autres. Mais il n’est pas de méthode plus avantageuse que celle dont on fait usage à la pharmacie centrale des hôpitaux civils de Paris pour le titrage de l’opium. Elle résulte de l’application des modes d’essais Guilliermond et Fordos, heureusement combinés par M. Regnauld pour les rendre plus exacts et plus
(1) L’éther a ici pour effet de faciliter Faction du chloroforme et de permettre d’en employer une moindre quantité, car l’on pourrait très-bien, avec le chloroforme seul, débarrasser la morphine de toute la narcotine.
(2) Ce procédé est mauvais, si l'on prolonge trop l’ébullition, car alors la morphine rentre en dissolution, en prenant la place de l’ammoniaque dans les sels ammoniacaux.
Chevallier et Baudhimont, 5' édit.
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précis. La voici prise mot à mot dans l’excellent Traité de pharmacie de Soubeiran (7° édition) :
« On prélève 50 grammes environ d’opium en petits fragments sur les divers pains dont l’ensemble constitue la matière à essayer. Cet opium est divisé, au moyen du couteau ou des ciseaux, aussi finement que le permet sa consistance. On pèse exactement 50 grammes du produit mélangé et on les introduit
dans un vase à précipité avec 150 grammes d’alcool à 70“ centésimaux.
« Le vase est couvert par un obturateur de verre percé d’un trou dans lequel s’engage un tube de verre plein (fig. 107) ; il est placé, durant 12 heures environ (1), dans une étuve dont la température est comprise entre 35“ et 40“, et l’on a soin d’agiter de temps en temps le mélange jusqu’à ce que l’opium soit parfaitement désagrégé et délayé dans l’alcool.
« Le liquide refroidi est séparé par décantation de la partie insoluble et versé sur un filtre ; dans le vase qui a servi à la macération, on introduit 50 grammes d’alcool à 7Ü“, on y divise parfaitement le résidu d’opium et, après quelques minutes de contact, on jette le tout sur le même filtre.
« On laisse le marc s’égoutter parfaitement et, lorsqu’il ne s’écoule plus de solution alcoolique, on lave en deux fois le vase à précipité au moyen de 100 grammes d’alcool à 70“. Les liqueurs de lavage sont versées par fractions sur le filtre, de façon à lessiver complètement le marc d’opiurn qu’il contient, lequel est soumis à une compression modérée au moyen d’un poids posé sur le filtre dans l’entonnoir même, dès que le liquide, dont il est imbibé, cesse de couler spontanément.
« On prend, dans un vase à précipité, un tiers de la liqueur alcoolique chargée des alcaloïdes de l’opium et, à l’aide d’une burette graduée, on y verse goutte à goutte de l’ammoniaque, en ayant soin d’agiter pendant l’affusion, jusqu’à ce que la solution en renferme un très-léger excès appréciable à l’odorat. On y réunit alors les deux autres tiers de la liqueur, dans lesquels on verse immédiatement le double du volume d’ammoniaque employé dans la première partie.
« Après avoir agité vivement le mélange avec un tube de verre pendant quelques minutes, puis à plusieurs reprises pendant deux heures, on abandonne le vase au repos durant douze à quinze heures. La réaction au bout de ce temps est terminée, et au fond du vase se trouve un dépôt cristallin, peu cohérent et à peine coloré, qui est constitué par la morphine et la narcotine que l’ammoniaque a précipitées de leurs combinaisons solubles.
« Le dépôt mixte de morphine et de narcotine est recueilli et égoutté sur un petit filtre Berzélius, puis lavé avec de l’alcool très-faible (40“) que l’on distille goutte à goutte jusqu’à ce qu’il passe incolore. Le filtre est séché à -)- 100“, et le précipité d’alcaloïdes est détaché avec grand soin et introduit dans un petit mortier de verre.
(1) La durée de cette macération varie non-seulement suivant l’état d’iiydratation de l’opium, mais encore d’après certaines conditions d’agrégation différentes chez les opiums dont la mollesse est la même.
Fig. 167. — Vase pour l’essai de l’opium {procédé liegnauld).
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« Afin de séparer la narcotine de la morphine, on broie le dépôt dans le mortier une première fois avec 55 grammes de chloroforme, que l’on verse sur un petit filtre Berzélius sec et taré ; puis on renouvelle le même traitement au moyen d’une dose égale de chloroforme. On fait tomber le dépôt de morphine humecté de chloroforme sur le même filtre, et on lave le mortier avec de petites quantités de ce même véhicule, afin d’éviter toute perte et de compléter la séparation des dernières traces de narcotine qui peuvent rester sur ce filtre.
« Le filtre chargé de morphine est séché à + ^OO®, et lorsque la pesée ne varie plus, la différence entre son poids et celui du filtre vide donne la quantité de morphine contenue dans 50 grammes d’opium.
« Si l’on veut connaître la proportion de narcotine renfermée dans ce même opium, il suffit de soumettre le chloroforme à l’évaporation ; ce liquide laisse la narcotine sensiblement pure comme résidu. «
Il serait à désirer que tous les pharmaciens titrassent, par le procédé de M. Regnauld, l’opium qu’ils achètent : ils pourraient offrir aux médecins des médicaments moins variables dans leurs effets ; ils concourraient à détruire des fraudes qui cesseraient alors d’être profitables à leurs auteurs, et qui sont parfois si préjudiciables aux intérêts de la médecine.
L’un de nous à écrit autrefois qu’il serait convenable que l’opium choisi ou de bonne qualité, prescrit parle Codex, renfermât dO p. dOO de morphine, et que tout opium qui n’en contiendrait pas cette quantité ne pût être employé pour la préparation des médicaments, mais seulement pour obtenir la morphine ou les sels de morphine.
En outre, nous pensions que des mesures devaient être prises :
d“ Pour que l’opium, dit opium choisi, prescrit par le Codex, fût l’opium de Smyrne exclusivement ;
2“ Pour que les* préparations pharmaceutiques opiacées ne pussent être préparées qu’avec cet opium ;
3“ Pour que nul opium, excepté celui qu’on emploie pour l’extraction de ses alcaloïdes, ne pût être vendu sans avoir été titré (d) ;
4“ Pour la détermination de la quantité moyenne d’eau que doit renfermer l’opium employé en pharmacie, de manière que, lorsqu’un opium est très-humide, on soit forcé d’en employer une plus grande quantité en raison de son humidité ; que, s’il est trop sec, au contraire, la quantité à employer soit diminuée (.4. Ch.).
Les rédacteurs du Codex de d866 ont adopté cette idée, car la nouvelle Pha7-macopée f7'ançaise prescrit l’emploi d’un opium de Smy7me titré, qui devra contenir, au minimum, 10 p. dOO de morphine lorsqu’il est à l’état mou, et de 11 à 12 p. 100 quand il a durci à l’air.
Dans ses Études sur les préparations galéniques de V opium (2), M. Barret résout plus complètement encore la question, en proposant de baser les proportions d’opium à employer sur les résultats de l’analyse chimique, c’est-à-dire sur sa richesse en morphine : car, une fois titré, il est facile de calculer les proportions d’opium représentant 10 p. 100 de morphine, qui devra entrer dans telle ou
(1) Le titrage de l’opium est depuis longtemps exigé par l’administration des Hôpitaux, (î) Barret. Thèse. École de pharmacie, 186G.