PLOMB
un léger excès de sulfate de soude, ou mieux, d’acide sulfurique : le précipité de sulfate de plomb est recueilli sur un filtre, la liqueur filtrée est évaporée à siccité, le résidu, repris par l’eau distillée, est filtré ; dans cette liqueur on verse un excès d’ammoniaque qui précipite \q fer à l’état de peroxyde ; le liquide surnageant prend une teinte bleuâtre d’autant plus prononcée qu’il y a plus de cuivre dans le plomb soumis à l’essai (1). Si ce dernier contient de Yélain ou de Y antimoine, les deux métaux se précipitent, lors de la dissolution nitrique, à l’état d’acide stannique ou d’acide antimonieux.
Dans le cas où l’on voudrait rechercher le zinc, on ferait passer dans la dissolution filtrée et privée de plomb un courant d’hydrogène sulfuré ; la liqueur étant acide, le cuivre seul est précipité à l’état de sulfure ; la liqueur filtrée contient le fer et le zinc ; en versant un excès d’ammoniaque, le fer est précipité et le zinc dissous. La dissolution ammoniacale évaporée à siccité donne l’oxyde de zinc.
Pour obtenir Yargent, on chasse l’excès d’acide de la dissolution nitrique du plomb, et l’on verse une solution de chlorure de sodium jusqu’à cessation de précipité ; celui-ci, recueilli sur un filtre, est dissous dans l’eau distillée chaude, puis versé dans de l’eau suffisamment ammoniacale pour qu’un léger excès d’ammoniaque s’empare du chlorure d’argent. On filtre, on lave, et dans les liqueurs réunies, neutralisées par l’acide chlorhydrique, on verse un peu d’acide sulfhydrique en dissolution ; ensuite on arrose le dépôt de sulfure d'argent avec un peu d'acide nitrique, plus quelques gouttes d’acide chlorhydrique, et l’on pèse en dernier lieu le chlorure d’argent desséché {Jacquehnn).
Ou bien, on verse dans la dissolution des deux métaux, préalablement acidifiée par l’acide nitrique, une quantité d’acide chlorhydrique suffisante pour précipiter tout l’argent. Cet acide est préalablement étendu avec de l’eau jusqu’à ce qu’il cesse de précipiter les sels de plomb (2).
Un autre moyen de séparer le plomb et l’argent consiste à verser un léger excès de carbonate de soude, puis du cyanure de potassium pur dans la solution acide et étendue des deux métaux. Le carbonate de plomb reste insoluble, tandis que l’argent se dissout sous forme de cyanargentate de potasse. On filtre, on précipite la liqueur filtrée en y versant de l’acide nitrique, et on dose l’argent à l’état de cyanure.
Lorsqu’on traite le plomb par l’acide nitrique faible, on isole le soufre, qu’on recueille séparément ; la dissolution nitrique contient le plomb, le cuivre, et Yarsenic à l’état à'arséniate de plomb. Pour rechercher ce dernier, on verse dans le liquide un excès de sulfhydrate d’ammoniaque qui précipite le plomb et le cuivre à l'état de sulfure, tandis que le sulfure d’arsenic reste dissous ; on filtre et on précipite le sulfure d’arsenic en saturant le sulfhydrate.
(1) Souvent il importe beaucoup que le plomb destiné à préparer le minium pour les cristalleries soit tout à fait exempt de cuivre et de fer.
On peut apprécier approximativement la quantité de cuivre, en comparant la couleur des liquides obtenus avec celle de solutions ammoniacales titrées, contenant des quantités déterminées de cuivre, pourvu que les liqueurs soient renfermées dans des tubes ou dans do longues éprouvettes à pied, égales en dimensions.
M. Neujean a proposé la même méthode, c’est-à-dire l'emploi d’une gamme de liquides colorés à l’aide d'un sel de fer et du sulfocyanure de potassium pour doser, par ce même réactif, le fer contenu dans la liqueur azotique d'où on a éliminé le plomb par l’acide sulfurique.
(2) L’inconvénient de ce procédé est de fournir à la filtration une grande masse do liquide.
POIVRE
On peut encore chercher Vdrsenic dans la dissolution nitrique du plomb, en précipitant ce dernier par l’acide sulfurique ; dans la liqueur filtrée et séparée du précipité de sulfate de plomb, on verse du sulfhydrate d’ammoniaque, ou bien on introduit le liquide dans un appareil de Marsh fonctionnant à blanc, après avoir chassé de ce liquide l’acide azotique qu’il pouvait renfermer.
Le sulfure d’arsenic est dissous dans la potasse ou la soude caustique un peu concentrée et chauffée à 40 ou 50“ ; dans la solution, on fait passer un courant de chlore qui convertit le soufre en acide sulfurique et l’arsenic en acide arsénique, et par suite en arséniate de potasse ou de soude, qu’on introduit dans un appareil de Marsh {Rivot, Beudant QiDaguin).
POIS (Petits). — En 1847, on a vu sur les marchés de Londres des marchands des quatre saisons vendre à bas prix des petits pois arrivés, disaient-ils, de Hollande. Cette primeur a trouvé un grand nombre d’amateurs jusqu’au moment où la fraude a été reconnue et dénoncée aux tribunaux de police. Cette production prétendue de la Hollande n’était autre chose que le pois gris commun semé'tardivement. Pour donner à ces petits pois de contrebande une apparence de maturité et la couleur requise, on les faisait bouillir dans une infusion de vert-de-gris et d'urine.
Cette fraude dégoûtante et dangereuse offre quelques rapports avec celle que nous avons signalée à l’article Habicots triîmpés (Voy. p. 5i4). On la décèlerait facilement en mettant les pois en contact avec un peu d’eau légèrementacidulée et une lame de fer bien décapée ; celle-ci présenterait bientôt des taches cuivreuses, qui démasqueraient la supercherie.
POIS D’IRIS. — A l’article Iris de Florence (Voy. p. 618), nous avons indiqué les falsifications que l’on fait subir à cette racine.
Quant à son emploi pour la préparation des pois à cautères, Caventou a signalé, il y a longtemps, leur adultération au moyen des marrons d'Inde taillés en globules.
Cette fraude se reconnaîtrait en projetant dans une solution de sulfate de fer (1) les pois suspectés, réduits en poudre : s’ils sont faits avec la racine d’iris, ils acquièrent une couleur rose plus ou moins foncée; dans le cas contraire, ils restent incolores.
On raccommode aussi les pois d’iris piqués par les vers en les humidifiant, puis en les roulant dans de la poudre d’iris ou de la poudre de talc. Un examen attentif et surtout le lavage permettent de constater facilement ce genre de fraude.
POIVRE. — poivre est la baie monosperme ou fruit du poivrier commun [Piper nigrum, Pipéracées), récolté un peu avant sa maturité (2).
(1) Des expériences dues à M. E. Poulenc ont fait reconnaitro que ce n’est pas, comme on l'avait dit, le sulfate de zinc, mais le sulfate de fer, qui jouit de la propriété de colorer en rose la racine d’iris ; le sulfate de zinc pur ne donne aucune coloration ; l’erreur provenait de ce qu’on avait fait usage de sulfate de zinc impur, contenant du sulfate de fer.
(2) On donne encore le nom poivre à divers fruits du même genre, poivre long, poivre cubèbe, et à des fruits d’autres familles végétales doués d’une saveur piquante et aromatique, qu’on peut, à cause de cela, employer comme condiment ; tels sont : les poivres de Guinée, de Cayenne, de la Jamaïque, à'Ethiopie, du Japon, etc.
POIVRE
Il est originaire des Indes orientales, mais dn le cultive aujourd’hui dans tous les pays situés entre les tropiques : la presqu’île de Malacca, les îles de Bornéo, de Java, de Sumatra, notre colonie de Cayenne, en produisent d’énormes quantités.
Le commerce nous offre deux sortes de poivre : le poivre noir et le poivre blanc.
Poivre noir. — Celui-ci est une baie sèche qui se présente sous forme de grains sphériques, réguliers, de la grosseur d’un petit pois, recouverts d’une enveloppe brune, ridée par la dessiccation. Cette enveloppe ou péricarpe cache une graine dure et blanchâtre douée d’une saveur aromatique, âcre et brûlante, et d’une odeur très-caractéristique.
Variétés commerciales. — Le poivre noir, que le négociant apprécie à la main, en raison de sa plus ou moins grande pesanteur spécifique, fournit trois variétés commerciales :
1® Le poivre lourd : il est en grains sphériques, réguliers, peu ridés. 11 a une couleur brun-marron à l’extérieur, une amande bien nourrie, une cassure farineuse et jaunâtre ;
2® Le poivre demi-lourd., formé de grains moins gros, moins réguliers et dont l’enveloppe est plus ou moins ridée; son amande est moins nourrie et moins dure; sa cassure est d’un jaune plus pâle ;
3® Le poivre léger, qui a une densité moindre que celle des deux précédents. Il est en grains inégaux, dont l’écorce est profondément ridée, d’un noir cendré. Les grains de cette sorte sont creux au centre, et plus faciles â pulvériser: il en est même qui s’écrasent sous la pression des doigts. Ce poivre est souvent chargé des pellicules provenant de grains brisés.
Les poivres les plus employés sont : le Malabar, le Penang, le Sumatra, le Singapore, VAlépy et le Tellichéry, Leur prix varie de 360 à 388 francs les 100 kilogrammes, droits de douane compris; mais on trouve du Sumatra léger à 310 francs.
Grabeaux. — Le poivre le plus estimé est l’alépy; c’est le seul dans lequel il n’entre pas de pousse ou de grabeaux. On nomme ainsi les poussières et les débris que l’on trouve au milieu des balles de poivre, débris formés par le pédoncule et l’enveloppe péricarpienne, ainsi que par les grains altérés : c’est ce qu’on nomme communément les épluchures du poivre (I). On leur ajoute souvent des matières terreuses.
Le poivre gris en poudre est, en général, le résultat d’un mélange de diverses sortes commerciales variant en force, en poids et en couleur. C’est ainsi que, pour le préparer, on pulvérise à la fois parties égales de inalabar destiné à donner du poids, de penang augmentant la force, et de Sumatra avivant la couleur. •
Poivre blanc. — Il a pour origine le poivre noir décortiqué, c’est-à-dire dépouillé artificiellement de son enveloppe en faisant gonfler la baie dans l’eau,
(1) En 1852, les grabeaux de poivre saisis cliez certains débitants étaient composés, d'après notre analyse, de 50 p. (00 Ae fécule {/vise, 25 p. 100 de feuilles de laurier pulvérisées, et de 25 p. 100 A'écorces et de débris de poivre.
D'aubres grabeaux de poivre ont offert la composition suivante : poivre pur, 12 parties; pcwat/e de pommes de terre, 100 parties ; seigle torrépé en poudre, 10 parties ; sel marin, 10 parties ; poivre long, 5 parties (A. Ch.).
POIVRE
la séchant au soleil et la soumettant à un frottement convenable. Il est moins actif que le poivre noir.
On le blanchit souvent en le faisant macérer dans'des bains d’hypochlorite de chaux, d’alun à 2“, ou d’acide sulfurique à 1® Baumé; il est ensuite lavé, séché eiparé ou enrobé.
Structure anatomique. — Le fruit desséché du poivre noir présente un péricarpe mince et ridé, brun ou noir, qui adhère fortement à la graine qu’il recouvre. Celle-ci se compose de deux membranes au centre desquelles se trouve l’albumen portant à son extrémité supérieure un petit embryon. Voici la description que M. E. Collin donne de la coupe de ce fruit vue au microscope (1):
« La partie extérieure du péricarpe (flg. 182) est composée de deux du trois rangées de ■cellules pierreuses A, à parois très-épaisses, et a lumen trèsrétréci. Le mésocarpe est formé de cellules aplaties B, disposées tangenliellement , renfermant des corpuscules amylacés trèspetits et des goûte tlettes d’essence. Au milieu du tissu qui constitue cette portion moyenne du péricarpe, on observe des lacunes plus ou moins grandes, déterminées par la dessiccation, et correspondant , en général, aux parties les plus Fig. 182. — coupe du poiure. — Ciossisscment de 110 diamètres.
saillantes du fruit. La couche
interne ou endocarpe est composée de cellules polyédriques C, beaucoup plus larges que celles de la couche précédente, et renfermant aussi des gouttelettes d’huile essentielle. »
«La graine est séparée du péricarpe deux enveloppes super posées li. La première, qui est très- adhérente à l’endocarpe, est constituée par une rangée de cellules cubiques^ dont la paroi externe est très-mince, tandis que les parois latérales et internes sont considérablement épaisses ; la deuxième enveloppe se distingue par la couleur brune de ses cellules qui sont disposées en couches plus ou moins épaisses et dans le sens tangentiel. La graine proprement dite ou albumen est composée de cellules polyédriques E disposées radialement et renfermant de la matière amylacée G. Au milieu du tissu qui constitue cette partie du fruit, on distingue des cellules arrondies qui contiennent de l’huile essentielle F. »
oo
(I) Du Poivre. Des falsifications qu’on lui fait subir. E. Collin. Bruxelles, 1876. Chevallier et Baudrimont, 5® édit.
POIVRE
Tous ces divers éléments anatomiques se retrouveront dans le poivre en poudre avec leurs caractères spéciaux.
Le poivre blanc pulvérisé ne présente pas de cellules pierreuses par absence du péricarpe; mais on y rencontre des fragments de vaisseaux rayés que M. Collin n’a pas aperçus dans la poudre de poivre noir. Cependant les y
a signalés accompagnés de trachées.
Les granules amylacés du poivre sont parfaitement sphériques, d’une dimension uniforme, isolés ou réunis {Choulette), et tellement ténus que leur diamètre ne mesurerait que 0“’“,0!)1 à0““,üû56 (Slussai) (fig. t84).
Composition. — D’après l’analyse de Pelletier, le poivre noir est composé : d’un principe cristallisable alcaloïdique C^^H^^AzO®, nommé pipérine ; d’une huile volatile essentielle qui lui donne son odeur; d’une huile âcre concrète, d’une
matière gommeuse, d’une matière extractive, à' acide mahque, A' acide tartrique. A' amidon, de bassorine, de ligneux et de sels minéraux.
Une analyse du poivre, publiée par Lucas, présente les chiffres suivants : résine âcre [Pipérine), 16,60; huile volatile, 1,61 ; extractif, gommes et sels, 12,50; amidon, 18,50; albumine, 2,50; cellulose, eau et pertes, 19,29.
M. Winter-Blyte a résumé, dans le tableau qui suit, les résultats généraux de l’analyse de divers poivres d'origines bien déterminées :
Sels minéraux Extrait Extrait
Désignation. anhydres. Eau. alcoolique. aqueux.
Penang 4,i89 9,531 7,650 18,335
'lellichenj.. .. 5,770 12,908 7,836 16,500
Sumatra 4,3i6 10,103 6,450 17,500
Malabar 5,195 10,548 6,375 20,375
Trnng 4,775 11,664 6,300 18,175
Poivre long... 8,-308 10,778 2,600 16,285
Le poids des sels solubles dépasse de très-peu la moitié du poids total des cendres; le poids de celles-ci doit être rapporté à 100 parties de poivre séché à -t- 100».
M. Landrin a déterminé, de son côté, la proportion AU extrait que les principales variétés de poivre cèdent à l’alcool, et les proportions de sels fixes qu’ils laissent à l'incinération. Voici les résultats qu’il a obtenus :
Poivre ïcllichery
Extrait
alcoolique.
Sels insolubles dans l’eau.
Sels insolubles dans l’acide HCl.
— id.
— id.
— Sumatra
— id.
— Java....
— id.
— blancdc Singapour
Usages. — Le poivre est principalement employé comme condiment. On le vend soit en grains, soit, en poudre fine, soit en poudre grossière qui prend le nom de Mignonnette.
On s’en sert quelquefois comme excitant et stomachique puissant, ou sous forme de cataplasmes, de pommades : il agit alors comme rubéfiant.
rOIVRE.
11 est l’objet d’un commerce considérable. Les quantités de poivre importées en France dans les dix dernières années offrent une moyenne annuelle de près de :i millions de kilogrammes.
Altérations. — Les poivres destinés à la pulvérisation en grand sont souvent chargés de leur propre poussih'e. Quelquefois on les plonge dans des cuves pleines d’eau sa/ée avec laquelle ils restent en contact. pendant vingt-quatre heures. Retirés de l’eau, ils sont ensuite séchés et remis en balle pour être expédiés sous le nom de poivre Malabar.
Les poussières et débris recueillis lors de ce lavage ne sont pas perdus; ils sont séchés et vendus pour être mêlés avec les grabeaux.
La mouture pratiquée à la meule paraît être une cause d’altération du poivrey au moins quant à son arôme. En effet, le poivre broyé à la meule est souvent assez échauffé pour perdre une partie de son principe aromatique, tandis qu’il n’en est pas de même pour celui qu’on divise à l’aide du moulin ; ce dernier poivre §st bien supérieur et beaucoup plus odorant (I).
Falsiflcations. — Poivre noir en grains. — Le poivre noir en grains a été et est encore lesujetde fraudes nombreuses. Dès 1817, /)esra«x constata l’existence d’un poivre factice en grains, dit deZyoa, fabriqué dans cette ville et en Provence, avec des graines de navette recouvertes d’une pâtegrisâtre composée de farine de seigle et de débris de poivre, ou de poudre de moutarde; ou bien encore composée de piment, puis d’une pâte plus brune formée avec des tourteaux de navette ou de chènevis, épicés avec de la racine de pyi'èthre.
On a fabriqué du faux poivre avec du son mis en pâte, moulé, puis coloré et épicé avec du grabeau, du poivre. On y a encore introduit des matières terreuses et des matières agglutinatives, qu’on moulait ensuite pour donner à ce mélange l’apparence du poivre naturel (2).
En 1866, M. Houssin présenta à la Société de pharmacie de Paris, un échantillon de poivre falsifié dans des proportions considérables, à l’aide d’un mélange formé de grabeaux de poivre, de farine de seigle et de farine de lin, lequel mélange avait été divisé, mécaniquement sans doute, en petites sphères irrégulières, semblables à des pilules, et un peu chagrinées par la dessiccation. Un examen attentif fit voir que ces grains artificiels étaient presque tous perforés par des insectes, tandis que le poivre A'éritable était intact. La quantité falsifiée et saisie atteignait le chiffre énorme de 1,800 quintaux.
Cette fabrication de poivre factice en grains, qui avait cessé pendant quelque temps, a été certainement renouvelée depuis, ainsi que l’ont prouvé de nouvelles constatations judiciaires.
(1) Anciennement, le poivre était réduit en poudre, dans les magasins d'épicerie, en faisant usage de moulins. Ce moyen avait un double avantage : il permettait au débitant de pouvoir répondre de la nature de la marchandise qu'il livrait à ses clients ; cette mouture se faisant à mesure des besoins, le poivre pulvérisé n'avait pas le temps de séjourner dans des boîtes non fermées où il perd une partie de son arôme.
Aujourd'hui, le plus grand nombre des épiciers achètent leur poivre tout moulu, poivre dont la pureté, garantie par le pulvérisateur, est le plus souvent illusoire, car on y rencontre presque toujours do nombreuses substances étrangères, actives ou inertes. I! est donc plus que jamais nécessaire, pour les débitants, de revenir à l’ancienne méthode, ce qu'ils font en général maintenant, d'après nos conseils.
(2) En 1853, nous fûmes chargé d’examiner 40 balles de poivre dans lesquelles le poivre artificiel on grains se trouvait dans la proportion de 15 à 20 p. 100 [A. Ch.).
POIVRE
On peut arriver facilement à distinguer ces poivres artificiels du poivre naturel en les essayant par l’eau : étant en général plus denses que ce liquide, ils vont au fond des vases et s’y désagrègent promptement, en produisant une espèce de bouillie caractéristique; l’eau est donc d’un excellent emploi pour reconnaître cette fraude. L’examen à la loupe de la section d’un de ces grains ne permettrait également aucune méprise à cet égard.
On a gommé le poivre demi-lourd pour lui donner l’aspect du poivre lourd. Cette dernière falsification pourrait se reconnaître en traitant pendant vingt minutes, par de l’eau tiède, le poivre soupçonné, décantant le liquide clair, auquel on môle son volume d’alcool à 95® pour s’assurer s’il y a formation d’un précipité de gomme. Le poivre non altéré ne donne qu’un trouble léger par ce traitement.
Parmi les falsifications du poivre en grains, il en est une très-dangereuse qui fut pratiquée autrefois : elle consistait dans l’addition de baies de nerprun {Rhamnus catharticus) à celles du poivre. Ces baies sont moins grosses que celle de ce dernier, un peu ovoïdes, pourvues ordinairement de leur pédoncule persistant. De plus, elles sont grisâtres, peu ridées, sans odeur et d’une saveur chaude ; elles colorent surtout la salive en jaune verdâtre. Enfin, elles contiennent 3 ou andis que la baie du poivre est monosperme.
Divers auteurs ont également signalé la falsification du poivre en grains par la maniguette ; mais la différence d’aspect est telle qu’on ne pourrait s’y tromper. La maniguette entre bien plus souvent dans le poivre en poudre.
Poivre blanc en grains. — Le poivre blanc, c’est-à-dire le poivre noir privé de sa pellicule péricarpienne, est quelquefois enrobé, à l’aide d’un mouillage de gomme, avec de la fécule, du talc, du sulfate et du carbonate de chaux, et quelquefois même avec du carbonate de plomb.
On constate ces additions frauduleuses en faisant macérer les grains de poivre dans de l’eau distillée, agitant fortement et recueillant ensuite le produit pulvérulent et insoluble qui se dépose. On l’examine alors soit au microscope, soit par des réactifs appropriés : la fécule paraîtra organisée et bleuira par l’iode ; le talc résistera à cet agent ainsi qu’à l’action d’une température élevée. Il sera inattaquable par l’acide chlorhydrique, qui dissoudra, au contraire, le carbonate de chaux à\ec effervescence, en produisant une liqueur qui précipitera en blanc par l’oxalate d’ammoniaque. Si l’enrobage est dû au carbonate de plomb,\e dépôt sera soluble dans l’acide azotique avec effervescence, et la solution noircira, par l’acide sulfhydrique, précipitera en blanc par les sulfates, et en jaune par le chrômate de potasse ou l’iodure de potassium.
Falsifications tiu poivre en poudre. — Le poivre pulvérisé est le plus souvent falsifié par l’addition de matières très-diverses : telles sont les poudres préparées avec les tourteaux de chènevis, de colza, de navette, de faînes; les fécules blanches et grises, et surtout le fleurage de pomme de terre ou résidu de la fabrication de la fécule. On y trouve encore les diverses farines de céréales (riz, maïs, etc.), les farines de haricots, de lentilles; puis les poudres obtenues des grabeaux, du piment {Capsicum annuurn), de la maniguette, des feuilles de laurier qui servent à envelopper l’extrait de réglisse; des noyaux d’olive. M. Bouchardat y a constaté l’existence des épices d' Auvergne (Voy. ce mot), de la craie, des tourteaux de lin et de sésame, ainsi que de tous les produits mentionnés plus haut. Enfin, on a incorporé au poivre des matières minérales [teri'e pourrie, plâtre, craie, argile, etc.), et jusqu’à des balayures rie magasin.
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On conçoit que l’examen de semblables mélanges n’est pas exempt de difficultés, même pour les personnes habituées à ce genre de recherches. Cependant, à l’aide d’un certain nombre d’essais, et en agissant comparativement sur du poivre pur; en recourant surtout à l’examen au microscope, on peut arriver à caractériser ces diverses substances et à en signaler la présence dans le poivre.
Comme il est nécessaire de pratiquer .quelquefois cet examen d’une manière rapide, M. Chevallier a préconisé l’usage du petit microscope portatif dont l’emploi est des plus faciles (fig. 183). Il est composé d’un prisme de verre terminé d’un côté par une surface plate, ronde ou carrée S, et de l’autre par une lentille qui s’engage dans l’ouverture O d’un disque en cuivre D, lequel s’adapte lui-même à un tube en métal T. En mouillant légèrement la face S, on y fait ainsi adhérer une petite quantité de la poudre à examiner; on n’a plus qu’à joindre le tuhe à son disque et à observer par l’ouverture de celui-ci l’image agrandie du produit (1). Un hon microscope est cependant préférable lorsqu’il s’agit d’une expertise légale.
Examen au microscope. — Poudre de poivre noir pur. — Elle contient tous les éléments anatomiques signalés dans la graine (fig. 184) : 1“ des cellules pierreuses, à parois épaisses et fortement colorées A ; 2® les cellules du mésocarpe, B ; 3“ les cellules de l’endocarpe aplaties, polyédriques et comme canaliculées, qui sont incolores et transparentes, ou gorgées d’une matière jaune rougeâtre {essence on résine C) ; 4® quelques rares vaisseaux; le tout provenant du péricarpe; 5® des cellules polyédriques irrégulières, E, remplies de grains amylacés excessivement petits; Ô° des cellules arrondies, pleines d’essence en gouttelettes, F ; ces deux espèces font partie de la graine ; 7® enfin, des grains amylacés, a .
La poudre de poivre pur est exempte d’éléments anatomiques caractérisant les tourteaux, les fécules, farines, etc. L’iode ne la colore en bleu qu’en quelques points ; ceux-ci offrent l’aspect d’une croûte formée alors par la réunion de granules à peine visibles dans une cellule grande et aplatie. Il faut savoir les distinguer des cellules du fleurage de pomme de terre où les grains de fécule sont pelotonnés, mais beaucoup plus gros que ceux du poivre (voy. fig. 186).
Grabeaux. — Les grabeaux de poivre proviennent non-seulement des parties épidermiques et péricarpiennes qui se sont détachées de ce fruit par le frottement ; mais on y trouve aussi les poMss^ères qui en résultent ainsi que des débris de pédoncules, des fragments de bois, de la terre, du sable, etc. : le poivre le plus pur en donne plus de 5 p. 100. On retrouve donc dans les grabeaux réduits en poudre toutes les cellules pierreuses et colorées de l’épicarpe ainsi que les
Kig. 183. — Microscope portatif pour l'examen du poivre.
(1) Il est urgent de soumettre d’abord la poudre de poivre à l’action du tamis de soie très-fin. De cette façon les mailles de celui-ci ne laissent passer que les matières féculentes étrangères et la partie la plus lino du poivre. Son examen au microscope portatif est par là singulièrement facilité {Er. B.).
^ ^ POIVRE
cellules polyédriques à parois épaisses et
comme canaliculées, incolores ou co-
Fig. )85. — Grabeaux de poivre vus au microscope. — Grossissement de 110 diamètres.
tout accompagné de fragments noirs ou bruns mal moulus. Mais, comme ces
Fig. 184. — Poivre pur en poudre. — Grossissement de 110 diamètres.
îorées de l’endocarpe ; on y voit aussi quelques trachées ou vaisseaux rayés, le
POIVRE
éléments se retrouvent dans la poudre de poivre pur, on ne peut y affirmer la présence des grabeaux que par un examen comparatif au microscope (fig. t85).
Non-seulement les grabeaux sont mêlés au poivre pulvérisé ; mais ils sont eux-mêmes sujets à falsification : en \ 854, (fe faux grabeaux de poivre qui avaient été saisis, étaient composés de : fécule tj7'ise de pomme de tore, 50 parties ; poudre de feuilles de law'ier, 25 ; écorce et débris de poivt'c, 25.
D’autres grabeaux étaient composés de :
Fleurage de pomme de tore, lOÜ; poivre pur, 12; seigle torréfié, iO', sel marin, ia\poivt'e long moulu, 5.
Ou bien encore : laurier, menthe, fécule avec un peu de joofwe, pour conserver les fourrures.
Fleurage et fécide de pomme de terre. — Le fleurage ou résidu des féculeries se compose de débris d’épiderme A etde fragments du tissu cellulaire G, qui emprisonnent la matière féculente de la pomme de terre (fig. 186). On y rencontre quel-
Fig. ISO. — Fleurage de pomme de terre. A, débris d’épiderme; B, vaisseaux; C, trame cellulaire; D, grains de fécule; E, cellules isolées gonflées de jeunes grains amylacés. — Grossissement de 110 diamètres.
ques vaisseaux rayés B. Les cellules polyédriques de l’épiderme C sont épaisses, irrégulières et vides. Celles du tissu cellulaire retiennent un peu de jeunes grains de fécule en paquets E, auprès desquels sont quelques granules de fécule bien développésD. Le plus souvent, la fécule a été ajoutée au poivre sans fleurage; ses grains peuvent être alors facilement isolés à l’aide du tamis; puis reconnus au microscope, surtout en les imbibant d’un peu d’eau iodée (fig. 102, page 466) (1).
Les granules amylacés du blé, du riz, du maïs, s'y retrouvent avec la même facilité, caractérisés qu’ils sont par leurs formes spéciales. (Voy. les figures de ces matières) (2).
(1) Il ne faut pas oublier que les grains de fécule de pomme de terre se gonflent beaucoup sous l’influence d’une solution de potasse caustique au soixantième (voir fig. 174, p. 809).
(2) Le mélange de ces matières amylacées au poivre lui donne la propriété de se prendre en empois sous l’influence de l’eau bouillante.
POIVRE
Farines des lé(jn mineuses. — Suivant M. Coihn, la farine de lentilles serait très-
rig. 187. — Varine de lentilles. — Grossissement de ilO diamètres.
souvent employée à la falsification du poivre. Toutes les farines des légumineuses sont faciles à retrouver dans un pareil mélange, à l’aide de leurs grains fécu-
Fig, 188. — Tourteaux de chèneois. — Grossissement de 190 diamètres.
lents réniformes ou ovoïdes, avec un hile longitudinal portant des déchirures
POIVRE
transversales (fig. 187, D). Ils sont quelquefois encore contenus dans des cellules à réseaux caractéristiques B et C. On y voit aussi les débris du testa. A.
Tourteaux de semences oléagineuses. — On a introduit dans le poivre des loui'leaux de chènevis, de navette, de colza, de sésame, de lin, de faine, etc., dont la présence dans le poivre affaiblit sa saveur et son odeur, tout en lui communiquant celles que prennent ces substances oléagineuses par leur rancissement au contact de l’air. M. Collin a décrit les caractères anatomiques de quelquesunes de ces matières.
Tourteau de chènevis. — Cellules allongées, presque rectangulaires, isolées ou réunies par trois ou par quatre B, (flg. 188). Elles contiennent 7 ou 8 globules amylacés D mélangés de gouttelettes huileuses C. On y voit encore des débris durs et cornés du péricarpe apparaissant en noir A.
Tourteau de navette. — Cellules petites B (fîg. 189), presquè arrondies, remplies
Fig. 189. — Tourteaux de semences de navette. A, épisperme ; B, cellules arrondies'; C, cellules amylacées; 1), granules d’amidon ; E, gouttelette huileuse. — Grossissemeot de 190 diamètres.
de grains amylacés C. Épisperme mince, à cellules polyédriques brunes, dont les parois épaisses entourent un lumen très-retréci A. On y trouveMe plus des grains d’amidon disséminés, D, et des gouttelettes d’huile E.
Tourteau de lin. — Amas de cellules (flg. 190); celles de l’épisperme sont arrondies ou régulièrement polyédriques, A et B. La couche interne de celles-ci contient de l’amidon ; les cellules externes sont rouge-brun, non amylacées. L’endosperme présente des cellules allongées amylacées, C.
Maniguette. — La maniguette ou graine de paradis est la semence de V Amomum Afzelii. Sa saveur âcre et brûlante l’emporte sur celle du poivre ; aussi emploie-t-on sa poudre à relever la saveur de celui-ci lorsqu’il a été additionné de matières féculentes insipides. Mais cette falsification est facilement dévoilée par l’inspection microscopique : on voit des cellules allongées en forme de fu-
POIVRE
seaux, transparentes, incolores et criblées de petits points arrondis (fig. 191).
Fig. 190. — Tourteaux de semence de lin vu au microscope. A et B, épispcjnie; C, cellules anivlacécs; D, cellules vides ; E, granules d’amidon; F, gouttelettes huileuses. — Grossissement de 110 diamètres.
Vues au microscope portatif, ces cellules prennent une apparence tubulaire ou aiguillée, et ressemblent alors aux doigtiers d’un gant.
Fig. 191. — Maniguette pulvérisée, vue au microscope. — Grossissement de 110 diamètres.
Piment. — Le piment des jardins ou poivre de Guinée, provenant du Capsicum
POIVRE
annuum, est un fruit à saveur brûlante dont la poudre, d’un jaune rosé, accompagne souvent le poivre ordinaire. Vue au microscope, elle offre des amas cellulaires colorés en jaune rougeâtre, ayant à leur surface des sinuosités irrégulières assez caractéristiques (fig. 192). Traitée par l’alcool ou par l’éther, elle abandonne à ces dissolvants une substance d’une belle couleur jaune d’or que l’évaporation laisse sous la forme d’un extrait rouge.
Noyaux d'olives, ou poivrette. — Les noyaux d'olives bien nettoyés, séchés et réduits en poudre fournissent une matière grise ou blanche suivant le poivre
Fig. 192. — Piment de Cayenne vu au microscope. — Grossissement de 110 diamètres.
auquel elle est destinée ; de là, la poïvrette blanche et la poivretle grise. An microscope on y voit des cellules pierreuses à parois épaisses (fig. 193), à lumen allongé très-étroit et déchiré transversalement. Elles sont rectangulaires ou coniques, isolées ou réunies. L’iode est sans action sur elles. Leur ressemblance avec les cellules pierreuses du poivre est très-grande ; c’est pourquoi il faut une certaine habitude pour distinguer les premières de celles-ci. Il faut surtout remarquer qu’elles en augmentent le nombre.
Feuilles de laurier. — Les feuilles de laurier pulvérisées [Laurus nobilis) donnent au poivre une teinte verte caractéristique, à cause de la chlorophylle qu’elles contiennent. Au microscope, on y aperçoit des débris de cellules allongées, des fragments de faisceaux fibro-vasculaires et beaucoup de matière verte avec débris de cellules épidermiques sinueuses portant des s^oma^es caractéristiques (fig. 194). En épuisant cette poudre par l’alcool fort, ou mieux par l’éther, on obtient une liqueur d’un vert assez intense, et cette couleur se retrouve dans l’extrait qu’abandonne l’évaporation, teinte que n’a pas l’extrait alcoolique du poivre pur (1).
(1) Le poivre pur donne 14 p. lûO d’exU’ait alcoolique.
POIVRE
Tous les caractères microscopiques qui viennent d’être indiqués sont moins
Fig. 193. — Poudre de noyau d'olives. — Grossissement de llü diainètrns.
facilement décrits qu’ils ne sont saisis par l’observation visuelle, comme on peut le reconnaître d’après les figures précédentes. Pour qu’on puisse en juger
Fig. 194. — Poudre de feuilles de laurier \ue au microscope. — Grossissement de llü diamètres.
plus sûrement, on a rassemblé dans la figure 195 (45 diamètres) le poivre pur
POIVRE
P accompagné de grabeaux G, de maniguette M et de fécule de pomme de terre F : c’est là le mélange qu’on rencontre le plus constamment aujourd’hui chez les débitants.
Épices d'Auvergne. — C’est un mélange frauduleux d’un plus ou moins grand nombre de substances qu’on introduit dans le poivre pour le falsifier, subs-
Fig. 195. — Figure d’ensemble représentant poivre P, les grabeaux G, la fécule de pomme de terre F, et la maniguette M. — Grossissement de 45 diamètres.
tances qui ont été indiquées à l’article Épices. (Voy. ce mot p. 365). Elles rentrent dans la plupart de celles que nous venons de décrire.
Matières minérales . — Le poivre a été encore falsifié par des matières terreuses [argile, terre pourrie, craie, piâtre, os calcinés, ocre, etc.) On y a même ajouté des balayures de magasin. Le microscope peut servir à trouver quelquesunes de ces matières étrangères. Mais leur présence se reconnaît préférablement par l’incinération du produit: la poudre de poivre pur fournit en moyenne de 4 à 5 p. 100 de cendres ; les poivres falsifiés par des principes minéraux laissent d’autant plus de cendre que la fraude a été plus audacieuse. L’analyse du résidu de l’incinération aiderait au besoin à la constatation de la falsification.
Examen chimique. — Dans son travail sur le poivre et ses falsifications, M. Landrin (1876) a cherché à ajouter aux résultats si précieux donnés par le microscope ceux que les essais chimiques peuvent fournir à leur tour : le poids des cendres obtenues par l’incinération du produit, celui de leurs sels solubles dans l’eau, et celui de la partie de ces cendres insolubles dans l’acide chlorhydrique ; le poids de l’extrait cédé par le poivre à l’alcool ; telles senties données sur lesquelles M. Landrin s’est particulièrement appuyé pour établir le degré de pureté d’un poivre soumis à l’examen.
C’est en rapportant les résultats de l’expérience à ceux qui sont inscrits au
POIVRE CUBÈBE.
tableau concernant la composition des poivres purs, qu’on peut baser son jugement. M. Landrùi a analysé, à ce point de vue, les diverses matières qu’on fait entrer frauduleusement dans le poivre; mais il faut avouer que l’essai chimique a ici bien moins d’importance que l’inspection au microscope. A cela près de l’action que l’iode exerce sur les féculents et sur les farines des légumineuses; à cela près de la nullité d’action de l’alcool sur le fleurage et la fécule de pomme de terre, ainsi que sur les grignons d’olives, les chiffres obtenus, très-restreints d’ailleurs, ont peu de signification : disons cependant qu’une expertise faite sur un poivre qu’on soupçonne falsifié doit comprendre : 1® le dosage de l’humidité qufil renferme ; 2® celui des cendres qu’il laisse à l’incinération ; 3® l’examen de son extrait étbéré et de son extrait alcoolique ; 4® enfin et surtout, son examen au microscope.
En 187o-76 et 77, nous avons constaté, lors de nos visites annuelles chez les épiciers de Paris, que la falsification du poivre par la fécule et autres substances étrangères avait lieu 7 à 8 fois sur 10. Sur plus de 300 analyses que nous avons faites, l’addition de la fécule se montrait la plus commune; elle était accompagnée souvent de celle d’un peu de maniguetle pour rehausser la saveur du mélange. Certains poivres contiennent 23 à 30 p. 100 d’un mélange de fécule ou fleurage de pomme de terre, de feuilles de laurier pulvérisées et de plâtre. D’autres renfermaient de la poivrette (noyaux d’olives) en forte proportion. Enfin, nous avons pris sur le fait une épicière broyant son poivre avec de vieux vermicelle! ChosQ plus grave, nous avons constaté, par un assez grand nombre de procès-verbaux, que du poivre livré en boîtes ou eri sac plombés, c’està-dire garanti pur , était indignement fraudé dans les proportions énormes de 20 à 25 p. 100 de matières étrangères. Le nombre des fraudeurs a diminué progressivement, il est vrai, sous l’influence des condamnations sévères et réitérées qui leur ont été appliquées ; mais le moyen le plus direct, pour avoir du poivre pur, est encore de l’acheter en grains de bonne qualité, et de le broyer soimême [Er. Baudrimont).
POIVRE CUBÈBE. — he poivre CMÔèôeestle fruit desséché du offici-
nalis (Pipéritées), qui croît naturellement à Java. Assez semblable au poivre noir, il s’en distingue facilement par le prolong^ent qui l'accompagne à la manière d'un pédicelle ; la partie opposée est globuleuse, d’un brun rougeâtre foncé, ridée à la surface. 11 possède une odeur poivrée, une saveur piquante, amère et aromatique ; il graisse les doigts et le papier.
Compositiou. — Il se compose d’une huile volatile particulière, de cubébine, de résine balsamique molle et âcre, de. principes extractifs, etc. {Manheim).
Uaag^es. — 11 est employé contre la blennorrhagie, l'incontinence d’urine, le catarrhe de la vessie, etc. Son extrait oléo-résineux est très-usité aujourd'hui.
Falsifications. — Il est Souvent mélangé, paraît-il, au fruit du Cubeba canina, lequel est plus petit, ovale, à peine rugueux et terminé par un rostre remarquable.
On connaît aussi un soi-disant a/'r/cam attribué au Fe/jr/s /a«-
ceolala (Xanthoxylées) très-abondant au Gap et à l’île Maurice, et qui se distingue du vrai cubèbe par ses capsules contenant des graines dures, bleuâtres et réniformes. Mais les véritables falsifications du cubèbe portent sur ce fruit lui-même après épuisement par distillation et par l'alcool, et sur sa poudre. Le cubèbe
POLYGALA DE VIRGINIE. 879
épu/sé esl noir, presque sans odeur et sans saveur, cédant peu de chose à l’alcool et à l’éther.
La poudre de cubèbe a été falsifiée par de la chicorée pulvérisée {St. Martin). En jetant sur l’eau une pincée de ce mélange, la chicorée traversera ce liquide en y laissant des traînées brunâtres, ce que ne fait pas le cubèbe.
POIX DE BOURGOGNE. — Nommée encore Poix des Vosges, elle est souvent confondue avec \&poix blanche. Elle forme une térébenthine ou presque une résine demi-fluide et incolore, obtenue par des incisionsfaites au tronc du faux sapin ou pesse [Abies excelsa). Une fois desséchée à l’air, elle a pris une couleur fleur de pêcher ou lie de vin, ainsi qu’une odeur forte rappelant vaguement celle du castoréum. Purifiée par fusion dans l’eau, elle donne une poix opaque, d’une couleur fauve assez foncée, cassante à froid, mais prenant peu à peu la forme des vases qui la contiennent. Son odeur est balsamique et sa saveur est douce, parfumée, non amère. Elle est imparfaitement soluble dans l’alcool qu’elle rend rougeâtre {Guibourt).
La poix de Bourgogne est usitée en pharmacie sous forme d’écusson. Elle entre dans la composition de quelques emplâtres.
Falsifications. — On fabrique une poix de Bourgogne factice avec du galipot ou de la résine jaune et de Xâtérébenthine de Bordeaux ; le tout est fondu et brassé avec de l’eau La masse retient une plus ou moins grande proportion de ce liquide, quelquefois un tiers de son poids. Elle est coulante à l’intérieur, et enveloppée d’une croûte cassante. Elle a l’odeur de la térébenthine de Bordeaux, une saveur amère très-marquée; enfin, elle est entièrement soluble dans l’alcool {Gwbourt). C’est cette fausse poix de Bourgogne qui reçoit plus particulièrement le nom de poix blanche.
En Angleterre, on substitue à la vraie poix de Bourgogne un mélange de colophane et à' huile de palme ou de quelques autres corps gras; les deux produits, fondus dans l’eau et agités avec elle, prennent une opacité complète et une teinte jaune fauve. On en forme des masses criblées de cavités pleines d’air ou d’eau et qui sont renfermées dans des vessies. Un traitement par l’alcool fort met l’huile grasse en liberté. On arrive au même résultat en traitant cette fausse poix de Bourgogne par deux fois son poids d’acide acétique cristallisable, qui dissout la résine et laisse le corps gras.
En 1860, M. Laneau a trouvé 20 p. 100 plâtre ou sulfate de chaux dans une poix blanche du commerce qu’il avait traitée par l’alcool : le plâtre se dépose comme résidu insoluble.
POLYGALA DE VIRGINIE. — ■ La racine du polygala de Virginie {Polygala senega), de la famille des Polygalées, est petite, tortueuse, à rugosités annulaires rapprochées. Terminée par une tubérosité difforme, elle offre une côte ou nervure saillante qui va du sommet à l’extrémité opposée. Épiderme gris; parenchyme blanchâtre, devenant fragile par la dessiccation ; odeur faible; saveur d’abord fade, puis âcre et nauséeuse.
Composition. — D’après l’analyse de Quevenne, elle contient : Acide pohjgalique (sénéguine de Gehlen), acide virginéique, acide pectique, acide tannique, matière colorante jaune et amère, gomme, albumine, cérine, huile fixe, quelques sels.
POTASSES.
L’acide polygalique est la matière la plus importante et la plus active de cette racine.
Usagées. — La racine de polygala s’emploie sous forme de tisane, potion, sirop, extrait, teinture.
Falsifications. — M. Osivald, pharmacien à Eisenach, a signalé une falsification du polygala par 1 p. t(J0 environ de racine d'ellébore blanc (t). Ces deux racines sont pourtant très-distinctes par leurs caractères. (Voy. page 352.) M. Osioald a fait seulement observer que les racines d’ellébore blanc qu’il a trouvées dans le polygala différaient de celles que l’on rencontre ordinairement dans le commerce en ce qu’elles étaient plus petites et pourvues encore de leurs longues fibrilles blanches.
M. Charles Patrouillai'd a signalé récemment la présence de la racine A'asclépiade dompte-venin [Asclepias vincetoxicum) celle du polygala de Virginie; mais la première est caractérisée par un pivot principal très-court et tronqué à son sommet, d où partent un grand nombre déracinés secondaires toutes égales en grosseur; celles-ci sont plus blanches, plus droites et plus cylindriques que les ramifications secondaires de la racine de polygala. De plus, l’infusion aqueuse de cette dernière se colore peu à peu en noir violacé au contact de quelques gouttes deperchlorure de fer, ce qui n’a pas lieu avec celle de l’asclépiade.
POMMADES MERCURIELLES. — V. Onguents mercuriels.
POTASSES. — Sous le nom àe, j)otasse (2), on cornpend généralement deux sortes de produits très-différents quant à leur composition, savoir : les potasses du commerce et \di potasse caustique à la chaux ou à l’alcool.
Les potasses du commerce sont des produits complexes formés de carbonate dépotasse rendu plus ou moins impur par la présence de sels étrangers : sulfate de potasse, chlorure de potassium, carbonate et phosphate de chaux ; de la silice, de V alumine, des oxydes de fer et de manganèse, etc.
La potasse caustique n’est que de l’oxyde de potassium hydraté libre de toute combinaison avec un acide. Elle peut être plus ou moins pure (Voir plus loin).
Carbonate de potasse pur. — Le carbonate de potasse a été appelé autrefois alcali fixe végétal, sous-carbonate de potasse, sel de tartre, alcali dulcifié, nitre fixé par le charbon, nitre fixé par le tartre. Il est blanc, déliquescent, inodore, d'une saveur âcre et lixivielle : il verdit le sirop de violettes, rougit le curcuma. Chauffé, il fond sans décomposition. 11 est très-soluble dans l’eau, et cristallise en tables rhomboïdales, en prenant deux équivalents d’eau de cristallisation : K0,C02 ; 2 aq. 11 est insoluble dans l’alcool. Les acides l'attaquent en produisant une vive effervescence. Il présente les caractères des carbonates (Voir page 17) et ceux des sels de potasse (page 12).
Composition. — Sur 100 parties, le carbonate de potasse pur contient : acide carbonique, 31,838; oxyde de potassium anhydre, 08,162: sa formule est C02,K0 ou mieux G20*,2 (KO). Not. nouv.,
(I) Cette falsification, qui pouvait avoir les suites les plus funestes, prouve de nouveau combien il est nécessaire d’examiner avec soin les drogues que l'on achète dans le commerce', f?) Dérivé des motynglais /jof qjot, creuset) et ashes (cendres}.
POTASSE DU COMMERCE
Potasse du commerce ou Carbonate de potasse impur. — Vayiéiés commerciales. — Le carbonate de potasse se retire du lessivage des cendres des divers végétaux (1) ; le résidu d’évaporation des lessives, appelé salin, est calciné au rouge dans des fours à réverbère, et expédié sous le nom de putasse, auquel on ajoute celui du pays dans lequel se fait son extraction. C’est ainsi que, dans le commecce, on connaît : les potasses d' Amérique, de Suède {2), de Finlande, d'Illyrie, de Russie ou d'Odessa ou de Kazan, de Poloqne, d’Allemnqne ou du Rhin, de Trêves, de Cologne, de Dantzig, de Toscane, des Vosges, de JJlle, etc.
Ces potasses varient dans leurs qualités.
11 y a d’abord deux espèces de potasses d'Amérique : là potasse d’Amérique hlnnche ou potasse pei'lasse (3), qui n’est point caustique. Elle est en morceaux frès-blancs, très-durs, perlés, quelquefois faiblement azurés. On en distingue deux sortes : la potasse de New -York et celle de Roston ; la première est la plus estimée, elle est tout à fait blanche ; la seconde a un aspect légèrement bleuâtre dû âdes traces de manganate alcalin.
La potasse d’Amérique, dite 7'ouge, se présente en masses compactes, dures, conservant la forme des vases dans lesquels elle a été fondue. Elle a une cassure assez nette et une couleur variable : elle est tantôt rose, rougeâtre, violacée; tantôt blanche, grise, verdâtre ou noirâtre. En général, la teinte devient plus prononcée mesure que l’on approche de la partie inférieure du culot, où il s’est déposé plus de matières insolubles étrangères, auxquelles la coloration est souvent due. Cette potasse se distingue par sa causticité (4).
La potasse de Russie est en fragments irréguliers, friables, d’un blanc bleuâtre.
La potasse de Pologne ou de Podchinski, désignée aussi sous le nom de potasse de paille, parce que les cendres de sarrasin servent à sa production, est eu morceaux de même couleur que la potasse de Russie, plus durs, plus compactes.
La potasse d'Allemagne est bleuâtre, très-variable dans son aspect et dans sa qualité.
La potasse de Dantzig est ordinairement bleuâtre, et ressemble, par sa forme et son aspect, à la potasse perlasse.
La potasse de Toscane est en petites granulations inégales, ou en poudre assez line; il en est de plusieurs nuances, de blanche, de bleuâtre, de grise, de violette.
(1) Il résulte d'un grand nombre d'expériences que les herbes donnent, en génér.il, quatre ou cinq fois, et les arbustes deux ou trois fois autant de potasse que les arbres ; il en résulte de plus la confirmation des faits dé'ik constaXés pàv Bernard Paiissy, et que les travaux ultérieurs de quelques chimistes n’ont fait aussi que corroborer, à savoir : que les diverses parties d'un même végétal ne fournissent pas les mômes proportions de cendres ; les feuilles et l’écorce en donnent plus que les branches, celles-ci plus que le tronc, l'aubier plus que le bois. Les végétaux brûlés verts produisent plus de cendres que lorsqu’ils sont brûlés secs.
Les quantités de cendres et de potasse varient aussi selon l’espèce botanique du végétal, suivant son état d'accroissement, suivant la composition du sol dans lequel il a poussé.
(2) On connaît aussi ces potasses sous le nom do cashup, cassottes on cassoudes,
i3) Dérivé do l’anglais peat l-ashes, cendres-perles.
Il n’en vient plus en France depuis quelques années.
i) Kn général, les potasses d’Amérique sont caustiques ; les autres sont carbonatéos.
Chevauer et Baudrimont, 5' édit. oü
POTASSE DU COMMERCE
La potasse des Vosges est l’espèce la plus commune et la moins riche en potasse réelle (1).
Une autre espèce de potasse, connue sous le nom de cendres gravelées, provient de la combustion du tartre brut ou de la lie de vin desséchée (2). Elle est en masses poreuses, légères, friables, d’une couleur bleu verdâtre. La lie devin sèche fournit 8 p. 100 de cendres gravelées, qui contiennent depuis 25 jusqu’à 60 p. 100 de carbonate de potasse.
On extrait aussi la potasse des mé/asses de betterave et du suint de laine.
Enfin, dans le commerce, on donne le nom de potasse factice, potasse rouge d" Amérique, potasse des savonniers, à un produit qui est uniquement composé en réalité de soude et de sels de soude. Pour lui donner la teinte rouge de la potasse d’Amérique, on y mélange 1 à 1,5 p. 100 de protoxyde de cuivre, provenant de la réduction de l’oxyde du sulfate de cuivre qu’on ajoute au bain de soude, réduction que produit le gaz hydrocarboné qui se dégage par l’agitation rapide d’un morceau de bois de chêne dans le bain alcalin. Cette fausse potasse est compacte,, très-dure, d’une couleur rouge plus ou moins foncée, très-déliquescente, d’une saveur très-caustique; en contact avec la peau, elle la détruit promptement.
Composition. — Voici un tableau qui donne la composition en centièmes de toutes ces potasses, d’après les travaux de MM. Pesier, Evrard et Fenuelle, de Valenciennes :
POTASSES.
DEGRÉS
alcalimélriques.
EAU
hygroscopique.
UÉSIDÜ
insoluble.
SULFATE de potasse.
CHLORURE de potassium.
CARBONATE de potasse.
CARBONATE de soude.
, de mélasses de M. Fe- Potasses
üJ (iiiues I mélasses d’une citerne pai a j distillerie
calcination ( délasses mélangées...
Salin d’Iwuy (près Cambrai) (3)
<jo'
Potasse de Toscane (moyenne de plusieurs é.r.hant.ilinns)
— ronç^e d’Amérique (îV/.)
— perlasse
— des Vosçjes
Salin de | Potasse épurée
mélasses. ( Soude épurée
11 résulte de ces recherches que la présence de la soude dans la potasse normale est nettement démontrée (4).
(1) Los potasses les moins estimées ont une couleur grisâtre, due à certains ulmates o\x humâtes de potasse qu’une calcination bien dirigée aurait pu faire brûler et détruire si l’on eût évité la fusion de la matière {Pai/en).
(•i) Cette fabrication s’exécute en grand dans le midi de la France.
(3) Produit préparé avec les cendres d’œillette et de colza.
(}) La constatation de ce fait est des plus importantes pour la question des falsifications; caria inrsence de la soude aurait pu être considérée jusqu’alors comme l’indice d’une fraude. Toute-
POTASSE DU COMMERCE
L'sages. — Les applications des potasses sont nombreuses : elles servent dans la verrerie (façon Bohême), dans la cristallerie; dans la fabrication de l’alun, du salpêtre, du chlorate de potasse et du chlorure de potassium, de la pierre à cautère, des savons mous ; dans le chamoisage des peaux; dans la préparation des cordes harmoniques; enfin, on l’emploie, concurremment avec les soudes (2), dans le blanchiment des toiles et le blanchissage du linge, dans l’affinage de la batiste, le dégraissage des laines, l’épuration des eaux séléniteuses, etc.
En médecine, le carbonate de potasse pur est administré dans la pneumonie chronique; on l’emploie, en boisson plus ou moins étendue, pour dissoudre les calculs d’acide urique, et contre quelques cas de dyssenterie; on l’a préconisé contre le rachitisme.
Altérations. — Les potasses du commerce peuvent être considérées comme des mélanges, à proportions variables, d.e potasse caustique et carbonatée, avec 'le sulfate dépotasse, le chlorure de potassium et le carbonate de soude. Accessoirement on y trouve : silicate et phosphate de potasse; carbonate, phosphate et silicate de chaux; alumine; oxydes de fer et de manganèse : ces oxydes colorent les potasses en rouge et en bleu dans les produits de qualité inférieure. On trouve, en outre, du sulfure de potassium dû à la décomposition du sulfate par le feu en présence de matières organiques, et quelquefois de V hyposulfite et du sulfite de potasse provenant de l’altération de ce sulfure au contact de l’air; enfin, dans certaines variétés, et surtout dans les potasses de betterave, on trouve du cyanure alcalin, produit par la calcination des matières azotées avec une base puissante (3).
Analyse qualilative. — On y reconnaît facilement les sulfates et les chlorures en faisant une solution aqueuse du sel, qu’on sursature ensuite par de l’acide azotique. Une partie de cette solution additionnée de chlorure de baryum, précipitera par ce réactif, s’il y a du sulfate. L’azotate d’argent donnera un précipité blanc de chlorure d’argent dans une autre portion du liquide acidifié, s’il y rencontre du chlorure.
Si une solution assez concentrée de potasse du commerce, qu’on a sursaturée par de l’acide chlorhydrique, donne par le biméta-antimoniate de potasse un précipité blanc et grenu, c’est qu’elle renferme de la soude. En même temps, si l’addition de l’acide chlorhydrique produit un .dégagement gazeux d’odeur d’œufs pourris, on aura l’indice de la présence d’un sulfure.
La liqueur précédente est-elle évaporée à siccité, puis reprise par l’eau après une légère calcination, elle abandonnera un résidu blanc et insoluble si la potasse renfermait de la silice.
La solution chlorhydrique de cette potasse, sursaturée d’ammoniaque, précipitera en blanc par l’oxalate d’ammoniaque lorsqu’elle contiendra de la chaux.
fois, la proportion de soude dans les potasses ne dépasse guère 6 à 8 p. 100, et il faut avoir soin d'en constater la présence, lorsque le carbonate de potasse, par exemple, est destiné à la préparation d’une liqueur normale acidimétrique.
(2) Dans les usages communs à ces deux alcalis, la soude, vu son bas prix, tend chaque jour à remplacer la potasse.
(3) Les potasses de betterave de certaines localités contiennent, en outre, de Viode {Ch. Lannj).
POTASSE DU COMMERCE
Si, en précipitant par un excès de chlorure de baryum la solution aqueuse d’une potasse du commerce, puis filtrant, on obtient un liquide plus ou moins alcalin, brunissant fortement le papier jaune de curcuma, et précipitant en blanc par un courant de gaz acide carbonique, cette réaction y indiquera de Valcali libre à côté du carbonate de potasse lui-même.
Falsifications. — Les potasses du commerce subissent quelquefois des altérations ou des falsifications préjudiciables au consommateur. Ainsi on y a ajouté des matières insolubles, de la brique, du sable, de la terre, dans le but d’accroître leur poids. Celui-ci peut aussi être augmenté par de l’eau provenant de l’humidité de l’air, que les potasses, vu leur déliquescence, sont susceptibles d’absorber. Ces fraudes sont faciles à déceler, à l’aide d’une filtration dans le premier cas, d’une dessiccation dans le second.
Mais lorsque les potasses furent mélangées àe. soude, de se/ marin, àe sulfate de soude, il fallut avoir recours à d’autres moyens d’essai qui permissent de déterminer la proportion d'alcali utile, c’est-à-dire à l’état libre ou carbonaté, contenue dans une potasse ou une soude : tel fut le principe du procédé de dosage par volume, imaginé en 1804, par Descroizilles, et qui reçut le nom à'alcalimétrie.
Alcalimétrie. — Procédé de Descroizilles. — Ce procédé consiste dans l’emploi d’un acide titré qu’on fait réagir jusqu’à saturation sur une liqueur alcaline colorée par un peu de teinture de tournesol. Au moment où l’acide a saturé l’alcali (ou le carbonate alcalin), le moindre excès de cet acide fait virer au rouge le réactif coloré, ce qui indique le terme de l’opération. Le volume d’acide titré dépensé pour cette réduction est équivalent à la proportion d’alcali saturé ; on peut donc déterminer le poids de celui-ci parle calcul.
Dans le procédé de Descroizilles, on se contente de déterminer le volume d’acide titré nécessaire, sur 100 degrés, à la saturation de 5 grammes de potasse ou de soude du commerce. Le nombre obtenu indique le titre alcalimétrique du produit analysé. Voici la manière d’opérer:
On fait usage d’une éprouvette à pied, longue et étroite, dite alcalimètre de üescroizilles (fig. 196). Cette éprouvette porte latéralement une échelle graduée en 100 divisions correspondant à 50 centimètres cubes; chaque division vaut donc 0",5. En suivant cette échelle de haut en bas, on observe que la treizième division est plus prolongée que les autres: elle sert à y mesurer 80 grammes d’acide sulfurique pur monohydraté, en en remplissant l’éprouvette depuis sa base, c'est-à-dire , depuis le 100“ degré, jusqu’au 13®. En étendant ces 80 grammes d’acide sulfurique d’assez d’eau distillée pour en faire 800", mesurés à -f- 15“, on a ainsi préparé l'acide titré: 50" de celui-ci correspondent à 5 grammes d’acide sulfurique pur.
Si l’on pèse maintenant 10 grammes de la potasse du commerce à titrer, et si, la plaçant dans l’alcalimètre rincé et vide, on la dissout dans l’eau de façon à obtenir 50" = 100 divisions de liqueur, on n’a plus qu’à partager celle-ci en deux parties égales de 50 divisions chacune, qu’on place séparément dans un verre à pied ou dans un vase à saturation ; puis on les colore par quelques gouttes de tournesol. Après avoir nettoyé l'alcalimètre, on le remplit jusqu’au 0 d’acide titré, et enfin on verse goutte à goutte celui-ci dans l’une des liqueurs alcalines jusqu’à ce qu’elle ait complètement viré au rouge-pelure d’oignon. On répète la même expérience sur la deuxième portion de potasse dis-
POTASSE DU UOMMEUCE.
sonie, pour avoir une moj^enne. Ayant lu à chaque fois le volume d’acide dépensé, soit 50 divisions, on en retranche 1 division qu’on suppose avoir servi uniquement à color-er le tournesol en rouge ; il en reste alors 49 qui représentent le degré au titre alcalbnéh'ique de la potasse essayée. Cela veut dire que 100 kilogjammes de ce sel prendraient 49 kilogrammes d’acide sulfuriqne pur pour en être complètement saturés.
Procédé de Gay-Lussac. — Le procédé alcalimétrique de Descroizüles fut modifié par Gay-Lussac, qui basa sa méthode sur ce fait : que 1 équivalent de potasse (ou de soude) doit se combiner avec 1 équivalent d’acide sulfurique pour former un sel neutre, ou, en d’autres termes, que 590 p. de potasse, ou 391 p. de soude, forment un sel neutre en s’unissant avec SOI p. d’acide sulfurique anhydre, ou bien avec 613,5 d’acide sulfurique monohydraté (1).
Selon Gay-Lussac, on emploie une liqueur d'épreuve ou liqueur normale, formée d’acide sulfurique étendu d’eau, contenant, par litre, 100 grammes d’acide à 66®, ou 5 grammes par 50 centimètres cubes qui équivalent à 1/iO de litre (2). Ces 5 grammes d’acide sont exactement neutralisés par 4®'', 807 de potasse pure. 11 en résulte qu’une potasse quelconque , essayée sous le poids de pig. ise. — Aicaiimèire d<- 46'',807, renferme par quintal métrique (100 kilogram- Descrohnies.
mes) autant de kilogrammes de potasse pure qu’elle
sature de centièmes d’acide, et ce nombre de kilogrammes exprime ce que Ton appelle le titre pondéral de la substance alcaline.
■ Pour obvier aux erreurs de pesée et avoir une quantité de matière à essayer qui en représente plus fidèlement l’état moyen, on prend, au lieu de 4®'', 807, le décuple, c’est-à-dire 48*'', 07. Cette quantité est ensuite dissoute dans l’eau, de manière à former 1/2 litre de dissolution ou 500 centimètres cubes de la solution à -f- 15®. Pour faire un essai, on en prélève 50®®, c’est-à-dire la dixième partie (soit 4*'', 807 de sel), à l’aide d’une pipette de même capacité (fig. 197). On reçoit ces 50®® de liqueur dans un vase légèrement conique, posé sur une feuille de papier blanc (fig. 198); on les colore à l’aide de quelques gouttes de la teinture de tournesol ; puis on y verse goutte à goutte la liqueur acide normale, contenue dans une burette graduée en 100 p. ou demi-centimètres cubes (fig. 199). Ces 100 divisions représentent donc, au total, 50 centimètres cubes de liqueur, ou 5 grammes d’acide sulfurique à 66®. La proportion d’alcali contenue dans la substance à essayer est en raison directe de la quantité d’acide nécessaire pour opérer la saturation, et celle-ci est atteinte lorsque la
(Il Aujourd'lmi les équivalents de ces substances étant rapportes h celui de l'iiydrogène pris pour unité, l'équivalent de la potasse anhydre KO devient 47,1 ; celui de la soude NaO devient 31; ré(|uivalent de l'acide sulfurique est égal 40 pour l'acide anhydre SO^, et à 49 pour l'hydrate S03.110.
(2i M. Mmonené a proposé do prendre 49 grammes d'acide SO’',MO au lieu de 100, ce nombre re])résontant 1 équivalent d’acide sulfurique et se rapportant il 1 équivalent do potasse égal à i 7 . 1 .
POTASSE DU COMMERCE
teinture ou le papier de tournesol vire au rouge pelure d'oignon. Mais auparavant, il y a quelques précautions à observer : on ajoute d’abord assez de liqueur normale pour faire passer la couleur bleue du tournesol au rouge lie de vin. Dès qu’on a atteint ce point-là, on n’ajoute plus l’acide qu’avec précaution, et par deux gouttes à la fois, c’est-à-dire par 1/4 de degré. Pour savoir si la coloration rouge de la teinture de tournesol provient de l’acide carbonique, du carbonate ou de l’acide sulfurique ajouté, on fait, après chaque addition de deux gouttes d’acide, une petite trace sur un papier bleu de tournesol, avec une baguette de verre trempée dans le mélange ; dès que la coloration rouge est causée par un excès d’acide sulfurique, la trace faite sur le papier de tournesol ne s’elface plus quand on la dessèche. Si on avait dépassé le terme en ajoutant par deux gouttes, il conviendrait de retrancher autant de 1/4 de degré qu’il resterait sur le papier de marques rouges persistantes (1).
On peut s’assurer préalablement de l’état de saturation de la liqueur en la portant à l’ébullition dans un petit ballon ou dans une capsule de porcelaine bien blanche ; on chasse ainsi l’acide carbonique qu’elle retenait en dissolution ; alors elle redevient bleue si elle est imparfaitement saturée, ce qui Fig. 197. — Pipette de 30 permet de lui ajouter assez de solution normale d’acide la faire virer définitivement au rouge pelure d’oignon.
Il faut remarquer ici que l’acide a porté son action sur le carbonate de potasse et sur la potasse Ub7'e, s’il y en a, tandis qu’il n’agit nullement sur les
Fig. 198. — Vases et instruments pour l'essai alcalimétrique des potasses du commerce.
autres sels de potasse, chlona'e et sulfate, qui sont en mélange avec le carbonate.
Pour évaluer les sulfates, on sature un poids donné de potasse par l'acide nitri-
(1) Quant aux autres details pratiques du procédé, ces appareils présentant beaucoup d’analogie avec ceux de la cliloroniétric, nous renvoyons à ce que nous en avons dit page 686.
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que yu/r, étendu d’eau, puis on verse du chlorure de baryum en solution titrée (I). On répète la même expérience sur une autre por-
tion de matière, pour y doser les chlorures avec une solution titrée d’azotate d’argent.
Si l’on voulait calculer la proportion de carbonate de potasse réel contenu dans la matière analysée, il faudrait d’abord chercher sa richesse en alcali libre, comme cela sera indiqué plus loin ; puis, retranchant la quantité de potasse libre trouvée, du titre pondéral, le chiffre restant multiplié par 1,467 donnerait celui du carbonate de potasse.
Dans le commerce, où l’on emploie encore la méthode de Descroizilles, toute la différence du titre alcalimétrique avec le titre pondéral est qu’on opère sur 5 grammes de potasse, aulieu d’opérer sur Il est donc facile de ramener, par le calcul, le degré alcalimétrique au titre pondéral, et vice verso. ; il suffit, pour cela, de diviser le degré alcalimétrique par le nombre 1,04 ; on a ainsi le titre pondéral ; ou bien on multiplie le degré pondéral par 1,04 pour obtenir le titre alcalimétrique. Nous donnons d’ailleurs cicontre une table où l’on trouve ces transformations toutes faites pour un certain nombre de degrés :
Fig. 199. — Burette alcaliniéliiquc
TITRF.
PONDÉllàL.
TITRE
-U.CALIMÉTUIQCr.