‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 37 sur 470 · ACIDE PHÉNIQUE · texte numérisé non relu

ACIDE PHÉNIQUE

sur une lame de platine chauffée au rouge ; au précipité cristallin de crème de tartre qu’il forme en lui ajoutant un peu d’une solution étendue de carbonate de potasse (1), et à l’odeur de sucre brûlé que répand ce précipité quand on le projette sur des charbons incandescents, ce qui le différencie de l’oxalate acide de potasse.

La présence de Valun dans l’acide oxalique se décèle par les réactions suivantes faites sur la solution de l’acide suspecté : le chlorure de baryum forme un précipité blanc de sulfate de baryte insoluble dans l’acide nitrique ; si l’acide oxalique est pur, le précipité blanc d’oxalate de baryte est soluble dans l’acide nitrique. Le chlorure de platine donne un précipité jaune de chlorure de platine et de potassium ; l’ammoniaque en excès, un précipité gélatineux d’alumine ; ce qui ne saurait avoir lieu avec l’acide oxalique pur.

ACIDE PHÉNIQUE : — V acide jdiénique, autrefois appelé acide

carbolique, porte encore aujourd’hui les noms de pkétiol, d!alcool phénique et à' hydrate de phényle.

C’est un corps solide, cristallisé en lamelles incolores, s’il est bien pur. 11 possède une odeur vive qui rappelle celle de la créosote ; sa saveur est brûlante. Sa densité est de 1,065 à -|- 15“. Chauffé, il entre en fusion à 42®, 2, et en ébullition vers 188®. 11 est volatil sans altération en émettant des vapeurs qui brûlent avec une flamme fuligineuse. Ce composé est un peu hygroscopique, sans être très-soluble dans l’eau (5/100); mais il se dissout facilement dans l’alcool, l’éther, l’acide acétique. Quoique capable de se combiner aux bases, il n’attaque pas les carbonates et ne rougit pas le tournesol. L’acide sulfurique donne avec lui de \ acide sulfophénique ; il est transformé en acide picrique par l’acide azotique. Par un mélange d’acides sulfurique et oxalique, il donne un produit rouge rosé, \ acide rosolique. Sous l’influence de l’ammoniaque et de l’hypochlorite de chaux, il développe une belle coloration bleue. 11 produit cette même teinte au contact du perchlorure de fer en solution étendue.

Usages. — Très-fortement caustique à l’état de pureté, il jouit de propriétés antiseptiques et désinfectantes qui lui ont valu de nombreuses applications pharmaceutiques. Il sert aussi à la préparation d’un certain nombre de matières colorantes, etc.

Altérations. — Il est rarement pur ; presque toujours il est constitué par un mélange de phénol et de ct'ésylol. Ce dernier, dont le point d’ébullition

est à 203®, abaisse le point de fusion de l’acide phénique jusqu’à 34 ou 35®, en le rendant en môme temps plus hygroscopique. {Ch. Loive.) Le crésylol a de telles analogies de propriétés avec le phénol, qu’on ne peut l’en séparer que très-difficilement et en opérant en grand. Combiné à l’acide sulfurique, il forme xm sulfocrésylate de baryte incristallisable, tandis que le sulfophénate de la même base est susceptible de cristalliser.

L’acide phénique du commerce se colore presque toujours en rose par l’action de la lumière, parce qu’il s’y forme, sous des influences mal appréciées, de petites quantités 6! acide rosolique.

(1) Les liqueurs devront être étendues d’eau ; autrement l’acide oxalique lui-niôme précipiterait le sel de potasse en produisant du bioxalate de cette base, presque aussi peu soluble que la crème de tartre elle-même : cette réaction peut donc laisser quelque doute.

CuEVALLIEtt ET Baudbimont, 5' édit.

ACIDE PHOSPHOExIQUE.

Lorsque \ acide phénique est livré au commerce à l’état brut, il devient nécessaire d’en déterminer la richesse. M. Hager en essaye alors à l’aide de 3“ de potasse caustique en solution alcoolique et 5" d'essence de pétrole; on agite dans un tube gradué, on laisse reposer et on lit le volume de la couche inférieure qui est celui de l’acide phénique, dont on déduit pour la potasse qui s’y trouve.

M. Schœdler a proposé un mode d’essai fondé sur l’action de l’acide sulfurique, qui carbonise les matières goudronneuses, et qui s’unit au pbénol qu’on transforme ensuite en sulfophénate de baryte soluble dans lequel on dose la baryte.

ACIDE PHOSPHORIQUE : PH30» = P03,(H0)L — L’acide phosphorique', appelé autrefois fleurs de phosphore^ acide de l' urine, est anhydre ou hydraté. — L’acide anhydre est solide, blanc, inodore, très-déliquescent. 11 contient : phosphore, 44 ; oxygène, 56. Il se combine à l’eau pour former trois hydrates bien distincts :

1® Vacide monohydraté ou acide métaphosphoricque, PO®, HO ;

2® V acide bihydralé ou acide pyrophosphorique, PO®,2(HO) ;

acide Irihydraté Q\x acide phosphorique ordinaire, PO®,3(HO).

La solution récente d’acide phosphorique anhydre coagule l’albumine, précipite en blanc le nitrate d’argent : elle contient \' acide niélaphosphorique . Abandonnée à elle-même, cette solution se modifie peu à peu ; l’acide prend 2 équivalents d’eau et passe à l’état d’acide trihydralé, qui ne coagule pas l’albumine et précipite en jaune le nitrate d’argent. Par la calcination de son sel de soude, l’acide phosphorique trihydraté prend un état intermédiaire ; il devient bihydralé, et forme alors l’acide pyrophosphoricque ; celui-ci ne coagule pas l’albumine et précipite en blanc le nitrate d’argent. (Pour les autres caractères, voir page 14.)

Uacide phosphorique médicmal est une solution aqueuse d’acide trihydraté, marquant 45® à l’aréomètre de Baumé (D. = 1,45). 100 parties d’acide phosphorique médicinal saturent 42 parties de carbonate de soude sec et pur.

Usagées. — L’acide phosphorique est quelquefois employé en médecine, contre les maladies des os, soit h l’intérieur, soit à l’extérieur. On en fait des limonades, des potions, des solutions pour lotions ou injections.

Altérations. — L’acide phosphorique peut contenir de Vacide phosphoreux, de Vacide sulfurirque, de Vacide nitrique, de Vacide chlorhydrique, du sulfate et du phosqjhate de chaux, de Vammoniaque, du plomb, du cuivre, de Varsenic, de Valumine, de la silice.

On reconnaît ces différents corps de la manière suivante :

Vacide phosphoreux, parla propriété qu’il possède de ramener, à l’aide de l’ébullition, le bichlorure de mercure à l’état de protochlorure, ou l’acide sulfureux a l’état de soufre, réaction sensible au cent-millième (1) ; Vacide sulfurique, par le précipité blanc, insoluble dans l’acide nitrique, qu’il forme avec le chlorure de baryum, tandis que le phosphate de baryte est soluble dans le même acide ; Vacide nitrique, en y ajoutant du sulfate ferreux qui y prend une teinte d’un brun foncé ; Vacide chlorhydrique, par le précipité blanc insoluble dans l’acide

(1) Comme l’acide phosphoreux est, dit-on, un poison assez énergique, il est prudent d’essayer avec le bichlorure de mercure l’acide phosphorique destiné à l'usage médicinal, et de ne l'employer que lorsqu’il ne précipite pas ce sel.

ACIDE PICRIQUE.

nitrique et soluble dans l’ammoniaque, qu’il produit au contact du nitrate d’argent. Les sels calcaires et magnésiens, y sont décelés par le précipité blanc qu’il donne alors avec l’ammoniaque; Vammoniaque, par les eflluves ammoniacales odorantes et bleuissant le tournesol rougi, que dégage l’acide phosphorique qu’on sature par un excès de soude caustique. Le plomb se reconnaît au précipité noir qu’y occasionne l’acide sulfhydrique, par le précipité jaune produit avec le chrômate de potasse; le cuivre, par la coloration bleue qu’y pi’oduit l’ammoniaque, par le précipité brun-chocolat qu’il donne avec le cyanure jaune; Varsemc, par le précipité jaune de sulfure d’arsenic qu’y forme un courant d’acide sulfhydrique Ifig. 12) (1).

Ualumine et la silice, qu’on rencontre quelquefois dans l’acide phosphorique , proviennent de sa fusion trop prolongée dans les creusets. L’ammoniaque produit alors dans sa solution aqueuse un précipité gélatineux d’alumine rig. a. — Appareil pour produire du gaz hydrogène sulfuré.

phosphatée, qui peut être

môlée de phosphate de chaux que l’acide phosphorique renferme quelquefois ; l’alumine que contient ce précipité se reconnaît à la coloration bleue que lui communique le nitrate de cobalt avec lequel on le calcine. Si l’on filtre la liqueur ammoniacale, qu’on la sature ensuite par l’acide chlorhydrique et qu’on l’évapore à siccité, la masse saline résultant de cette évaporation, étant traitée par l’eau, laissera, si l’acide phosphorique contenait de la silice, un résidu insoluble, qui est grenu et sec au toucher.

ACIDE PICRIQUE : = Ci2H3(Az0i)3,02. — Nommé d’abord

amer de Welter, il porte encore les noms de : acide carhazotique, acide nilropic.rique, acide nitrophénilique, acide trinitrophénique ou trinilrophénol, etc.

Ce composé remarquable, qui est produit par l’action prolongée de l’acide azotique bouillant sur un très-grand nombre de matières animales ou végétales, et particulièrement sur l’acide phénique, est cristallisé en lamelles ou en prismes d’un jaune clair. 11 possède une légère odeur de mirbane et une saveur très-amère. Il est fusible et volatil; mais, chauffé brusquement, il fuse et détone presque avec violence en brûlant avec une flamme assez vive. Les picrates fusent ou détqnent également avec une grande force.

L’acide picrique est peu soluble dans l’eau froide, plus soluble dans l’eau bouillante qu’il colore fortement. Il se dissout avec facilité dans l’alcool,

(I) En 1834, M. Hertn, pharmacien à Berlin, reconnut le premier la présence de l’arsenic dans l'acide phosphorique. M. Barlwad, de Berlin, eut entre les mains un acide phosphorique qui, pour 500 grammes, donnait OS' ,40 de sulfure d’arsenic.

ACIDE PICRIQUE.

l’éther, la benzine, etc. 11 précipite à froid les sels de potasse et il teint la laine en jaune avec une grande facilité ; il précipite en vert le sulfate de cuivre ammoniacal, et donne une coloration rouge en présence de l’ammoniaque et d’un cyanure ou d’un sulfure alcalin. 11 ne trouble pas la solution d’azotate d’argent, ni les eaux de chaux ou de baryte.

Usaj^es. — 11 est fébrifuge. 11 sert surtout en teinture et la préparation des picrates, lesquels sont employés comme agents thérapeutiques ou en pyrotechnie. L’acide picrique du commerce est rarement pur; on le rencontre en cristaux ou en pâtes dites n^M, 2, 3 : il est alors altéré ou falsifié.

Altérations. — Elles sont dues, soit aux agents employés dans sa fabrication, soit à des réactions incomplètes : de là, la présence dans l’acide picrique :

1® De substances i'ésineuses, ou de composés nitreux qui proviennent de l’impureté des huiles de houille qui ont servi à sa préparation. Toutes ces matières résistent à Teau bouillante, qui dissout au contraire l’acide picrique ;

2“ Des acides niti'ophémque et binitrophénique, qui résultent d’une réaction incomplète de l’acide azotique. En saturant ces produits par l’eau de chaux, un excès de cette base entraîne ces acides à l’état de sels moins solubles que le picrate de chaux ;

3® H’eau et à.' acide azotique, s’il est à l’état de pâte. L’acide azotique libre y sera reconnu par les moyens ordinaires: limaille de cuivre, qui donnera avec lui des vapeurs rutilantes ; sulfate ferreux, qui se colorera en bi’un à son contact, etc. L’eau sera reconnue par dessiccation à lüO® ;

4® De y acide oxalique, qui proviendra de l’action trop prolongée de l’acide azotique. L’eau de chaux le fera facilement reconnaître, ainsi que l’emploi de l’éther ou de la benzine dont il va être question.

Falsifications. — On substitue quelquefois le picrate de soude à l'acide picrique. On ajoute également à ce dernier: des azotates de potasse ou de soude; du chlorime de sodium; du sulfate de soude ou de Valun ; du borax, et surtout des lamelles éCacide borique teintes par l’acide picrique ; enfin on l’additionne de sucre.

'Le picrate de soude se reconnaît à son peu de solubilité dans l’alcool bouillant. De plus, brûlé peu à peu sur une lame de platine, il laisse un résidu alcalin et fixe de carbonate de soude dont on détermine facilement la nature.

Les azotates de potasse et de soude, ainsi que le sel marin, les sulfates, Valun, le borax et même Vacide borique, sont facilement éliminés de l’acide picrique à l’aide de l’éther ou de la benzine qui ne dissolvent que celui-ci. En se basant sur ces faits, M. J. Castelhaz a imaginé, pour reconnaître toutes ces impuretés, une méthode d’analyse qui repose sur l’emploi du picrometre : c’est un tube gradué resserré à sa partie inférieure, laquelle pourra contenir à peu près 1 gramme d’acide picrique pulvérisé. Le tube qui suit l’espace resserré est divisé en quatre parties pouvant contenir chacune 5 grammes d’éther, soit 20 grammes de ce liquide. Ce tube est bouché à l’émeri pour éviter l'évaporation du dissolvant (fig. 13).

Pour faire l’essai, on met dans \e picrometre 1 gramme d’acide picrique réduit en poudre ; on y verse de l’éther jusqu’au trait supérieur ; on bouche le tube et on agite pendant quelques instants. L’acide se dissout en totalité s’il

Fig. 13. - Picromêtre.

ACIDE SALICYLIQUE.

est pur; s’il ne l’est pas, il laisse déposer toutes les matières salines étrangères. 11 suffit alors de décanter la solution éthérée, d’agiter le dépôt à deu.x reprises avec O grammes de nouvel éther, puis de recevoir le tout sur un filtre qu’on sèche et qu’on pèse. On fait ensuite Tessai qualitatif du produit qui s’y trouve : le sel marin décrépite sur les charbons ardents ; les azotates y fusent. Les sulfates sont reconnus par les sels de baryte ; l’alun est précipité par ceux-ci et par l’ammoniaque. Le borax et l’acide borique fondent en un verre transparent sur les charbons ardents ; de plus, l’acide borique dissous dans l’alcool rend sa flamme verte lorsqu’on y met le feu.

Dans ce genre d’essai, on peut remplacer l’éther parla benzine (20 grammes) i\ la condition de n’employer que Qs^oO d’acide picrique ; encore devra-t-on maintenir le tube du picromêtre dans l’eau tiède pour faciliter la dissolution ; l’eau, l’acide azotique et l’acide oxalique seront alors isolés et facilement appréciés. {Caslelhaz-Moyret.)

11 est évident que l’éther et la benzine ne sauraient dissoudre le sucre quelquefois mélangé à l’acide picrique. Du reste, en saturant la solution de cet acide par du carbonate de potasse, filtrant, évaporant à siccité et reprenant le résidu par l’alcool à 80®,- celui-ci ne dissoudra que le sucre qu’on retrouvera par évaporation.

ACIDE PRUSSIQUE. — V. Acide cy.vniiydrioue,

ACIDE SALICYLIQUE : ou Cet acide, découvert autre-

fois par Piria dans l’essence d'ulmaire, est obtenu aujourd’hui synthétiquement par l’action de l’acide carbonique agissant i\ chaud sur le phénate de soude. [Kolbe.)

Il est en masses blanches ou d’un blanc grisâtre, floconneuses, cristallines, sans odeur. Il est acide au tournesol, peu soluble dans l’eau froide, plus soluble dans l’eau bouillante qui l’abandonne par le refroidissement en aiguilles blanches et déliées; il se dissout mieux dans l’alcool, dans l’éther. Il fond à 158®, et se sublime sans se décomposer si l’action de la chaleur est ménagée. Agit-elle brusquement, il se dédouble alors en grande partie en acide phénique et en acide carbonique : il ne laisse pas de résidu s’il est pur. Au contact du sesquichlorure de fer dissous, sa solution se colore en violet avec une intensité des plus grandes : cette coloration est détruite par un peu d’acide chlorhydrique (jui rend la liqueur jaune. [Gerhardt.) Mélangé d’aniline et d’hypochlorite de soude, il se développe lentement une légère coloration bleue, due à l’aniline seule, et qui n’a rien de comparable, comme beauté, intensité et sensibilité, â celle que développe l’acide phénique dans les mêmes circonstances.

Usagées. — L’acide salicylique est un antiseptique et un antifermentescible des plus puissants ; aussi reçoit-il, dès à présent, une foule d’applications pour la conservation de tous les produits organiques altérables spontanément. C’est dans ce but qu’on l'administre contre un grand nombre de maladies à caractère infectieux, etc.

Altérations. — L’acide salicylique est rarement incolore. 11 renferme le plus souvent quelques impuretés qui le rendent jaune ou gris. 11 peut contenir un reste ([' acide phénique provenant de sa fabrication à l’aide de cette substance. 11 est quelquefois sali par du chlorure de sodium résultant de la satura-

ACIDE SUCCINIQÜE.

tion du salicylate de soude par l’acide chlorhydrique. 11 se pourrait encore qu’il contînt de Vacide paraoxybenzoique isomère avec lui, mais ne partageant aucune de ses propriétés antiseptiques. Enfin, il est quelquefois imprégné de (jhjcérine ayant servi à sa purification.

La présence des matières colorantes qui le salissent est indiquée par sa couleur grise ou jaune; de plus, lorsqu’on ajoute S'' d’acide sulfurique concentré à O’^SO d’acide salicylique impur, la liqueur prend une teinte jaunâtre, quelquefois brune, tandis qu’elle reste incolore avec l’acide pur. — L’acide phénique lui communique son odeur caractéristique, ainsi que la propriété de se colorer en rose après son exposition à la lumière vive (1). On y] reconnaît le chlorure de sodium ou toute autre matière minérale en chauffant l’acide salicylique jusqu’à complète volatilisation : tout résidu fi.xo, après cette opération, indique son état d'impureté. Ce résidu, essayé par le nitrate d’argent, sera facilement reconnu si l’on a affaire au sel marin. S'il contenait de l’acide paraoxybenzoïque, on l’isolerait de ce dernier en desséchant la masse à 100» et en la traitant par le chloroforme bouillant : celui-ci dissoudrait l’acide salicylique et laisserait intact l’acide paraoxybenzoique. En reprenant le résidu par l’eau et essayant la liqueur par le perchloriire de fer, on n’obtiendrait pas de coloration violette, mais il se ferait un précipité jaune. Quant à la glycérine, on l’isole en traitant l’acide salicylique par une très-petite quantité d’eau ; on évapore doucement celle-ci qui laisse alors un résidu sirupeux et sucré de glycérine.

Aucune falsification n’a encore été signalée relativement à ce produit. Etant complètement volatil, soluble dans l’eau, dans l’alcool et dans l’éther, offrant un caractère remarquable en présence du perchlorure de fer, il sera toujours facile d’en faire l’essai.

ACIDE SUCCINIQUE : = G«H'‘02,(H0)L — L’acide succinique, ap-

pelé autrefois sel volatil de succin, acide du succin ou de l'ambre jaune, sel d'ambre, acide karabique, se présente, lorsqu’il est pur, en prismes rectangulaires blancs, brillants et nacrés, inodores, d’une saveur un peu âcre, volatils sans altération, plus solubles dans l’eau à chaud qu’à froid, peu solubles dans l’alcool et l’éther. Cet acide fond à 180’, mais déjà, à 140'’, il émet des vapeurs âcres et se sublime ; il bout à 23o".

Caractères. — La solution aqueuse d’acide succinique forme avec l’acétate de plomb neutre un précipité blanc, insoluble dans l’eau, soluble dans l'acide nitrique ; à l’état de succinate soluble, il précipite les persels de fer en flocons d’un rouge brunâtre.

Composition. — L’acide succinique cristallisé renferme : carbone, 40,68 ; hydrogène, 3,08 ; oxygène, 54,24. 11 est bibasique.

Csa;^es. — L’acide succinique est employé en médecine comme antispasmodique.

Falsifications. — L’acide succinique étant d’un prix élevé est souvent mêlé , dans le commerce, avec le sel ammoniac, le carbonate d’ammoniaque, Vacide su lfurique, le bisulfate de potasse, Valun, Vacide borique, le chlorure de sodium, le

(I) Suivant Biel, l’acicle salicylique purifie par sublimation se colorerait bientôt en rose au contact de la lumière, par sa conversion lente en acide phénique, ce qui le rendrait impropre à l'usage médical.

ACIDE SUCCINIQUE. 71

nitrate de potasse, le sacre, la C7'ème de tai'tre, \ acide citi'ique, \ acide oxalique, Voxalate de potasse, Y acide tartrique et Y huile de succin.

En chauffant l’acide succinique dans une cornue, à une température élevée graduellement, il se volatilise et laisse les corps fixes étrangers ; l’alcool sert aussi à séparer l’acide succinique du sulfate de potasse, de Yoxalate de potasse, de la C7'ème de tarU'e, qui ne se dissolvent pas dans ce menstrue.

La présence du sel ammoniac, du carbonate d'ammoniaque, est reconnue par l’odeur ammoniacale que dégage l’acide lorsqu’on le triture avec un excès de potasse, de soude ou de chaux ; de plus, le sel ammoniac donne un précipité blanc caillebotté, avec le nitrate d’argent; le carbonate d’ammoniaque fait effervescence au contact d’un acide.

U acide sulfurique est reconnu à l'aide du chlorure de baryum ; le môme réactif sert à déceler la présence du sulfate acide dépotasse ; de plus, le solutum aqueux de l’acide à essayer donne un précipité jaune-serin avec le chlorure de platine (1).

M. Peltier, de Doué, a signalé une sophistication de l’acide succinique par Yalun (sulfate d’alumine et de potasse) dans la proportion de 1/G. On opère d’abord, à l’aide de l’alcool à 90° bouillant, la séparation de l’alun et de l’acide succinique : l’alun, insoluble dans l’alcool, est dissous dans l’eau, et saprésence est décelée par l’eau de baryte, l’ammoniaque et le chlorure de platine.

V acide oxalique et Yoxalate de potasse se reconnaissent au précipité blanc donné par un sel de chaux ; et de plus, le sel de potasse, au précipité jaune-serin formé avec le chlorure de platine.

Le chloria'e de sodium donne sa saveur salée à l’acide succinique ; Tacide mélangé avec ce sel décrépite sur les charbons et donne, avec le nitrate d’argent, un précipité blanc, caillebotté, soluble dans l’ammoniaque, insoluble dans l’acide nitrique.

Le suo'e communique un goût sucré à l’acide succinique ; celui-ci, projeté sur des charbons ardents, exhale une odeur de caramel.

Le nitrate dépotasse, mêlé à l’acide succinique, lui communique la propriété de fuser sur une lame de platine rougie au feu ; dissous dans l’eau et mis en contact avec de la tournure de cuivre, la solution dégage, sous l'influence d’un peu d’acide sulfurique, des vapeurs rutilantes et détermine la production de nitrate de cuivre bleu.

Le mélange d’acide succinique et Cl acide borique se reconnaît par la calcination : le résidu présente tous les caractères qui sont particuliers à ce dernier acide.

L’acide succinique mêlé CY acide citrkque produit. une solution aqueuse à réaction beaucoup plus acide que s’il n’y avait que de l’acide succinique, et qui se trouble légèrement par l’eau de chaux en excès, lorsqu’on la soumet à l’action de la chaleur.

\Y acide oxalique, Y acide tarti'ique ajoutés à l’acide succinique, se reconnaissent au précipité desuroxalate ou de surtartrate de potasse, que le solutum aqueux de cet acide forme avec la potasse ou avec le chlorure de potassium en solution concentrée.

La présence de la ci'hne de tarti'e est décelée par la calcination et l’odeur caractéristique du tartre brûlé ; on a pour résidu du carbonate de potasse, soluble

1,1) M. Nedler a examine des échantillons d'acide succinique livrés au commerce, renfermant 'ô p. 100 de sulfate acide de potasse.

ACIDE SULFURIQUE

avec effervescence dans les acides ; la solution acide étendue donne un précipité jaune-serin avec le chlorure de platine (I).

M. Wackenroder a trouvé dans le commerce de l’acide succinique qui n’en avait que le nom, et qui consistait en un mélange d’aezV/e tartrique et à'hinle de mccin. Enfin d’autres acides succiniques ne consistent qu’en sel ammoniac ou en bisulfate de potasse, enduits d’une faible couche d'huile de succin. Ces fraudes se reconnaissent en traitant une portion du produit par l’alcool qui dissout l’huile de succin et laisse indissous le bisulfate de potasse, dont on constate la présence à l’aide des caractères déjà indiqués. Quant à la séparation de l’huile de succin et du sel ammoniac, on traite la masse par l'eau et on distille ; on obtient une pyrélaïne incolore ou huile de succin rectifiée, peu soluble dans l’alcool hydraté, et d’une odeur particulière caractéristique. La solution aqueuse restante présente alors tous les caractères des chlorures et des sels ammoniacaux. (’V^oir : Cai'actères des sels.)

ACIDE SULFURIQUE ; = S2Q6,2(HO) ou SQ3,HO. — L’acide sul-

furique, connu encore aujourd’hui sous les noms d'huile de vitriol, d'esprit de vitriol, d'acide vitriolique, etc., existe dans le commerce sous trois états différents : 1“ V acide sidf urique anhydre ou SO® ; 2“ Y acide sulfurique fumant ou hémihydraté, ou encore acide de Nordhausen S2Q®,HO; 3“ Y acide sulfu?'ique normal ou monohydraté S'20®,2(H0) ou SO®,HO.

Ce dernier est liquide (2), limpide, incolore, possédant au plus haut degré cette consistance oléagineuse qui lui a fait donner le nom très-impropre dYhuile de viti'iol, car il n’est ni gras ni inflammable.

Sa densité est égale à 1,842. 11 entre en ébullition à -j- 326“. 11 est soluble dans l’eau et dans l’alcool en toutes proportions. 11 charbonne le sucre, le ligneux et la plupart des matières organiques ; aussi corrode-t-il tous les tissus animaux et végétaux; on doit donc le manier avec précaution, surtout lorsqu’il est concentré. Il a une vive affinité pour l’eau qu’il enlève à presque tous les corps hydratés, à l’air humide, etc. Son caractère principal est de produire dans les sels de baryte dissous un précipité blanc de sulfate de baryte insoluble dans l’eau et dans les acides minéraux. (Voir : Caract'eres des sulfates, page 13.)

L’acide sulfurique normal est très-avide d’eau et peut se combiner en plusieurs proportions avec ce liquide; la combinaison ou le mélange a lieu avec dégagement de chaleur et, suivant la quantité d’eau ajoutée à l’acide sulfurique hydraté, le point d’ébullition s’abaisse et la densité diminue, sans être la moyenne de celle de l’eau et de l’acide employés ; car il y a toujours une contraction qui varie avec les proportions relatives d’acide et d’eau.

En faisant de nombreuses expériences suc divers mélanges de ces deux liquides entre eux, Vauquelin, d'Arcet, Parkes, Dalton, Ure, Bineau. ont dressé des tables indiquant la richesse de l’acide sulfurique, ou la quantité pour cent d’acide normal ou d’acide anhydre contenue dans un acide donné, d’une certaine densité correspondant à un certain nombre de degrés de l’aréomètre pèse-acides de Baumé (fig. 14).

(1) M. Nestler dit avoir trouvé dans le commerce des ccliantillons d’acide succinique mêlés de la moitié de leur poids de crème de tartre.

(2) Lorsque l’acide sulfurique normal est absolument pur et monoliydraté, il est solide jusqu’à-j- ICjà. {Morignac.)

ACIDE SULFURIQUE. 73

Voici la table dressée par Bineau (1) :

Degrés de l’aréomètre

Densité

Acide Dorm.-il

Degrés de l’aréomètre

Densité

Acide normal

de Baumé à -f 15».

de Baumé à-l- 15”.

Dans un travail sur la richesse en acide normal des acides sulfuriques de diverses densités, Kolbe a obtenu des résultats qui modifient légèrement les chiffres du tableau précédent. D’après ce chimiste, les impuretés que peut renfermer l’acide sulfurique commercial n’affectent pas sensiblement sa densité.

En dehors de l’acide anhydre et de l’acide fumant dit de Nordhausen, le commerce livre l’acide sulfurique sous trois degrés différents de condensation : l’acide à l’acide à 60® et

l’acide à 66®. C’est ce dernier qu’on rencontre particulièrement dans les laboratoires et officines.

Usagées. — Parmi les produits chimiques, l'acide sulfurique occupe le premier rang, tant par l’importance que par la multiplicité, de ses usages dans les arts. On peut dire qu’une augmentation dans sa production, une diminution dans son pri.x de revient, sont au nombre des indices certains du progrès général de l’industrie d’un pays.

L’acide sulfurique sert à préparer presque tous les acides, le chlore, la soude artificielle, les sulfates, les aluns, l’hydrogène, le sucre de fécule, l’éther, le sulfate de quinine, la garançine, le cirage anglais, le coton-poudre ; on l’emploie à l’affinage du cuivre et de l’argent ; dans les essais alcalimétriques, dans l’essai des savons ; indirectement dans la fabrication des eaux minérales gazeuses, des bougies stéariques, des savons, du phosphore ; pour le décapage des métaux, l’épuration des huiles, du suif ; la dissolution de l’indigo, le tannage des peaux, la teinture, le blanchiment, etc. Enfin,

(1) Dans ce tableau, les nombres qui représentent les proportions d’acide concentré se rappor-

Fig. 14.

Pèse acides de Bauuié.

ACIDE SULFURIQUE

il est d’un usage très-fréquent dans les laboratoires, comme réactif, pour produire un froid artificiel, dessécher des substances humides, etc. (fig. 13).

En médecine, l’acide sulfurique est employé comme caustique et fait la base du caustique safrané de FeZ/jeau; étendu d’eau, il devient simplement astringent et sert à préparer des limonades sulfuriques que quelques médecins prescrivent pour combattre les coliques de plomb ; on l'emploie aussi en gargarismes astringents et détersifs, en potions astringentes, en collyres, en lavements astringents.

Altérations. — Par suite de négligence dans sa conservation ou sa préparation , l’acide sulfurique est quelquefois altéré par les impuretés suivantes : matières organiques, acide sulfureux, acide azotique, composés oxygénés de l'azote, acide chlorhydrique, sulfate de plomb, sulfate de chaux, fer, cuivre, qilatine, étain, arsenic, iode, sélénium et acide fluorhydrique.

L’acide sulfurique mal bouché ou bouché au liège attire fortement l’humidité de l'air, prend une coloration brune et quelquefois noire, due à la

Fig. 15— Appareil pour dessiccatiou par l acide sulfurique. décompositioil du liège OU à Celle

des matières organiques contenues dans l’air. Cette coloration disparaît par l’ébullition, sous l’inlluence de laquelle il se forme de l’acide sulfureux et de l’acide carbonique aux dépens des matières charbonneuses et d’une portion de l’acide sulfurique. Cet acide ainsi coloré et exposé à l’air a subi, dans son degré, un affaiblissement facile à constater par l'aréomètre, ou par un essai acidimétrique. (Voir plus loin : Acidimétrie.)

U acide sidfureux ne se rencontre que dans l'acide sulfurique étendu d’eau. On l’y découvre facilement, soit par le caméléon violet qu’il décolore, soit par l’acide azotique ou le chlore qui le transforment en acide sulfurique, soit aussi par l’action de l’hydrogène naissant qui le change en hydrogène sulfuré. (Voir : Acide ctiloruydrioue. Recherche de l’acide sulfureux.) *

Warrincpton isole cet acide sulfureux en agitant un kilogramme de l’acide sulfurique soumis à l’essai, avec l’air contenu dans un flacon de plus d’un litre de capacité; l’air déplace le gaz sulfureux; alors l’atmosphère du flacon devient capable de décolorer un papier amidonné bleui par l’iode.

L’acide sulfureux n’existe pas en présence des composés oxygénés de l’azote. Ceux-ci et \ acide nitrique que contient souvent l’acide sulfurique peuvent provenir, soit de la fabrication où l’on a substitué l’acide nitrique au nitrate de potasse ou de soude, soit d’une addition faite par les fabricants dans le but de

teiit à l’acide au maximum de concentration établi par la théorie, c'est-à-dire à l'acide monoliydraté. Or, les bons acides du commerce renferment ordinairement 5 p. 100 d’eau en excès! il s’ensuit que si l’on veut prendre cette composition comme point de départ, la proportion d’acide monohydraté devra être multipliée par 0,05 pour exprimer celle de l’acide ordinaire.

^ACIDE SULFURIQUE. 75

décolorer l’acide noirci par des matières organiques. Plusieurs moyens ont été proposés pour reconnaitre la présence de ces composés nitreux :

Desbassyns de Richemont a constaté qu’en mettant dans l’acide sulfurique nitreux quelques cristaux de protosulfate de fer (vitriol vert), ceux-ci ne tardaient pas à se colorer en rose tendre ou en pourpre et qu’on pouvait, à l’aide de ce procédé, reconnaître des traces d’acide nitrique dans l’acide sulfurique. Suivant Jacquelain, on doit faire l’e.xpérience de la manière suivante : on prend 50 grammes d’acide; on verse à sa surface P® d’eau distillée; on laisse dissiper la chaleur qui a pu se produire, puis on verse 10 gouttes environ d’une solution de sulfate de fer, et on mélange avec lenteur : s’il y a du bioxyde d’azote, l’acide prend une couleur rose tendre ou pourpre; s’il y a de l’acide hyponitrique, la couleur est bleue, violacée ou violette (1).

On peut aussi, pour reconnaître la présence du bioxyde d’azote ou de Yacide hypoazotique, employer l’iodure bleu d’amidon ou le permanganate de potasse : ces deux substances sont alors décolorées.

Couerbe et Guérin-Varry ont proposé l’emploi de la narcotine, qui se colore en jaune citron ou en rouge de sang au contact d’un acide sulfurique contenant des proportions meme très-faibles d’acide nitrique.

Lorsque ce dernier est en quantité notable, on le reconnaît, soit par l’action de la chaleur qui dégage des vapeurs nitreuses dont l’existence est rendue plus manifeste au moyen de la tournure ou de la limaille de cuivre, soit par une saturation au moyen de la baryte ou de la chaux : on évapore à, siccité, et on traite le résidu par l’eau qui dissout seulement le nitrate de baryte ou de chaux.

M. Braua recommande le moyen suivant ^omme étant extraordinairement sensible :

Dans un verre de montre, on met environ D' d’acide sulfurique concentré et pur, et l’on ajoute goutte à goutte environ 0‘^°,5 de sulfate d’aniline préparé avec 10 gouttes d’aniline du commerce versées dans 50'’® d’acide sulfurique étendu de 6 parties d’eau. On trempe une baguette de verre dans le liquide qu’on suppose contenir de l’acide azotique et on la promène dans la liqueur anilique, puis on souffle à la surface de celle-ci et l’on y voit bientôt apparaître des franges d’un rouge d’autant plus foncé qu’il y a plus d’acide azotique en présence (2).

D’après si à d’une solution qui ne renfermerait par litre

que O’^OOOOl d’acide azotique à l’état d’azotate, et qu’on aurait préalablement évaporée, on ajoute une goutte d’acide sulfurique pur, puis un cristal de brucine, on voit encore se produire une coloration rose autour de ce dernier ; à plus forte raison, la coloration devient-elle plus intense si la proportion d’azotate est plus considérable.

La présence de Yacide chlorhydrique dans l’acide sulfurique est mise en évidence par le précipité blanc, caillebotté, insoluble dans l’acide nitrique, soluble dans l’ammoniaque, qu’y occasionne le nitrate d’argent, après avoir préalablement étendu d’eau pure l’acide à essayer.

(1) Il est préférable de verser doucement la solution de sulfate ferreux à la surface de l’acide sulfurique à examiner, qu’on a mis dans un tube à essai : à la zone de séparation des deux liquides, ou voit se former aine coloration rose ou brunâtre suivant la proportion des composés oxygénés de l’azote que renferme l’acide sulfurique. {Er. B.)

(2) D’après Kopp, la diphénylamine en solution au 1000® donne, en bleuissant, une réaction encore plus sensible.

ACIDE SULFURIQUE

Le sulfate de chaux provenant des eaux employées pour condenser les produits gazeux dans les chambres de plomb est reconnu en évaporant à siccité une certaine portion de l’acide ; le résidu, repris à chaud par l’eau distillée, précipite en blanc par le chlorure de baryum et par l’oxalate d’ammoniaque.

La présence du sidfate de plomb provenant de l’altération des parois métalliques des chambres, est décelée : par l’eau, qui forme un précipité blanc dû à la moindre solubilité du sulfate de plomb dans l’acide sulfurique étendu que dans le même acide concentré ; par l’acide sulfhydrique, qui donne un précipité noir de sulfure, après saturation préalable de l’excès d’acide sulfurique par la potasse ou l’ammoniaque : sans cette précaution, ainsi que l’a fait observer quier^ l’acide sulfhydrique serait sans action sur le sulfate de plomb mêlé mécaniquement ou dissous dans un grand excès d’acide sulfurique.

Avec la solution aqueuse du résidu d’évaporation de l’acide sulfurique à essayer, le cyanure jaune donne un précipité bleuâtre s’il y a du /er, brunmarron s’il y a du cuivre. Dans le cas d’un mélange de fer et de cuivre, il faut avoir recours, soit à l’ammoniaque, soit à l’emploi d’une lame de fer décapée.

L’acide sulfurique contient quelquefois du pAatine provenant des vases dans lesquels on a opéré sa concentration, ou de l’étom dérivant de l’action de l’acide sur la soudure des chambres (1), ou de \ arsenic fourni par les pyrites de fer, le plus souvent arsenicales, employées presque partout aujourd’hui à sa fabrication.

h& platine se reconnaît au précipité jaune produit par le chlorure de potassium dans la solution chlorhydrique et concentrée du résidu de l’évaporation d’une certaine portion de l’acide soumis à l’essai.

La présence de l’étain, observee par Dupasquier, est décelée au moyen de l’acide sulfhydrique : si, en outre, l’acide est arsenical, on a un précipité brun jaunâtre; dans le cas contraire, le précipité, d’un brun foncé, traité par l’acide nitrique, donne un résidu blanc insoluble dans l’eau, soluble dans l’eau régale. Cette dissolution présente les caractères des sels d’étain au maximum, c’est-àdire : précipitation en jaune pâle par l’acide sulfhydrique, par le sulfhydrate d’ammoniaque dans un excès duquel le précipité se redissout; précipité blanc d’acide stannique par l’ammoniaque, la potasse ; précipitation d’étain métallique au moyen d’une lame de zinc, dans une liqueur acide.

L’arsenic (2) se trouve dans l’acide sulfurique à l’état d’acide arsénique, d’après les expériences de Dupascquier confirmées plus tard par celles de MM. Bussy et Buignet, et non à l’état d’acide arsénieux, comme le prétendait Vogel, de Munich. Sa présence est décelée soit directement, au moyen de X appareil de Marsh (après s’être assuré toutefois que le zinc employé n’est pas arsenical) (3), soit au moyen de l’acide sulfhydrique, qui produit lentement un précipité jaune de

(1) Aujourcl’lmi que l’on emploie gcncralement la soudure autoqène (par le plomb) de Desbassyns de Richetnont, pour relier ensemble les lames de plomb qui composent les chambres, l’étain se rencontre rarement dans l’acide sulfurique du commerce.

(2) La présence de l’arsenic est très-importante à constater dans l’acide que l’on emploie poulies recherches de toxicologie ou pour les préparations pharmaceutiques.

En 1851, M. Btondlot, de Nancy, a trouve d’acide arsénieux dans un acide sulfurique fabriqué avec des pyrites ferrugineuses, du département des Vosges.

(;î) La recherche de l’arsenic exige ici l’emploi d’un acide sulfurique étendu et exempt d’acide sulfureux; sans cela, il y aurait formation d’hydrogène sulfuré qui précipiterait l’arsenic à l’état de sulfure jaune ou orpiment.

ACIDE SULFURIQUE. 77

sulfure d’arsenic, soluble dans l’ammoniaque, et dont on peut opérer la réduction à l’aide du flux noir (l).

Quelquefois l’acide sulfurique contient de Viode provenant de l’acide nitrique qui a été introduit dans les chambres de plomb ; sa présence se constate comme nous l’avons déjà indiqué pour I’acide nitrique (page 61).

La présence du sélénium, à l’état à'acide sélénieux, a été signalée à plusieurs reprises dans quelques acides sulfuriques du commerce. Elle y a été constatée dès 1856 par Wittstock, puis en 1863 par ^.Kuhlmann, et en 1872 par M. Personne. L’acide sulfurique sélénifère, mis en contact avec un cristal de sulfate ferreux, le recouvre bientôt d’un enduit de couleur brique. Si l’acide est préalablement étendu de 4 parties d’eau, puis filtré, il donne ensuite un dépôt de sélénium lorsqu’on l’additionne d’acide sulfureux dissous. En reprenant par le sulfure de carbone le dépôt rouge qui se forme alors et en évaporant ce liquide, on a le sélénium pour résidu.

D’après Nicklès, l’acide sulfurique du commerce est quelquefois fluorifèi'e. Pour l’essayer, on en met nne trentaine de grammes dans un creuset en platine, avec 10 grammes d’eau. On place sur le creuset une plaque de cristal de l’oche enduite d’un vernis de cire, sur lequel on trace quelques figures déterminées, de manière à mettre à nu le cristal, là où sont tracées les lignes. En maintenant cette plaque à la température ordinaire et en chauffant le creuset à 130® ou loO® pendant deux heures, les vapeurs üuorhydriques se dégagent et viennent attaquer la plaque de cristal de roche, ce que Ton reconnaît ensuite en la débarrassant du vernis qui l’enduisait.

Falsifications. — L’acide sulfurique est quelquefois falsifié par de X argile, de làsoude ou du sulfate de soude, ajoutés dans le but d’augmenter sa densité, lorsqu’il n'a pas le degré convenable. Cette dernière fraude se reconnaît en évaporant à siccité une certaine quantité d’acide : on a pour résidu le sulfate de soude qu’on fait cristalliser et que l’on peut doser.

L’argile est décelée par l’inspection du résidu qui se trouve au fond des touries d’acide, mais cette argile provient quelquefois aussi de la chute accidentelle d’une partie du lut employé au scellement des bouchons de grès de ces touries.

Titrag:e. — L’acide sulfurique étant livré au commerce sous plusieurs états de concentration, il devient par là nécessaire d’étahlir sa richesse en acide monohydraté réel, défalcation faite des acides. et produits étrangers qu’il peut contenir. On peut y arriver par trois méthodes distinctes : 1“ au moyen de l’aréomètre pèse-acides ; 2“ par la méthode des pesées; 3“ par celle des volumes.

1® Méthode aréométrique. — Il suffit de ramener à la température de -j- 15® (2) l’acide à examiner, et d’y plonger un hon aréomètre pèse-acides de Baurné,

(1) On ne doit faire réagir l’hydrogène sulfuré que sur de l’acide sulfurique étendu d’eau ; autrement, l’acide concentré décomposerait ce gaz en produisant de l'acide sulfureux et un dépôt de soufre. Il en serait de même avec l’acide sulfhydrique en présence de l’acide sulfureux.

(2) Lorsque l’acide n’est pas à la température de -j- l.ô’, on peut l’y ramener à l’aide de la correction suivante : une augmentation de 21“ de température correspond à une diminution de 1“ aréométrique, soit 0,048 par chaque degré du thermomètre. Il suffit donc d’ajouter ce dernier chiffre au degré aréométrique ou de l’en retrancher autant de fois qu’on pourra compter un degré de chaleur au-dessus ou au-dessous de -j- 15“ pour avoir exactement le degré aréométrique. Ex. : 64“ Baumé à -1- 21“ centigrades = Gi -j- 0,048 X (21 — 15 = 6) = 64 -U 0,048 X 6 = 64,28, ou bien 53“ Baumé à -f 7“ = 53 — 0,018 X (15 — 7 = 8) = 53 — 0,048 X 8 = 52“,62.

ACIDE SULFURIQUE

pour que le degré marqué par cet instrument fasse connaître la densité du liquide. Or, on voit, d’après la table dressée par Bineau que le degré Baumé et la densité qui s’y rapporte correspondent à un mélange déterminé d’acide réel et d’eau.

A ce moyen si simple et suffisamment précis, on peut substituer la détermination directe du poids spécifique de l’acide sulfurique à analyser, en employant la méthode du flacon.

2® Méthode par les pesées. — Quand un acide sulfurique ne renferme pas de sulfate métallique, il est facile d’établir sa richesse en en prenant un poids déterminé, qu’on étend d’eau ensuite, puis qu’on précipite par un léger excès d’une solution de chlorure de baryum. Le sulfate de baryte insoluble qui en résulte doit être recueilli sur un filtre en papier Berzélius. Après un lavage suffisant (1),

Fig. 16.— Balance de précision.

on le sèche, on le calcine (2), et on pèse le résidu (fig. 16). Celui-ci, multiplié par 0, 4206, donne le poids de l’acide sulfurique monohydraté auquel if correspond. 11° Méthode volumétrique. — On a proposé un assez grand nombre de procédés

(1) Quand on précipite l'acide sulfurique d’une liqueur par un sel de baryte soluble, celle-ci reste longtemps trouble et filtre de même. Pour la clarifier, il suffit, avant la précipitation, de l’avoir fait bouillir pendant un instant avec une quantité très-minime d'amidon : moins de 1 millième de ce produit par rapport au poids du sulfate de baryte à recueillir suffit à cette clarification. [Lieberynann.)

(2) La calcination du sulfate de baryte avec le papier du filtre engendrant du sulfure de baryum, il est nécessaire de ramener ce dernier à l'état de sulfate de baryte en le calcinant de nouveau avec quelques gouttes d’acide azotique ou d'acide sulfurique pur.

ACIDE SULFURIQUE

pour doser volumétriquenient l’acide sulfurique et les sulfates. La plus pratique consiste à recourir à la méthode acidimétrique.

Acidimétrie. — Les analyses par les liqueurs titrées étant d’une exécution plus rapide que celles qui exigent l’emploi de la balance, M. Violette a conseillé autrefois de revenir à l’usage de l’alcalimètre de Gay-Lussac, pour l’essai de l’acide sulfurique ainsi que pour celui de tous les autres acides du commerce. Son procédé repose sur le fait suivant :

Lorsqu’on prend un poids ou un volume déterminé d’un acide à essayer dont l’équivalent est connu, et un poids ou un volume semblable d’acide sulfurique normal dont l’équivalent est 49 (1), si l’on représente par T la quantité d’acide réel contenu dans 100 parties de celui qu’on analyse, l’essai alcalimétrique conduit à la formule suivante :

E représente l’équivalent de l’acide soumis à l’essai, b et b' les quantités de sucrate de chaux ou de soude caustique employées à saturer les deux acides. L’équivalent de l’acide sulfurique étant égal à 49, si l’on substitue ce chiffre à la lettre E dans la formule précédente, on obtient :

Voici comment on opère :

Si l’on doit faire usage de sucrate de chaux comme le recommande M. Violette, on fera digérer à froid 50 grammes de chaux éteinte, bien caustique et en poudre, dans 100 grammes de sucre dissous dans un litre d’eau.

On agitera pour aider à la dissolution qu’on filtrera ensuite et qu’on conservera

à l’abri de l’air. Mais il est préférable d’employer une solution de soude caustique (18 ou 20 grammes dans un litre d’eau).

On se procure ensuite tous les instruments nécessaires pour un essai alcali-

(1) Cet équivalent serait le double de ce chiffre, c’est-à-dire 98, si on donnait à l’acide sulfurique sa vraie formule Ss0«,H202 =

T=mx-^x^ = my,^.

fl

Fig. 17. — A'ases et instruments pour essais acidimétriques.

80 ACIDE TARTRIQUE

métrique, en substituant toutefois une pipette de 10'" à celle de 50", puis on fait un double essai :

1“ On mesure 10" d’acide sulfurique au 10“ (1), ce qui représente 1 gramme d’acide sulfurique monohydraté, et on les introduit dans le vase à fond plat qu’on fait reposer sur une feuille de papier blanc (flg. 17); on colore ce liquide par quelques gouttes de teinture de tournesol. D’autre part, la burette graduée reçoit jusqu’à son zéro la solution de sucrate de chaux ou de soude caustique; enfin, on verse cette liqueur alcaline goutte à goutte dans la solution colorée par le tournesol, en agitant constamment jusqu’à ce que le liquide ait pris la teinte bleue, ce qui indique le terme de la saturation. (Voir : Potasse, Alcalimétrie.) Supposons que le nombre de degrés employés soit 53 ; il en résulte que 10" d’acide sulfurique au 10“, dit normal, sont saturés par 53 divisions de dissolution alcaline.

2“ Si l’on a à essayer un acide sulfurique concentré, on commence par le réduire au 10“ en l’étendant d’eau. Pour cela, on en introduit 50 grammes dans l’éprouvette d’un demi-litre, et on y ajoute assez d’eau distillée pour en faire 500" (2). On prélève alors 10" de ce liquide, et, après les avoir introduits dans le vase à fond plat avec quelques gouttes de tournesol, on procède à leur saturation au moyen de la liqueur alcaline remplissant la burette graduée jusqu’à son zéro. Supposons que cet acide au 10“ ait exigé 43 divisions pour être saturé, on a alors :

donc, 81,13 représente la proportion d’alcide sulfurique monohydraté contenu dans 100 parties de l’acide soumis à l’essai (3).

Le procédé rapporté par M. Gab. Pouchet, dans le Moniteur scientifique (1874, page 945) est, à peu de chose près, la reproduction du précédent. Ce praticien y ajoute la détermination volumétrique de l'acide sulfureux, de Vacide azotique et du fer, que l’acide sulfurique du commerce contient quelquefois; mais il est rarement nécessaire de pousser aussi loin ce genre d’analyse.

ACIDE SULFURIQUE ALCOOLISÉ. — Sous ce nom et sous ceux de : acide sulfurique dulcifié, eau de Rabel, élixir dulcifié, alcoolé sulfurique, alcool sulfurique, on emploie en pharmacie, comme astringent et antiseptique, un mélange de 100 parties d’acide sulfurique à 66® et de 300 parties d’alcool à 90 , le tout additionné de 1 partie de pétales de coquelicot. Ce liquide possède une couleur rouge, une odeur liquoreuse agréable, et une saveur spiritueuse très-acide.

Le mélange, à i~>arties égales, d’acide sulfurique et d’alcool constitue \ élixir acide de Haller.

L’eau de Rabel anciennement préparée acquiert une odeur éthérée par suite

(1) C’est celui qu’on emploie pour les essais alcalimétriques ; il est prépare en dissolvant 100 grammes d’acide sulfurique monohydraté pur dans assez d’eau pour en faire 1 litre.

(2) La liqueur devra avoir exactement ce volume à la température de 4- 15° ; il faut donc n’ajouter les dernières portions d’eau qu'après son refroidissement complet.

(3) Le titrage des acides chlorhydrique, azotique, acétique, etc., se pratiquera exactement de la môme manière, en faisant une première opération avec l’acide sulfurique normal (au I0«j, et une deuxième opération avec l’acide à essayer. Seulement, on prendra le soin de substituer à la lettre E de la formule générale le nombre représentant l’équivalent de l’acide qu’on veut titrer.

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