‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 375 sur 470 · RÉSINE MASTIC · texte numérisé non relu

RÉSINE MASTIC

jalap pure, traitée par le même procédé, ne développe qu’une coloration brune qui ne varie pas [Blacher).

Si l’on dissout la résine à examiner dans un peu d’alcool fort, et si l’on y ajoute ensuite quelques gouttes d’acide cyanhydrique étendu et de sulfate de cuivre en dissolution, ces deux réactifs développeront, au contact de la résine de gayac, la belle coloration bleue caractéristique de cette dernière substance, ce que ne produit nullement la résine de jalap pur.

La solubilité de la résine de jalap dans la potasse caustique et sa conversion en acide soluble peuvent servir aussi à la distinguer des 7-ésmes de pin, de gayac et de la colophane. Ces dernières sont solubles également dans la potasse, mais elles se convertissent en un acide insoluble, qui est précipité immédiatement par quelques gouttes d’acide sulfurique ; ce dernier, au contraire, ne produit aucun précipité dans la solution alcaline de résine de jalap, exempte des résines mentionnées plus haut; la solution conserve sa transparence malgré l’addition de l’acide (^Mc/mer).

M. Damen a rencontré de la résine de jalap additionnée de 30 p. 100 d’aZoès. Elle avait une couleur brune, une saveur amère, était très-friable, ^très-soluble dans l'alcool et se dissolvait en partie dans l'eau distillée, dans l’ammoniaque et dans une solution aqueuse de carbonate de soude. La solution aqueuse, traitée par l’acide azotique, devenait d’un beau jaune, en donnant de l’acide picrique.

RÉSINE MASTIC. — Cette résine est fournie par le Pistacia lentiscus (Térébinthacées), arbre qui croît en Italie, en Espagne, en Provence, mais principalement dans l’île de Chio.

On distingue deux sortes de mastic : le mastic en larmes et le mastic commun. Le premier (l)est en petites gouttes ou larmes jaunâtres, demi-translucides, dures, friables, ordinairement arrondies, souvent irrégulières et quelquefois aplaties, recouvertes d’une poussière légère occasionnée par le frottement continuel des morceaux. La cassure de cette résine est vitreuse; son odeur, agréable ; sa saveur, aromatique, un peu amère; elle se ramollit sous la dent.

La deuxième sorte contient beaucoup de morceaux irréguliers, de menus, de morceaux adhérents à des fragments d’écorce ou mêlés de sable et de terre.

Projeté sur des charbons ardents, le mastic répand une odeur assez forte. Sa densité est de 1,074.

Le mastic renferme deux résines : l’une {masticine), blanche, molle, visqueuse, soluble dans l’alcool; l’autre, insoluble dans ce liquide.

Usages. — Cette résine est employée comme masticatoire, en Orient, pour parfumer l’haleine : de là le nom qu’elle porte. On s’en sert pour faire des fumigations excitantes, dans le traitement des rhumatismes; à l’intérieur, on en fait usage comme stomachique ou dans le traitement des catarrhes chroniques. Elle entre dans la composition de plusieurs onguents, emplâtres, poudres fumigatoires et mastics pour les dents. Elle fait partie de quelques vernis.

Falsifications. — On a quelquefois vendu de la sandaraque sous le nom de mastic. La sandaraque est en larmes d’un jaune pâle, plus allongées que celles du mastic, recouvertes d’une poussière très-fine, à cassure vitreuse ; elle se réduit en poudre sous la dent, au lieu de s’y ramollir; elle est insoluble dans l’es-

(1) Le mastic en larmes est la seule sorte que les pharmaciens doivent employer.

RHUBARBE

sence de térébenthine, très-peu soluble dans l’éther, tandis que le mastic se dissout très-bien dans ces deux véhicules. M. X Landerer, pharmacien à Athènes, a signalé de la résine mastic, falsifiée par 16 p. 100 environ de sel majdn, en grains difficiles à distinguer, à première vue, de ceux du mastic ; mais, par un traitement aqueux du mastic, on dissoudrait le sel marin, que l’on pourrait faire cristalliser, par évaporation, en trémies à saveur caractéristique. La solution aqueuse donnerait, avec le nitrate d’argent, un précipité blanc, caillebotté, soluble dans l’ammoniaque, insoluble dans l’acide nitrique.

RHUBARBE. — On avait supposé, jusque dans ces derniers temps, que la rhubai'be était la racine, ou plutôt le rhizome de plusieurs espèces du genre Rheum (.Polygonées), et particulièrement des Rheum palmatum, imdidatum, compaclum et australe. Mais M. le professeur Railhm a pu reconnaître que la vraie rhubarbe était due à la tùje, et non à la racine d’une nouvelle espèce, le Rheum officinale.

Variétés commerciales. — Dans le commerce, 011 connaissait, il n’y a pas encore bien longtemps, quatre sortes de rhubarbe : la rhubarbe de Moscovie, la rhubarbe de Chine, la rhubarbe de Pe7'se, et enfin la 7'hubarbe de F7-ance ou rhubarbe mdUjhie.

Aujourd’hui les rhubarbes peuvent être divisées en deux grandes catégories : les rhubarbes exotiques et les rhubarbes indigènes.

Les premières comprennent: 1“ la rhubarbe de Moscovie ; la rhubarbe de Canton, ou rhubarbe de Chine ; la rhubarbe de Perse ; les rhubarbes de Tachkent, de Bucharie, de Sibérie et de l’Himalaya. 2® Les 7-hubarbes eu7-opée7ines ou indigèties portent le nom de rhubarbes de F7-a7ice, àü Autriche et de rhubarbe Anglaise, suivant leur provenance (1).

Parmi les rhubarbes exotiques, celles de Moscovie et de Perse ont presque complètement disparu du commerce qui ne nous fournit plus que celle de Chine. Voici cependant leur description :

1“ La rhuba)'be de Moscovie ou de Russie, ainsi appelée parce qu’elle nous venait du commerce que fait ce pays avec les contrées qui la produisent (Tartarie chinoise), est en morceaux irréguliers, convexes d’un côté, aplatis de l’autre, perforés de grands trous, à cassure nette; d’une couleur jaunâtre à l'extérieur, veinée de rouge-jaune et de blanc à l’intérieur. Elle colore la salive en jaune safrané et croque sous la dent. Sa poudre est d’un beau jaune. C’était la sorte la plus estimée.

2“ La rhubarbe de Chine ou de l'Inde se divise en rhubarbe de77ii-7no7idée, dépourvue de la partie la plus grossière de son écorce, et en rhubarbe 7nondée, c'est-à-dire privée entièrement de sa partie corticale.

La rhubarbe de Chine est en morceaux plus ou moins cylindriques, compactes ; elle est marquée d’entailles faites pour masquer les défectuosités de la racine ; elle est percée d’un trou dans lequel on aperçoit quelquefois la co"de qui a servi à la suspendre lorsqu’on l’a fait sécher. Elle a un extérieur ridé, une odeur prononcée et une saveur plus amère que les autres sortes; elle est d'un jaune sale extérieurement, d’une couleur rouge pâle et comme briquetée intérieurement. Elle croque sous la dent (2), colore la salive en jaune-orange. Sa poudre

(1) Voyez : Eiig. Collin, Thèse sur les Rhubarbes. École de phanuacie, 1871.

(2) Cette propriété paraît être due à la grande quantité à'oxalatc de chaux qui existe dans cette rhubarbe.

RHUBARBE

est d’un moins beau jaune que celle de la rhubarbe de Moscovie. C'est la sorte la plus recherchée après cette dernière.

3® La rhubarbe de Perse, qui nous arrivait ordinairement par l’Angleterre, est mondée au vif. Elle se présente en morceaux plats, de [grosseur variable, légers et plus spongieux que les autres sortes de rhubarbe. Elle est d’un jaune pâle extérieurement, et rougeâtre mêlé de lignes blanches intérieurement. On n’y remarque pas de trous.

Les rhubarbes d’Europe sont:

4“ La rhubarbe de Franc, e qu’il ne faut pas confondre avec le rhapontic ; elle est en morceaux quelquefois sphériques, ovoïdes, plans-convexes, ou plus généralement cylindriques, bien arrondis, et d’une couleur qui varie du jaune ocracé au rouge-brun. Ils ne sont pas percés transversalement.

5° rhubarbes d'Autriche comprennent celles de Moravie et de Hongrie. Elles ressemblent à la meilleure rhubarbe française.

6“ La rhubarbe anglaise ; elle est ou mondée ou en bâtons. Tous les morceaux sont plans-convexes, la face plane étant devenue convexe par dessiccation. Si on tes débarrasse de la poussière jaune qui les fait ressembler à la rhubarbe de Chine, ils offrent alors une couleur rose-œillet caractéristique. (Voir : Collin, des Rhubarbes.)

D’après MM. 0. Berg et Cauvel les rhubarbes exotiques présentent constamment sur leur surface externe un réseau losangique à mailles blanches et, sur une coupe transversale, un système d’étoiles disposé assez régulièrement; tandis que les rhubarbes européennes ne présentent pas à l’extérieur ce réseau blanc, et se distinguent par leur coupe transversale qui offre une disposition radiée, non interrompue par la présence d’étoiles. Mais M. Collin, dans sa belle thèse sur les rhubarbes, rejette cette distinction comme reposant sur des caractères qui ne sont pas constants; en effet, ces différences sont vraies quand on compare une rhubarbe de France à celle de Chine ; mais une rhubarbe anglaise présente transversalement de petits systèmes étoilés, tandis que la face convexe offre longitudinalement de grandes lignes jaunes, sensiblement parallèles, n’ayant ni l’aspect réticulé des rhubarbes exotiques, ni l’aspect ponctué des rhubarbes européennes (1).

Composition. — L’analyse de la rhubarbe a été entreprise un grand nombre de fois : Brandes, Trommsdorf, Buchner et H er berger, Hornemann, Schlossberger et Dôpping, de la Rue et Muller y découvrirent tour à tour divers principes souvent confondus.

D’après l’analyse de M. Hoimemann, la plus belle rhubarbe de Russie aurait la composition suivante :

Rhubarbe

de

venue

Chine.

d'Angleterre.

Amer de rliubarte {rhuharbarin ou

rhubarba-

rine de Pfaff, caphopicrite)

Matière colorante jaune {rhéine)

Extrait avec tannin

Apothème avec tannin

(I) On récolte à Java une rliubarbe que, les indigènes emploient comme purgatif sous le nom A' Akar-Kelombu. M. Schmidt y a trouvé un tannin spécial, de la Phéorétine, [de la Chrysophane, de X'acidc chrysophoniqve. de YÈmodine et de Yoæalate de chaux avec d'autres sels.

RHUBARBE

de

venue

Chine.

d’Angleterre.

Matière extraite par la potasse

Acide oxalique (1)

Fibre

Humidité

Les recherches de Kubly, faites en 1867, ont modifié ces résultats. D’après ce chimiste, la rhuharhe renfermerait principalement : acide rhéo-lannique^ acide rheumique, phéorétine, ch7'ysophane, matière j)ectiqne, substaixce neutre cristallisable, sels minéraux (2).

En traitant les différentes rhubarbes par l’acide nitrique, Garot a obtenu une matière particulière qu’il a désignée sous le nom diéi'yth'ose (du grec Ipuôpai'vw, rougir); elle est jaune lorsqu’elle provient des rhubarbes indigènes, qui en fournissent 8 à 10 p. 100 ; et de couleur orange pour les rhubarbes exotiques, qui en donnent lo à 20p. 100. L’érythrose est presque entièrement soluble dans l’alcool et l’éther ; elle forme, avec les alcalis, des composés rouges ou amarantes (éi'ythrosates) qui possèdent une grande puissance colorante [3).

Kfisai «les rhubarbes. — Pour distinguer les rhubarbes du commerce, M. John Cobb prépare des teintures de chaque sorte, introduit 8 grammes de chacune d’elles dans un petit tube à analyse, et y verse graduellement 4 grammes d'un mélange, à volumes égaux, d’acide nitrique et d’eau distillée, ayant soin d’agiter le tube pendant l’addition de ce mélange :

En moins de cinq minutes, la teinture de rhubarbe de l'Inde devient nébuleuse, et complètement trouble en un quart d’heure.

La teinture de l'hubarbe de Moscovie ne commence à se troubler qu’au bout de trois ou quatre heures;

La teinture de rhubarbe indigène (anglaise) est trouble au bout d'une demiheure, et on aperçoit des flocons de précipité répandus dans l’intérieur de sa masse.

Geiger a appliqué l’acide iodhydrique ioduré à l’essai des rhubarbes. Ce réactif communique une teinte verte à la rhubarbe de Moscovie, une teinte brunâtre

(1) Dans la rhubarbe de Chine, l’oxalate de chaux forme le tiers du poids de la racine {Henry), La rhubarbe de Moscovie en contient un peu moins; la rhubarbe de France, tout au plus 10

(‘.!) Vamidon signalé par Brandes dans la rhubarbe y existe en plus ou moins grande abondance, et peut-être sa proportion est-elle en raison inverse delà qualité de cette racine? Quoi qu’il en soit, le microscope et l'iode le font facilement reconnaître. Cet amidon, de forme un peu tétraédrique, porte un hile à trois ou quatre branches bien distinctes, à peu près comme celui du s2igle (fe\ Baudrimont).

(3j L’érythrosate de potasse a, suivant Garot, une puissance colorante six fois plus forte que celle de la cochenille. L’érythrosate d'ammoniaque a une force colorante au moins quatre fois plus forte que l’érythrosate de potasse. Ces composés sont susceptibles d’application aux arts, à la pharmacie.

Les érythrosates de potasse ou d’ammoniaque des différentes rhubarbes doivent être classés dans l’ordre suivant, par rapport à leur force colorante : rhubarbe de Moscovie, Rh. de Chine, Rh. indigène.

La puissance colorante de l'érythrose des rhubarbes exotiques est au moins trois fois plus forte que celle de l’érythrose des rhubarbes indigènes : ce caractère pourrait permettre de reconnaître leur origine, si surtout on tient compte en même temps du produit en érythrose et de sa couleur.

à celle de Chine. 11 rend la rhubarbe anglaise rouge foncé et bleuit la rhubarbe de France.

M. Husson fils, deToul, a cherché à distinguer les unes des autres les diverses variétés commerciales de rhubarbes au moyen d’une teinture d’iode au 40®. La décoction de 5 grammes de ces rhubarbes dans 425 grammes d’eau absorbe d’autant plus de teinture d’iode que la racine est de meilleure qualité. Ün reconnaît que l’iode cesse d’être absorbé, quand une goutte de la décoction essayée peut colorer en bleu un peu d’empois sur lequel on la fait tomber.

Usagées. — La rhubarbe est surtout employée comme tonique et purgatif, en poudre, tablettes, extrait, sirop, vin, teinture.

Altérations. — On trouve assez souvent, dans le commerce, de la rhubarbe qui a été mal desséchée et dont l’intérieur est nozV. Cette rhubarbe est d’une trèsbelle couleur jaune à l’extérieur, couleur que lui ont donnée les marchands, qui la roulent dans de la poudre de rhubarbe de choix. On s’aperçoit de la fraude en coupant les morceaux.

Falsifications (1). — Les larves d’insectes, entre autres celles du Sinodendrmn pusülum, attaquent souvent la rhubarbe. Pour cacher cette altération, les marchands bouchent les trous avec une pâte de poudre de rhubarbe, de gomme et A' eau, ou simplement avec de l'ocre jaune, et en roulent les morceaux dans de la poudre de rhubarbe de belle qualité. Pour découvrir cette supercherie, on rotte la surface de la racine sur un drap qui enlève toute la poudre, et laisse apercevoir les piqûres ; ou bien on soumet la racine à un lavage.

11 faut aussi casser quelques morceaux pour s’assurer s’ils ne sont pas noirs à l’intérieur.

Souvent encore on masque avec du curcuma les défauts extérieurs de la rhubarbe. On reconnaît cette fraude au moyen de l’acide borique, qui n’attaque point la couleur naturelle de la rhubarbe, tandis qu’il brunit, au contraire, le curcuma.

En 1846, on a cultivé, dans la banlieue de Paris, de la rhubarbe qui fut ensuite vendue comme rhubarbe exotique (2). 11 paraît qu’une partie de cette rhubarbe était expédiée en province à des pharmaciens, et que l’autre partie, réduite en poudre, était mêlée à de la poudre de l’hnbarbe de Chine.

On mélange aussi la rhubarbe avec la racine de rhapontic [Rheum rhaponticum), dont la couleur, l’odeur et la saveur sont analogues, quoique plus faibles. Le rhapontic est presque toujours en morceaux longs, minces, cylindriques, moins jaunes extérieurement et plus rouges à l’intérieur que la vraie rhubarbe. Cette racine a des stries qui partent, sous forme de rayons, du centre à la circonférence. Son infusion est plus pâle; sa saveur est plus âcre, plus astringente et moins amère ; enfin, lorsqu’on la mâche, elle est plus mucilagineuse, plus coriace, et ne croque pas sous la dent. En triturant parties égales de vraie rhubarbe et de magnésie, la poudre reste jaune en présence de l’essence d’anis, de fenouil, ou de citron, tandis que, en présence du rhapontic et de la magnésie, les mêmes essences produiraient une couleur rouge orangé saumonné [Rillot).

(1) La douane des États-Unis a confisqué, en une seule année, 34,000 livres de rhubarbe adultérée ou détériorée.

(2) Nous avons trouvé de la poudre de cette rhubarbe chez un herboriste, qui la vendait comme

exotique : elle était insipide et inodore {A . Ch.). ‘

ROCOU

Poudre de rhubarbe. — La poudre de rhubarbe est quelquefois falsifiée au moyen de matières amylacées, d' ocre jaune, de curcuma. On y reconnaîtra les matières amylacées (fécule, amidons de blé, de maïs) par l’examen au microscope, en évitant de les confondre avec l’amidon des rhubarbes, lequel ressemble beaucoup à celui du seigle. ocre jaune sera décelé par l’incinération qui laissera une cendre fortement ferrugineuse. On retrouvera le curcuma au moyen de la réaction que l’acide borique exerce sur lui.

Pour mettre cette réaction en évidence, le professeur Maich épuise la poudre de rhubarbe par l’alcool fort et filtre ensuite le liquide; il lui ajoute une solution concentrée de borax, puis un léger excès d’acide chlorhydrique : la teinture prend alors une nuance rouge-brun s’il y a du curcuma, elle deviendrait d’un jaune clair avec la rhubarbe pure.

M. Howie opère en plaçant une pincée de rhubarbe sur du papier blanc à filtrer; il humecte la poudi-e d’un peu de chloroforme. Après dessiccation, il met sur la partie la plus colorée de la tache formée, un peu de borax pulvérisé et une goutte d’acide chlorhydrique ; après quelques secondes, une couleur rougebrun se manifeste s’il y a du curcuma.

RHUM. — Le vrai 7'hum n'est autre chose que le produit distillé de la mélasse de canne après sa fermentation. On nomme tafia le liquide distillé résultant de la fermentation du jus de la canne ou vesou. Ce dernier est presque toujours consommé en France sous le nom de rhum.

Le rhum pur est très-aromatique, coloré en brun par le principe astringent des tonneaux. On prétend cependant que, pour lui faire prendre cette coloration, on y ajoute des pruneaux, du girofle, du goudron et surtout des râpures de cuir tanné, ce qui lui communiquei’ait son bouquet particulier. Il marque de 50 à 65“ alcoométriques ; la moyenne adoptée est 52“.

Aujourd’hui ce liquide est frelaté de mille façons, soit qu’on en opère le coupage ên lui ajoutant de l’alcool et de l’eau ; soit qu’on le prépare de toutes pièces avec de l’eau, de l’esprit-de-vin ordinaire et les substances destinées à lui donner saveur et parfum. Ces liqueurs reçoivent dans le commerce le nom de façons rhum. D’après Wtedherhold, on pourrait les distinguer du véritable rhum par le procédé suivant : on mélange 10““ du rhum à essayer avec 3““ d’acide sulfurique à 1,84 de densité ; l’arome particulier à cette liqueur persiste après le refroidissement, ce qui n’a pas lieu pour les rhums artificiels.

Le rhum qui se fabrique maintenant en ajoutant à de l’alcool, de l’eau et un mélange d'acide et d'éther formiques, ne se prêterait sans doute pas à cette réaction. Ces deux produits, étant volatils, pourraient être entraînés à la distillation, et reconnus ensuite par l’acidité de la liqueur et par la réduction qu’elle ferait éprouver à l’azotate d’argent {Er. B.).

D’après M. Aszmusz, on colore souvent le rhum à l’aide de glucose modifié par une solution alcaline.

ROCOU. — Le rocou s’extrait des fruits dq Bixa orellana (Bixacées) ; il est connu aussi sous le nom de 7'uka, uruka, ornotto, attala, ïe?ra orleana, etc.

Cette matière se trouve dans le commerce en pâte molle, de consistance butyreuse ou en gâteaux aplatis, allongés ou carrés, de 5 à 8 kilogrammes environ, enveloppés de feuilles de balisier, de bananier ou de roseau. Le rocou a un tou-

ROCOU

cher onctueux et non terreux, une saveur à peine sensible; son odeur rappelle celle de l’urine en putréfaction. 11 est soluble dans l’eau, plus à chaud qu’à froid; la dissolution est d’un rouge brunâtre. Il est soluble dans l’alcool et l’éther, dans les huiles essentielles, dans les liqueurs alcalines ;la dissolution est jaune orangé : les acides, l’alun, le sulfate de fer y produisent un précipité orangé. Traité par l’acide sulfurique, le rocou devient d’un bleu indigo magnifique.

II nous vient en grande partie de l’Amérique espagnole, du Brésil et des Indes orientales.

Composition. — Le rocou Contient, suivant M. John : matièi'cs colot'a7ites et résineuses^ 28; gluten végétal, 26,5; ligneux, ] matièi'e colorante extractive, 20 ; 7natiè>'es semblables au gluten, et extractif, 4; matière ligneuse et acide, 1,5.

Lesrocous du commerce renferment, en moyenne, 68 p. 100 d’eau {Chcvreul).

Usagées. — Le rocou est très-employé dans la teinture sur lin, laine, coton et surtout sur la soie ; il sert à préparer quelques couleurs à l’eau et à Thuile, à colorer les vernis, les huiles, le beurre, le fromage. En pharmacie, on en fait usage pour colorer certains onguents et emplâtres.

Falsifications. — Le rocou (I) est souvent fraudé par Yocÿx rouge, le colcothar, le bol d' Amnénie, la brique pilée. Ces falsifications ont été constatées par M. Girai'din, de Rouen, qui a indiqué en même temps les procédés pour les reconnaître (2).

Le curcuma et les farines d'orge, de seigle et de blé accompagnent le plus souvent ces matières ferrugineuses. L’emploi du microscope apprendra à reconnaître les matières amylacées. Quant aux matières minérales, on en déterminera facilement la nature et les proportions. Pour cela, on commence par calciner, après dessiccation, 5 grammes de rocou dans un creuset de platine ou de porcelaine, taré à l’avance. La matière organique se décompose, répand des vapeurs empyreumatiques très-fortes et fuligineuses ; elle noircit, puis s’enflamme, au contact de l’air. Lorsque l’incinération est complètement opérée, on pèse le creuset refroidi ; la différence de poids (déduction faite de la tare) donne celui des’ cend^'es.

Les bons rocous donnent de 8 à 13 p. 100 de cendres ; tout rocou qui donne plus de 13 p. 100 est fraudé (3). Ces cendres sont grisâtres ou jaunâtres, lorsque la substance est pure; dans le cas contraire, elles ont une couleur rouge-brique.

Essai du Rocou. — On apprécie ensuite la richesse tinctoriale du rocou au moyen d’une opération de teinture et du calorimètre.

On monte deux bains avec le rocou type et le rocou à essayer, dans les proportions suivantes : rocou desséché, 5 grammes ; sel de tartre (carbonate de potasse), 18 grammes ; eau pure, 400 grammes. On porte ces bains à l’ébullition,

(1) Le rocou vaut de 6 à 8 fr. le kilogramme.

(2) M. Risler a examiné un rocou contenant 3i p. 100 ù'eau, 22 p. XOüA'oxyde de fer, 35p. 100 de sable et des traces de chaux. Ce rocou falsifié a fourni 88 p. 100 de cendres rouges; il avait la consistance de la terre glaise, une couleur rouge terne, un toucher sablonneux et une faible odeur urineusc.

(3) M. Girardin a examiné des rocous qui ont donné de 22 à 40 p. 100 de cendres, accusant la présence de 9 à 27 p. 100 de matières terreuses étrangères.

M. Gaisney en a reçu, en 1852, qui ont donné 82 p. 100 do cendres; ce qui représente environ 70 à 72 p. 100 de matières étrangères.

ROCOU

et l’on y plonge des écbeveaux de coton bien blanchis, du poids de 12 grammes; on retire le feu, et on laisse tremper pendant une heure, en les lissant le plus souvent possible. Au bout de ce temps, les écbeveaux sont relevés, tordus, lavés à grande eau, et séchés à l’ombre. On compare alors la hauteur des nuances; puis on passe les écbeveaux dans l’eau légèrement acidulée par du vinaigre ou par du jus de citron, qui fait virer la nuance aurore à l’orangé, et l’on examine ces nouvelles nuances.

Comme moyen de contrôle, on a recours au colorimètre.

En dehors des instruments de ce genre déj;\ décrits (Voy. Colorimètre de Ilouton-Labillardièt'e, page 283, le même modifié par Salleron, page 488; Color. de Duboscq, page .^99), on connaît encore le colorimètre de M. Collardeau (fig. 208). Voici la description qu’en donne M. Saltet'on (1) :

« Cet instrument se compose de deux lunettes absolument semblables l’une à l’autre, accouplées sur un trépied et dont les axes convergent sous un angle tel que l’observateur, en les plaçant à distance convenable, puisse aisément voir d’un œil à travers les deux lunettes à la fois. Chacune de ces deux lunettes est formée de deux tubes concentriques fermés par des disques de verre et glissant à frottement l’un dans l’autre, le verre du tube intérieur a ou Z» pouvant s’appliquer exactement sur celui du tube extérieur c. Celui-ci est appelé enveloppe; le premier est désigné sous le nom de lunette. Ce dernier porte des divisions métriques qui donnent à l’observateur la mesure de l’écartement des verres, et, par conséquent, de la couche, liquide interposée.

« L’opération consiste en principe à comparer entre elles deux solutions tinctoriales: l’une prise pour type, et l'autre de même espèce, qu’il s’agit d’apprécier; l’appréciation de cette dernière résulte du [plus ou moins d’épaisseur qu’il faut donner à la couche interposée, pour l’amener au même degré d’opacité que la première. Ce degré est indiqué par l’allongement de la lunette, et représente la proportion inverse des pouvoirs colorants respectifs des deux solutions. »

Pour procéder à l’examen d’un rocou, on prépare une dissolution de de cette substance préalablement desséchée à -|- 100°, dans 30 grammes d’alcool. Après douze heures de contact, on décante la liqueur fortement colorée, et on la remplace par une égale quantité d’alcool, qu’on laisse en contact pendant le même temps. Il faut 330 grammes d’alcool pour épuiser un rocou, c’est-à-dire faire sept opérations semblables à la première. On répète la même opération sur un rocou pris pour type. On compare alors ces deux liqueurs alcooliques entre elles en mettant séparément un certain volume de

l‘ig. iü8. — Coloiimètre de Collardeau.

i l) Notice sur les In-truments de jivécision, 18GI.

SABINIÎ.

chacune d’elles dans les deux enveloppes du colorimètre. Alors, enfonçant plus ou moins la lunette a dans le liquide du rocou type, pour en obtenir une certaine intensité de teinte, on fait mouvoir la lunette b dans l’enveloppe qui contient la liqueur alcoolique du rocou à essayer, jusqu’à ce qu’on obtienne une intensité de teinte semblable à celle du tube a, ce dont on juge en regardant les deux tubes par l’extrémité c. En lisant sur les deux lunettes le nombre des divisions qui restent hors des enveloppes, on a par là la mesure de l’épaisseur des colonnes liquides : or, le pouvoir colorant des rocous sera en raison inverse de celle-ci. Que le tube a, correspondant au rocou type, présente, par exemple, 10 divisions en dehors, tandis que l’autre b en offrira 13, le rapport ^ = 0,77 exprimera le pouvoir colorant du rocou soumis à l’essai : ce pouvoir sera donc égal à 77 lorsque celui du rocou type sera représenté par 100.

Il est évident qu’on arriverait aux mêmes résultats si, n’ayant pas à sa disposition le colorimètre de Collardeau, on faisait usage du colorimètre de Duboscq, de celui de Houton-Labillardière , ou de celui de M. Salleron.

Le rocou est souvent fraudé par l’introduction d’une grande quantité de feuilles de roseau dans les barils qui le renferment. Les bons rocous ne doivent pas contenir plus de 6 p. 100 de feuilles [Girardin).

SABINE. — Parmi les médicaments employés en pharmacie, on compte la Sabine [Juniperus sabinq), arbrisseau dioïque de la famille des Conifères. Les feuilles de sabine sont très-petites, squamiformes, ou épineuses, rapprochées, opposées, ovales-aiguës, imbriquées sur les rameaux ; les chatons des fleurs sont portés sur de petits pédoncules recourbés et écailleux. Les fruits ont la forme de petits pois un peu ovoïdes; ils sont charnus, d’un bleu noirâtre, et contiennent un ou deux noyaux.

Les feuilles ont une odeur forte, aromatique, térébinthacée, une saveur âcre et amère. Elles doivent ces qualités à une huile volatile très-abondante. On en distingue deux variétés : la sabine mâle ou à feuilles de cyprès et la sabine femelle ou à feuilles de tamarix, qui est plus petite.

Usagres. — La sabine est employée en médecine : ses feuilles jouissent de propriétés stimulantes énergiques; leur action a lieu spécialement sur l’utérus, et elles favorisent le travail de la menstruation (1). On l’applique quelquefois sur les plaies, pour ronger des productions charnues, ou pour déterger les vieux ulcères. Elle entrait dans la composition de quelques conserves, poudres, bols, pilules, cérats, emplâtres, pommades, savons ; on l’employait pour préparer des extraits, infusions, décoctions, teintures, etc. Son usage est à peu près abandonné.

Falsiflcations. — On a souvent Substitué aux feuilles de sabine les feuilles du genévrier des Bermudes [Juniperus Berynudiana), ou celles du genévrier de Virginie

(1) Données en poudre à une dose élevée, eBcs detenninent de très-graves accidents et peuvent occasionner un empoisonnement par inflammation de l'estomac.

SAFRAN

[J. Virginiana) ; mais les différences qui existent entre ces sortes de feuilles, dont les rameaux sont couverts d’une écorce jaune, brunâtre, et entre l’odeur de chacune de ces deux espèces, font facilement reconnaître cette substitution {Ebermayei').

SAFRAN. — Le safran, qui croît spontanément sur les mmntagnes de l’Attique, mais que l’on cultive aujourd’hui un peu partout, est formé par les stigmates de la fleur du Crocus satiouson officinalis (Iridées). Ces stigmates qui sont un peu épais, roulés en cornet et dentelés à leur extrémité supérieure, sont réunis au nombre de trois sur un style long et filiforme.

Variétés commerciales. — On connaît plusieurs sortes commerciales de safran, désignées d’après leur pays d’origine. Les principales sont :

1® Le safran du Gàt 'mais qui est en filaments longs, larges et épais, simples et élastiques; son odeur est aromatique, sa saveur légèrement amère. Sa couleur est d'un beau rouge safrané foncé. L’extrémité des filaments est assez ordinairement jaune pâle. Il est toujours un peu humide. C’est la sorte la plus estimée ;

2® Le safran d'Espagne, qui diffère peu de celui du Gâtinais ; cependant il est plus sec, plus rouge et contient moins de filets jaunes ;

4® Le safran d' Angoulème , dont les lames stigmatiques sont maigres et allongées, d’un rouge tendre dans les deux tiers supérieurs, mais jaunâtre à leur base par laquelle elles se réunissent à un style blanchâtre. Ce safran, vu en masse, est assez pâle.

Les safrans à’ Avignon, de Carpentras et à.’Orange sont encore inférieurs à celui d’Angoulême. Quant au safran du Levant, si estimé autrefois, il apparaît â peine aujourd’hui dans le commerce.

La poudre de safran est d’un rouge écarlate; elle colore la salive en jaune; elle est très peu soluble dans l’eau froide, plus soluble dans l’eau chaude, l’alcool, les huiles fi.xes ou volatiles, moins soluble dans l’éther. L’acide sulfurique fait passer sa couleur au bleu, puis au lilas ; l’acide nitrique la colore en vert-pré ; ces colorations disparaissent si l’on étend les dissolutions.

Composition. — Le safran a été analysé par Bouillon-Lagrange, qui y a trouvé : extrait uni à une matière colorante ou polychroïte, 65 ; huile volatile, en quantité non déterminée ; cire végétale, 0,50; gomme, 6,50 ; albumine, 0,50 ; eau, )0; débris végétaux, 10 ; sels à base de potasse, de chaux et de magnésie, 2,50. Le principe colorant, appelé polychroïte par Bouillon-Lagrange et Vogel, a été plus tard obtenu pur par //ewy père qui le nomma sa/’ranfnc. Il y découvrit de \ acide malique. La matière colorante du safran, plus récemment étudiée par Bochleder qui l’a nommée crocine, est un glucoside que les acides étendus dédoublent en glucose et en crocétine.

Usagées. — On emploie le safran soit comme médicament tonique, stomachique, excitant, soit comme parfum et comme couleur, dans la pharmacie, dans l'art du confiseur, dans la teinture, et pour les usages domestiques.

.lUér.ations. — Sous le nom de safran du Levant, de Macédoine, d'Egypte, de Perse, il nous venait autrefois du Levant du safran imbibé à' huile, pour en conserver, disait- on, la couleur. Ce safran avait souvent une odeur de rance {Delanoy).

Quelquefois le safran, ayant été mouillé pourlui faire acquérir du poids, a subi une fermentation. 11 répand alors une odeur aigre particulière; d’autres fois.

SAFRAN

étant placé dans des lieux humides, il absorbe de l’eau et fermente. Le safran doit donc être conservé fortement tassé dans des boîtes de bois sec, l’humidité empêchant de le garder pendant plusieurs années. Le pharmacien doit rejeter le safran mal épluché, où l’on trouve d’autres parties que les stigmates.

Falsifications. — A cause de son prix élevé, le safran est sujet à de nombreuses falsifications. Les plus ordinaires consistent: à y ajouter de l’eaM, de Vhuile, du miel, du sable et dù plomb ; à le remplacer par du safran épuisé de sa matière colorante; à le mélanger à des fleurs de carthame ou safran bâtard, à celles de grenadier, et à des pétales de souci, de saponaire, découpés et teints. On l’additionne encore de ses propres étamines et de fibres de chair musculaire desséchées.

11 est des moyens de falsification moins communs, qui consistent à introduire dans le safran des étamines du Crocus vernus {Guibourt), des fleurs de fuminella {Soubeù'an], des jeunes pousses de Carex {Cai'oz), des fleurs du Lyparia crocea, dites safran d'Afrique. Enfin on a ajouté au poids du safran à l’aide âi argile ou de craie colorées et enduites de miel.

t® Le safran mouillé est reconnaissable à ce quùl tache les doigts et le papier, ce qui n’a pas lieu avec le safran non mouillé.

2® Le safran huilé graisse le papier dans lequel on l’enveloppe.

3® Le safran enduit de miel le cède facilement à l’eau distillée. Si alors ou concentre cette solution et si on y ajoute de la levure de bière, le miel entre en fermentation et produit de l’alcool qu’il est facile d’isoler par distillation {St. Martin).

On peut aussi isoler le miel de sa solution aqueuse en précipitant celle-ci par le sous-acétate de plomb, pour entraîner toute la matière colorante du safran. On filtre ; on élimine l’excès de plomb par l’hydrogène sulfuré ; on filtre de nouveau et on évapore à siccité. Le résidu est sucré au goût et réduit facilement la liqueur de Fehling {Er. B ).

4® Le safran mêlé Ae, sable ou de plomb est agité sur un tamis de crin à mailles larges, à travers lesquelles passent le sable et le plomb, que l’on recueille sur une feuille de papier.

5® Le safran épuisé A% matière colorante a peu ou point d'odeur ; sa couleur a perdu de son intensité, elle est d’un rouge pâle, terne, uniforme dans toute sa masse; il teint à peine la salive en jaune. Mis en contact avec l’eau, il la colore faiblement. Ces différences sont plus sensibles lorsqu’on fait une expérience comparative avec du safran de bonne qualité.

6® Le safran mêlé de carthame peut être reconnu en l’examinant à la loupe, ou bien en le faisant macérer dans l’eau : le safran se présente sous forme d’un stigmate trifide, tandis que les fleurons de carthame sont composés d’une corolle tubulée divisée supérieurement en cinq dents et renfermant cinq étamines soudées parleurs anthères, traversées par un long style à stigmate bifide. Les fleurs de carthame sont d’une couleur rouge-orange; l’odeur et la saveur sont' moins fortes que celles du safran.

7® Le safran mêlé de pétales de souci peut se reconnaître par les mêmes moyens ; les pétales de souci se présentent sous forme de lames plates. 11 en est de même Aespétales de saponaire et des fleurs de grenadier coupées en lanières. On peut, par le triage, séparer du safran, soit le carthame, soit les pétales de souci. Voici, au reste, d’après MM. Winckler et Grimer, les caractères difiérentiels que présentent, avec le nitrate d’argent et le chlorure de fer, le safran, le carthame

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elle souci, dont 10 grammes ont été mis en macération dans l’eau froide pendant vingt-quatre heures :

PROPr.lÉTÉS PHYSIQUES du macéré.

N I T n T F, li’ai’gent.

CHI.OP.LRE de fer.

Sathan

Parfaitement clair , d'un rouge foncé ; odeur et saveur franches de safran.

Pas de changement sensible.

Coloration brun-rouge foncé.

CAmUAAIE

Assez clair, couleur jaune brunâtre ; odcur et saveur faiblement herbacées.

Précipité floconneux, brun verdâtre ; liqueur surnageante claire, jaune vineux.

Coloration noir brunâtre.

Souci

Très - clair, couleur jaune-paille , presque inodore ; saveur faiblement amère.

Précipité gris -noir, volumineux; liqueur surnageante claire, jaune vineux pâle.

Précipité noir floconneux , peu abondant ; liqueur surnageante brun noirâtre.

8“ Depuis quelques années, le commerce livre aux pharmaciens un safran mélangé aux étamines de sa propre fleur {Bentley). Leur présence se reconnaît facilement aux filets jaunes qui les constituent et qui sont terminés par les poches des anthères en forme de pointes de flèches. Le pollen jaunâtre qui s'en échappe se répand dans toute la masse et lui imprime sa couleur. 11 finit par se rassembler en poussière au fond des vases ou des sacs. Guibourt a constaté que, non contents de cette falsification, les fraudeurs avaient encore recours aux étamines du Crocus vernus qui se distinguent des précédentes par leurs anthères arrondies. On leur donne artificiellement la teinte du safran.

9® Le safran mêlé de fibres de chair musculaire se reconnaît par un examen attentif : lorsqu’on le chauffe, les fibres de chair musculaire se contournent, se meuvent, ce que ne font jamais les stigmates du safran ; on développe en même temps, par ce moyen, l’odeur caractéristique de chair brûlée.

Le safran a été plus rarement fraudé :

10® Par des fleurs de Fuminella (Synanthérées). Elles sont sous la forme de languettes en cornet à la base, et à trois dents presque égales au sommet, comme les demi-fleurons stériles des Synanthérées {Soubeiran).

11® Par des jeunes pousses de carex dont les deux dents du cotylédon et le sommet de la tigelle réunis ressemblent assez au stigmate trifurqué du safran. Elles étaient colorées à l’aide d’une teinture de safran, dont le résidu, épuisé par l’alcool, avait été ajouté à la masse (environ 14 p. 100). Ce faux safran avait un aspect terne et mat, était résistant, rude au toucher, d’une teinte un peu brunâtre et légèrement imprégné d’huile {Çaroz).

1:2® Par les fleurs du Lyparia crocea (Scrophularinées), édi safran d'Afrique. Elles présentent un calice à cinq divisions linéaires, entourant une corolle à tube allongé, à cinq divisions presque égales, laciniées, contenant quatre étamines didynames. Elles ont la couleur et l’odeur affaiblies du safran.

13® On a signalé, dans le commerce, du safran falsifié par les fleurs de chardon des teinturiers. L’odeur de celles-ci est très-faible, et elles fournissent, par la macération dans l’eau ou dans l’alcool, une teinture très-foncée en couleur.

14® En 1869, M. Blachez a rencontré un safran falsifié à l’aide d’une pâte de

SAGAPÉNUM.

miel et de carbonate de chaux coloré en jaune orangé. En 1875, on a signalé un safran d’Allemagne contenant 30 p. 100 de craie fixée à l’aide de la glycérine ou du miel, ce qui le rendait visqueux. M. Muller a trouvé un safran renfermant 9 p. 100 de sulfate de baryte. Déjà on avait signalé l'existence d’un safran sali par du sulfate de chaux imbibé à.' huile. L’éther enlève l’huile et laisse déposer le sulfate de chaux facile à reconnaître. La falsification parla craie et le miel indiquée à l’aide d’un traitement par l’eau qui dissout la matière sucrée et permet à la craie de se détacher du safran, lequel est, le plus souvent, épuisé de sa matière colorante. Le dépôt de carbonate de chaux est soluble avec effervescence dans l’acide chlorhydrique ; la liqueur précipite ensuite par l’oxalate d’ammoniaque. A la calcination, les safrans fraudés par des matières minérales laissent toujours bien au delà de 8 p. lüO de cendre.

Poudre de Safran. — Le safran est quelquefois réduit à l’état de poudre : le pharmacien ne doit jamais l’acheter sous cette forme.

On a vendu comme poudre de safran un mélange pulvérisé formé de jaunes d'œufs cuits, de carthame, d'amandes et de safran {E bermoyer). On conçoit qu'une semblable poudre, jetée dans l’eau, ne se comporte pas avec ce liquide comme la poudre de safran.

Remarque. — On a fait circuler, pendant quelque temps, notamment chez les fabricants de fleurs artificielles, une poudre d’origine allemande nommée sa/ran artificiel. Ce produit doué d’une grande puissance colorante, soluble dans l’eau sans résidu sensible, détone avec une extrême violence lorsqu’on vient à le chauffer brusquement. Il est excessivement dangereux à manier. Sa composition n’est pas connue. Peut-être est-ce un dinitrocrésylate de potasse ?

SAGAPÉNUM. — Le sagapénimi est le suc gommeux d’une Ombellifère que Wildenow croit être le Ferula persica. Celui qui nous est apporté des contrées orientales est en masses amorphes, composées de fragments mous et adhérents, demi-transparents, rouge-jaune extérieurement, brunissant à l’air. Nous avons souvent vu ces masses parsemées de larmes brillantes. Le sagapénum a une consistance cireuse et cassante ; il est mêlé d’impuretés et de petits fruits plus ou moins brisés, que l’on reconnaît pour des akènes d’ombellifères.

L’odeur du sagapénum a quelque chose d’alliacé ; elle est plus marquée que celle du galbanum, et moins sensible que celle de Vasa fœtida.

Le sagapénum s’amollit sous les doigts et devient tenace; il brûle avec une flamme blanche, en produisant beaucoup de fumée, et laissant pour résidu un charbon léger et spongieux.

Composition. — D’après Brandes, le sagapénum est formé de : résine, 30,29 ; hiile volatile, 3,73 ; gomme et sels, 32,70 ; mucilage [bassorine de Pelletier), 4,48 ; corps étrangei's, 4,3 ; eau, 4,6 ; nitrate, sulfate et phosphate de chaux.

Usages. — Le sagapénum entre dans plusieurs préparations pharmaceutiques ; en médecine, il sert quelquefois comme fondant, emménagogue, etc.

Falsifications. — Cette gomme- résine est souvent falsifiée par d’autres de qualité inférieure : le sagapénum est alors en masses uniformes, c’est-à-dire que l’on remarque dans les masses ou pains l’absence des larmes caractéristiques du sagapénum. Cela tient à ce que cette substance a été mélangée avec des matières étrangères et que, pour les y bien incorporer, on a fait fondre le tout ensemble, afin de lui donner une consistance homogène. Ainsi l’absence

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