‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 379 sur 470 · SANG-DRAGON · texte numérisé non relu

SANG-DRAGON

dragon, soit un mélange de résine commune avec du bol (T Arménie, du colcothar

o\x àe-V ocre rouge; soit deMa résme avec des matières colorantes organiques

SANGSUES

bois de Brésil^ de Campêche, de Santal rouge; garance, oi'seüle, rocou; soit un mélange de sang-dragon et de brique pilée ; soit une imitation faite avec un mucilage épais de gomme arabique ou de gomme du pays coloré au moyen du bois de Fernambouc, et évaporé en consistance telle qu’on puisse en façonner des pains assez semblables à ceux du sang-dragon.

Ces faux produits sont peu solubles dans l’alcool, partiellement solubles dans l’eau ; exposés au feu, ils dégagent une odeur très-désagréable ; leur poudre est d’un rouge terne foncé.

Pour essayer le sang-dragon, M. A. Pommier a donné le procédé suivant : 1 gramme de sang-dragon est traité par 10 grammes d’alcool à 32® ; dans la solution alcoolique on verse de l’acétate de plomb neutre ; une autre portion de cette teinture est évaporée à siccité à une douce chaleur, et l’extra-it obtenu est soumis à l’action de la potasse et de l’acide sulfurique. M. Pommier a opéré de cette manière sur des échantillons de sang-dragon d’origine certaine, et comparativement sur des mélanges de résine et de diverses matières colorantes végétales. Les résultats qu’il a obtenus sont consignés dans le tableau ci-contre (page 918).

Les substances minérales ajoutées au sang-dragon, telles que les oxydes de fer, la brique pilée, se reconnaissent par l’incinération qui les donne comme résidu fixe, ou en traitant le sang-dragon suspecté par l’éther, jusqu’à dissolution complète de la matière résineuse; on obtient un résidu qui est traité par l’acide chlorhydrique. Ce dernier dissout entièrement l’oxyde de fer, n'attaque que partiellement l’ocre rouge et n'a que peu d’action sur la hrique pilée.

M. Bretet, pharmacien à Cusset, a signalé des échantillons de sang-dragon en boules, falsifiés par de fortes doses de matière résineuse, à moins qu’ils ne soient un produit naturel substitué à ce produit immédiat. Ces boules sont plus noires et à cassure plus résineuse que celles du vrai sang-dragon. Leur poudre, qui s’agglutine facilement, est rose au lieu d’être d'un rouge briqueté.

L'eau n’en dissout pas sensiblement, mais cependant devient légèrement acide. On voit en même temps la masse entrer en fusion dans l’eau bouillante et adhérer au verre, ce que ne fait pas le sang-dragon pur.

Quand on enflamme ce produit falsifié, il brûle facilement jusqu’à l’extinction de la matière organique, en laissant une cendre blanche et légèrement alcaline. Le sang-dragon vrai hrùle aussi, mais s’éteint de lui-même si on cesse de le chauffer ; de plus, il laisse une cendre non alcaline et contenant des traces de fer.

SANGSUES. — On donne le nom de Sangsues à plusieurs espèces d’un genre compris dans la famille des Hirudinées asétigères, de la classe des Annélides.

Les sangsues ont le corps allongé, plan en dessous, convexe en dessus, mou, rétractile et composé de quatre-vingt-quinze anneaux ; il existe à chaque extrémité de leur corps une cavité dilatable et préhensile, qui agit à la manière d’une ventouse et permet à l’animal d’adhérer fortement aux objets sur lesquels il applique ces organes ; la bouche est placée au bout de la ventouse antérieure, dite ventouse buccale ou orale, et est armée de petites mâchoires trèscomprimées et fortement dentelées; l’anus est situé à la base de la ventouse postérieure ou ventouse anale (f).

(1) C’est une erreur de croire que le disque qui termine la partie postérieure du corps de la

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C’est en vertu de la faculté que possèdent les sangsues de se fixer sur la peau, et d’y pratiquer des ouvertures pour sucer le sang qui s’en écoule, qu’on les emploie en médecine pour faire des saignées locales. Ces animaux sont encore aujourd’hui l’objet d’un commerce important (1), quoique, depuis quelques années, on en ait singulièrement restreint l’usage.

VariétéB commerciules. — Les sangsues marchandes sont : la sangsue officinale ou sangsue verte [Sanguisuga ou Hirudo officinalis), la sangsue grise [Sanguisuga ou Hirudo niedicinalis) . Chacune de ces deux espèces présente plusieurs variétés distinctes qui pourraient être classées : 1® d’après leurs bandes dorsales, tantôt continues, tantôt réduites à des points, ou réunies par des mouchetures transversales; 2® d’après la couleur, d’ailleurs très-variable; de leur robe.

Il y a aussi la sangsue truite ou dragon [Hirudo troctina), de Sardaigne et d’Afrique (Algérie), qui dans nos climats soufl're pendant les mois de chaleur ; elle est alors moins propre à la succion et il en périt un grand nombre (2).

Toutes ces sangsues viennent des marais de la Hongrie, de la Sardaigne, de la Suisse, de la Russie, de la Valachie, de la Turquie, de la Grèce, de l’Égypte, des provinces du Maroc et de l’Algérie (3). Les marais de l’Espagne, de l’Italie, du Tyrol, de la Bohême, un certain nombre de ceux de nos départements [Indre, Loir-et-Cher, Vienne, Deux-Sèvres, Vendée, Indre-et-Loire, Loire- Inférieure, Maine-et-Loire, Haute-Marne, etc.), qui avaient jusqu’alors pourvu à notre consommation, sont actuellement à peu près dépeuplés de ces annélides, à cause de la manière inintelligente dont la pêche des étangs et des marais a été conduite (4).

Quoi qu’il en soit, dans le commerce de ces animaux on admet en général quatre choix spéciaux :

sangsue soit une ventouse. En efi'et, cet organe adhère à tous les objets par simple juxtaposition et sans faire pour cela le vide, car ce disque est appliqué par l’animal sur des tissus, toile OU autres, sur Icscjuels il ne peut agir par raréfaction de l’air, puisque les mailles à jour de ces tissus ne sauraient le permettre [Er. B.).

(1) Le nombre des sangsues importées autrefois en France était énorme, et la valeur de ces annélides était considérable ; mais, depuis quelques années, elles sont de moins en moins usitées ; aussi leur valeur a-t-elle considérablement diminué.

(2) Toutefois, il résulte d’expériences faites, en 1857, par MM. Tripier et de Quatrefages, que les sangsues algériennes, de l'espèce dite dragon, peuvent rivaliser, pour l’emploi médical, avec les meilleures espèces connues.

(3) En 1854, l’Algérie a exporté 938,400 sangsues, au prix de 100 fr. le mille, ou 10 centimes pièce. On peut exploiter pour la pêche des sangsues presque tous les marais algériens qui, il faut l’espérer, suppléeront à, l’épuisement de plus en plus manifeste des marais de France, d’Italie, de Hongrie et de Turquie.

Depuis 1840, il se fait aussi, dans le Maroc, un commerce de sangsues, dont le marché principal est à Tanger. On en charge, année moyenne, de 15 à 18 millions pour la France, l’Espagne et l'Angleterre. Le Maroc ne produit généralement que des sangsues vertes; les noires y sont rares et à un prix plus élevé. On les expédie dans des caisses remplies de terre glaise, pouvant contenir chacune 5,000 sangsues. Les vertes valent environ 10 piastres fortes le mille, pesant 1 kilogramme; les sangsues noires se vendent 12 à 14 piastres.

(4) Un intérêt réel s’attache à la reproduction artificielle de ces hirudinées, ou hirudoculture, qui s’exécute, sur une grande échelle, depuis 1835, dans la Gironde et dans les départements voisins (Landes, Vienne, Hautes-Pyrénées, etc.).

Des bassins pour la reproduction et l’élève des sangsues ont été établis, depuis cette époque, à Claircfontainc (Seine-ct-Oise) , par M. Borue; à Granville-Saint-Léger , par le docteur Harreaux.

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1“ Le premier choix, ou les sangsues dites grosses, qui pèsent de 2'‘’‘,8o7 à 3'“",12o le mille, à l’àge de 30 à 36 mois;

2® Le deuxième choix, ou les sangsues dites grosses moyennes, qui doivent peser de l'‘‘‘,120 à l‘‘“,2o0 le mille, à l’Age de 22 à 26 mois ;

3® Le troisième choix, comprenant les sangsues dites moyennes, dont le

mille pèse de 623 à 730 grammes, à l’âge de 20 à 22 mois ;

4® Le quatrième choix, comprenant les petites sangsues, les sangsues dites filets, qui ne devraient pas être pêchées. Elles pèsent de 380 à 430 grammes le mille, à l’âge de 1 8 à 20 mois.

Outre ces quatre choix, il existe une cinquième sorte de sangsue très-grosse, qui pèse de 4 à 12 kilogrammes et jusqu’à 16 kilogrammes le mille ; celte sangsue, dite vache, est vendue séparément (1).

Lorsqu’on achète des sangsues, il faut donc avoir le soin d’examiner leur poids au mille. Il faut de plus s’assurer si le mille de ces annélides est formé de sangsues du même choix.

Caractères d’une bonne sang’sue. — La sangsue de bonne qualité a le corps allongé et déprimé ; sa peau à l’extérieur présente un aspect velouté particulier; elle se meut dans l’eau avec une vivacité extrême, en se présentant sous une forme allongée remarquable. Son élasticité est telle qu’on peut la prendre, l’étreindre, tripler même sa longueur, et s'en entourer le doigt comme on le ferait avec un ruban. Elle peut être comprimée dans toute son étendue. Elle ne doit pas, par une forte pression opérée de la queue à la tête, fournir de sang ; s’il s'en échappait une minime quantité, ce qui s’observe quelquefois sur les grosses sangsues de marais, ce sang, au lieu d’être )'ouge comme celui que fournissent les sangsues gorgées, ainsi qu’on le vei'ra plus loin, est visqueux et d’un noir verdâtre.

Une sangsue de bonne qualité est reconnaissable aussi à la vigueur et à la rapidité de ses contractions, à la quantité de recouvrements qu’opère chaque anneau l’un sur l’autre, à la certitude de sa marche, qui dépend surtout de la précision avec laquelle s’appliquent les ventouses.

En examinant le corps d’une sangsue de bonne qualité à l’état de repos, on voit que les segments se recouvrent de manière à faire disparaître entièrement les intervalles qui les séparent, à moins que la sangsue n’ait pris accidentellement une forme allongée. Plus elle se pelotonne sur elle-même, plus elle est vigoureuse.

Les sangsues ont la propriété de gonfler leur corps de manière à tromper sur leur volume. Un signe de bonne qualité est l’effilement de la partie antérieure de leur corps relativement à la partie postérieure. Un autre caractère consiste également dans la dépression ou l’aplatissement du corps. Sous la main, au

(1) On a demandé Tinterdiction de la vente des sangsues vaches et des filets : des premières, parce qu’elles font des blessures trop grandes , dont on arrête difficilement le sang ; des seconds parce qu’ils sont trop petits pour produire un effet utile qui compense le grave inconvénient du dépeuplement résultant de leur pêche. Dans ce but, l’École de pharmacie et l'Académie de médecine ont demandé, en 1848, au Ministre de l’agriculture et du commerce, qu'il voulût bien interdire la pèche et la vente des sangsues pesant moins de 2 grammes et plus de G grammes, et autoriser cependant la vente ou la pèche de ces sangsues, par exception, quand elles seront destinées à peupler des réservoirs ; mais de ne l’autoriser que sur une décision du préfet, faisant connaître la quantité de ces sangsues et leur destination.

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toucher, on sent également que les contractions s’exercent avec plus ou moins de vigueur.

On conçoit bien, du reste, quela faculté de rapprocher les anneaux, que l’élasticité du corps, que la forme aplatie de l’animal ne peuvent exister que si son tube intestinal est vide ou à peu près.

FalsificationH. — D’après le court exposé que nous venons de présenter, il est facile de prévoir que le commerce des sangsues est sujet à des fraudes assez graves, dont nous allons nous occuper successivement.

1“ Les sangsues sont de bonne qualité ; mais les choix sont mêlés ;

2“ Les sangsues sont gorgées de sang dans une proportion de 45 à 50 p. 100, afin de leur donner un volume et un poids plus considérables ;

3“ Les sangsues, après avoir servi, sont soumises à l’opération du dégorgement, pour être ensuite revendues ;

4" Les sangsues sont mélangées à des birudinées d’un autre genre, dites sangsues bâtardes (1) ;

5® Les sangsues sont mêlées à des sangsues malades.

Choix mêlés. — L’inspection seule et la balance font reconnaître la première fraude.

Sangsues gorgées. — La mauvaise qualité des sangsues peut dépendre, lorsque l’espèce est bonne, de leur état de plénitude, qui tient à deux causes : à ce qu'elles ont été gorgées de sang depuis qu’elles sont sorties du marais, ou à ce qu’elles se sont nourries récemment dans le marais.

Vauquelin est le premier qui ait signalé le gorgement que l’on fait subir aux sangsues dans le but de les grossir.

La sangsue gorgée a le corps moins allongé que la sangsue vide ; elle a de la tendance à se présenter sous la forme d’une olive ; elle est souvent, lorsqu’elle est placée dans l’eau, engourdie et comme somnolente (2) ; l’aspect velouté de sa peau n’est pas le même que celui de la sangsue non gorgée ; quand on la presse entre les doigts, on aperçoit un reflet rougeâtre (3). Cet annélide ne s’allonge pas entre les doigts ; et quand on le presse de la queue à la tête, on voit bientôt que le sang dont il a été goi’gé s’accumule à lapartie buccale; alors, si on le presse fortement, le sang en est expulsé, quelquefois sous forme de jet (4). Ce sang est rouge et ne peut être confondu avec la liqueur noir verdâtre que laisse quelquefois exsuder la sangsue de marais.

(l) A Paris, les sangsues bâtardes sont également nommées sangsues noires; tandis que dans le Levant et à Marseille, la dénomination de sangsues 7ioires est réservée aux espèces officinales ou médicinales, par contraste sans doute avec les sangsues-dragons, dont les teintes sont plus claires.

(2j 11 est à remarquer que la torpeur n'existe pas, ou existe à peine, chez les sangsues qui sont gorgées au marais; ce qui tient sans doute à ce qu'on ne les observe que lorsque la digestion est déjà avancée, et à ce que le sang qu’elles y puisent est plus compatible avec leurs organes, d’abord parce qu’il provient d'animaux différents, ensuite parce qu’ayant passé immédiatement du corps do l’animai sucé à celui de la sangsue, il n’a subi aucune altération à l’air.

(3) Cependant ce caractère ne se retrouve pas dans la sangsue de Turquie, qui a un système musculaire beaucoup plus épais.

{'() Tous les procédés de dégorgement peuvent être employés dans le but de constater le gorgement des sangsues. Outre celui que nous venons d'indiquer et qui est le plus simple, on peut aussi, pour arriver au même but, plonger les sangsues dans Teau tiède salée, ou les saupoudrer de sel marin, de son, de cendres de bois, de cendres de vigne, de tartre de vin, soit pur, soit mêlé avec

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Quelques marchands ont prétendu que le sang trouvé dans les sangsues gorgées provenait de ce que d’autres marchands le leur donnaient pour leur permettre de supporter le long voyage qu’elles ont à faire. Cette assertion ne saurait être admise ; car les sangsues gorgées voyagent difficilement, et l’on éprouverait avec elles des pertes bien plus considérables qu’avec les sangsues vierges qui supportent mieux le transport.

Si le sang est coagulé dans le corps de cet annélide, on peut, comme l’a signalé Vauquelin^ sentir, en pressant l’animal entre les doigts, des caillots de ce liquide rouler en grumeaux.

Comment pouvoir distinguer entre le sang provenant du gorgement et celui du marais? On peut, au toucher, remarquer que le sang, s’il a été récemment administré, n’occupe pas la même partie du canal intestinal que dans le cas où déjà, un mois ou deux se sont écoulés depuis que l’animal s’en est nourri. Comme on le conçoit facilement, il est d’autant plus près de la partie postérieure qu’il y a plus longtemps qu’il a été ingéré. Or, comme les sangsues étrangères (1) ne nous arrivent qu’après un laps de temps plus ou moins long, s’il existe du sang dans la partie antérieure de l’animal, on a la certitude qu’il a été gorgé. Quand il existe vers la partie postérieure de l’animal, il est probable que ce sang provient du marais. Il pourrait cependant en être autrement, si l’animal avait été gardé deux ou trois mois dans des réservoirs avant d’être vendu.

L’emploi du microscope fournit un moyen de distinguer, dans certains cas, le sang introduit par gorgement, du sang provenant du marais. En effet, ce dernier sang appartient rarement à des mammifères (2), et offre, par conséquent, des globules elliptiques, tandis que le gorgement des sangsues se fait à l’aide du sang de bœuf, de veau, de mouton ou autres animaux mammifères, dont le sang a des globules lenticulaires. Du reste, après deux ou trois mois de digestion, le sang s’altère dans le canal intestinal; on n’y reconnaît plus la forme des globules; il est d’une couleur noir verdâtre, d’une fluidité visqueuse, tandis que, plus récemment avalé, il offre une couleur rouge, et la forme des globules est conservée.

Des sangsues gorgées, mises dans un sac, teignent la toile en rouge. Celles qui ne contiennent que du sang des marais donnent lieu au même phénomène, mais la couleur vire au rouge noirâtre, et même elle est nuancée de vert.

Il est important de remarquer, dans le cas où l’on trouverait des sangsues mises dans un sac ou dans un bocal, que ces animaux rejettent en mourant du sang rouge qui provient de leurs propres vaisseaux. Il est, du reste, facile de

portion égale de sel marin ou de nitrate de potasse, en les exposant, sur un grillage, à la vapeur de l’eau chaude. On opère encore le dégorgement de ces animaux en les soumettant à l’action du tabac, de la soude, du vinaigre, de la poudre d’ipécacuanha.

Ces différents moyens agissent en déterminant des contractions du corps de l’animal, et sont, par conséquent, plus fatigants que la simple pression.

(1) Cette remarque serait moins applicable aux sangsues provenant de France. Il se pourrait qu’elles continssent une quantité considérable de sang dans la partie antérieure, bien qu’elles l’eussent réellement pris avant d’ôtre pêchées.

(2) Disons cependant que dans les marais à sangsues récemment établis, on nourrit ces annélides de sang chaud de cheval, de vache et d’âne ; les jeunes, nés dans les marais, sont nourris de préférence avec le sang moins substantiel des veaux.

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constater, en ouvrant cet annélide,si son canal intestinal en est ou non chargé; et l’on peut également, à l’aide du microscope, distinguer si le sang provient de la sangsue, ou d’un autre animal.

Dans des vases remplis d’eau, ou même vides, les sangsues gorgées laissent échapper un sang rose qui suffit pour rendre leur gorgement très-probable. Ce n’est que dans le cas où il en meurt que l’eau ou les vases peuvent se trouver salis par du sang rouge, comme cela a été dit pour les sacs.

Les sangsues achèvent de digérer et ne laissent point échapper de sang pris dans le marais, à moins qn’on ne les place dans des conditions propres à les dégorger. Il arrive aussi quelquefois qu’elles gardent celui dont elles se sont nourries, soit dans une application, soit lorsqu’on leur en fait avaler artificiellement, et principalement lorsque la quantité en est peu considérable, et que les sangsues sont d’ailleurs bien portantes. C’est ainsi, comme nous l’avons observé nous-même, que des sangsues conservées pendant plusieurs mois dans des vases pleins d’eau, perdent de leur poids, quoiqu’elles puissent ne pas teindre en rouge l’eau qui les contient. Cette déperdition résulte de l’augmentation de leurs sécrétions, qui sont toujours beaucoup plus actives quand la sangsue est pleine, et surtout si elle est remplie récemment.

Sangsues dégorgées. — Le prix élevé de cette hirudinée, l’emploi qu’on a fait des sangsues dégorgées dans les hôpitaux, ont donné l’idée à plusieurs industriels de recueillir celles qui ont servi, pour les dégorger et pour les vendre après ce dégorgement. Mais l’application des sangsues qui ont servi est une opération qui inspire du dégoût; dans l’opinion de quelques praticiens, elle n’est pas sans danger (1). 11 est donc important de pouvoir reconnaître les sangsues qui ont été soumises au dégorgement.

Les sangsues dégorgées offrent des rides et une flexibilité dans les téguments qui accusent qu’elles ont été soumises à une distension considérable, et que leurs tissus ne sont pas encore revenus à leur état primitif. La ventouse buccale est gonflée et blanchâtre. On sent que le tube intestinal, dont les parois s’appliquent immédiatement l’une sur l’autre, offre une cavité large, que l’épaisseur de la chair qui constitue leur corps est diminuée. Elles conservent plus ou moins de vivacité, suivant les moyens qui ont été employés pour les dégorger. Quand on ne leur a fait subir qu’une pression convenable, elles n’ont qu’un peu de mollesse et de lenteur dans les mouvements. Les sangsues dégorgées sécrètent un mucus abondant lorsqu’elles ont été soumises à l’action d’irritants; elles paraissent plus fatiguées. Elles prennent mieux que les sangsues artificiellement gorgées depuis peu de temps, mais leur piqûre est moins profonde. On peut répéter ce dégorgement de sangsues un certain nombre de fois, surtout

(1) Il faut dire cependant que cette opinion n’est pas partagée par le plus grand nombre des praticiens.

Des faits très-nombreux attestent, au contraire, l’innocuité des sangsues après leur dégorgement et les avantages que l’on peut trouver dans leur emploi. La réapplication des sangsues date de 1824 et 1825. Elle fut mise en pratique dans les hôpitaux militaires de Pampelune et de Bayonne, et, depuis, dans les hôpitaux de Paris, de Bordeaux, de Toulouse, de Reims, de Douai, de Metz, de Bochefort, d’Angers ; elle n’a présenté aucun inconvénient et a produit des économies notables qui ont permis de soulager d’autres misères. Plusieurs médecins ont introduit avec succès cette pra- , tique dans quelques localités. De plus, il résulte des expériences faites par une Commission composée de Orfila, Serres et Souhewan, que les sangsues dégorgées et reposées tirent autant de sang que les sangsues prises dans le commerce.

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si l’on n’a point eu recours à l’emploi de moyens qui aient fait souffrir l’animal (1).

Sangsues bâtardes. — Pour augmenter leurs bénéfices, les marchands vendent des sangsues parmi lesquelles il s’en trouve de bâtardes; ces sangsues, n’étant pas organisées pour entamer la peau, ne sont d’aucune utilité pour le malade : celui-ci, tourmenté par les essais infructueux qu’on a faits pour lui appliquer des sangsues qui ne prennent pas, ou qui prennent mal et tirent peu de sang, ne retire aucun avantage de ces essais, qui doivent au contraire le fatiguer, et peuvent empirer la maladie.

Les sangsues bâtardes n’appartiennent pas au genre Hinido. Il en est parmi elles, et particulièrement les espèces du genre Nephelïs, dont la robe ressemble à celle des sangsues proprement dites. 11 faut un examen attentif à la loupe pour s’apercevoir qu’elles sont tout à fait impropres à l’usage auquel on les destine (2).

Le commerce ne se borne pas à appeler bâtardes les hirudinées étrangères aux Sangutsuga, car il suffit que des espèces qui appartiennent réellement au genre sangsue soient d’un faible usage pour que les commerçants qui s’y connaissent les qualifient du nom de bâtardes; mais il convient mieux de les appeler sangsues de qualité inférieure. Telles sont les espèces nommées, en raison de leur couleur, bâtardes bî'unes, bâtardes claires, bâtardes blondes; celles que l’on appelle chalands, espèces venant du Calvados, de la Manche; celles dites demoiselles ou fleuries, syriennes, quelques-unes très-semblables aux dragons d’Afrique, etc.

Pour faire passer les bâtardes dans le commerce, on mêle une certaine proportion de ces hirudinées impuissantes avec des sangsues de bonne qualité, et l’on a, en apparence, satisfait aux demandes.

On a vendu aussi, comme sangsues médicinales, des hirudinées appelées aulastomes, tout à fait impropres à la succion. Ces fausses sangsues se reconnaissent aux caractères suivants : elles sont très-avides de vers de terre, tandis que les véritables sangsues ne s’en nourrissent point. On ne voit point sur leur dos ces lignes régulières que l’on remarque sur le dos des sangsues médicinales ; ces lignes, quand elles existent, sont irrégulières ; le plus souvent, elles sont remplacées par de petites taches de forme variable. Les aulastomes sont plus flasques au toucher, elles sont dépourvues des trois mâchoires dentelées qui arment la ventouse buccale de la sangsue, et que remplacent trois petits

(1) Il paraîtrait que la sangsue dégorgée retient toute la fibrine du sang {Réveil).

(2) Les annélides provenant des genres voisins des sangsues proprement dites sont faciles à reconnaître. Ainsi parfois on a trouvé, dans les sangsues du commerce, une grande espèce connue sous le nom de sangsue de cheval ou sangsue noire, pointue» (H æmopis vorax), très-connue dans les eaux douces de l’Europe. C’est à tort qu’on lui attribue les accidents inflammatoires qui se développent quelquefois h la suite de l’application de ces animaux, car elle se refuse constamment à se fixer sur la peau de l’homme et ne l’entame jamais. Les hæmopis ont dos mâchoires ovales, non comprimées et peu dentelées.

^L’aulastome vorace {Aulastoma gula) se distingue par sa couleur, par l’absence de bandes régulières, par le refus de se ramasser en olive. Il ne serait pas, d'ailleurs, de l’intérêt du marchand de mélanger aux sangsues un annélide qui les dévorerait.

Quant aux Nephelis que l’on a prétendu avoir été livrées comme sangsues médicinales, il suffit de rappeler que ces annélides meurent quand on les tient hors de l’eau pendant quelques instants.

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mamelons placés en ligne droite sur le premier sphincter, ou sphincter de l’œsophage. L’œsophage de l’aulastome est beaucoup plus large et plus allongé que celui de la véritable sangsue. La seconde division du canal intestinal est dépourvue des appendices latéraux, en forme de culs-de-sac ou de nids, si nombreux et si remarquables dans la sangsue médicinale; elle est dépourvue également des deux très-longs appendices latéraux et aussi en culs-de-sac qui, dans la sangsue, s’étendent jusqu’à la ventouse anale, en embrassant entre eux les deux dernières divisions du canal intestinal. Celles-ci diffèrent aussi par leur étendue relative et par la contexture de leurs membranes des deux mêmes divisions correspondantes du canal intestinal des vraies sangsues.

^ang^Bues malades. — Comme les bonnes sangsues peuvent se trouver mélangées à des sangsues malades, il n’est pas superflu dé décrire ici en peu de mots les maladies qui attaquent ces annélides.

Une des plus funestes et des plus communes est l'affection putride; elle se manifeste par l’enflure des extrémités ; celle-ci gagne bientôt tout le corps, qui est comme distendu par les gaz qui résultent de la putréfaction du sang. Les sangsues atteintes de cette maladie laissent suinter par la bouche un liquide rouge et séreux. Cet écoulement précède de peu leur mort, et ne doit pas être considéré comme l’indice du gorgement.

Les circonstances dans lesquelles se manifeste la maladie putride sont : 1® l’élévation de température de l’atmosphère (1); 2® l’accumulation de sangsues en trop grand nombre; 3® le contact de sangsues mortes ou malades, surtout par l’affection putride; 4® le renouvellement insuffisant de l’eau ou de la terre argileuse qui les renferme; 5 “ les lavages trop rares ou dans une eau impure; 6® leur conservation dans des sacs non nettoyés; 7® l’élat de plénitude et surtout de gorgement, particulièrement en été; 8® leur déplacement, surtout dans les voyages à l’époque de la gestation.

Une autre maladie se manifeste par l’excrétion trop abondante de leurs mucosités ; on la désigne sous le nom d'affection muqueuse. Dans cet état, les sangsues ne tardent point à s’amollir et à diminuer sensiblement. Celte maladie, qui dure quelques jours, est favorisée dans son développement : 1® par l’état de captivité des sangsues; 2® par le changement de milieu; 3® parla perturbation produite dans le transport; 4® parle maniement; 3® par un emballage portant mauvaise odeur.

Les sangsues deviennent quelquefois, comme on le dit, noueuses, c'est-à-dire que l’extrémité postérieure de leur corps présente un rétrécissement qui commence à la ventouse anale, et va en se prolongeant en avant. Le doigt peut apprécier des sortes de granulations dans la partie rétrécie. Cette maladie, qui se manifeste le plus souvent dans une partie des circonstances déjà précitées, affecte surtout les sangsues .qui ont été longtemps conservées avant la vente ; et, comme on ne pêche pas dans les marais de sangsues atteintes de cette ma-

(I) C’est pendant les mois de juillet, d’août et de septembre, que les pharmaciens ou les personnes qui s’occupent du commerce dos sangsues on perdent une plus grande quantité, par suite de l’altération de l’eau où elles séjournent.

Pour les conserver en été, sans éprouver plus de perte que pendant la saison froide, M. Gautier, pharmacien, recommande d’ajouter chaque jour à leur eau, 1 gramme de sel gris par litre, et si les sangsues n’étaient pas primitivement malades, il suffit de porter la dose à 0‘’,50 ou 0*',CO, et de la continuer sans interruption pendant les chaleurs.

SANTONINE.

ladie, cette dernière est une conséquence de la captivité, et peut-être de la nourriture artificielle que l’on croit devoir donner à ces animaux dans quelques réservoirs.

La gelée, lorsqu’elle ne tue pas immédiatement les sangsues, donne lieu à divers accidents : elles se nouent, deviennent boutonneuses, rejettent des matières sanguinolentes.

On croit avoir observé que certains principes délétères, puisés sur des malades par des sangsues, avaient causé la maladie et la mort de celles-ci.

Les sangsues se blessent entre elles. Le lieu de la blessure, qui se reconnaît par une tache tantôt blanchâtre, tantôt d’un gris foncé, tantôt d’un gris rougeâtre, est souvent aussi le point de départ de rétrécissements dans le corps de l’animal. Les sangsues affectées de cette lésion sont dites piquées.

V exténuation est aussi une cause de mort pour les sangsues .

SANTONINE : — La sanlonine est une matière cristallisée, trouvée

par Kahler et Alms dans le semen-contra et dans les sommités fleuries et les semences de plusieurs variétés A' Artemisia. Elle est en tables prismatiques brillantes, incolores, mais qui prennent promptement une coloration jaune sous l’influence de la radiation solaire. Elle est insipide, inodore, volatile, insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool, l’éther, l’essence de térébenthine, et surtout dans le chloroforme, qui en prend presque le quart de son poids. Sa dissolution alcoolique est franchement amère. Elle fond à 163®, et donne un liquide incolore qui se concrète, par le refroidissement, en une masse cristalline.

La santonine se combine aux bases, et forme des sels cristallisables avec la chaux, la baryte, l’oxyde de plomb.

— La santonine est employée comme anthelminthique ; elle a, dit-on, des propriétés vermifuges très-prononcées, à la dose deOs'^SO à

Falsiftcations. — J. Ruspini, de Bergame, a signalé la falsification de cette substance par V acide borique (1) ; on y a rencontré également de la crème de tartre soluble.

La santonine pure, fondue à une légère chaleur sur un papier blanc, se liquéfie sans crépitation, en laissant le papier un peu gras ; par le refroidissement, elle cristallise en masse de couleur jaunâtre.

La santonine mêlée d’acide borique fond avec une légère crépitation, comme les sels qui perdent leur eau de cristallisation. Elle enduit le papier, et l’acide borique se sépare sous forme de poudre blanche. Du reste, la santonine est combustible sans résidu et soluble dans le chloroforme, caractères que ne présente pas Tacide borique.

La santonine qui contient la plus petite quantité d’acide borique colore la flamme de l'alcool en vert. Elle reproduit ce caractère avec la crème de tartre soluble, si on opère avec de l’alcool additionné d’un peu d’acide sulfurique; du reste, le tartrate borico-potassique est facilement enlevé par l’eau, dans laquelle il est très-soluble.

On a, dit-on, falsifié cette matière avec la gomme, la résine et le sucre. Ces fraudes seraient décelées par l’odeur qu’exhale la substance projetée sur des

(1) Tout récemment, M. St. Cotton a retrouvé le même genre de fraude : un échantillon do santonine contenait 22,5 p. 100 d’acide borique cristallisé.

Chevallier et Baudrimont, 5« édit.

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