‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 388 sur 470 · SEIGLE ERGOTÉ · texte numérisé non relu

SEIGLE ERGOTÉ

Le seigle ergoté constitue des grains isolés, offrant quelque ressemblance avec l’ergot d’un coq, d’où lui est venu son nom. Il a la forme d’un cylindre allongé, de un à deux centimètres de longueur, atténué vers ses extrémités et plus ou moins recourbé en croissant. La partie qui adhérait à l’ovaire de la plante sur laquelle il se développe, est jaunâtre; le côté opposé et libre est aminci et comme crevassé. Il présente, dans sa courbure interne, un sillon qui rappelle celui du grain de seigle, et que d’autres sillons moins marqués accompagnent parallèlement.

La couleur du seigle ergoté est d’un violet noirâtre. Il possède, surtout à l’état de poudre, une odeur assez caractéristique, analogue à celle des champignons ou à celle de la viande rôtie. Mal conservé, il prend l’odeur du moisi. Sa saveur, peu marquée d’abord, développe bientôt une astriction persistante vers l’arrièrebouche. Sa cassure est compacte et nette comme celle d'une amande ; elle est blanche au centre, et d’une teinte vineuse près de la surface.

Composition. — L’analyse de l’ergot a été faite par plusieurs chimistes au nombre desquels nous citerons Vauquelm, Wiggers et M. Legrip. Voici, d’après Wiggers, la composition de ce produit, considéré longtemps par les botanistes comme un champignon {Sclerotium clavus, de de Candolle) :

Huile grasse incolo7'e : 35 ; osmazôme, 7,76 ; exù^actif gommeux, avec un principe colorant l'ouge, 2,33; mycose, 1, 35; albumine végétale, 1,46; ergotine, 1,25 ; ste'anne d'istallisable, 1,03 ; cérine, 0,76 ; fungine, 46,19 ; phosphate acide de potasse, 4,32 ; phosphate calcaire, avec des traces à'oxyde de fer, 0,29; silice, 0,14.

MM. Dragendorff et Padwissotzhy en ont extrait : un acide sclérotique, une substance colorante qu’ils nomment scléréi'ytlo'ine, une autre la scléroïodine , puis la scZeVo-m'sfa//me, etc. M. pense en avoir isolé , un nouveau prin-

cipe, \ ergotinine (1).

Usages. — Le seigle ergoté est employé pour l’usage obstétrical depuis 1747 ; mais déjà, en 1688, Camei'arius en avait signalé les effets. Aujourd’hui encore, il est très-souvent prescrit, quoique quelques praticiens aient mis en doute, et même complètement nié ses propriétés (2).

de ce grain empoisonné. De trop nombreux exemples témoignent dos mutilations graves qui résultent de l'emploi de farines contenant du seigle ergoté.

Il y a un certain nombre d’années, cinq habitants de la commune de Saint-Léger les Bruyères (Allier) éprouvèrent des accidents terribles, causés par du pain préparé avec des farines ergotées. Un enfant a été obligé de subir l’amputation de la jambe; sa mère et trois autres enfants étaient dans un état déplorable.

En 1854, l’hôtel-Dieu de Lyon a reçu une trentaine de malades de douze à soixante ans, atteints de gangrène sèche due à la môme cause. La plupart venaient de l'Isère, les autres de la Loire, de la Haute-Loire, de l’Ardèche, quelques-uns du Rhône. Chez la plupart, la gangrène avait détruit un pied entier ou presque entier; chez quelques-uns, un doigt ou un orteil; chez trois, les deux membres inférieurs avaient été sphacélés jusqu’auprès du genou, et, chez un enfant de douze ans, le mal ne s’était arrêté qu’au milieu de la cuisse {A. C/i.).

(1) M. Dragendoi'ff vient d'isoler de la sclérérythrine deux autres substances qui sont V acide fusco- sclérotique et la pici’osclérotine.

M. Wenzel avait cru retirer autrefois du seigle ergoté deux alcaloïdes. 1 ergotine et I echoline, dont on a nié depuis l'existence.

(’2) L'huile grasse du seigle ergote, 5 laquelle on attribuait des propriétés toxiques, est complètement inerte {Pitat, Recherches sur le Seigle ergoté. Thèse. École de pharmacie, 18.5 1).

Page 1