SEL AMMONIAC
C’est un excellent hémostatique; on l’administre en poudre, sirop, extrait, etc.(l).
Altérations. — Le seigle ergoté recueilli dans des années pluvieuses, et qui n’est pas bien desséché, perd dé ses propriétés ; conservé dans un air humide, il éprouve une altération putride, dégage une odeur de poisson pourri due à de la Triméthy lamine, et devient la proie d’un sarcopte semblable à celui du fromage ; celui qui est trop ancien s’échauffe et n’a plus d’action. Pour qu’il soit de bonne qualité, on doit le recueillir à la main par un temps sec, le dessécher et le conserver dans un bocal placé dans un lieu bien sec.
M. Ramsbocham recommande le moyen suivant pour juger de sa bonne qualité :
Avec sa poudre, on fait une infusion qu"on découvre après quelques secondes d’attente : si elle présente une couleur de chair foncée, et si les parties solides se sont déposées dans le fond du vase, c’est que l’ergot n’est pas altéré. Si, au contraire, l’infusion, après le temps donné, présente un aspect lacto-mucilagineux, et, si les parties solides du seigle ergoté la surnagent, c’est que celui-ci a subi une altération qui doit empêcher de compter sur l’effet qu’on espérerait en tirer.
Falsifications. — On eût pu croire que le seigle ergoté, produit naturel que l’on récolte en France, dans les provinces du Centre, dans le Lyonnais, l’Orléanais, etc., ne serait point susceptible de falsifications. Cependant il est démontré qu’on a cherché à fabriquer du seigle ergoté de toutes pièces, à faire passer le charbon pour du seigle ergoté.
O. Schauguery rapporte qu’on a préparé du seigle ergoté avec du gypse (sulfate de chaux) coloré et de la colle de farine; ce mélange était ensuite moulé. Il serait facile de reconnaître cette falsification : un semblable produit, mis en contact avec de l’eau, se déformerait, se réduirait en bouillie ; en outre, la cassure ne présenterait pas un centre blanc, puis un cercle violet, enfin une couche extérieure d’un brun-noir.
Le pharmacien ne doit jamais acheter de poudre de seigle ergoté ; il doit acheter l’ergot, et le pulvériser lui-même.
SEL AMMONIAC : AzH*,HCl = AzH^,Cl. — Ce sel, connu aussi sous les noms de muriate, chlorhydrate ou hydrochlorate d'ammoniaque, chlorure d’ammonium, est blanc, inodore, d’une saveur piquante. Il cristallise en cubes ou en octaèdres qui, le plus souvent, se réunissent et se disposent les uns à côté des autres, sous l’apparence de barbés déplumé. Il est volatil, soluble dans l’eau, un peu soluble dans l’alcool ; sa densité est \ ,450 ; mêlé en poudre avec une petite quantité de chaux vive, il laisse dégager des vapeurs ammoniacales.
Dans le commerce, on le rencontre sous forme de pains, blancs ou gris, à cassure fibreuse, obtenus par sublimation.
Usagées. — Le sel ammoniac blanc est très-employé en médecine, à l’intérieur, comme stimulant, fondant, contre l'hydropisie, les maladies scrofuleuses ; à l’extérieur, on s’en sert en lotions, gargarismes, collyres. Le sel ammoniac gris est usité par les chaudronniers pour aider à l’étamage.
(1) D’après M. Carbonneaux Le Perdriel, on peut substituer l'ergot de blé à l’ergot de seigle, sans aucun inconvénient (Recherches sur l'Ergot de blé. Thèse. École de pharmacie, 1862).
SEL COMMUN
Altérations. — Dans le commerce le sel ammoniac est rarement pur; il est communément sali par des matières empyreumat ques. Il contient souvent du sulfate d‘ ammoniaque , du chlorure de sodium, du sulfate de chaux, ainsi que des traces de fer, ou de cuwre (I) provenant des vases dans lesquels on l’a préparé.
La dissolution de ce sel altéré fournit, avec le chlorure de baryum, un précipité blanc, insoluble dans l’acide nitrique, s’il contient du sulfate d'ammoniaque. Par la sublimation, il laisse pour résidu le sel marin et le sulfate de chaux.
S’il contient du fer, il est jaune rougeâtre, sa dissolution aqueuse développe une coloration bleue avec le cyanure jaune, un précipité rougeâtre avec l’ammoniaque, un précipité noir avec le tannin, l’infusion de noix de galle; dans le cas où il contient du cuivre, le cyanure jaune y produit une coloration brun-marron.
SEL COMMUN : NaCl. — Le sel commun, appelé aussi muriale, hydrochlorate ou chlorhydrate de soude, chlorure de sodium, sel marin, sel de cuisine, sel gemme, est, de tous les sels solubles, le plus abondamment répandu dans les règnes minéral et organique.
Orij^ine. — Les eaux de la mer (2) forment le réservoir principal de cette substance, qu’on y puise pour la livrer ensuite au commerce : c’est ce qui lui a valu le nom dQ sel marin, bien qu’elle se rencontre en quantités très-considérables aussi dans le sein de la terre, particulièrement à la partie inférieure des terrains secondaires, comme à Wieliczkaen Pologne, en Hongrie, dans le Tyrol, à Chester (Angleterre), à Cardona dans la Catalogne, à Poza en Castille, dans plusieurs parties de la Russie, à Bex en Suisse ; en France, à Dieuze et à Saint- Nicolas-Varangéville (Meurthe), à Salins (Jura), et dans d’autres départements de l’Est ; à Briscous (Basses-Pyrénées), à Camarade (Ariége). Tantôt ce sel, extrait à l’état solide, comme à Wieliczka, à Dieuze, à Saint-Nicolas -Varangéville, prend le nom de sel gemme, sel rupestre ; il est translucide, parfois même transparent. Tantôt, au contraire, sa présence est indiquée, comme à Salins, à Briscous, par des sources qu’il sature à des degrés différents, et d’où on le retire, par évaporation, à l’aide de la chaleur.
Caractères. — Le chloi’ure de sodium pur cristallise en petits cubes blancs réunis en trémies, inaltérables à l’air, inodores, d’une saveur franche bien connue, ne renfermant pas d’eau de cristallisation, mais de l’eau d’interposition. Lorsqu’on projette le sel dans un foyer, cette eau, en se dilatant parla chaleur, produit une série de petites explosions connues sous le nom de décrépitation. Le sel fond au-dessus de la chaleur rouge, puis se volatilise, surtout sous l’influence d’un courant d’air ou de tout autre gaz.
11 est presque aussi soluble dans l’eau à froid qu’à chaud; il est soluble dans l’alcool, dont il colore la flamme en jaune.
H est insoluble dans l’acide chlorhydrique concentré; c’est ainsi qu’une solution de sel saturée, à 25® Baumé (densité : 1,205), le laisse précipiter en totalité, lorsqu’on y verse cet acide ou qu’on y fait passer un courant de gaz chlorhydrique. Le sel chimiquement déposé peut être obtenu d’une extrême ténuité,
(1) Il y a formation de fleurs ammoniacales martiales jaunes et de fleurs ammoniacales cuivreuses vertes.
(2) L’eau de l’Océan (Manche) contient 2,105 p. 100 de chlorure de sodium [Sclmeitzer) ; l’eau de la Méditerranée, 2,722 p. 100.
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comme le sel fin fin du commerce; un lavage et une légère calcination enlèvent tout l’acide chlorhydrique dont il est imprégné {Marguerüé).
En France, le sel s’extrait des eaux de l’Océan et de la Méditerranée (1) par évaporation spontanée, pendant les mois de juin, juillet et août. S’il provient des côtes de l’Ouest, il constitue le sel gris ; sa nuance varie du gris très-foncé au gris hlanc très-clair. Le sel extrait des salines du Midi (2) est blanc, en cristaux tantôt très-volumineux, tantôt très-menus [sel criblé du Midi) : ces derniei’s s’obtiennent en les séparant des premiers par un criblage. Celui de l’Est, provenant de la purification du sel gemme, est aussi très-blanc et en belles trémies.
Composition. — Le sel commun n’est pas du chlorure de sodium pur ; il retient toujours un certain nombre de substances étrangères, parmi lesquelles on doit compter FeuM, les chlorures de calcium et de magnésium, les sulfates de chaux et de magnésie, les matières terreuses, etc. Nous donnons ci-contre la composition de divers sels du commerce.
L’inspection de ce tableau fait voir que les sels du Portugal sont caractérisés par le sulfate de magnésie qu’ils contiennent en plus forte proportion. Les sels du Midi ont une grande analogie avec les précédents ; ceux de l'Ouest, moins purs, sont caractérisés par une teinte grise due à l'argile, et par une plus forte proportion de chlorure de magnésium, qui y entretient une certaine humidité (3).
Les sels raffinés soit par cristallisation, soit par l’eau de chaux, sont plus purs et exempts de chlorures déliquescents : presque toujours ils contiennent quelques centièmes d’eau hygroscopique. Ils se font remarquer par leur cristallisation en lorme de trémies larges et légères [sels de Cambrai), moyennes ou petites; il y en a aussi en cristaux blancs, très-menus, dits sels fins (4).
Les sels raffinés se produisent sur une grande échelle dans les départements de Meurthe-et-Moselle, du Jura, des Basses-Pyrénées (sels blancs dits de Bayonne). L’Est de la France et le Sud-Ouest emploient ces sels d’une manière presque exclusive. Ils ne contiennent pas de substances insolubles, terreuses et organiques ; d’après nos expériences, ils renferment moins de sels magnésiens que le sel marin ils salent davantage, et contiennent, en effet, 4 à 3 p. 100 de plus de sel pur.
C’est dans le Nord que l’on raffine le chlorure de sodium avec le plus de perfection. On donne aux cristaux des dimensions très-variables; mais comme le
A 15°, l’eau de l'Océan (Manche) marque 3° Baume ; l'eau de la Méditerranée en marque 3», 7 {E. Daguin).
(1) Les principales localités d’où le commerce de Paris tire les sels marins qu’il livre à la consommation sont les suivantes :
Vannes, Sarzeau, dans le Morbihan ; le Croisic, Guérande, le Pouliguen, Bourganeuf, dans la Loire-Inférieure; île de Noirmoutiers, île de Boin, Beauvoir, Sables-d’Olonne, dans la Vendée; la Rochelle, île de Ré, île d’Oléron, Marennes, le Gua, la Tremblade, A'ieul, dans la Charente- Inférieure.
(2) Cette (Hérault), Bouc (Bouches-du-Rhùne), la Valduc (Bouches-du-Rhône), Hyères (Var), etc.
(3) Les sels des marais salants sont beaucoup plus iodurés naturellement que les sels des salines de l’Est, et surtout que le sel gemme (Chatin).
Le sel des marais salants est plus sapide que les autres, à cause des chlorures de magnésium qu'il contient, aussi passe-t-il pour ôtre plus salant.
(4) Les fins sont généralement préférés pour l’usage de la table ; aussi les nomme-t-on sels de table.
Les sels cristallisés en trémies offrent par leurs formes régulières, faciles à distinguer, une garantie contre les mélanges de diverses substances étrangères pulvérulentes.
SEL COMMUN
sel, dans ces contrées, se vend à la mesure, le fabricant fait des cristaux aussi volumineux et aussi légers que possible.
On raffine à Paris les sels de table avec des sels neufs ou avec des sels de
SEL COMMUN
morue, que l’on calcine préalablement pour détruire les matières organiques qui leur communiqueraient une odeur nauséabonde. Le résidu de cette calcination, dissous dans l’eau, puis évaporé, donne un sel blanc raffiné, très-pur.
Analyse des sels marins. — Voici les observations pratiques présentées par M. Roux à ce sujet :
Chlore. Le titrage chlorométrique repose sur ce fait qu’en présence d’un mélange de chlorure alcalin et de cbrômate de potasse, le tout dans une liqueur neutre, l’azotate d’argent ne donne de précipité rouge de cbrômate d’argent que lorsque tous les chlorures ont été convertis en chlorure d’argent insoluble. On doit préparer les liqueurs normales suivantes :
1“ Une solution titrée d’azotate d’argent pur ; elle renfermera 14®L529 de ce sel par litre, qui précipiteront exactement 5 grammes de sel marin pur ;
2“ Une solution normale de chlorure de sodium pur, contenant 5 grammes de ce sel par 1000*'' ;
3°Unedissolution de chrômate neutre dé potasse au dixième.
Pour faire un essai, on prend un échantillon moyen du sel marin à analyser ; on en pèse exactement 5 grammes qu’on dissout dans assez d’eau distillée pour en faire 1000"=. Après agitation convenable pour avoir une liqueur bien homogène, on en prélève 50" à l’aide d’une burette de même capacité; on leur ajoute un même volume d’eau distillée, puis 10 gouttes de chrômate au dixième, le tout dans un verre à expériences. D’autre part, on a rempli d’azotate d’argent titré une burette alcalimétrique (de o0“ divisés en 100 parties) jusqu’à son zéro; puis on fait tomber cette solution goutte à goutte dans la liqueur à essayer jusqu’à ce qu’on obtienne une légère coloration rouge persistante du précipité, coloration due au chrômate d’argent formé et indiquant la précipitation préalable et complète du chlore à l’état de chlorure d’argent : le nombre de divisions d’azotate d’argent employé correspondra àla richesse en centièmes du sel marin. Ainsi 93 divisions de la burette correspondront à 93 p. 100 de chlorure de sodium pur. On répète deux ou trois fois le titrage pour en tirer une bonne moyenne.
Humidité. — On dessèche dans une étuve à 100 ou à 110“ un poids connu du sel pulvérisé finement : la perte de poids donne celui de l’eau *que contenait le sel.
Matières étrangères insolubles. — On traite 30 grammes de sel non desséché par un litre d’eau distillée. Après dissolution, on jette le tout sur un filtre pesé d’avance, qu’on lave ensuite jusqu’à ce que l’eau de lavage en sorte insipide. Après dessication, on pèse exactement. En déduisant de ce poids celui du papier du filtre, on a le poids des matières étrangères insolubles.
Acide sulfurique, chaux et magnésie. — On les dose sur des volumes connus de la liqueur primitive (5 grammes pour 1000) : l’acide sulfurique par une solution acide de chlorure de baryum ; la chaux par une solution d’oxalate d’ammoniaque mélangée de chlorhydrate de la même base. Les eaux mères de ce dernier dosage donnent la magnésie par le phosphate de soude qui en précipite du phosphate ammoniaco-magnésien. Du reste, on peut doser le chlorure de magnésium, en traitant le sel marin solide et pulvérisé, par l’alcool absolu qui ne dissout alors que le chlorure de magnésium. On sèche le résidu et on le pèse.
Voici le tableau de la composition des principaux sels marins du commerce, telle que l’a établie M . Roux :
TABLEAU
SEL COMMÜxX.
LIEUX DE PROVENANCE des
SELS
Matières étrangères.
tt
1 Chlorure de sodium.
Chlorure de magnésium
Chlorure de calcium.
I Sulfate de chaux.
Sulfate de magnésie.
Perte.
Seh mat'ins.
1 Agde