‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 393 sur 470 · SERPENTAIRE DE VIRGINIE · texte numérisé non relu

SERPENTAIRE DE VIRGINIE

tables follicules provenant des fruits du Cynanchum arguel. Les marchands consciencieux rejettent toujours de tels mélanges.

Addition. — En 1875, M. Holmes a décrit un séné vendu à Londres sous le nom de Fine senna. Il provenait des feuilles du Cassia hrevipes, et l’infusion en était presque inerte. Assez semblable au séné de Tinnevelly, il s’en distinguait par la présence de trois nervures longitudinales partageant la feuille en quatre bandes.

SERPENTAIRE DE VIRGINIE. — La racine de serpentah'e de Virginie ou vipérine {Aristolochia serpentaria, Aristolochiées) croît dans les forêts de la Virginie, de la Caroline, de la Floride, où elle est renommée contre la morsure des serpents à sonnette.

Elle se présente sous la forme de filaments minces, entrelacés, nombreux, partant d’un collet noueux, quelquefois garni des débris de la plante ; elle a une couleur grise à l’extérieur, blanche à l’intérieur ; elle possède une odeur aromatique et pénétrante, qui a quelque analogie avec celle du camphre ; sa saveur est amère; elle contient, d’après M. Chexmllier : huile volatile, amidon, résine, albumine, matière jaune amère; acides maligne ei phosphorique combinés à \dL potasse, à la chaux ; oxyde de fer, silice. Suivant Buchhoh, elle renfermerait : huile volatile, 3,05; résine jaune verdâtre, 2,83 ; matière extractive, 1,07 ; extrait gommeux, 18,01 ; ligneux, 62,04; eau, 14,45(1).

Usag:es. — La serpentaire sert, en médecine, comme stomachique, emména-' gogue, diurétique, et même purgative : elle est employée en décoction, en teinture; elle entre dans Veau générale, dans Veau thériacale, Yorviétan, et dans des remèdes vantés comme alexipbarmaques.

Falsifications. — Quelquefois la serpentaire de Virginie est mêlée aux racines de VAsarum virginicum et à celles de la Collinsonia præcox.

Elle est aussi, dit-on, mélangée avec les racines inférieures des Aristolochia hastata et toxnentosa, et avec celles du Spigelia marylandica.

La racine AAsax'um virginicum est d'une couleur noire, totalement distincte de la serpentaire. Du reste, ces trois espèces de racines peuvent facilement se reconnaître à la forme, à l’odeur et à la saveur ; en les comparant avec la véritable racine de la serpentaire, il est impossible de s’y méprendre.

Dans son traité de la Sophistication des substances médicamenteuses, M. Favre dit que l’on substitue à la serpentaire la racine de cabaret, qui a à peu près la même forme ; cependant, ajoute-t-il, il est facile de les distinguer l’une de l’autre, parce que la racinq de cabaret a une couleur noire à l’extérieur ; son odeur et sa saveur, quoique fortes, diffèrent aussi de celles de la racine de serpentaire de Virginie. Depuis quelque temps, aux États-Unis, on mélange à la serpentaire les rhizomes du Cypjrtpedium pubescens (Orchidées). Cette fraude se reconnaît au volume assez considérable de ce rhizome, ainsi qu’aux larges cicatrices cupulaires qui marquent la place où étaient les tiges. La structure anatomique de cette monocotylédonée est d’ailleurs très-distincte de celle de la serpentaire, qui fait partie des Dicotylédonées {Maisch).

(1) A côté de cette espèce commerciale, Giiibourt a reconnu trois autres sortes de serpentaire, rapportées par M. Duchartre à des variétés de V Aristolochia serpentaria ou à des especes différentes.

SILICATE DE POTASSE

Suivant Millemann, on la rencontre mélangée d’une forte proportion de rhizomes du sceau d’or {Hydrasü's canadensis), fraude qui est singulièrement facilitée par la mauvaise habitude qu’on a de ne pas débarrasser la racine de serpentaire de la terre qui la souille.

SILICATE DE POTASSE soluble. — Ce sel se présente en fragments vitreux, transparents, d’une structure très-homogène, incolores ou offrant une teinte légèrement ambrée ; sa saveur est caustique. Il est plus ou moins alcalin et plus ou moins lentement soluble dans l’eau bouillante qui le décompose partiellement. Il donne, par l’acide chlorhydrique, une gelée blanche de silice qu’un grand excès d’acide peut redissoudre.

On l’emploie en solution plus ou moins concentrée, pour la silicatisation des pierres poreuses, pour la fixation de quelques matières colorantes, pour falsifier les savons résineux, mais surtout pour obtenir des appareils inamovibles destinés à la contention des fractures, en remplacement des bandages dextrinés ou plâtrés servant aux mêmes usages.

Altérations. — La solution officinale de silicate de potasse usitée dans ce but est incolore, visqueuse, marquant 33“ Baumé= 1,283 de densité. Elle doit être alcaline sans excès, d’une dessiccation et d’une solidification faciles, et doit posséder des propriétés adbésives très-marquées. Celle que l’industrie prépare on grand, jouit seule de ces avantages, ainsi que l’a constaté M. J. Regnauld. Ce savant praticien a fait remarquer de plus « que la densité de la solution de silicate de potasse pur ne doit pas dépasser 33“, et que lorsqu’elle atteint 35“ Baumé = 1,306 de densité, elle est tellement visqueuse qu’elle cesse de couler à une température inférieure à -j- 20“. L’excès de densité des liqueurs fournies par l’industrie, l’ésulte de l’addition d’une proportion plus ou moins considérable d’une lessive de soude, pendant la concentration du silicate de potasse. Cette soude diminue la valeur vénale du produit, augmente d’une façon nuisible sa causticité, et atténue son pouvoir adhésif. »

On devra donc suspecter de fraude ou de mauvaise préparation, tout silicate de potasse marquant de 35 à 40“ et qui restera liquide et coulant au-dessous de + 20“ ; et comme 1/15 de silicate de soude diminue singulièrement les propriétés adhésives de celui-ci, on devra, en cas de doute, mesurer mécaniquement la force d’adhésion des solutions de silicate de potasse.

Il est arrivé quelquefois que Ton a substitué complètement le silicate de soude au silicate de potasse. Si l’on traite un pareil produit par un léger excès d’acide chlorhydrique, on en précipitera toute la silice qu’on devra séparer ensuite par filtration. Alors, essayant les liqueurs par le chlorure de platine ou par le biméta-antimoniate de potasse, on aura les réactions de la potasse ou de la soude. Mais comme ces réactifs ne sont pas communs dans les laboratoires, il sera plus facile de faire l’essai du produit suspecté, à l’aide du procédé indiqué par M. Personne. Pour cela, on introduira dans un tube à essais du silicate de potasse à examiner, avec 8 ou 10“' d’eau distillée. On agitera et on additionnera la solution de 1" d’acide acétique, qui devra la laisser parfaitement transparente. En lui ajoutant alors son volume d’alcool à 90“ et quelques petits fragments d’acide tartrique, et en agitant le tout rapidement, on verra bientôt apparaître un précipité grenu et cristallin de bitartrate de potasse, si le silicate contient cet alcali. Est-il à base de soude, la liqueur restera transparente, et ne

SIROPS

fournira des aiguilles cristallines de tartrate de soude qu’après 24 ou 48 heures d’attente.

M. Massic a analysé les solutions commerciales de silicate de potasse et de silicate de soude. Le premier, lorsqu’il marque 3o“, est composé pour 100"' de : silice, 20 ; eau, 68 ; potasse, 12. Le deuxième, pour le même degré, contient : silice, 14,6 ; eau, 71,6; soude, 12,8. Si l’on fait perdre, par évaporation au bainmarie, 30 grammes d’eau à 160" silicate de potasse pur marquant 35®, il se prend en gelée par le refroidissement ; celui qu’on a mélangé de silicate de soude reste coulant. Quant au silicate de soude pur, il conserve complètement sa fluidité, après une perte semblable au bain-marie.

SIROPS. — Les sirops sont des préparations ou conserves liquides, qu’on obtient par la dissolution du sucre au moyen de véhicules variables, tels que Veau, les infusions, les décoctions, les émulsions, les eaux distillées, le vin, etc., le tout amené, à l’aide de la chaleur, au degré de consistance convenable.

Les sirops sont simples ou composés : les sirops simples sont formés d’une seule substance médicamenteuse associée à l’eau et au sucre (1) ; les sirops composés contiennent plusieurs substances, ajoutées au sucre qui en fait la base.

Le mode de préparation des sirops varie ; ainsi on les prépare : 1® par la solution à froid du sucre dans un liquide ; 2® par la solution du sucre à l’aide de la chaleur ; 3® par coction et clarification ; 4® par la solution du sucre dans des liquides obtenus par distillation, etc., etc.

Le sucre qu’on emploie varie pour sa pureté selon la nature des sirops à préparer ; mais, en général, les substances qui entrent dans leur composition doivent être de bonne qualité.

Le pharmacien doit préparer dans son officine tous les sirops qu’il délivre, autrement il manquerait à la mission que lui impose le titre qu’on lui a conféré. En effet, qui lui garantira que le sirop qui lui est livré a été préparé d’après les indications données dans les formulaires ? Et supposons qu’il veuille s’en as surer, ne devra-t il pas employer plus de temps à obtenir des résultats certains qu’il n’en aurait mis à préparer lui-même les sirops ?

Usages. — Certains sirops dits d’agrément sont employés comme rafraîchissants ; mais tous les autres sont considérés comme agents médicamenteux.

Altérations. — Depuis longtemps déjà, on connaît la mobilité des éléments du sucre cristallisable et les modifications que certains agents impriment à sa molécule organique. Il résulte des observations successives de MM. Monnier, Dubrunfaut, Hardy, Raoult, Maumené, etc., que la chaleur directe, l’eau bouillante, les acides même très-étendus, les ferments, la lumière elle-même, tendent à convertir le sucre cristallisable en un mélange de glucose et de lévulose, c’està-dire en ce que l’on nomme ordinairement sucre interverti. C’est pourquoi les sirops médicamenteux, qui représentent avant tout une solution aqueuse de sucre, peuvent, alors même qu’ils ont été préparés avec ce corps pris à l’état de pureté, présenter après un certain temps les réactions du glucose. L’action du temps, une évaporation trop longtemps prolongée, la présence des acides (2),

(I j Le siro'p simple par excellence, on sirop de sucre, est celui qui ne contient que de l’eau et du sucre.

(2) Voyez : Üefraisne. Thèse sur les Sucres et les sirops. École de pharmacie, I87U.

SIROPS

une clarification imparfaite capable de laisser dans la solution sucrée des corps protéiques pouvant jouer le rôle de ferments, tous ces agents seront la source d’une inversion plus ou moins intense.

Essai. — Le sirop de sucre pur, type des sirops médicamenteux, présente les caractères suivants : il n’est pas précipitable par l’alcool à 90" centésimaux ; il ne brunit pas lorsqu’on le porte à l’ébullition après l’avoir additionné d’un peu de solution de potasse au dixième; sa rotation au saccbarimètre sera de 52" îY droite, après qu’il aura été étendu de 9 fois son volume d’eau. Lorsqu’il a été converti partiellement en sucre interverti, l’alcool à 90" ne le trouble pas ; mais il brunit par la potasse à l’ébullition, et son pouvoir dextrogyre a diminué. Cependant, il ne faut pas en conclure qu’il a été falsifié.

Les sirops doivent, presque tous, marquer 35" Baumé à froid, ou bien 1,26 au densimètre. Une densité moindre indiquerait qu’ils n’ont pas été suffisamment concentrés, négligence qui devient la cause de leur altération rapide.

Falsifications. — Depuis nombre d’années, les confiseurs, les distillateurs, les liquoristes, etc., ont préparé des sirops en faisant usage du sirop de glucose ou de fécule [sirop de malt, de blé, etc.), obtenu par la saccbarification de la fécule ou de l’amidon, au moyen de l’acide sulfurique ou de la diastase (I). Le but qu’ils se sont proposé en employant le sirop de glucose ou de fécule est de pouvoir obtenir des sirops à meilleur marché. En effet, le sirop de fécule de pomme de terre est livré à 37 ou 38 centimes le kilogramme, tandis que 1 kilogramme de sirop de sucre revient au moins à 1 fr. 10 ou I fr. 20 c., et quelquefois plus cher. On conçoit que si on mêle, comme cela s’est fait, 40 p. 100 de sirop de fécule au sirop de sucre, on obtient un sirop qui, au lieu de revenir à 1 fr. 20 c. le kilogramme, ne revient qu’à 85 centimes environ. Il en est résulté les inconvénients suivants: d’abord le consommateur a été trompé ; ensuite les sirops dits ^'agrément ont perdu de leur qualité : leur saveur, ainsi que leur propriété sucrante (2), ont été modifiées, ils ne sucrent point comme les sirops obtenus avec le sucre pur ; dans quelques cas, ils ont donné lieu à des maux de gorge (3).

Recherche qualitative du glucose. — L’introduction de sirops de glucose dans les sirops livrés au commerce ayant été signalée à l’administration, des mesures ont été prises pour faire cesser cette fraude, et les jurys chargés des visites dans Paris et la banlieue, et dans les divers départements, ont fait saisir les sirops glucosés ; les vendeurs, traduits devant les tribunaux, ont été condamnés. Ces poursuites se sont continuées, et on doit espérer, que par une répression juste et sévère, on fera cesser ces fraudes, nuisibles aussi bien pour le vendeur que pour l’acheteur : pour le vendeur, en ce que la différence du prix du glucose au sirop de sucre ne lui profite pas en raison de la concurrence ; pour l’ache-

(1) On a vendu aux épiciers des sirops préparés avec 60 p. de sirop de sucre et 40 p. de sirop de fécule.

(2) Il faut 400 grammes de sirop de fécule de pomme de terre pour sucrer à peu près la même quantité de liquide que le feraient 100 grammes de sirop de sucre ; il y a, en outre, une différence entre la saveur de l’eau sucrée et celle du glucose, qui n’a rien d’agréable.

(3) Soubeiran et Guérard ont fait connaître qu’on avait essayé autrefois d’employer le sirop de fécule dans les hôpitaux ; mais l’usage de ce sirop a déterminé des maux de gorge, qui ont mis l’administration dans la nécessité d’en faire cesser l’emploi [Voy. le mémoire de Soubeiran, Journal de pharmacie et de chimie, 3' série, t. XVIII, p. 328).

SIROPS

leur, en ce que le sirop qu’il achète ne sucre pas, et qu’il est forcé d’employer 2 p. de sirop glucosé, au lieu de 1 p. de sirop de sucre pur(l).

On a indiqué divers moyens pour reconnaître la présence du glucose de pomme de terre et du glucose de froment dans le sirop de sucre, ainsi que dans les sirops de gomme, de guimauve, de capillaire, à.'orgeat. Celui qu’on emploie le plus souvent consiste à traiter, dans un petit ballon, à l’aide de la chaleur, 10 ou 15 grammes de ces sirops, par 10 grammes d’une solution de potasse au dixième. Si le sirop est exempt de glucose et de sirop de froment, il prend, par l’ébullition, une belle couleur jaune ; si, au contraire, il est mêlé de'glucose, il acquiert la couleur du café noir et répand une odeur de caramel (2).

On emploie aussi la liqueur de Frommherz ( Yoy. art. Sucre), qui perd sa belle couleur bleue en déposant de l’oxyde rouge de cuivre lorsqu’on la chauffe avec une solution de glucose, phénomène qu’elle ne présente pas avec des sirops exempts de ce dernier sucre.

Le sirop mêlé de glucose se colore en rouge, lorsqu’après l’avoir étendu de son volume d’eau, ony ajoute quelques gouttes d’iodure ioduréde potassium (3) : l/oO de sirop de fécule est facilement apprécié par ce moyen. Cette coloration en rouge est l’indice manifeste de la présence de la dextrine, qui fait toujours partie des sirops de fécule du commerce, surtout lorsque la saccharification a été obtenue au moyen de la diastase.

Comme le sirop de glucose retient toujours une petite quantité de sulfate de chaux, il communique aux sirops dans lesquels on le fait entrer en mélange, la propriété de se troubler plus ou moins fortement par le chlorure de baryum d’une part, par l’oxalate d’ammoniaque de l’autre, et enfin par l’alcool à 90®. {Voy. Glucose.)

Détermination quantitative du glucose. — Le mode d’essai précédent ne peu t

(1) Au sujet de réclamations que des fabricants de sirop firent en 1851, le ministre de l’agriculture et du commerce en référa au Comité consultatif d'hj'giène publique, qui décida :

1“ Qu’en aucun cas les sirops médicamenteux, tels que ceux de gomme, de guimauve, de capillaire, etc., ne devaient être préparés par d’autres moyens que ceux qui sont formulés au Codex, ce qui exclut l’emploi du glucose en remplacement du sucre ;

2“ Qu’il devait être permis aux fabricants de vendre, comme sirops d'agrément, tels mélanges qu'ils jugeront convenables, pourvu que les dénominations sous lesquelles ils les vendront n’indiquent ni une préparation du Codex, plus ou moins modifiée, ni une préparation autre que la véritable ;

3° En ce qui touche particulièrement le glucose, que l’usage n'en doit pas être interdit, mais que, pour éviter toute confusion, les sirops qui en contiendront devront porter la dénomination commune de sirop de glucose, à laquelle on ajoutera telle ou telle autre dénomination spécifique, pour les distinguer entre eux. Ainsi les étiquettes et les factures porteraient : sirop de glucose à la merise, à la groseille, au limon, à l’orgeat, etc. ; de cette manière, les fabricants n’auraient pas à redouter des poursuites pour fait do fraude ou de tromperie sur la nature de la chose vendue.

M. le ministre adopta cet avis du Comité d’hygiène et le porta à la connaissance des fabricants de sirops, des Conseils d’hygiène et de salubrité, des jurys médicaux et des Écoles de pharmacie, par une circulaire en date du 20 octobre 1851.

Ces prescriptions furent rendues exécutoires par une circulaire du préfet de police, en date du 23 décembre 1851 et du 25 juillet 1852.

(2) Une addition de 0®'',5 de glucose lui fait prendre une couleur de vin de Malaga foncé.

(3) Soubeiran prépare ce réactif avec : iodure de potassium non alcalin, 2 ; iode pur, 2,5; eau distillée, 100. Comme l’iodure de potassium du commerce est toujours alcalin, il est nécessaire d’en précipiter la solution par un peu d’iodure de fer qui réagit sur le carbonate de potasse du premier sel pour le neutraliser.

SIROPS

indiquer dans quelle proportion le mélange a été fait ; il ne peut pas non plus être mis en pratique pour les sirops acides, même les plus blancs, parce que le sucre de canne, interverti (1) par la présence des acides, se colore aussi par la potasse : on doit alors avoir recours à l’emploi de la liqueur cupro-potassique ou du saccharimètre. {Voy. art. Sucres.). Nous allons faire connaître ici les résultats que Soubeiran a obtenus à l’aide de cet instrument.

Pour exécuter l’analyse d’un mélange de sirop de sucre et de sirop de fécule, on se base ourles principes qui suivent :

volume de sirop de sucre de canne ordinaire, marquant 35® à l’aréomètre, étendu de 9 volumes d’eau, donne au saccharimètre, à la température de lo®, dans le tube de 0“,20 de longueur, une rotation à droite de .52® ;

2® 10 volumes de cette même liqueur, mélangés avec 1 volume d’acide chlorhydrique pur et concentré, et chauffés dans un matras en verre, au bain-marie, jusqu’à la température de 68®, fournissent par le refroidissement une liqueur qui, observée au saccharimètre, dans un tuhe de 0”,22 et à la température de lo®, donne une rotation à gauche de 21®, 3, ce qui est la conséquence du pouvoir d’inversion, déterminé par Biot : 38® à gauche, 100® à droite ;

3® Le sirop de fécule du commerce, traité de la même manière, donne au saccharimètre 100® à droite pour la rotation primitive et 100® à droite encore après la réaction de l’acide, puisqu’il n’est pas susceptible d’inversion par cet agent ;

4® La dextrine, qui se trouve toujours dans le sirop de fécule du commerce, se comporte au saccharimètre de la même manière que le glucose, et par conséquent n’apporte aucun trouble dans les observations.

Ceci étant bien établi, lorsqu’on veut analyser un mélange de sirop de fécule et de sirop de sucre de canne, on le soumet au traitement indiqué ci-dessus, c’est-à-dire qu’on l’étend de 9 volumes d’eau, et qu’on prend sa rotation à la température de 13® dans le tube de 0“,20. Puis on ajoute à 10 volumes de cette solution, 1 volume d’acide chlorhydrique concentré ; on chauffe doucement au bain-marie jusqu’à la température de 68®, et l’on prend de nouveau la rotation à la température de 13® dans le tube de 0”,22. Par l’action de Tacide, le sirop de fécule conserve son degré ; mais le sirop de sucre de canne est interverti, de façon que 100® à droite deviennent 38® à gauche, lesquels neutralisent 38® de sucre de fécule, de telle sorte que le degré restant se compose de la totalité du sucre de fécule, moins la portion qui se trouve masquée par le sucre interverti.

Sachant que 100 p. de sucre de canne donnent, dans les conditions de l’expérience, 32® à droite, le calcul fait connaître quelle est la proportion de ce sirop dans le mélange. La déviation qui lui appartient est donnée en multipliant par la fraction 100/138 la perte de degrés opérée par l’inversion, et la proportion en volume de sucre de canne est obtenue à son tour en multipliant le produit de la précédente opération par 100/32.

Plus simplement encore, on a la proportion en volume du sirop de sucre de canne dans le mélange, en multipliant par 1,4 la perte de degrés opérée par l’inversion. Il est bien entendu que si la rotation, après l'action de l’acide chlor-

(1) Le sucre de canne dévie les rayons de lumière polarisée, à droite, lorsqu’il est pur ; à gauche, lorsqu’il a été inleruerti.

SIROP d’acide citrique.

hydrique, se faisait à g;auche, la perte serait représentée par la rotation à droite avant l’action de l’acide, plus l’excès de rotation à gauche après cette action .

Le tableau suivant donne un exemple de ce genre de résultats :

SIROP

Sirop de sucre.

9 vol. sirop de sucre

fécule sucre .

fécule, sucre . .

fécule .

sucre .

fécule, sucre. .

fecule.

sucre .

fécule, fécule . fécule., sucre .

fécule..

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