SIROP DE CAPILLAIRE
un précipité grenu et cristallin de crème de tartre, en présence du chlorure de potassium.
SIROP ANTISCORBUTIQUE. — C’est le sirop de Raifort composé, dans la composition duquel entrent le cresson, le cochléaria, le raifort, le ménianthe, les zestes d’oranges amères, la cannelle de Ceylan, le sucre et le vin blanc.
11 est de couleur ambrée, légèrement verdâtre ; il possède une odeur mixte 4e crucifère, de cannelle et d’orange ; une saveur amère, piquante. Il rougit le tournesol ; il brunit quand, étendu d’eau, on le fait bouillir avec de la limaille de fer {Lepage). Il absorbe facilement un millième de son poids d’iode, qui devient alors insensible à l’action de l’amidon ou du sulfure de carbone.
Le sirop antiscorbutique doit donner de 4 à 5 p. 100 à'alcool à la distillation, et on doit pouvoir en extraire une certaine quantité de bitartrate de potasse, provenant du vin, etc.
Falsifications. — Le sirop anüscorbutique est quelquefois obtenu sans distillation, ou à l’aide d’extrait fluide. Ces modes de préparation tendent à se propager aux dépens du procédé donné par le Codex. En dehors de ces moyens dont la valeur est peut-être discutable, on a imaginé beaucoup d’autres formules pour l’obtenir facilement et à bon marché : c’est ainsi qu’on l’a préparé sans addition de vin, sans oranges amères ni ménianthe ; on y remplace quelquefois le sucre de canne par le glucose. Dans une certaine région de Paris, on l’a quelquefois préparé avec le sirop d’écumes, réuni à tous ceux qui découlent des bouteilles mises à l’égouttage ; on filtre ce mélange et on l’aromatise avec l’alcoolat de cochléaria {Dufour). 11 n’est pas impossible d’arriver à reconnaître ces falsifications; mais pour cela il faut agir par comparaison avec un sirop antiscorbutique bien préparé {St. Martin) : on y recherche surtout l’alcool et la crème de tartre.
SIROP DE CAPILLAIRE. — Ce sirop est préparé avec l’infusion de capillaire et le sucre blanc, d’après la formule suivante :
Capillaire du Canada 100 grammes.
Eau 1000 —
Sucre Q. S.
Usages. — Le sirop de capillaire est considéré comme un excellent béchique, fort employé par les personnes atteintes de rhumes et de catarrhes.
Falsifications. — On substitue souvent au sirop de capillaire du sirop de sucre préparé avec du sucre plus ou moins pur, ou bien on lui ajoute du glucose, ou bien encore on retranche sur la quantité de capillaire qui devrait être employée.
Le sirop de capillaire préparé avec du sirop très-blanc est peu coloré luimême ; additionné de quelques gouttes d’ammoniaque, il prend une coloration jaune d'or foncé, ce qui n’a pas lieu avec le sirop de sucre seul ; l’acétate de peroxyde de fer ou le percblorure du même métal, en agissant sur le tannin, le font passer au vert. Lorsqu’on ajoute 4 à 5 gouttes dejchlorure ferrique en solution officinale à 10 grammes de sirop de capillaire qu’on étend d’abord de son poids d’eau, on obtient une coloration verte d’autant moins intense que , la dose de capillaire y est plus faible {Am. Blachez).
Chevallier et Baudrimont, 5' édit. 61
SIROP DE GOMME
Le goût du sirop préparé avec le capillaire peut aussi faire reconnaître aux pei'sonnes exercées s’il renferme cette substance médicamenteuse.
Le sirop de capillaire fait avec du sirop de stic7'e glucosé noircit lorsqu’on le traite par la potasse, à l’aide de la chaleur.
SIROP DE CODÉINE. — 11 est incolore, inodore, transparent, d’une saveur amère assez prononcée. Il contient Os’^,20 de codéine par 100 grammes de sirop.
D’après M. Lepage, de Gisors, le tannin doit troubler immédiatement sa solution étendue de deux ou trois fois son volume d’eau. Déplus, 50 grammes de ce sirop, agités pendant 25 à 30 minutes avec de l’éther rectifié, doivent lui céder l’alcaloïde ; de telle sorte qu’en décantant cet éther et en l’abandonnant à l’évaporation spontanée, il laisse un résidu amer, soluhle dans l’eau et précipitant facilement par le tannin.
Falsiflcatious. — A cause du prix élevé de la codéine, les fraudeurs remplacent quelquefois celle-ci par la morphine. Cette grave substitution sera dévoilée par les réactions suivantes : le sirop de morphine se colore en jaune par l’acide indique, et en jaune orangé par l’acide azotique concentré. Il ne cède j*
rien ou presque rien à l’éther ordinaire, tandis que, agité avec un peu de po- ’
tasse caustique et d’éther acétique, ce dernier dissoudra la morphine qu’il déposera ensuite par évaporation. 11 sera alors facile de mettre en relief les caractères si tranchés de cet alcaloïde.
SIROP D’ÉCORCES D’ORANGES AMÈRES. — Préparé avec l’écorce de ce fruit encore vert, et d’après la formule du Codex, il est un peu visqueux, brunâtre, possédant l’odeur caractéristique du curaçao et une saveur amère et aromatique.
Celui qui est préparé avec les extraits fluides du commerce est plus brun et moins amer que le sirop du Codex ; il est rarement aussi cuit, c’est-à-dire aussi dense que ce dernier. Mais il en diffère surtout au point de vue des essais suivants, indiqués par M. Ch. Palrouillard pour déceler leur genre de ^ préparation : 1“ Le sirop d’écorces d’oranges amères du Codex, étendu de dix fois son volume d’eau, brunit tellement par l’addition de 5 à 6 gouttes de perchlorure de fer qu’il en devient opaque ; le sirop à base d’extrait fluide prend une couleur brune deux fois plus faible au moins que le précédent. 2“ Le sirop du Codex ( 1 0 grammes environ) mis dans un tube à essai avec deux gouttes d’acide chlorhydrique concentré, se prend instantanément en une masse gélatineuse qui ne peut plus couler hors du tube; le sirop fait avec des extraits fluides reste toujours très-liquide après l’addition de cet acide. Suivant Auh'y, la potasse le gélatinise également en le colorant en jaune d’or.
SIROPS DE FRUITS. — Ils sont préparés en employant des sucs de fruits à la dissolution du sucre pour le convertir en sirop. Trop souvent, les sirops de fruits du commerce ne contiennent rien autre chose que du sirop de glucose additionné d’acides tartrique ou citrique, et d’un peu d’une matière colorante rouge , le tout aromatisé de quelques gouttes d’essences artificielles. Les moyens qu’on peut employer pour reconnaître de pareilles fraudes seront indiqués à l’article Sirop de groseilles.
SIROP DE GOMME. — Ce sirop, d’après la formule du Codex de 1866, |
SIROP DE GOMME
ion
est préparé avec : gomme arabique ou gomme du Sénégal, 1000; eau, 1500; sirop de suo'e, lOOCO. Il est presque incolore, transparent, assez épais, d’une saveur douce et mucilagineuse rappelant celle de la gomme elle-même. Il marque 33“ à l’aréomètre de Baumé et coule lentement. D’après sa formule, il doit contenir environ 1/12,3 de son poids de gomme. C'est un sirop médicamenteux qui, aux termes de l’arrêt de la Cour de cassation du 7 février 1831 , constitue une préparation pharmaceutique qui ne peut se foire que conformément à la formule établie par le Codex ; l’infraction à cette règle rentre dans les prévisions de l’arrêt de règlement du Parlement de Paris du 23 juillet 1748, lequel prononce une peine excédant la compétence du tribunal de simple police'.
Usages. — Le sirop de gomme est employé comme émollient, adoucissant, calmant; il convient dans les inflammations, les irritations, les épuisements. On le donne surtout dans les maladies de poitrine.
Falsifications. — Ce sirop, qui ne devrait être préparé que par les pharmaciens, est tombé depuis longtemps dans le domaine des confiseurs, distillateurs, liquoristes, épiciers, etc , qui en modifient singulièrement la formule, à la condition d’annoncer sur l’étiquette, qu’on est en présence d’un sirop de gomme de fantaisie. Cela veut dire qu’on a substitué le sii’op de glucose, ou celui de dextrine, à une partie ou à la totalité de la gomme et du sirop de sucre. Ce produit est un de ceux qui, dans le commerce, sont le plus souvent falsifiés ; il faut donc l’examiner toujours avec attention.
Un sirop de gomme bien préparé, lorsqu’on le mélange avec un volume égal au sien d’alcool à 90“, donne un trouble qui se redissout par l’agitation. En ajoutant un nouveau volume du même véhicule, il donne un précipité blanc permanent ; la gomme est alors séparée du sucre, puisqu’elle est insoluble dans l’alcool. Le sirop de gomme précipite abondamment par le sous-acétate de plomb ; une solution assez concentrée de potasse caustique lui donne, à l’ébullition, une teinte légèrement ambrée, mais jamais brune; cependant, cette teinte devient d’autant plus foncée que le sirop est préparé depuis plus longtemps, parce que, ainsi que M. Chevallier l’a constaté autrefois, le sucre du sirop de gomme subit peu à peu l’inversion ; mais, même dans ce cas, une solution d’iodure de potassium ioduré le colore seulement en jaune et non en rouge; il ne prend cette dernière teinte que lorsqu’il contient de la dextrine.
Les persels de fer solubles forment un réactif très-sensible de la gomme libre ou à l’état de sirop ; si on ajoute quelques gouttes d’une solution officinale de perchlorure de fer à du sirop de gomme étendu de son volume d’eau, on verra celui-ci se coaguler presque instantanément, après agitation, en donnant un précipité gélatineux de gummate de sesquioxyde de fer.
M. Lepage, de Gisors, a proposé le procédé suivant pour constater la présence de la gomme dans le sirop de gomme. Il est fondé sur la propriété, que Planche découvrit à la gomme arabique, de bleuir par son contact avec la teinture de gayac. On verse dans 30 grammes du sirop à essayer 13 à 20 gouttes de teinture alcoolique de résine de gayac, et on agite. Si le sirop renferme de la gomme dans les proportions indiquées par le Codex, une assez belle teinte bleue s’y développe, dans l’espace de dix à quinze minutes (1). Un sirop qui ne renferme
(l ) Les sirops de guimauve et de consoude, qui renferment, comme on sait, un mélange précipitable par l’alcool, à la manière de la gomme, ne bleuissent pas par leur contact avec la teinture alcoolique de gayac.
SIROP DE GOMME
qu’une petite quantité de gomme, un huitième, par exemple, de la proportion indiquée par le Codex, n’offre, au bout d’un quart d’heure, avec le môme réactif, qu’une légère teinte verdâtre, bien différente de celle qui apparaît dans un sirop normal. Ce n’est qu’au bout de plusieurs heures qu’il présente la teinte bleue qui se développe, en dix à quinze minutes, dans un sirop conforme au Codex ou à peu près.
Le sirop de gomme peut présenter plusieurs sortes de falsifications ; ou bien, il ne contient pas la quantité de gomme prescrite parle Codex, tout en restant à base de sirop de sucre ; ou bien on a supprimé une partie de la gomme et du sirop de sucre qu’on a remplacés par du ‘sirop de glucose dextriné ; ou bien encore, on a remplacé complètement la gomme et le sucre par le même sirop de glucose dextriné (1).
Dosag:e de la ^omme. — Comme il est important de déterminer la proportion de gomme que renferme un sirop dont elle fait la base, on a proposé pour cela un certain nombre de procédés de dosage. Un des plus anciens et des plus simples consiste à en précipiter la gomme par une suffisante quantité d’alcool à 90“ (5 à 6 volumes) : on chauffe au bain-marie le mélange jusqu’à l’ébullition, et quand le précipité est bien rassemblé, on le reçoit sur un filtre, on le lave à l’aide du même véhicule ; puis on sèche le filtre et on le pèse. On pourrait encore précipiter le sirop par le sous-acétate de plomb, recueillir le dépôt, le laver, le décomposer au sein de l’eau par l’hydrogène sulfuré, pour en éliminer le plomb à l’état de sulfure ; la gomme resterait en solution aqueuse, qu'il suffirait d’évaporer à siccité pour pouvoir peser le résidu. Ces deux procédés peuvent être employés lorsque le produit à essayer est exempt de glucose dextriné ; mais les dosages par les précipitations, les filtrations, les dessiccations et les pesées prennent trop de temps. C’est pourquoi Soubetran a publié en 1850 (2) un procédé saccharimétrique pour titrer les sirops de gomme. Mais ce procédé, très-délicat, exige l’emploi d’un saccharimètre, instrument que les pharmaciens possèdent rarement ; de plus il est mis en défaut, aussitôt que le glucose intervient dans la préparation. Il est donc préférable de recourir au mode d’essai publié, en 1860 et en 1868, par M. lîoussin. (Voir plus bas.)
Lorsque, au lieu de sucre, le sirop renferme du glucose, on le reconnaît à l’aide de la solution bouillante de potasse caustique, qui colore le liquide en brun d’autant plus foncé qu’il y a plus de glucose. On apprécie encore la présence de ce dernier par l’emploi de la liqueur cupro-potassique que ce sucre réduit en donnant un dépôt rouge d’oxyde cuivreux. Si, d'autre part, le glucose a été obtenu par l’acide sulfurique, il a apporté alors avec lui une certaine quantité de sulfate de chaux dont on constatera l’existence en recourant au chlorure de baryum, réactif des sulfates, et à l’oxalate d’ammoniaque, réactif des sels de chaux. Mais si le glucose a été obtenu par l’action de la diastase sur la fécule, ou sur les amidons de froment, d’orge, etc., il contient alors une notable proportion de dextrine capable de simuler la gomme dans les sirops de ce nom. Seulement la dextrine et le glucose augmentent considérablement le pouvoir dex-
(1) On falsifiait autrefois le sirop de gomme en y introduisant du sucre de fécule provenant de la saccharification de la fécule par l’acide sulfurique; on remplace aujourd’hui ce sucre de fécule par celui qu’on obtient h l’aide de l’action de la diastase sur la fécule elle-môme; il en résulte un mélange de glucose et de dextrine qu’on transforme en sirop par concentration.
(î) Journ. de pharm. et de chim., t. XVIII, p. 328.
SIROP DE GOMME
trogyre du sirop, surtout lorsqu’on les a substitués à la gomme, dont le pouvoir rotatoire estau contraire lévogyre. Déplus, on observe que l’addition d’un volume .d’alcool à 34“ B. à du sirop dextriné, laisse ce dernier transparent, ce qui lient à ce que la dextrine est soluble dans l’alcool affaibli : elle se précipiterait sous l’influence d’une plus forte proportion d’alcool ; mais il est à remarquer que le précipité est toujours beaucoup plus faible que celui que donnerait du sirop de gomme pur. Du reste, tous ces essais doivent être faits comparativement à ce dernier.
L’iodure de potassium ioduré fera trouver également la dextrine, parce qu’il lui communique une coloration rouge violacé, quelquefois violette ou bleue, tandis qu’il ne donne au sirop de gomme pur que la coloration jaune de l’iode.
Procédé de M. Roussin. — Tous ces essais ne sont que qualitatifs. Lorsqu’il s’agit de doser la gomme, soit seule, soit au milieu d"un mélange de glucose et de dextrine, on éprouve de véritables difficultés. M. Roussin a su les éviter à l’aide des moyens suivants :
1“ Si le sirop est exempt de tout mélange, on y dosera la gomme à l’aide du persulfate de fer ; elle est tellement sensible à l’action de ce réactif qu’elle donne avec lui un précipité fort apparent, même lorsqu’elle n’entre que pour un décigramme dans un demi-litre d’eau. On se procure une petite éprouvette à pied haute de 20 à 30 centimètres et d’un diamètre intérieur égal à 12 ou 13 millimètres. Elle sera graduée en 21 parties d’égale capacité, laissant, au-dessus de la dernière division, un espace libre de 2 à 3 centimètres, pour permettre l’agitation facile du liquide. Si on remplit cette éprouvette d’eau distillée jusqu’à la 20“ division (le zéro part du pied de l’instrument), et qu’on ajoute à ce liquide une division de sirop de gomme bien pur, de manière à élever le niveau jusqu’à la 21® division ; en mélangeant ensuite par agitation et en additionnant le tout de 4 gouttes de persulfate de fer (1), on retournera vivement l’éprouvette deux ou trois fois, et on l’abandonnera au repos pendant 5 minutes. Après ce temps, toute la masse s’est prise en gelée ; aucune goutte de liquide ne s’en échappe en retournant doucement le vase, si l’on a agi sur du sirop renfermant la proportion de gomme prescrite par le Codex ; s’il y a moins de gomme qu’il n’en faut, la liqueur se prendra d’autant moins en masse qu’il y manquera plus de gomme. En recommençant l’opération de la même manière, mais en n’employant pour 1 division de sirop que 15, 12, 10, etc., volumes d’eau, on arrivera à un mélange capable de se prendre complètement en masse. Si ce mélange correspond, par exemple, à 12 parties d’eau (au lieu de 20) pour 1 de sirop, cela voudra dire que celui-ci ne contenait que les 12/20 de la gomme qu’il devait renfermer. On répète cet essai trois ou quatre fois (chaque essai exige de 7 à 8 minutes), ce qui renseigne suffisamment sur la valeur du sirop (2).
. 2“ Lorsque le sirop à essayer est mélangé de glucose dextriné, M. Roussin conseille de procéder de la manière suivante : *
« On fait choix d’un flacon à large ouverture de la capacité d’environ 60““, dans lequel on verse : « 1“ 10““ du sirop à essayer ; 2“ 30““ d’alcool à 56“.
« On agite pour opérer le mélange, puis on ajoute 4 gouttes de la solution
(1) Sa solution doit être aussi neutre que possible et renfermer environ 1 gramme de fer métallique pour 10".
(2) Les tubes ou éprouvettes ne doivent pas avoir un plus grand diamètre intérieur que celui qui a été indiqué.