SOUS-NITRATE DE BISMUTH
L’emploi d’une eau plus ou moins pure a une influence réelle sur la composition et la pureté du sous-nitrate de bismuth. Ce fait, anciennement observé par Rouelle, a été l’objet d’expériences publiées, il y a une vingtaine d’années, par Lassaigne, qui a constaté expérimentalement qu’une eau plus ou moins impure, plus ou moins séléniteuse, décompose en partie le nitrate de bismuth, et introduit dans le sous-nitrate une certaine quantité de chlorure et de soussulfate de bismuth. Il importe donc de n’employer, pour la préparation du blanc de fard, que de l’eau distillée ou de l’eau de pluie.
Le blanc de fard peut encore être altéré par du carbonate et de X oxyde de bismuth ainsi que par un sel ammoniacal. Ces altérations se présentent lorsque ce produit a été précipité non par l’eau seule, mais par de l’ammoniaque pure ou carbonatée. S’il est carbonaté, il produit alors une légère effervescence par les acides ; lorsqu’on le triture avec un alcali, il dégage de l’ammoniaque s’il contient du sel ammoniac (Bultot).
Un bon sous-nitrate de bismuth doit laisser à la calcination un résidu d’oxyde de bismuth pesant 76,78 p. 100. Un poids plus considérable indiquerait la présence d’un excès d’oxyde de bismuth (1).
Le sous-nitrate de bismuth renferme assez souvent de V argent. M. Ch. Ekin y reconnaît ce métal en dissolvant le sel dans l’acide azotique étendu contenant un peu d’acide chlorhydrique ; le résidu insoluble qui se dépose est recueilli sur un filtre, lavé, puis dissous dans l’ammoniaque ; il en résulte un liquide qui abandonne un précipité jaune d’iodure d’argent, par l’addition d’iodure de potassium.
M. A. Carnot vient de démontrer la présence constante du plomb dans les sous-nitrates de bismuth du commerce. Les proportions y varient depuis 1 jusqu’à 10 millièmes. Ce dernier chiffre indique un véritable danger dans l’emploi d’un sel de bismuth aussi impur (2).
Pour reconnaître et doser le composé plombique, M. Carnot traite 10 ou 20 grammes de sous-nitrate de bismuth par de l’acide chlorhydrique concentré en léger excès; après complète dissolution et cessation de production de vapeurs rutilantes, on concentre jusqu’à consistance sirupeuse. On redissout dans un peu d’acide chlorhydrique, puis on ajoute quelques gouttes d’acide sulfurique et enfin 30 ou d’alcool rectifié qui dissout le chlorure de bismuth et qui précipite le sulfate de plomb.
On décante après 24 heures ; on lave avec de l’alcool rectifié acidulé par quelques gouttes d’acide chlorhydrique, le dépôt de sulfate de plomb qu’on recueille sur un petit filtre sur lequel on achève le lavage à l’alcool pur. Après dessiccation du filtre, on détache 1e dépôt blanc qu’on chauffe dans une capsule de porcelaine avec un peu d'acide sulfurique ; on y ajoute les cendres du filtre qui a été brûlé à part, on chauffe au rouge et l’on pèse le sulfate de plomb obtenu.
Ce sulfate ne doit pas noircir par l’iodure de potassium ; autrement, c’est qu’il retiendrait du bismuth.
(1) M. Yvon admet, d’après ses recherches, la formule BiO®,AzO®, I/2HO pour le sous-nitrate de bismuth régulièrement lavé. Dans ces conditions, celui-ci laisserait à la calcination 79,86 p. 100 d’oxyde de bismuth.
(2) La présence constante du plomb dans le sous-nitrate de bismuth du commerce s’explique facilement; elle résulte de l’emploi de bismuth plombifère qu’on traite par de l'acide azotique ordinaire, c’est-à-dire contenant de l’acide sulfurique. 11 en résulte du sulfate de plomb que l'acide azotique en excès maintient en dissolution, mais que l’eau précipite plus tard en môme temps que le sous-nitrate.