‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 409 sur 470 · STRYCHNINE · texte numérisé non relu

STRYCHNINE

lution est opérée, on fait bouillir et on précipite la solution bouillante à l’aide de l’ammoniaque : si la strychnine est pure, ou presque pure, le précipité est pulvérulent et hkn détaché ; si elle contient une quantité notable de brucine, le précipité prend un aspect résinoïde, et adhère aux parois du vase; enfin, si la proportion de brucine est considérable, le précipité se présente sous forme d’une masse poisseuse affectant les caractères physiques d’une matière grasse. Entre ces extrêmes, il y a quelques points intermédiaires qui pourraient être étudiés.

On séparerait plus avantageusement la brucine de la strychnine, en employant : 1® le chloroforme en proportion insuffisante; il ne dissoudrait que la brucine dont il prend plus de la moitié de son poids ; 2“ l’alcool à 86® qui dissout les deux alcaloïdes, mais en laissant déposer la strychnine à l’état de cristaux; 3® l’acide azotique qui saturerait les deux bases, en produisant un sel de brucine incristallisable.

On sait de plus que les solutions de ces alcaloïdes à l’état salin ne se comportent pas de la même manière en présence de l’acide tartrique et du bicarbonate de soude en excès ; les sels de strychnine sont alors précipités, ceux de brucine ne le sont pas [Oppenheim).

La strychnine peut être altérée par la présence du phosphate de chaux. Ce sel provient de ce que l’on a décoloré les liqueurs acides contenant la strychnine avec du charbon animal non lavé. Ces liqueurs, précipitées ensuite par les alcalis, fournissent de la strychnine mêlée de phosphate de chaux. On reconnaît cette altération en carbonisant et incinérant la strychnine, et examinant le résidu.

Falaiflcations. — On a mêlé à la strychnine du sulfate de chaux, de la magnésie (1), de Yamidon, des sels d'une valeur très-minime.

Tous ces produits peuvent être isolés de la strychnine par l’alcool ordinaire bouillant, ou mieux encore par le chloroforme, agents qui dissolvent la strychnine et ne dissolvent pas les matières étrangères ; par suite, on peut déterminer dans quelle proportion le mélange a été fait; d’ailleurs, les matières étrangères sont rendues apparentes par la combustion sur une feuille de platine: la strychnine pure ne laisse pas de résidu; impure, elle en laisse un plus ou moins abondant.

On s’est servi aussi, pour frauder la strychnine, d’un sel soluble dans l’eau et dans l’alcool, d’une matière grasse C7'istallisée, de sucre {Nesle7').

La strychnine allongée d’un sel soluble dans l’eau pourrait en être débarrassée par un simple lavage, qui dissoudrait le sel et à peine l’alcaloïde.

Quant à la 7natière g7'asse, on peut s’assurer de sa présence ou de son absence, en jetant sur nn papier buvard une petite quantité de la strychnine suspectée, et chauffant doucement le papier : si la strychnine a été mêlée de matière grasse, le papier se tache, ce qui n’a pas lieu dans le cas contraire; on peut alors, en délayant une quantité donnée de strychnine dans de l’eau, et traitant par un acide, séparer la matière grasse, qui reste indissoute, de la strychnine, qui devient soluhle en passant à l’état salin.

(1) Robiquet a eu à examiner de la strychnine qui était mêlée de 40 à .SO p. 100 de matières étrangères.

SUCRE DE CITRONS OU DE LIMONS. i055

La strychnine mêlée de sucre est facile à reconnaître ; en traitant par l'eau, le sucre se dissout, la strychnine reste insoluble.

Une fraude sur la strychnine est un crime : elle peut être la cause de la mort des malades, et celui qui s’en rend coupable commet le crime d.'homicide volontaire. En effet, supposons qu’un médecin fasse prendre dans une officine une préparation de strychnine : si les effets de cet alcaloïde sont peu marqués, le médecin est porté à en augmenter la dose ; la dose étant augmentée, supposons que, par une raison quelconque, on vienne à prendre l’alcaloïde dans une autre officine, où il est livré pur ; la dose, quoique la même, produit alors d’autres effets, qui peuvent être tels, que le malade est empoisonné et succombe, quoiqu’il n’ait pris que la même quantité de strychnine ordonnée par le médecin; seulement, dans un cas, le médicament était falsifié, et dans l’autre il ne l’était pas.

Cette hypothèse s’est malheureusement réalisée deux fois à notre connaissance. Dans le premier cas, le malade a, dit-on, succombé; dans le second, il y eut des accidents qui ne furent pas suivis de mort (A. Ch.).

SUBLIMÉ CORROSIF. — V. Chlorure (bi) de mercure.

SUC DE CITRONS ou de LIMONS. — Le suc de citrons est une liqueur acide qu’on obtient, par expression, des fruits du Citrus limonum qui croît en Syrie, en Perse, en Espagne, en Italie, dans le midi de la France.

Ce suc, expédié d’Italie, de Sicile, dans des tonneaux ou dans des bouteilles, est jaunâtre, d’une saveur acide, agréable, particulière.

Usagées. — 11 est employé dans l’économie domestique, dans l’art médical; on s'en sert pour préparer l’acide citrique, pour précipiter les laques.

Altérations. — Le SUC de citrons doit être clarifié ; lorsqu’il n’a pas été convenablement débarrassé d’une substance mucilagineuse qu’il contient, il fermente, moisit et acquiert une odeur et une saveur désagréables, dues à une production d’acides acétique et butyrique résultant de sa fermentation.

Falsifications. — Le SUC de citrons est quelquefois affaibli par Veau. M. Dorfurth, qui a étudié cette falsification, dit que le suc de citrons doit saturer le huitième de son poids de sous-carbonate de potasse. D’après Ebermayer, 100 grammes de suc de citrons doivent saturer de carbonate de potasse. Selon d’autres auteurs, 90 parties de suc de citrons de bonne qualité doivent saturer 10 parties de carbonate de soude sec et pur.

Le suc de citrons a été falsifié par Vacide acétique (vinaigre), Vacide sulfurique, V acide nitrique, Vacide chlorhydrique, Vacide tartrique.

On reconnaît la présence de Vacide acétique en distillant, recueillant le produit distillé, qui est plus ou moins acide selon que le suc contient plus ou moins de vinaigre.

La présence de Vacide sulfurique est constatée au moyen des sels solubles de baryte, qui donnent lieu à la formation d’un précipité blanc de sulfate de baryte, insoluble dans l’acide nitrique. Le poids de ce précipité fait connaître la quantité d’acide sulfurique ajouté.

La présence de Vacide chlorhydrique est décelée par la distillation. Le liquide qu’on obtient en distillant le suc de citrons pur ne se trouble pas par le nitrate d’argent; l’eau distillée obtenue est, au contraire, précipitée par ce réactif, lorsque le suc a été allongé d’acide chlorhydrique.

suc d’hypociste.

On reconnaît Y acide nitrique en concentrant le suc et y ajoutant de la limaille de cuivre et de l’acide sulfurique ; il y a alors dégagement de gaz nitreux, qui bleuit le papier mouillé de teinture de gayac.

On décèle la présence de Y acide tartrique en concentrant le suc et y versant une solution saturée de chlorure de potassium, qui donne lieu à un précipité de crème de tartre, quand le suc a été mêlé d’acide tartrique ; ce qui n’a pas lieu avec le suc pur. La combustion de l’extrait obtenu avec le suc pur et le suc allongé d’acide tartrique est encore un moyen de reconnaître la fraude : le suc allongé d’acide tartrique fournit un extrait qui brûle avec l’odeur caractéristique des tartrates.

On a dit qu’on substituait au suc de citrons celui du verjus, mais la saveur de ces deux sucs est bien différente; s’il y avait mélange, il faudrait rechercher la présence de l’acide tartrique ou d'un tartrate. Pour cela, MM. Bussy et Boutron- Charlard recommandent de verser de l’acétate de potasse dans le suc suspect : s’il est pur, il ne se forme pas de cristaux ; s’il est mêlé de verjus, il y a formation, sur les parois du vase, de cristaux grenus et transparents de tartrate acide de potasse.

Le citrate de potasse, étant très-soluble, ne produit pas le même phénomène dans le suc de citrons pur.

SUC D’HERBES. — Les sucs d’herbes sont fournis surtout par les parties herbacées des plantes : presque tous proviennent des feuilles et des tiges herbacées.

M. Stanislas Martin a signalé un genre de fraude qu’on leur fait subir en les remplaçant par un mélange de plusieurs extraits végétaux dissous dans l’eau ordinaire, colorée avec du caramel, et aromatisée dihydrolat de persil, de fenouil, de cerfeuil, ou dYalcoolat de cochléaria.

On peut reconnaître, aux caractères suivants, si un suc d’herbes est préparé avec les plantes ou avec des extraits :

Les sucs d’herbes préparés avec des extraits sont presque toujours identiques dans leur saveur et leur couleur. Ils peuvent se conserver longtemps sans s’altérer; la chaleur, le sous-carbonate de potasse, l’eau de chaux, les acides acétique, sulfurique et nitrique, ne leur font éprouver aucune altération physique. Évaporés jusqu’à siccité, ils répandent, en se carbonisant, une odeur de sucre brûlé.

Les sucs d’herbes faits avec les plantes varient souvent dans leur couleur et leur saveur; ces variations sont dues aux influences atmosphériques ; leur conservation ne va pas au delà de vingt-quatre heures : alors ils se décolorent, se troublent et contractent une odeur herbacée caractéristique pour tous les jus d’herbes ; si l’on élève davantage la température, ils se décolorent et laissent déposer, par le refroidissement, de l’albumine et de la chlorophylle. Les acides acétique, sulfurique et chlorhydrique les troublent. Si les jus d’herbes contiennent de l’oseille, l’eau de chaux y forme un précipité abondant d’oxalate calcaire {Stanislas Martin).

SUC D’HYPOCISTE. — Ce suc, fourni par le Cyliaus hypocistis (Gytinées), est en masses de 2 à 3 kilogrammes, formées par la réunion de petits pains orbiculaires du poids de 30 grammes environ, qui sont devenus diversement

suc DE RÉGLISSE.

anguleux en se soudant les uns aux autres, et qui se distinguent encore de la masse par leur surface propre, qui est grisâtre ; cet extrait a la cassure noire et luisante ; sa saveur est aigrelette et astringente.

11 est presque toujours falsifié par le suc de i'églisse. Cette fraude se reconnaît en ce que la masse est homogène, au lieu de présenter les caractères indiqués, et que la saveur est plus ou moins douceâtre, suivant la proportion du mélange.

SUC DE RÉGLISSE. — Le suc de réglisse, qui devrait porter le nom A' extrait de réglisse, est préparé avec la décoction de la racine, concentrée convenablement (I). On en trouve aussi qui est obtenu avec l’extrait de réglisse, de la gomme arabique, du sucre et une quantité suffisante d’eau et aromatisé avec de la poudre d’iris ou avec de l’essence d’anis. Ces deux préparations diffèrent par la forme. La première est ordinairement en billes ou bâtons de 0“,034 à 0“,17 de longueur, de 0“,027 d’épaisseur, et du poids de 60 à 12o grammes, un peu aplaties et arrondies aux deux extrémités : ce suc est soluble, d’un beau noir brillant, bien sec, cassant comme du verre, ne s’attachant pas aux doigts ; sa cassure est lisse; sa saveur est douce, agréable, très-peu âcre; il est soluble dans l’eau. La seconde préparation est en grains, en petits bâtons cylindriques, quelquefois recourbés en hélice.

Si le suc de réglisse n’a pas été préparé avec soin et si on l’a trop chauffé, il a un goût de brûlé. Si la pâte est de mauvaise qualité, elle est mollasse, rougeâtre, d’une cassure graveleuse.

Les sucs de réglisse bien fabriqués ne doivent pas fournir plus de 10 à 13 p. 100 de résidu insoluble dans l’eau {Chevallier et Bussy) (2).

Dans le commerce, on trouve deux sortes d’extraits de réglisse :

1® Celui qui est préparé à l’étranger (Naples, Calabre, Espagne, Grèce), et qui porte les marques: Cassano, Palma, Carafa,Longo, Pastora, Lucia, Pignatelli, eic ;

2® Celui qui est préparé en France (Marseille, Nîmes, etc.).

11 y a, en outre, une sorte de réglisse qui est travaillée parles refondeurs. Ces industriels ne fabriquent pas de toutes pièces, mais ils achètent des sucs de réglisse de bonne qualité, indigènes ou exotiques ; ils les refondent et y incorporent des farines, fécules, gommes de médiocre qualité ; ils livrent ensuite ces produits au commerce, sous les noms ou marques ci-dessus mentionnés.

La question de savoir si ces additions de substances féculentes constituent une fraude a été soulevée par les fabricants français. Ils ont établi que les sucs de réglisse purs ne peuvent être livrés en cet état au commerce, à cause de leur âcreté,de leur facilité à se déformer, de la difficulté de les conserver en billes (3).

Usagres. — Le suc de réglisse entre dans la composition du cachou de Bologne.

Altérations. — Falsifications. — Le SUC de réglisse est souvent allongé de

(1) La racine de réglisse donne à peu près le tiers de son poids d'extrait.

(2) C’est une question qui est encore à examiner, car nous avons reconnu qu’on ne peut faire d’extrait de réglisse pur ayant les caractères commerciaux.

(3) M. A.Delondre paraît avoir résolu, en 1856, ce problème longtemps cherché, de la pureté du suc de réglisse commercial, jointe à toutes les qualités de permanence et de conservation qu’il doit posséder.

M. Delondre est parvenu à ce résultat en soumettant, à plusieurs reprises, à l’action directe de la vapeur, le bois de réglisse réduit en poudre grossière ; les liqueurs provenant de cette action sont clarifiées avec la gélatine, évaporées en consistance d’extrait. Cet extrait, mis en cylindres, est exposé, pendant dix jours, dans des étuves, à la température de 25°.

Chevallier et Baudrimont, 5» édit.

suc DE RÉGLISSE.

fécule ou de farine. Il est alors d’un noir grisâtre, assez mou, à cassure terne et grumeleuse. Traité par l’eau froide, il laisse un dépôt pulvérulent qu’on peut laver, sécher, peser, et essayer par l’eau iodée.

Quelquefois le suc de réglisse est mêlé de débris minéraux et organiques, de paille, de sable, qu’on peut en séparer par l’eau (1).

Ebermayer dit que le suc de réglisse est quelquefois additionné de suc de pruneaux qui a été évaporé :■ selon lui, le suc ainsi altéré est humide et visqueux.

Il paraît qu’on a aussi introduit dans le suc de réglisse l'extrait de caroubier, l'extrait de châtaignier, le glucose.

Nous avons eu à examiner, à Paris, une certaine quantité de suc de réglisse qui avait été allongé avec le suc retiré de plantes fourragères, épaissi à l’aide de la chaleur. Ce suc de réglisse avait un goût particulier qui rappelait l’extrait de foin et de luzerne (A. Ch.).

Le suc de réglisse contient aussi des parcelles de cuivre enlevées mécaniquement aux bassines dans lesquelles il a été préparé ; mais il ne renferme pas de sels de cuivre {Villain, de Reims) (2). Quelquefois ces parcelles métalliques sont visibles ; parfois elles se trouvent si bien mêlées à l’extrait, qu’on ne les aperçoit qu’en faisant dissoudre le suc. Nous avons souvent trouvé du suc de réglisse ainsi altéré.

Schaub a retiré de cuivre de 1 kilogramme de sucre ; et Dassel, 4®’’,60 de 2 kilogrammes.

On conçoit que le pharmacien ne doit pas livrer au public du suc de réglisse contenant du cuivre ; quoique ce mélange ne soit pas dangereux, on l’accuserait, avec juste raison, de négligence (3).

On constate que le suc de réglisse contient du cuivre, soit par la dissolution

(1) En 1853, nous fûmes diargé, avec M. Bussy, d’examiner du suc de réglisse saisi chez un épicier. Ce suc contenait, d'après nos essais, 29,75 p. 100 de résidu insoluble dans l’eau, et composé, pour la majeure partie, de fécule de pommes de terre.

En examinant comparativement des sucs de réglisse commerciaux d’origine étrangère et d’origine française, nous avons constaté que ces différents sucs laissent un résidu insoluble, dont le poids varie de 10 à 50 p. 100.

Ainsi les sucs de réglisse venant de Naples et transmis par la douane ont fourni 17, 22 et 26 p. 100 de résidu insoluble;

Les sucs de réglisse de Barcelone, 15, 17 et 23 p. 100;

Les sucs de réglisse d’Aragon, 9 à 11 p. lOO;

Les sucs de réglisse de Grèce, 10, 22, 28 et 33 p. 100;

Les sucs de réglisse de Calabre (les plus estimés), 10, 11, 17, 22 et 24 p. 100;

Les sucs de réglisse de diverses fabriques françaises, 14, 17, 21, 22, 23, 25, 26, 27, 28, 36, 44, et môme 50 p. 100.

Ces résidus proviennent des parties insolubles de la racine, d’un peu de terre, des sels que l’eau laisse déposer par son évaporation, des altérations que les matières végétales solubles éprouvent pendant la concentration; enfin, et surtout, des matières étrangères qu’on y ajoute frauduleusement.

Un suc de réglisse de Pignatelli [vrai Calabre), d’une origine authentique, n’a donné que 1,25 p. 100 de matière insoluble; un autre, de fabrique française, a fourni 4,5 p. 100 (A. Ch.).

(2) Cependant, d’après Zeer, des traces de cuivre existeraient à l’état normal dans la racine de réglisse.

(3) Il serait nécessaire que les sucs de réglisse livrés au commerce portassent des marques de fabrique obligatoires et un chiffre indiquant le titre de l’extrait. En outre, on devrait interdire à tout fabricant français l’emploi frauduleux des marques étrangères : Pignatelli, Cassano, etc. Ce serait le moyen de faire cesser l’industrie illicite des refondeurs, qui inondent le commerce de produits falsifiés et sans valeur réelle.

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dans l’eau, soit en le brûlant et traitant les cendres par l’ammoniaque. Le premier de ces deux moyens est le plus simple et le meilleur.

Nota. — M. Léon Dupuy, commissionnaire en marchandises et représentant de la maison Pignatelli, est venu nous montrer de vrais sucs de Calabre, marque Pignatelli authentique (S), lesquels sont contrefaits dans le commerce par les refondeurs qui ne craignent pas de mettre les marques renommées sur les produits qu’ils ont falsifiés. C’est ainsi qu’un certain industriel de Nîmes offre dans ses circulaires de reproduire toutes les marques de fabrique qu’on pourra lui demander. Delà des falsifications sans limites.

Tous les ans, Marseille reçoit plus de 6,000 caisses de sucs de Calabre portant les marques Pignatelli, Cassano, et qui ne sont jamais sortis de la Calabre, mais qui proviennent des fabriques des refondeurs.

Le suc de Calabre Pignatelli vaut 250 fr. les 100 kilogrammes. Ceux qui portent cette même marque mise par les refondeurs valent 110 ou 115 fr. Encore aujourd’hui faut-il ajouter aux 250 fr. les 54 fr. de droits qu’on fait payer à l’entrée, soit 304 fr.

Les sucs de Calahre de Cassano n’ayant pas voulu subir ces droits passent tout entiers en Allemagne. En France, les Cassano sont dus à la fraude. On contrefait le mot Cassano en ajoutant un rond © au mot CASSAN, qui est probablement le nom du fabricant.

SUCCIN. — Le succin, appelé aussi ambre jaune, karabè, electrum, est un corps combustible qui abonde en Prusse, près de Kœnigsberg, sur les bords de la mer Baltique ; on le trouve enfoui dans le sein de la terre, ou en morceaux roulés, sur les bords de la mer. 11 en existe de très-beaux en Sicile, près de Catane ; on en a aussi trouvé, mais en petite quantité, dans des houillères, dans des dépôts pyriteux, dans des couches argileuses et sablonneuses de plusieurs contrées de la France et de l’Allemagne.

Il provient d’une plante fossile nommée Pinites succinifer. Il est probable que plusieurs végétaux d’espèces et peut-être de familles différentes, ont concouru à sa formation.

Caractères. — Le succin est dur, cassant, non friable. Il est susceptible d’être taillé et poli. Le plus pur est transparent, d'une couleur jaune dorée, qui a quelque chose de particulier et qui sert de terme de comparaison (I). Souvent le succin est opaque et varie du blanc jaunâtre à l’orangé. Celui de Sicile présente quelquefois, dans son intérieur, des insectes dont les formes sont parfaitement intactes. Le succin est insipide et inodore; son poids spécifique varie de 1,065 à 1,070; il se ramollit par la chaleur, brûle avec flamme en répandant des vapeurs qui ont une odeur pénétrante ; par le frottement, il développe de l’électricité résineuse.

L’eau n’a pas d’action sensible sur le succin ; l’alcool et l’éther ne le dissolvent qu’imparfaitement ; les acides faibles ne l’attaquent pas; mais il est décomposé par l’acide nitrique à l’aide de la chaleur. Les solutions alcalines, les huiles fixes, les huiles volatiles ont une certaine action dissolvante sur le succin. On a observé que sa dissolution est facilitée par la torréfaction, la fusion, ou par l’addition du camphre.

(1) En effet, on dit d’une matière jaune qui ressemble au succin qu’elle est de couleur ambrée.

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