‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 418 sur 470 · SULFATE DE MAGNÉSIE · texte numérisé non relu

SULFATE DE MAGNÉSIE

le sulfate de magnésie est employé à précipiter les oxydes de baryum et de plomb de leurs dissolutions acides.

Altérations et Falsifications. — Le sulfate de magnésie du commerce contient ordinairement des sulfates de fer, de cuùn'e, de manganèse (1), et d’autres sulfates, entre autres du sulfate de soude ; à\i chlorure de magnésium ; quelquefois il renferme aussi du chlorure de calcium.

Le fer est facilement reconnu à l’aide du cyanure jaune, ou au précipité que forme l’ammoniaque dans la solution du sel altéré ; la liqueur séparée du précipité d’oxyde de fer est bleue lorsque le sulfate de magnésie renferme du cuivre.

Le manganèse se reconnaît aisément par le caméléon vert qui se forme lorsqu’on vient à calciner le suFate de magnésie manganésifère avec de la potasse caustique; ou bien, on ajoute à la solution du sulfate impur de l’eau chlorée, puis un peu de soude caustique; la liqueur se colore aussitôt en brun et laisse déposer ensuite des flocons d’hydrate de peroxyde de manganèse.

S’il se trouve des chlorures de calcium et de magnésium dans le sulfate de m.agnésie, on peut les séparer en traitant ce dernier sel par l’alcool, qui n’enlève que les chlorures. Alors la dissolution alcoolique fournit, par évaporation, un résidu solide, déliquescent, dégageant des fumées blanches d’acide chlorhydrique avec l’acide sulfurique, vapeurs rendues plus sensibles encore par l’approche d’une baguette de verre imprégnée d’ammoniaque. Le môme résidu, redissoùs dans l’eau distillée, additionnée d’ammoniaque, fournit un précipité blanc par l’oxalate d’ammoniaque, si le sel primitivement essayé renfermait du chlorure calcique ; et le liquide séparé du précipité, traité par le phosphate de soude ammoniacal, donne lieu à son tour, au bout de vingt-quatre heures, à la formation de petits cristaux insolubles de phosphate ammoniaco-magnésien, dans le cas où la pureté du produit suspecté se trouve altérée par le chlorure de magnésium. La présence de ce dernier sel dans le sulfate de magnésie du commerce est presque constante ; il est alors toujours humide, ce chlorure étant déliquescent.

Le mélange du sulfate de magnésie avec d’autres sulfates est indiqué par la quantité insuffisante de magnésie que précipite alors la soude caustique.

Le sulfate de soude est quelquefois substitué au sulfate de magnésie. Le sulfate de soude employé dans ce cas est en petits prismes brisés à leurs sommets, provenant d’une cristallisation qui a été troublée avec intention. Ce sel constitue alors le sel d' Epsom de Lorraine, ainsi nommé par comparaison avec le véritable sel d’Epsom ou sulfate de magnésie. Sa solution ne précipite ni par les carbonates alcalins, ni par le phosphate d’ammoniaque.

Le mélange des deux sulfates peut être reconnu en dissolvant le sel dans l’eau, ajoutant un carbonate alcalin en excès et chauffant pour précipiter toute la magnésie à l’état de carbonate. Le précipité obtenu, étant recueilli, lavé et fortement calciné, laisse la magnésie, dont le poids fait connaître celui du sulfate de magnésie cristallisé qui existe dans la matière soumise à l’analyse.

M. Liebig a indiqué, pour reconnaître le sulfate de soude dans le sulfate de magnésie, un procédé qui repose sur la propriété que possède la baryte de précipiter la magnésie de ses dissolutions salines, et de ne précipiter, au contraire,

(I) M. Ulex a trouve du sulfate de magnésie qui renfermait de 2 à 3 p. 100 de ce sulfate.

SULFATE DE POTASSE

ni la soude ni la potasse. En versant un léger excès d’eau de baryte dans une solution aqueuse du mélange des deux sulfates, on obtient un précipité mixte de sulfate de baryte et de magnésie hydratée, avec formation de soude caustique dans la liqueur; si l’on verse dans celle-ci, après fdtration, un léger excès d’acide sulfurique, toute la soude est convertie en sulfate soluble, et l’excès de baryte en sulfate de baryte insoluble ; la liqueur, filtrée et évaporée, donne un poids de sulfate de soude égal à celui que renfermait le mélange (1).

Guibourt avait recommandé l’emploi du sesqnicarbonate d'ammoniaque récent pour précipiter toute la magnésie sous forme de carbonate, parce qu’il ne devait laisser dans les liqueurs qu’un sel ammoniacal que la chaleur peut chasser complètement, tandis que le sel de soude resterait fixe; mais ce procédé est défectueux, la totalité de la magnésie n’étant pas toujours éliminée.

Le procédé imaginé par M. Biltz, qui consiste à triturer le sulfate de magnésie mélangé de sulfate de soude avec de la chaux hydratée bien sèche, pour reprendre le tout par l’alcool fort, qui dissoudrait la soude mise en liberté, laisse aussi à désirer. Celui de Liebig doit être préféré à tous les autres.

SULFATE DE MORPHINE: C3^H'9AzO^SO^HO ; aq. — Le sulfate de morphine cristallise en prismes ou en aiguilles déliées qui se groupent en houppes rayonnées ; il est inaltérable à l’air, soluble dans deux fois son poids d’eau.

Il présente les caractères des sels de morphine avec l’acide azotique qui le rougit, le percblorure de fer qui le bleuit, et ceux des sulfates lorsqu’il est en présence d’un sel soluble de baryte.

Usages. — Ce sel est employé en médecine sous forme de sirop.

Altérations. — Le sulfate de morphine est quelquefois mêlé de substances étrangères, telles que le sulfate et le phosphate de chaux. Ces sels peuvent provenir du carbonate et du phosphate calcaires contenus dans le charbon animal impur qui sert à décolorer sa solution saline. La présence de ces sels de chaux se reconnaît par la calcination et par l’examen du résidu obtenu, que l’on traite par l’acide chlorhydrique : s’il y a du phosphate de chaux, la solution fournit un précipité par l’ammoniaque ; s’il y a du sulfate de chaux, la solution est précipitée en blanc par l’oxalate d'ammoniaque et par le chlorure de baryum. Si le sulfate examiné est pur, on n’obtient pas ces réactions.

M. vient de constater une nouvelle falsification d’un sulfate de morphine vendu à Londres : il contenait un tiers de son poids de sulfate de soude anhydre. En détruisant le sel de morphine par incinération, on a pour résidu le sulfate de soude dont les caractères sont faciles à apprécier.

SULFATE DE POTASSE : KO, SO^ (2). — Ce sel, également connu sous les noms de tartre vitriolé, sel pol y chr este de Glaser, sel deduobus, etc., se présente cristallisé en prismes blancs, à six pans très-courts, terminés par un pointement à six faces. Il a une saveur salée, un peu amère. Il n’éprouve aucune altération à l'air. Quand on l’expose à l’action du feu, il décrépite et fond à la

(1) Tous les autem’S conseillent, d'après une fausse indication, l'emploi A\\ sulfure de harijum et non celui de la baryte ; c’est là une erreur qu’il importe de rectifier, car le sulfure de baryum pi’ccipitc incomplètement la magnésie de son sulfate, ce qui rend alors cet essai illusoire.

(2) Ce sel, qui est neutre au tournesol, ne doit pas être confondu avec le bisulfate de potasse K0,110,2(S0'), qui est un corrosif violent.

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chaleur rouge sans se décomposer. L’eau à -f- 12® en dissout un dixième de son poids, et un quart à -f- 100®. Il est tout à fait insoluble dans l’alcool.

Sa dissolution précipite en blanc le nitrate de baryte, le chlorure de baryum, et n’est précipitée ni par le carbonate de potasse, ni par le cyanoferrure de potassium. Une solution concentrée d’acide tartrique y produit un précipité blanc cristallin de crème de tartre, soluble dans une plus grande quantité d’eau ; et celle du bichlorure de platine, un précipité jaune-serin.

Une dissolution de gaz acide sulfhydrique, la teinture de noix de galle ne produisent dans la solution de sulfate de potasse aucune coloration noire ou brune.

Usages. — Le sulfate de potasse est aujourd’hui peu usité en médecine; cependant on l'administre encore comme purgatif antilaiteux. Dans les arts, il s’emploie principalement à la fabrication de l’alun de potasse. On peut s’en servir pour préparer le chlorate de potasse et la potasse par le procédé Leblanc. Dans les laboratoires de chimie, on a recours à sa solution comme réactif, pour précipiter de leurs dissolutions acides les oxydes de strontium, de baryum et de plomb.

Altérations. — On trouve quelquefois dans le commerce du sulfate de potasse renfermant du sulfate de zinc, et parfois des sulfates de fer et de cuivre. Ce sel, ainsi altéré, nous arrive surtout d’Allemagne, où il est le produit secondaire de la fabrication de l’acide nitrique.

Ces corps étrangers, auxquels on doit peut-être attribuer quelques-uns des accidents graves (1) qui ont été causés par l’ingestion du sulfate de potasse, peuvent être facilement reconnus en faisant bouillir la dissolution du sel suspecté avec quelques gouttes d’acide nitrique, dans le but de peroxyder le fer, ajoutant ensuite à la liqueur un excès d’ammoniaque qui détermine la formation d’un précipité jaune-rougeâtre, si elle contient du fer. Dans le cas où elle contiendrait du cuivre, il serait facile de le découvrir, car la liqueur ammoniacale, séparée de l’oxyde de fer, serait colorée en bleu. Du reste, si cette liqueur renfermait elle-même de Xoxyde de zinc, soluble, comme on le sait, dans l’ammoniaque, tout aussi bien que l'oxyde de cuivre, on pourrait traiter la liqueur par un excès d’acide pur pour sursaturer l’ammoniaque, et y faire passer ensuite un courant de gaz acide sulfhydrique : le cuivre seul serait précipité, tandis que le zinc ne peut l’être dans une dissolution acide.

(1) En 1843, une méprise affreuse, mais qui n’a pu être le résultat d’une falsification, a donné lieu à des accidents graves : du sulfate de potasse avait été, par négligence, mêlé de bichlorure de mercure et livré au commerce. Nous fûmes assez heureux pour prévenir les suites épouvantables qu’aurait pu entraîner cette erreur, en faisant promptement arrêter la vente du produit en question. Ce sulfate de potasse se colorait en rouge par l'iodure de potassium ; sa solution était précipitée en jaune par l’acide sulfhydrique, et le précipité passait au noir après quelques instants. Ce sel blanchissait une lame de cuivre sur laquelle on le frottait. Projeté sur des charbons ardents, il fournissait une vapeur corrosive, qui blanchissait une lame de cuivre qu’on y exposait [A. Ch.).

En 1848, le sieur T... succomba victime d’une erreur commise dans la délivrance de 60 grammes de sulfate de potasse, qui fut reconnu être mêlé, par négligence, avec 7,5 p. 100 de sel d’oseille. Dernièrement (1871), il s’est trouvé dans le commerce de la droguerie un sulfate de potasse mêlé à une forte dose de biarséniate de la même base. Ce mélange involontaire a causé malheureusement la mort d’un malade auquel il fut administré comme sulfate de potasse.

On n’aurait pas eu à déplorer ces malheurs et d’autres encore que nous pourrions citer, si les pharmaciens avaient toujours le soin d’essayer le sulfate de potasse qu’ils achètent, avant de le délivrer comme médicament {Er. B.).

Chevallier et Baudrimont, 5' édit.

SULFATE DE POTASSE

A une époque déjà éloignée, M. E . Peüer, pharmacien à Valenciennes, a reçu du sulfate de potasse qui contenait 8, 10 et jusqu'à 20 p. 100 de sulfate de soude. Pour constater cette fraude ou cette impureté, on fait une solution, à la température ambiante, de 100 grammes de sulfate de potasse réduit en poudre fine; on filtre, et on complète en plusieurs fois un volume de 300". On plonge dans ce liquide le natromètre de M. Pessm' (V. article Potasses) ; sur l’échelle de cet instrument, on peut lire directement la quantité de soude, et, par suite, la proportion de sulfate contenu dans 100 p. du sel essayé.

Suivant Vogel, le sulfate de potasse provenant des résidus de fabrication de l’acide nitrique et des chambres de plomb, contient de Yarsenic (arséniate de potasse), dont la présence est facilement décelée par l’appareil de Marsh.

Essai. — Procédé de G. Tissandier. — La plus grande partie du sulfate de potasse du commerce provient aujourd’hui des salines de betteraves ou du traitement des cendres des varechs. M. Gasto?i Tissandier a proposé la marche analytique suivante pour l’examen de ces sels, quelle que soit leur provenance :

1“ On y dose Yhumidité en desséchant quelques grammes du sulfate dans une étuve à 100° ;

2° On y dose les matières insolubles en dissolvant 23 grammes du sel dans l’eau distillée ; on recueille le dépôt s’il y en a un, on le lave et on le pèse après dessiccation. Les liqueurs qui résultent de ce traitement seront étendues d’eau de façon à occuper 500";

3° On en prend 100" qu’on essaye au papier de tournesol. Si le sel est alcalin ou acide, on en détermine le titre alcalbnétrique ou acidimélrique par les méthodes connues ;

4“ Sur 100" de liqueur, on dose Yacide sulfurique du sulfate en employant une solution titrée de chlorure de baryum ;

5° La proportion de chlore du chlorure se détermine sur 10 ou sur 50" à l’aide d’une liqueur titrée d’azotate d’argent ;

6° On dose le potassium contenu dans 100" de liqueur en convertissant préalablement le sulfate qui s’y trouve en chlorure alcalin, par l’emploi d'une proportion convenable de chlorure de strontium, filtrant et concentrant la solution. On la précipite par le bichlorure de platine, en prenant tous les soins voulus pour recueillir et peser le chloroplatinate de potassium formé.

Le procédé imaginé par Mohr, quoique peut-être moins exact, est suffisant pour les essais industriels; il est surtout d’une exécution plus rapide : il consiste à convertir le sel de potasse en bitartrate de cet alcali, sel à peine soluble dans l’eau. Pour cela, on fait digérer 10 grammes du sulfate à essayer dans une liqueur d’acide tartrique à 10° Baumé, saturée ensuite de bitartrate d’ammoniaque. Le bitartrate de potasse produit par double décomposition des sels en présence, se dépose peu à peu, les autres sels restant en dissolution. Après quelques heures, on le recueille sur un filtre sur lequel on le lave à l’aide d’une solution saturée de bitartrate de potasse à la température ordinaire ; puis on le sèche, on le calcine et on dose le carbonate de potasse formé à l’aide d’un essai alcalimétrique. On en déduit le poids de la potasse qu’on calcule ensuite à l’état de sulfate.

Nouveau procédé de titrage des sulfates alcalins. — M. F. Jean les transforme en carbonates alcalins qu’il dose ensuite très-exactement au moyen d’un titrage alcalimétrique. A cet effet, on dissout un poids de sel à essayer, et on le préci-

SULFATE DE QU'USINE

pile par un excès d’eau de baryte, excès dont on se débarrasse ensuite à l’aide d’eau de Seltz. Les liqueurs étant suffisamment étendues, on les porte à l’ébullition, puis on filtre et on lave le précipité de manière à faire rentrer dans le liquide tout le carbonate alcalin formé aux dépens des sulfates de mêmes bases (potasse ou soude). Il suffit alors d’en faire l’essai alcalimétrique, soit sur la totalité des liquides, soit sur une partie, après qu’on l’a amené à un volume connu à l’aide de l’eau ou par concentration. Par ce procédé, on n’a pas à s’inquiéter de la présence des sulfates de chaux et de magnésie qui rendent l’analyse si longue et si pénible.

Si l’ensemble de tous les corps dosés ne représente pas le poids de la substance employée, c’est que le sulfate de potasse est accompagné d’un sel de soude. On détermine alors le poids de ce dernier alcali, soit directement par le procédé /^esfer, soit à l’état de chlorure, soit par différence.

SULFATE DEQUINIDINE BASIQUE : (C^<’H2^Az20^)2,S2H208 ; 12aq . — \jQsulfate dequinidine, qu’on désigne souvent par le nom de sulfate de^ quinine, est en aiguilles moins fines et en houppes moins légères que celles du sulfate de quinine officinal. Il est beaucoup plus soluble que ce dernier, puisqu’il n’exige que 110 parties d’eau à -f-lO® {Hesse) et 32 parties d’alcool absolu. Sa solution est dextt'ogyre. A -f- 130®, il perd 12,6 p. 100 d’eau, c’est-à-dire 12 équivalents. Comme le sulfate de quinine, il verdit par le chlore et l’ammoniaque, mais il en diffère en ce qu’il précipite difficilement par l'oxalate d’ammoniaque, tandis qu’il est précipité abondamment par l’iodure de potassium. Traité par un léger excès d’ammoniaque en présence de suffisante quantité d’éther, il n'abandonne pas immédiatement de précipité, mais il dépose peu à peu des cristaux de quinidine.

Usages. — Il tend à se substituer au sulfate de quinine dont il partagerait, dit-on, les qualités fébrifuges. Il a souvent servi à la falsification du sulfate de quinine officinal.

Altérations. — Il peut Contenir des sulfates de quinine, de cinchonine et de cinchonidine. M. Hesse caractérise ce mélange en en dissolvant 0®',30 dans 10®® d’eau chauffée à 60®; on y ajoute alors 0®®,50 d’iodure de potassium pur ; puis on agite à plusieurs reprises et on laisse refroidir. Après une heure de repos, on recueille le précipité sur un filtre, et on essaye la liqueur par une goutte d’ammoniaque: elle ne se trouble que lorsque le sulfate de quinidine est impur.

Pour distinguer les trois sulfates étrangers qui s’y trouvent ordinairement, on dissout O*®, 50 du produit à essayer dans 40®® d’eau à -|-60®; on ajoute à la solution 3 grammes de sel de Seignette, qui précipite la quinine et la cinchonidine; on filtre, on lave le précipité et l’on ajoute aux liqueurs 0*®,50 d’iodure de potassium qui élimine la quinidine. On filtre de nouveau après une heure de repos, et l’on additionne le liquide de quelques gouttes d’ammoniaque, qui le troublera si la cinchonine dépasse 2 p. 100.

Falsifications. — Si le sulfate de quinidine renferme des sels de chaux ou de soude, on traite 0®®,50 de sel suspect par 7 ou 8'® d’un mélange de 2 volumes de chloroforme pur et de 1 volume d’alcool à 97 p. 100; ce mélange, qui dissout bien les sulfates alcaloïdiques, laisse en dépôt les sels sodiqueset calcaires {Hesse).

SULFATE DE QUININE. — On connaît deux combinaisons formées par l’union de la quinine avec l’acide sulfurique :

nos

SULFATE DE QUININE

1“ Le sulfate neutre de quinine^ 7 (H^O^), nommé com-

munément bisulfate ou sulfate acide de quinine. Il est cristallisé en beaux prismes rhomboïdaux, incolores, fusibles à 1Ü0“, solubles dans H parties d’eau à -f- 15®, et à réaction acide. On l’obtient en dissolvant 100 parties de sulfate de quinine officinal, dans 12 parties d’acide sulfurique monohydraté avec assez d’eau pour retenir le sel en dissolution ; on concentre ensuite celle-ci pour l’amener à cristalliser.

2“ Le sulfate basique de quinine ou sulfate de quinine officinal, 2(C^®H2‘Az20*), S^H^O® ; 7(H202) (1), appelé également sous-sulfate et à tort sulfate neutre de quinine. Il est cristallisé en prismes rhomboïdaux obliques, affectant le plus souvent la forme de petites aiguilles blanches et nacrées, fines et flexibles, disposées en houppes soyeuses d’une grande légèreté. Ce sel possède une saveur très-amère’: il est soluble dans 265 fois son poids d’eau à -f- 15“ et dans 30 parties d’eau bouillante. Il se dissout dans 60 parties d’alcool froid à 60“ ; il est insoluble dans l’éther. Sa dissolution est lévogyre. Le sulfate de quinine est efflorescent : exposé à l’air sec ou à la température de 100“, il perd 6 molécules d’eau ; il n’abandonne la dernière qu’à la température de 120“; cependant, les récentes expériences de M. Townley paraissent démontrer qu’une température de 100“ suffit à le déshydrater complètement. Il a alors diminué de 14,45 p. 100 de son poids. A l’état anhydre, il reprend 6 équivalents d’eau à l’air

humide. Suivant Millon et Commaille, il absorberait même jusqu’à 39 p. 100 d’eau dans une atmosphère saturée d’humidité.

Lorsqu’on le brûle sur une lame de platine chauffée au rouge, il répand une odeur animalisée d’abord, puis une odeur aromatique particulière, et ne laisse aucun résidu fixe, s’il est bien pur. Chaufié fortement dans un tube à essais, il donné des vapeurs sulfhydriques qui noircissent le papier d’acétate de plomb.(fig. 230). S’il contenait de petites quantités de matières étrangères de la classe des glucosides (sucre, glucose, fécule, tannin, etc.), il produirait en même temps des vapeurs d’un beau rouge, se condensant sur les parois du tube en un liquide de couleur cramoisie.

Le sulfate de quinine est très-soluble dans les acides, et particulièrement dans l’acide sulfurique; sa dissolution acide est fluorescente, c’est-à-dire qu’elle présente un reflet bleu opalin caractéristique. Cette fluorescence bleuâtre est sensible à 1/400000, et même à 1/200000 quand le vase qui contient la solution est placé au soleil devant un papier noir. En l’éclairant à l’aide d’un faisceau lumineux émergeant d’une lentille biconvexe, le degré de sensibilité peut être doublé [Fluckiger) .

Caractères. — Sa solution possède les réactions suivantes :

Elle précipite en blanc par l’ammoniaque, la potasse, les carbonates et oxa-

(I) La formule de ce sel s’exprimait autrefois par C‘“H2'*Az20',S03,H0 ; 7 aq.

SULFATE DE QUININE

lates alcalins. Le tannin la trouble abondamment. Lorsqu’on ^additionne d’eau chlorée (ou d"une dissolution d’hypochlorite), jusqu’à ce qu’elle perde son reflet opalin, l’ammoniaque qu’on y verse ensuite y développe une coloration d’un vert très-beau et très-intense. Si, après addition de chlore, on ajoute au sulfate de quinine dissous, quelques gouttes d’une solution de cyanure jaune, puis ensuite quelques gouttes d’ammoniaque, ces réactifs donnent naissance à une magnifique coloration rouge-groseille, dépassant en sensibilité le caractère tiré du chlore et de l’ammoniaque seuls (1). Ajoutons enfin que, comme celle de tous les sulfates, la solution du sulfate de quinine précipite en hlanc par le chlorure de haryum.

Composition. — Le sulfate de quinine officinal est formé de : quinine, 74,31 ; acide sulfurique monohydi'até, 11,24; eau, 14,45.

Usagées. — Le sulfate de quinine est l’un des agents les plus précieux de la thérapeutique; c’est le spécifique de toutes les maladies périodiques à courtes périodes, et des fièvres intermittentes en particulier; c’est aussi un tonique puissant. On l’administre quelquefois à haute dose dans le rhumatisme et la fièvre typhoïde. On en prépare des pilules, des tablettes, un vin, un sirop, une pommade, etc. ; on l’administre également en potions, dissous dans l’eau de Rabel, et mélangé à une infusion de café, pour masquer sa saveur amère.

Altérations. — Le sulfate de quinine de fabrication française est presque toujours pur ; lorsque les cachets des maisons recommandables qui le fabriquent, sont restés intacts sur- les flacons qui le contiennent, on a là une garantie de sa pureté (2).

Dans le commerce allemand, on trouve également du sulfate de quinine trèspur; mais on y rencontre souvent, sous des dénominations particulières, des sulfates de quinine à prix moins élevé, qui renferment un excès de sulfate de cinchonine, ou qui sont mélangés à du sulfate de quinidine, ou qui sont même remplacés par ce dernier. On donne surtout le nom de sulfate de quinine naturel au mélange des trois sulfates de quinine, de quinidine et de cinchonine, tel qu’on l’extrait directement de certaines fabrications.

Le sulfate de quinine se distingue facilement du sulfate de cinchonine par les réactions spéciales à ce dernier sel ; le sulfate de cinchonine ne verdit pas par le chlore et l’ammoniaque ; il ne donne pas de liquide rouge volatil lorsqu’on le distille avec de la fécule. Sa solution c.sX dextrogyre ; elle précipite par le bicarbonate de soude, en présence d’un excès d’acide tartrique, ce que ne font pas les sels de quinine. Enfin, le sulfate de cinchonine, beaucoup plus soluble que celui de quinine, donne avec le cyanure jaune un précipité soluble à l’ébullition ; la liqueur dépose par le refroidissement des lamelles cristallines d’un beau jaune, caractère que ne présentent pas les sels de quinine.

Le sulfate de quinidine a été caractérisé à l’article de ce nom. Il est surtout dextrogyre.

Il arrive quelquefois que le sulfate de quinine s’est effleuri lorsqu’il est ren-

(1) Ces mômes caractères appartiennent aussi au sulfate de quinidine ; mais les sulfates de cinchonine et de cinchonidine ne les partagent pas. M. Schwarzer a fait remarquer que la coloration rouge du sulfate de quinine se détruit d’elle-même assez rapidement, tandis que celle du sulfate de quinidine se maintient à l’état de dépôt volumineux et persistant.

(2) On tolère la présence de 3 p. 100 au maximum de sulfate de cinchonine dans le sulfate de quinine du commerce.

SULFATE DE QUININE

fermé dans des flacons mal bouchés. En perdant de l’eau, il gagne en force et en valeur; mais, sous cet état, il peut présenter des inconvénients dans la pratique médicale : un bon sulfate de quinine doit contenir 14,45 p. 100 d’eau de cristallisation.

Falsifications. — Le sulfate de quinine, vu son prix élevé, a toujours été un objet de spéculation pour les fraudeurs. Les trop fréquents mécomptes que les médecins éprouvent dans l’emploi de ce précieux médicament sont dus aux adultérations qu’on lui fait subir.

Le nombre des substances ordinairement employées pour le falsifier est trèsconsidérable; ce sont des matières minérales : acide borique ; carbonates de chaux et de magnésie ; phosphate de soude ; sulfates de soude et de magnésie ; azotate de potasse, et particulièrement le sulfate de chaux en houppes soyeuses ; des matières organiques : oxalate d’ammoniaque ; acide benzoïque, acide stéarique ; stéarine, sucre enpoudre, glucose, lactose ou sucre de lait, mannite, fécule, salicine, phloridzine et caféine; acide salicylique et salicylate de soude ou de potasse? On lui ajoute ou on lui substitue le sulfate et le chlorhydrate de cinchonine et le sulfate de quinidine ; enfin, il peut contenir un excès à'eau.

Acide borique. — En incinérant fortement à l’air sur une lame de platine, quelques décigrammes de sulfate de quinine additionné d’acide borique, on obtient pour résidu une matière vitreuse peu soluble à froid dans l’eau, plus soluble à chaud, d’où elle se dépose en lamelles brillantes. Le résidu de l’évaporation de ce soluté communique à la flamme de l’alcool une coloration verte bien sensible.

C arbonates de chaux et de magnésie (4). — Ces corps peuvent être en partie reconnus à l’aide de la loupe. Leur mélange au sel de quinine rend celui-ci effervescent, lorsqu’on le dissout dans de l’eau acidulée. En incinérant 0s^,50 du produit à examiner, on obtient un résidu blanc, fixe, bleuissant le papier rouge de tournesol humide, et se dissolvant dans l’acide chlorhydrique étendu d’eau ; la solution précipite par l’oxalate d’ammoniaque, lorsqu’on a affaire à un sel de chaux, et par le phosphate de soude ammoniacal s’il s'agit d’un sel magnésien. L’alcool, pouvant dissoudre le sulfate de quinine, le séparerait de ces deux carbonates terreux.

Phosphate de soude. — La présence de ce sel dans le sulfate de quinine, se reconnaît : 1® par incinération du produit sur une lame de platine; il reste un sel blanc, peu fusible, soluble dans l’eau, donnant par l’azotate d’argent un précipité blanc de pyrophosphate d’argent, et par le bimétaantimoniate de potasse, la réaction du sel de soude ; 2® par l’action de l’eau qui dissout le phosphate de soude, lequel donne alors avec l’azotate d’argent un précipité jaune de phosphate d’argent soluble dans l’acide azotique.

Sulfate de soude et sulfate de magnésie. — Le mélange de l'un de ces deux sels au sulfate de quinine sera constaté à l’aide de l’incinération d’une part, et de l’eau d’autre part. Ces produits, étant fixes, resteront sur la lame de platine ; le sulfate de soude, jaune à chaud et blanc à froid, sera caractérisé par les sels de baryte. Le sulfate de magnésie, après incinération de la quinine, formera un

(1) M. Winckler a examiné autrefois un sulfate de quinine du commerce qui contenait jusqu’à 40 p. 100 de carbonate de chaux.

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résidu blanc, soluble dans l’eau, présentant les caractères des sulfates et des sels magnésiens.

Quelquefois la solution de l’un de ces deux sels isolé par l’incinération pourra dégager de l’acide sulfbydrique par les acides, ou donner une coloration brune avec un sel de cuivre ou d'argent, à cause de la réduction de ces sulfates à l’état de sulfure par le carbone de la quinine.

Azotate de potasse. — En 1876, M. Jaillard a signalé la présence de 70 p. 100 de nitrate de potasse dans un sulfate de quinine de belle apparence. Ce mélange possédaitune saveur salée d’abord, amère ensuite; ilsedissolvai*^ en grandepartie dans l’eau froide, et en faible proportion dans l’alcool à 90®, même bouillant. Il brûlait en déflagrant avec une vive ignition, en laissant un résidu alcalin de carbonate de potasse. Il dégageait d’abondantes vapeurs rutilantes au contact de l’acide sulfurique et du cuivre en limaille. Le nitre pouvait en être facilement isolé par l’eau qui le dissolvait presque seul, ou par l’alcool bouillant à 90® qui n’enlevait que le sulfate de quinine.

Sulfate de chaux (1). — Ce sel, auquel on donne facilement l’aspect du sulfate de quinine, est préparé tout exprès pour être mélangé à ce dernier dans des proportions souvent considérables. Ou le mélange est homogène, ou bien, le sel calcaire est disposé au centre des flacons, entouré par une couche assez mince de sulfate de quinine qui le recouvre également à la partie supérieure. Cette honteuse falsification, qui s’est exercée surtout pendant la guerre de Crimée, permet de faire entrer jusqu’à 80 p. 100 de gypse dans le sulfate de quinine. On possède plusieurs moyens très-précis pour mettre cette fraude en évidence :

1® Par incinération, on retrouve le sulfate de chaux du gypse en partie réduit à l’état de sulfure de calcium. En dissolvant ce résidu dans de l’acide chlorhydrique étendu, on cherche ensuite les caractères des sulfates et des sels de chaux (2) ;

2® Par l’eau aiguisée d’acide sulfurique, on dissout le sulfate de quinine sans toucher au sulfate de chaux qu’on retrouve intact. Il suffit de le laver avec un peu d’eau distillée et de l'examiner par les réactifs qui le font reconnaître ; de plus ce résidu est dépouillé de saveur amère ;

3® Par l’alcool à 60® et bouillant, on dissout la totalité du sulfate de quinine, tandis que le gypse reste indissous.

Oxalate d'ammoniaque. — Lorsque le sulfate de quinine est falsifié par l’oxalate d’ammoniaque, on peut arriver facilement à reconnaître ce dernier sel en traitant le mélange : 1® par la potasse, qui dégage des vapeurs ammoniacales sensibles à l’odorat, bleuissant le papier rouge de tournesol, et répandant des vapeurs blanches à l’approche d’une baguette de verre imprégnée d’acide azotique ; 2® par une très-petite quantité d’eau qui dissout l’oxalate d'ammoniaque et qui

(1) En dissolvant du plâtre bien blanc dans de l’acide chlorhydrique de moyenne concentration et bouillant, on obtient, par le refroidissement des liqueurs et après filtration, une belle cristallisation de sulfate de chaux en houppes soyeuses, imitant par leur blancheur, leur éclat et leur légèreté, le sulfate de quinine le plus beau.

(2) Le sulfate de quinine pur peut laisser à l’incinération un résidu fixe, d’un poids très-minime ; il provient des sels calcaires contenus dans l’eau commune et dans le noir animal employés à la préparation de ce fébrifuge.

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touche à peine au sulfate de quinine (1). L’eau qui provient de ce traitement fournit ensuite par la potasse, la soude ou la chaux, une odeur ammoniacale des plus sensibles, et avec un sel de chaux, un précipité hlanc abondant d’oxalate calcaire.

Acide benzoïque. — On a considéré jusqu’à présent cetle falsification comme peu probable, quoique annoncée autrefois, à cause du prix élevé de. l’acide benzoïque. Ce motif n’existant plus aujourd'hui, on pourra rechercher cet acide dans le sulfate de quinine: 1“ d’après l’odeur qu’il communiquera à ce sel, odeur de benjoin s’il a été extrait de ce baume, odeur urineuse s’il provient de la transformation de l’acide hippurique ; 2® d’après l’action que ce produit exercera sur du papier bleu de tournesol humide qu’il rougira; 3® en soumettant le mélange à une température de 143® dans une petite cornue : l’acide benzoïque se sublimera en lamelles cristallines qu’il sera facile d’étudier après cela en dissolvant ce mélange dans l’alcool fort qu’on saturera ensuite de gaz acide chlorhydrique. On produira ainsi de l’éther benzoïque d’odeur caractéristique, volatil, et que la potasse décompose en formant du benzoate de potasse.

Acide stéarique et stéarine. — Lorsque le sulfate de quinine contient de l’acide stéarique ou margarique, ou de la stéarine, ces corps gras restent à la surface de la dissolution de ce sel, faite au moyen de l’eau aiguisée d’acide sulfurique. En portant le liquide à l’ébullition, les corps gras se divisent en petites gouttelettes transparentes qui deviennent opaques parle refroidissement. Nous avons trouvé dans un échantillon de sulfate de quinine essayé de cette manière, lorsque nous avons découvert cette fraude, jusqu’à 8 p. 100 de stéarine (A. Ch.).

En chauffant à l’air ce même mélange, il s’enflamme et brûle vivement sans laisser de résidu. Au commencement de la combustion, il y a formation d’un produit noir violacé qui, dilué, donne sur le papier une couleur d’un rouge carminé.

Ajoutons qu’en traitant le mélange par l’éther, on dissoudrait facilement le corps gras, qu’on isolerait ensuite par évaporation spontanée du véhicule. Le résidu laisserait à chaud, sur le papier blanc, une tache translucide indélébile.

Sucre, Glucose, Lactose, Mannite. — Toutes ces substances étant beaucoup plus solubles dans l’eau froide que le sulfate de quinine, on traite celui-ci à froid par ce dissolvant ; on filtre les liqueurs, et on les évapore au bain-marie. On a un résidu facile à caractériser par sa saveur et par sa solubilité plus ou moins prononcée dans l’alcool.

On peut encore traiter cette dissolution par du carbonate de potasse qui précipite la quinine dissoute ; on filtre et on évapore ; le résidu est repris par de l’alcool chaud à 80®, qui dissout le sucre et ses analogues sans toucher au sulfate de potasse : l’évaporation du liquide alcoolique laissera les matières sucrées comme résidu.

Un autre procédé consiste à traiter le sulfate de quinine par l’eau de baryte en excès ; il en résulte un précipité de quinine et de sulfate de baryte insoluble ; en filtrant et en saturant la liqueur par un courant de gaz acide carbonique qui précipite l’excès de baryte, on obtient, après une nouvelle filtration, une liqueur que l’on évapore au bain-marie pour en obtenir la matière sucrée.

(1) Il ne faut pas prolonger le contact de l’eau avec le mélange, parce qu’on donnerait naissance à de l'oxalate de quinine insoluble.

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Pour y reconnaître la présence de l’un des quatre corps précités, on fera les essais suivants :

1® Le suc7'e ordinah'e noircit par l’acide sulfurique, ne se colore pas par les alcalis bouillants, et ne réduit la liqueur de Frommherz qu’après qu’il a été interverti par Tacide chlorhydrique ;

2® Le glucose noircit par l’acide sulfurique, brunit par la potasse et réduit directement le réactif cupro-potassique ;

3® Le sucre de lait se comporte comme le glucose, seulement il est insoluble dans l’alcool fort ; le glucose peut s’y dissoudre.

Les solutions des trois corps précédents sont dextrogyres, tandis que le sulfate de quinine est lévogyre.

4® La mannite colorée, ni par l’acide sulfurique concentré, ni par les alcalis bouillants ; elle ne réduit pas le sel de cuivre et est inerte sur le plan de polarisation. Enfin elle est très-soluble dans l’alcool bouillant, d’où elle se dépose en beaux prismes aiguillés (1).

Le procédé qui consiste à isoler ces matières par la baryte peut permettre de les doser. La méthode saccharimétrique de M. Péligot est de nature à donner également des indications assez précises, lorsqu’il s’agit d’essayer du sulfate de quinine falsifié par le sucre. En effet, si on traite une quantité déterminée de sulfate de quinine par un lait de chaux, en léger excès, on obtient un précipité de quinine et de sulfate de cbaux qui se mêlent à la chaux en excès, tandis que le sucre reste dissous à l’état de sucrate de chaux. On filtre, on lave le précipité resté sur le filtre, et, dans la liqueur limpide réunie aux eaux de lavage, et colorée par un peu de tournesol, on ajoute goutte à goutte une solution titrée d’acide sulfurique renfermant par litre 2is‘',65 d’acide, jusqu’à ce que la liqueur, d’ahord hleue, soit devenue rouge. Comme la quantité de chaux dissoute est proportionnelle à la quantité de sucre qui existait dans le sulfate essayé, il en résulte que la proportion d’acide employée pour saturer la chaux, peut facilement indiquer la quantité de sucre renfermée dans le produit analysé. Un litre de liqueur titrée (ou 21^% 63 d'acide sulfurique à 66°) neutralise la quantité de chaux qui pourrait être dissoute par 30 grammes de sucre. (Voy. Sucre, procédé Péligot, page 1083.)

On peut encore, pour trouver le sucre ou le glucose dans le sulfate de quinine, abandonner à elle-même, à 13 ou 20°, une solution aqueuse et concentrée de ce sel, ou bien la bouillie claire qu’on obtient en le délayant dans l’eau, et dans laquelle on introduira un peu de levure de bière; en plaçant ce mélange dans un flacon muni d’un tube à gaz, dont l’extrémité recourbée s’engage sous une éprouvette pleine d’eau, ou mieux de mercure, celle-ci se remplira peu à peu de gaz acide carbonique sous l’influence de la fermentation qui s’établit bientôt dans la masse liquide.

Fécule. — La fécule étant insoluble dans l’alcool, ainsi que dans l’eau acidulée, il sera toujours facile de l’isoler du sulfate de quinine auquel elle serait

(1) La falsification du sulfate de quinine par la mannite a été signalée, en 1831, par Vallet. En 1840, M. Dubail analysa un échantillon de sulfate de quinine qui lui avait été donné par un droguiste de Paris : il y trouva environ 80 p. 100 de mannite. Ce sulfate, entièrement semblable, par sa légèreté et son aspect soyeux, au sulfate de quinine ordinaire, n’avait cependant qu’une saveur amère peu marquée et mêlée d’un arrière-goût sucré.

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mélangée. Du reste, l’eau iodée pourrait la faire reconnaître, ainsi que l’inspection du mélange au microscope.

Salicine. — La salicine, que l’on retire de l’écorce astringente et amère du saule, ressemble beaucoup au sulfate de quinine. On a même prétendu qu’elle pouvait parfaitement bien remplacer ce dernier comme fébrifuge; mais cette opinion est erronée, et le mélange de la salicine avec le sulfate de quinine constitue une véritable fraude qui, si elle n’est pas dangereuse, empêche souvent l’effet que le médicament pur produirait sur le malade.

La salicine est plus soluble que le sulfate de quinine; on peut la reconnaître par l’addition de quelques gouttes d’acide sulfurique au sulfate suspecté. Cette addition suffit pour produire dans un mélange à 1/100 une belle teinte rouge coquelicot {[rutüine de Braconnot (1)]. On peut, à titre de contrôle, employer le mélange de bicbrômate de potasse et d’acide sulfurique proposé par M. Auy. Creuse; on prend 1 gramme de sulfate de quinine, 1 gramme de bichromate de potasse et 5 grammes d’eau; on chauffe jusqu’à dissolution du bichromate, et on ajoute 2 grammes d’acide sulfurique en continuant de chauffer jusqu’à effervescence : si le sulfate contient de la salicine, celle-ci s’oxyde et forme de l’acide salicyleux ou hydrure de salicyle, qui répand une forte odeur de reinedes-prés. Cette réaction permet, suivant M. Creuse, de reconnaître jusqu’à 1/200 de salicine dans le sulfate de quinine.

Le même procédé a été recommandé plus tard par M. Lepage de Gisors, puis aussi par M. Parrot. On chauffe dans un petit appareil distillatoire 1 gramme de sulfate à essayer, avec 4 grammes de bichromate de potasse et 0®L80 d’acide sulfurique qu’on étend de 5 grammes d’eau distillée ; après une demi-heure de contact, on porte à l’ébullition et l’on recueille le produit distillé : si la salicine existait dans le sulfate, le liquide obtenu aura l’odeur de la reine-des-prés et prendra une belle couleur violacée par l’addition d’une ou deux gouttes de perchlorure de fer,

M. Bourlier a recommandé de dissoudre 1 gramme de sulfate de quinine suspect, dans 10 à 15 grammes d’acide chlorhydrique étendu de 1/5 d’eau au plus. Portée à l’ébullition, la liqueur reste limpide si le sulfate est exempt de salicine ; elle devient, dans le cas contraire, opaline d’abord, puis complètement laiteuse, en raison de la salirétine formée.

Si, comme cela nous est arrivé dans une expertise, on demande de déterminer la quantité de salicine mêlée au sulfate de quinine, on fait dissoudre un certain poids de sulfate dans l’eau pure, additionnée d’un peu d’alcool, puis on traite par l'eau de baryte ; le précipité est recueilli sur un filtre et lavé, et dans la li-

(I) D’après M. Peltier, de Doué, l’acide sulfurique ne donne un résultat concluant que lorsque le sulfate de quinine ne contient pas moins de 10 p. 100 de salicine; au-dessous de cette quantité, on n’obtiendrait pas une coloration assez nette pour s’assurer de sa présence ; et, pour prononcer hardiment, il faudrait isoler la salicine en se fondant sur son insolubilité dans la solution acide de sulfate de quinine.

Ce fait n’a pas été confirmé' par les expériences de M. Verbert et de M. Acar. Suivant ces chimistes, on peut facilement reconnaître dans le sulfate de quinine 1/100 de salicine par la coloration rouge que donne l’acide .sulfurique versé sur le sulfate adultéré. Toutefois, pour que l’essai réussisse, il faut placer la matière dans un verre de montre, de manière qu’elle présente dans son centre une légère concavité ; on y fait tomber 3 ou 4 gouttes d’acide concentré et on laisse reposer.

Suivant M. A. Poirier, l’acide sulfurique permet de reconnaître jusqu’à I/lOOO de salicine.

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queur filtrée on fait passer un courant d’acide carbonique qui précipite l’excès de baryte ; la liqueur est bouillie, puis filtrée ; on lave le précipité sur le filtre, et on verse un excès de tannin pur dans cette liqueur mêlée aux eaux de lavage ; le précipité de tannate de quinine est recueilli sur un filtre et lavé ; dans le liquide filtré réuni aux eaux de lavage, on verse de l’eau de chaux pour précipiter l’excès de tannin, et on filtre; la liqueur filtrée est traversée par un courant d’acide carbonique, puis on fait bouillir, on filtre, on lave le précipité sur le filtre, et le liquide qui a passé est joint aux eaux de lavage, et enfin évaporé à l’étuve pour en retirer la salicine par cristallisation (A. Ch.).

Phloridzine. — Cette substance extraite de l’écorce de la racine du pommier, du cerisier, du poirier, etc., a été quelquefois ajoutée, dit on, au sulfate de quinine. On lareconnaît à la coloration rouge qu’elleprend au contact de l’acide sulfurique concentré. On la distinguera de la salicine qui offre le même caractère parle moyen suivant : on placera la substance à essayer sous une cloche de verre, au-dessus d’une solution concentrée d'ammoniaque caustique ; la phloridzine se colorera bientôt, sous l’influence de cet alcali et de l’oxygène de l’air, en rouge orangé, puis en rouge pourpre, et enfin en bleu foncé.

Caféine. — On prétend qu’elle a été substituée quelquefois au sulfate de quinine, substitution rendue invraisemblable à cause de son prix élevé. Pour en constater la présence, il faut traiter le produit par le chloroforme qui enlève la caféine sans toucher au sulfate. L’évaporation du chloroforme laisse des aiguilles cristallines de caféine. Cet alcaloïde, volatil à -|- 185®, très-soluble dans l’eau bouillante, prend une belle coloration rouge lorsqu’il est traité successivement par de l’acide azotique concentré, bouillant, et par quelques gouttes d’ammoniaque. Il donne la même coloration sous l’influence successive de l’eau chlorée et de l’ammoniaque.

Acide salicylique, salicylate alcalin. — On a annoncé vaguement l'adultération du sulfate de quinine par l’acide salicylique et les salicylates alcalins. Il eût été facile de reconnaître cet acide à sa solubilité dans l’éther, à la coloration violette qu’il développe au contact du sesquichlorure de fer et à 1 odeur phénique qu’il produit lorsqu’on le chauffe brusquement.

Sulfate de cinchonine. — Les procédés de fabrication du sulfate de quinine entraînent forcément la présence, au milieu de ce sel, d’une certaine quantité de sulfate de cinchonine ; c’est pourquoi on admet une tolérance de 3 p. 100 de ce produit dans le sulfate de quinine du commerce. Mais en dehors de la proportion tolérée, l’addition de la cinchonine ou celle de son sulfate est assez fréquente.

Il existe des sulfates de quinine dont les premières et les plus belles cristallisations sont placées contre la paroi interne des flacons pour flatter l’œil, tandis que leur centre est rempli par le produit appauvri des troisième et quatrième cristallisations, ou par du sulfate de cinchonine, ou même par de la cinchonine.

Plusieurs procédés ont été proposés pour arriver à reconnaître ces supercheries. D’abord, il est essentiel d’opérer sur un échantillon pris sur l'ensemble du flacon, après mélange exact, afin de se mettre en garde contre l’arrangement dont nous venons de parler.

Lorsqu’on s’est formé ainsi un échantillon moyen, on peut dissoudre le sel dans 40 parties d’eau houillante ; celle-ci dépose ensuite, par le refroidissement, beaucoup de sulfate de quinine, et retient, au contraire, beaucoup de sulfate de

me

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cinchonine. En concentrant la liqueur, ce dernier cristalli-se en prismes rhomboïdaux courts, ou en écailles arrondies, formes cristallines qui ne sont pas celles qu^’affecte le sulfate de quinine.

On a imaginé, pour déceler cette fraude, un grand nombre de moyens permettant d’isoler la quinine de la cinchonine, soit à l’état de liberté, soit à l’état salin ; c’est ainsi qu’on a conseillé leur transformation en phosphates, acétates, etc., sels jouissant de solubilités très-différentes; mats le procédé donné autrefois par Liebig, procédé modifié d’abord par Guibourt, puis par une instruction ministérielle publiée en 1853, est aujourd’hui devenu classique. Il repose sur la solubilité de la quinine dans l’éther, et sur l’insolubilité de la cinchonine dans ce même dissolvant : dans un tube à essais, de 20 à 25“® de capacité, on introduit 1 gramme du sulfate suspect, avec 10'° d’éther sulfurique du commerce (1), puis on y ajoute 2" d’ammoniaque liquide. On agite vigoureusement en tenant le tube bouché à l’aide du pouce, ensuite on abandonne au repos : si le sulfate est pur, il se dissout sans résidu et l’on ne retrouve dans le tube que deux couches liquides distinctes; la plus dense est une solution aqueuse du sulfate d’ammoniaque qui a pris naissance ; la plus légère, surnageant la première, est la solution de quinine dans l’éther. Si entre ces deux couches liquides il s’est formé un dépôt blanc, caséeux, persistant, celui-ci est de la cinchonine insoluble dans l’éther. En décantant le liquide éthéré, lavant le dépôt avec une nouvelle dose d’éther, décantant de nouveau et évaporant, on a le poids de la quinine. La cinchonine recueillie d’autre part, lavée et séchée, peut être pesée également, puis examinée ensuite chimiquement.

Le sulfate de cinchonine étant dextrogyre tandis que celui de quinine est lévogyre, M. Bouchai'dat a proposé l’examen de ce dernier en essayant sa solution au polarimètre; mais le procédé indiqué plus haut est plus certain, d’une exécution plus prompte et à la portée de tous.

Chlorhydrate de cinchonine. — Par un tour de main habilement conduit, on peut faire prendre au chlorhydrate de cinchonine, au moment de sa cristallisation, l’aspect du sulfate de quinine. Certains falsificateurs se sont emparés de ce sel, qu’ils exportent dans l'extrême Orient, et qu’ils désignent audacieusement sous le nom de sulfate de quinine du Japon. Il suffit de le dissoudre dans l’eau distillée pour en reconnaître la nature : sa solution précipite abondamment par l’azotate d’argent; et le précipité de chlorure d'argent obtenu est insoluble dans l’acide azotique et soluble dans l’ammoniaque; mais lorsqu’on ajoute celle-ci, elle précipite la cinchonine contenue dans la liqueur, ce qui masque l’effet du dissolvant.

La solution du chlorhydrate de cinchonine ne verdit pas par le chlore et l’ammoniaque, et présente de plus tous les caractères appartenant à cet alcaloïde (voir plus haut, page 1109) (2).

(1) Il est important de ne pas faire usage, pour cet essai, d’éther rectifié, car, ainsi que l’ont observé autrefois Lassaigne et Roger, la liqueur, au lieu de rester fluide, se prendrait en masse gélatineuse. Cet effet est dû à la solubilité relativement faible de la quinine dans l’éther pur. Il faut que celui-ci renferme quelques centièmes d’alcool pour que l’inconvénient que nous venons de signaler soit écarté.

(2) Sous le nom de sulfate de quinme d’ Allemagne, on a tout récemment rencontré cette même falsification par le chlorhydrate de cinchonine. On l’a crue nouvelle ; nous l’avions fait connaître il y a cinq ou six ans [Er. l).).

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Sulfate de quinidine ou sulfate de ^-quinine. — Ce sel, dont nous avons retracé plus haut les caractères (voir page 1107) peut être confondu avec le sulfate de quinine ordinaire, puisqu’il verdit par le chlore et l’ammoniaque ; mais sa solution est dextrogyre^ et elle donne, avec l’ammoniaque et l’éther, un précipité qui ne se produit pas toujours immédiatement, il est vrai, mais qui se forme peu à peu dans la liqueur éthérée, et qui se dépose en petits cristaux durs et transparents.

Pour reconnaître un mélange de sulfate de quinine et de sulfate de quinidine, on dissout 1 gramme du produit suspect dans -40 à 50 grammes d’eau bouillante, et on précipite la solution par un léger excès d’oxalate d’ammoniaque. On filtre pour séparer l’oxalate de quinine insoluble, et on ajoute quel-^ ques gouttes d’ammoniaque à la liqueur ; celle-ci se troublera si elle contient de la quinidine, parce que l’oxalate de cette base, assez soluble pour être resté en dissolution, est décomposé par l’ammoniaque qui en précipite l’alcaloïde.

M. Walter Stoddart a recommandé la marche suivante pour la recherche de la quinidine dans le sulfate de quinine. On prend 0®‘’,60 de celui-ci ; on les dissout dans 0®",50 d’acide sulfurique additionnés de 3 grammes d’eau. On ajoute à la solution d’éther mélangé de 0®’’,18 d’alcool ; enfin on agite le tout avec 2 grammes de soude caustique au 12®. Après treize heures derepos, la quinidine apparaît sous la forme d’une couche huileuse, tandis que lacinchonidine, s’il s’en trouve, s’est déposée en petits cristaux.

Suivant le même chimiste, la solution neutre de ces divers sulfates donnerait avec un soluté de sulfocyanure de potassium au cinquième des précipités présentant des caractères différentiels très-tranchés, lorsqu’on les examine au microscope.

Eau. — Un bon sulfate de quinine ne doit jamais perdre au delà de 14,43 p. 100 de son poids, dans l’étuve à 120® : au delà de ce chiffre, on doit croire à une falsification. S’il perd moins, c’est qu’il est effleuri, ou bien mélangé de substances étrangères, ou encore de sulfate de quinidine, ou de sulfate de cinchonine, lesquels contiennent moins d’eau de cristallisation.

Essai général du sulfate de quinine. — D'après ce qui précède, on doit rester convaincu de la nécessité d'examiner scrupuleusement le précieux médicament qui constitue le sulfate de quinine. Pour résumer brièvement ces divers modes d’essai, voici les expériences auxquelles le pharmacien devra toujours le soumettre, pour constater sa plus ou moins grande pureté :

, 1® A l’incinération, le sulfate de quinine ne devra laisser aucun résidu fixe; autrement, il renfermerait des sels minéraux ;

2® Traité par l’eau aiguisée d’acide sulfurique, il doit se dissoudre entièrement; autrement c’est qu’il contiendrait des corps gras qui surnageront la solution, ou du sulfate de chaux, ou de la fécule;

3® En présence de l’alcool à 60® et bouillant, il doit également se dissoudre sans résidu. Les substances insolubles dans l’alcool seront les sels minéraux, les corps gras, le sucre de lait, la fécule, etc. ;

4® Délayé dans de l’acide sulfurique concentré, il ne doit pas se colorer : les sucres brunissent ; la salicine et la phloridzine rougissent ;

5® Agité avec de l’éther et de l’ammoniaque, il ne doit donner aucun dépôt (cinchonine, quinidine, etc.);

6® Dissous dans l’eau bouillante et précipité par l’oxalate d’ammoniaque, la

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