SULFATE DE SOUDE
son mode de préparation, du fer, du cuivre, du plomb, du chlorure de sodium, du sulfate de chaux, du sulfate de magnésie, des sels ammoniacaux, du sulfate de manganèse.
La solution de sulfate de soude, altérée par la présence du fer, se colore en noir, lorsqu’on y verse une infusion de noix de galle. Elle prend une couleur bleue par l’ammoniaque, lorsqu’elle contient du cuivre; elle noircit par l’hydrogène sulfuré ou par un sulfure alcalin, lorsqu’elle renferme un composé plombique ou cuivrique.
Le sulfate de soude qui contient du chloi'ure de sodium, décrépite lorsqu’on le projette sur des charbons ardents. Chauffé avec un peu d’acide sulfurique, il dégage de l’acide chlorhydrique, qui produit d’épaisses fumées blanches, au contact d’un tube de verre imprégné d’ammoniaque. 11 précipite en blanc l’azotate d’argent.
Le sulfate de chaux est décelé par l’oxalate d’ammoniaque ou par le carbonate de soude.
Le sulfate de magnésie se reconnaît par les carbonates qui le précipitent et par les bicarbonates qui ne le précipitent pas.
On constate la présence des sels ammoniacaux, en broyant le sel suspect avec un peu de potasse ou de chaux vive ; il se dégage du gaz ammoniac, reconnaissable à son odeur et aux fumées blanches qu"il produit au contact d’une baguette de verre imprégnée d’acide nitrique ou acétique.
Le sulfate de protoxyde de manganèse, que le sulfate de soude renferme quelquefois lorsqu'il provient du résidu de la préparation du chlore, est décelé en versant dans la solution de ce sel une petite quantité d’eau chlorée ou d’hypochlorite de chaux, et en faisant houillir ; le sulfate de protoxyde passe à l’état de sulfate de peroxyde, et colore fortement la liqueur en violet. On peut aussi l’essayer par un sulfure alcalin qui donnera avec le sel de manganèse un précipité couleur de chair, de sulfure de manganèse.
On peut appliquer à l’analyse du sulfate de soude le mode d’essai donné pour le sulfate de potasse ; mais on n’a pas besoin d’y doser la potasse.
Essai industriel. — M. ér. Pouchet a tracé la marche suivante pour l’essai des sulfates de soude destinés à la cristallerie. On dissout 10 grammes, échantillon moyen du sel à analyser, dans 200“' d’eau distillée, qu’on élève, après dissolution, à 250". Les essais portent ensuite sur 25" de cette solution, lesquels correspondent à 1 gramme de sel.
1° Acide libre. — On le dose par essai acidimétrique (Voy. Acide sulfurique);
2* Chlorure de sodium, — On en obtient le poids en conduisant l’essai comme celui qu’on applique au titrage du brômure de potassium par le nitrate d’argent titré, en présence du bichromate de potasse ;
3® Sulfate de soude. — On le dose par une solution titrée de chlorure de haryum. Du poids total de l’acide sulfurique obtenu, on retranche, s’il y a lieu, celui de l’acide libre qu’a donné l’essai acidimétrique : la différence est ensuite calculée à l’état de sulfate de soude ;
4® Fer. — 50 grammes de sel, dissous dans suffisante quantité d’eau et d’acide chlorhydrique, reçoivent un peu de grenaille de zinc pour réduire le sel ferrique en sel ferreux, qu’on titre ensuite par le permanganate de potasse.
On dose encore dans le sulfate de soude, s’il y a lieu, la silice, l'alumine, la chaux et la magnésie, en suivant la marche décrite à l’article Engrais ; mais si
SULFOCARBONATE DE POTASSE.
ce n’est le sulfate de soude provenant de quelques sels gemmes, ces dernières opérations sont rarement nécessaires.
SULFATE DE ZINC : ZnO,SO*; 7 aq. — Le sulfate de zinc, connu dans le commerce sous les dénominations de couperose blanche, vitriol de zinc, vitfiol blanc, sulfate zincique, est incolore, transparent, d'une saveur âcre et fortement styptique, rougissant le papier bleu de tournesol, et cristallisable en prismes à quatre pans, terminés par des pyramides à quatre faces. Les cristaux renferment 49,9 p. 100 d’eau de cristallisation ; ils s’effleurissent à l’air ; par la chaleur ils éprouvent la fusion aqueuse, perdent leur eau sans exhaler d’odeur, et se dessèchent en une masse blanche ; ils se décomposent à une haute température. Ce sel est soluble dans deux fois et demie son poids d’eau, à la température ordinaire et dans son propre poids d’eau, à 100“. La solution précipite en blanc le nitrate de baryte. Elle produit avec le cyanure jaune un précipité blanc ; avec le cyanure rouge, un précipité jaune-orange ; avec la potasse et l’ammoniaque, des précipités blancs floconneux solubles dans un excès de ces alcalis; avec le sulfhydrate d’ammoniaque, un précipité blanc. Enfin, l’infusion de noix de galle ne détermine aucune coloration ni changement dans cette solution, si le sel est pur.
Usagées. — Le sulfate de zinc est quelquefois employé en médecine comme vomitif. Sa dissolution est usitée à l’extérieur comme astringent, sous forme de collyre ou d’injections, dans la gonorrhée, etc. On s’en sert aussi dans la pratique de l’art des embaumements, dans la désinfection des matières fécales.
Altérations. — Le sulfate de zinc du commerce renferme presque toujours du sulfate de fer, et plus rarement du sulfate de cuivre (1). La présence de ce dernier métal se reconnaît au précipité brun rougeâtre que la solution aqueuse du sulfate donne avec le cyanure jaune de fer et de potassium. S’il rencontrait du fer, ce même réactif donnerait un précipité bleu. L’infusion de noix de galle ferait naître dans la même solution une teinte noire plus ou moins foncée. Enfin, la même solution de sulfate de zinc ferrugineux portée à l’ébullition, additionnée d’acide nitrique, puis traitée par l’ammoniaque jusqu’à dissolution du précipité d’oxyde de zinc, donne un dépôt jaunâtre de peroxyde de fer. Dans le cas où le sulfate examiné renfermerait du cuivre, la liqueur deviendrait bleue.
M. Saladin a signalé autrefois (1831), un sulfate de zinc contenant de Valumine, du cuivre, du fer et du cadmium. Ce dernier produit fournit un précipité jaune caractéristique de sulfure de cadmium par l’hydrogène sulfuré.
SULFOCARBONATE DE POTASSE : KS,GS2; x aq. — Ce sel est solide, jaune, cristallin, très-soluble dans l’eau qu’il colore en rouge orangé, beaucoup moins soluble dans l’alcool. Chauffé, il perd de l’eau de cristallisation et devient plus rouge. L’air l’altère rapidement lorsque le sel est en solution aqueuse étendue; il en dégage du sulfure de carbone, et du soufre se dépose pendant qu’il se forme du carbonate de potasse. Les acides le décomposent avec énergie, en mettant le sulfure de carbone en liberté.
(I) Ces sulfates étrangers proviennent de l’impureté du sulfure de zinc employé à la fabrication de la couperose blanche.
SULFOCARBONATE DE POTASSE.
UsagreB. — M. Dumas en a proposé l’emploi pour combattre le phylloxéra.
Altérations et Falsifications. — Le sulfocarbonate de potasse est quelquefois altéré par du carbonate de potasse. Il peut contenir du monosulfure de potassium. On lui a substitué le trisulfure de ce métal.
L’alcool peut servir à mettre à nu le carbonate de potasse qu’il ne peut dissoudre, tandis qu’il dissout peu à peu le sulfocarbonate.
M. Mermet a trouvé un réactif propre à distinguer ce dernier sel des autres composés sulfurés : c’est le chlorure de nickel ammoniacal. Dans un tube à essais, on ajoute quelques gouttes de sulfate ou de chlorure de nickel, puis un excès d’ammoniaque et de l’eau jusqu’à décoloration. Ce réactif donne une rouge teinte-groseille avec des traces de sulfocarbonate ; il produit une teinte jaune avec le foie de soufre et une teinte brune ou noire avec les monosulfures. Avec les sulfocarbonates de bisulfure., il développe également une teinte jaune.
Essai des sulfocarbonates alcalins. — Il est souvent nécessaire de titrer les sulfocarbonate semployés contre le phylloxéra delà vigne, car on en a trouvé qui variaient de 0 à 20 p. 100 de sulfure de carbone. MM. Delachanal et Mermet en opèrent le dosage par le moyen suivant : à 10 grammes de sulfocarbonate de potasse dissous dans 150" d’eau, on ajoute 150" d’une solution d'acétate de plomb au 10° ; on additionne le précipité de 10" d’acide acétique à 8®; le tout mis dans un ballon portant un tube en S contenant de l’eau, et un tube coudé taillé à son extrémité en bec de flûte. On joint à celui-ci deux flacons laveurs de Chez, dont le premier est à moitié rempli d’acide sulfurique concentré, tandis que le suivant est aux trois quarts plein d’huile d’olive. On fait la tare de ce dernier, puis on chauffe le ballon où se trouve le mélange à analyser. On chauffe également à 110 ou 120° le petit flacon à acide sulfurique, qui retient la vapeur d’eau, mais qui laisse échapper la vapeur de sulfure de carbone ; celle-ci se rend dans l’huile d’olive qui la retient fortement. Après une ébullition de 8 à 10 minutes, on éteint le feu ; puis, après avoir détaché le ballon des deux flacons laveurs, on fait passer dans ceux-ci un courant d’air à l’aide d’un aspirateur, afin d’entraîner quelques gouttelettes et vapeurs de sulfure de carbone dans l’huile d’olive. L’dpération terminée, on pèse le flacon qui la contient : l’augmentation de poids donne celui du sulfure de carbone. En le multipliant par 10, on a le titre du sulfocarbonate?
MM. David et Rommier font réagir l’acide arsénieux sur le sulfocarbonate à analyser, et recueillent le sulfure de carbone qui passe à la distillation dans un appareil spécial (1) : son volume multiplié par sa densité égale à 2,67 donne le poids de ce liquide.
MM. Finot et Bertrand ont critiqué les procédés précédents, comme inexacts ou insuffisants. C’est pourquoi ils ont proposé d’y substituer le mode opératoire suivant :
Dans un ballon de 100" de capacité, on introduit 10 grammes du sulfocarbonate à essayer, puis 25 ou 30" d’eau et 10" d’une solution concentrée de sulfate de zinc, de façon à superposer ce liquide au premier sans qu’il y ait mélange. Le bouchon qui ferme le hallon porte deux tubes: l’un est rempli de pierre ponce imbibée d’acide sulfurique ; l’autre est un tube droit qu’on
(1) Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1875, LXXXI, p. 156.
Chevallier et Baudrimont, 5' édit.
SULFOVINATE DE SOUDE.
peut clore par un caoutchouc muni d’une pince de Mohr. On fait la tare de tout l’appareil ; puis on l’agite pour mélanger les couches liquides, d’où résulte un précipité jaune de sulfocarbonate de zinc décomposable par la chaleur. En chauffant légèrement le ballon, la décomposition commence, et le sulfure de carbone s’échappe en vapeurs qui se dessèchent en traversant le tube garni de ponce sulfurique. Quand le liquide est devenu blanc, ce qui indique la décomposition totale du sulfocarbonate en sulfure de carbone parti et en sulfure de zinc qui l'este, on enlève la pince de Mohr afin d’adapter le caoutchouc à un aspirateur pour faire passer dans le ballon un courant d’air sec, qui chasse les dernières portions de sulfure de carbone. Enfin, on laisse refroidir l’appareil et on le pèse : la perte de poids correspond au sulfure de carbone que contenaient les 10 grammes de sel analysé. Un bon sulfocarbonate en renferme au moins 21 p. 100.
Les solutions de sulfocarbonate de potassium sont en général d'autant plus riches en sel pur qu’elles marquent un degré plus élevé à l’aréomètre de Baumé.
SULFOVINATE DE SOUDE : C*H'*0,Na0,2(S03) ; 2 aq. — Ce sel, nommé encore Ethylsulfate de soude, est en tables hexagonales, incolores, qui s’effleurissent àl’air en perdant 10,78 p. 100 d’eau. Il a une saveur fraîche et légèrement sucrée. Il fond à 86® et devient anhydre. Il se décompose à 120®, en donnant des vapeurs d’alcool inflammables, et en laissant un résidu de bisulfate de soude. Il est soluble dans son poids d’eau, dans l’alcool de moyenne force ; l’éther ne le dissout pas. Il s’altère spontanément, surtout lorsqu’il est en solution ; il donne alors du sulfate de soude.
Uaafpes. — Selon M. Rabuteau, le sulfovinate de soude constitue un excellent purgatif. On l’administre surtout sous forme de limonade gazeuse.
Altérations. — Falsifications. — D’après son mode de préparation, ce sel peut retenir de la baryte ou du sulfate de soude, quelquefois aussi du carbonate de la même base. Il peut être sali par des traces de plomb ou A'arsenic, lorsqu’on a employé à sa préparation l’acide sulfurique du commerce. Si l’alcool qui a servi à sa production n’était f)as pur, le sulfovinate peut contenir alors des produits organiques étrangers.
Si sa solution donne par les sulfates un précipité blanc insoluble dans l’acide azotique, c’est qu’il renferme un sel de baryte, ce qui le rendrait toxique. Lorsque, au contraire, il se trouble en présence des sels de baryte, c’est qu’il contient un sulfate ou un carbonate. Dans ce dernier cas, le précipité se dissout avec effervescence dans l’acide azotique. On y découvrirait le plomb par l’hydrogène sulfuré, et Yarsenic par l’appareil de Marsh.
Quand ce sel a été obtenu à l’aide d’alcool impur, il donne un résidu charbonneux lorsqu’on le calcine un peu fortement.
On lui substitue quelquefois le sulfate de soude. Cette fraude grossière se reconnaît à l’aide des sels de baryte qui ne troublent nullement le sulfovinate à l’état de pureté.
On a délivré une fois de Y acétate de baryte à la place du sulfovinate de soude. Cette erreur déplorable ne saurait se reproduire. L’acétate de baryte dissous précipite fortement par l’acide sulfurique, en même temps qu’il dégage l’odeur caractéristique de l’acide acétique.
SULFURE d’antimoine.
SULFURE D’ANTIMOINE : SbS^. — Le sulfure d’antimoine, qui porte aussi les noms de protosulfure Æ antimoine, de sulfide antimonieux, à.' antimoine sulfuré, de sulfure antirnonique, àiantimoine cru, de stibine, se trouve dans la nature en très-grande abondance. 11 est alors cristallisé en prismes droits à base rhomboïdale, avec pointement à quatre faces. On le trouve également en masses bacillaires, fibreuses ou granulaires. Celui du commerce est en gros pains lenticulaires, à structure radiée, ou à aiguilles irrégulièrement entre-croisées. 11 est d’un gris bleuâtre, à aspect métallique, plus foncé mais moins brillant que l’antimoine. Sa densité varie de 4,13 à 4,62. 11 entre facilement en fusion vers le rouge sombre.
Chauffé au contact de l’air, il s’y transforme en acide sulfureux et en oxyde d’antimoine. Réduit en poudre et traité par l’acide chlorhydrique, il fournit de l’acide sulfhydrique et du chlorure d’antimoine. Fondu avec du carbonate de soude sec, il produit une masse rouge qui cède à l’eau bouillante du sulfure de sodium, en abandonnant du kermès par le refroidissement.
Le sulfure d’antimoine a d’abord été tiré de l’Inde par les Anglais ; il en existe à Sahlerg (en Suède), à Andréasberg (au Hartz), à Allemont (Isère), à Pontgibaut (Allier). Nous avons aussi constaté l’existence de ce sulfure dans diverses localités du Puy-de-Dôme (A. Ch.).
Usages. — Le sulfure d’antimoine est employé pour obtenir l’antimoine métallique. On s’en sert en médecine contre les maladies de la peau et les maladies scrofuleuses. On le donne en poudre comme sudorifique ; il entre dans la préparation de la tisane de Feltz, dans les tablettes antimoniales de Kunckel ; il sert à préparer la poudre de James. Les Mahométans l’emploient comme cosmétique.
Altérations. — Le sulfure d’antimoine obtenu, comme le veut le Codex, par la fusion du soufre avec l’antimoine purifié, est pur lui-même. Celui du commerce est souvent accompagné d’une partie de sa gangue ; on peut l’en débarrasser par la fusion : le sulfure, qui est beaucoup plus fusible que la gangue, s’en sépare avec facilité.
Le sulfure d’antimoine contient le plus souvent du sulfure d'arsenic, comme l’a démontré Sérullas, du sulfure de fer et du sulfure de plomb. Lorsqu’il est arsenical et qu’on le traite par l’eau, à l’aide de la chaleur, il fournit un liquide qui, essayé dans l’appareil de Marsh, donne des taches arsenicales. Ce même liquide forme avec l’hydrogène sulfuré un précipité jaune de sulfure d’arsenic. A ce mode d’essai assez douteux, il est préférable de substituer l’emploi de l’ammoniaque. Le sulfure d’antimoine arsenical réduit en poudre fine cède le sulfure de ce métalloïde à cet alcali volatil dans lequel on le fait macérer pendant douze ou vingt-quatre heures ; la liqueur filtrée, additionnée d’un excès d’acide chlorhydrique, ou évaporée, laisse précipiter du sulfure d’arsenic sous forme de dépôt jaune compacte, ou sous celle de flocons blanchâtres et lents à se séparer, suivant la proportion d’arsenic. Il est à remarquer cependant, que l’ammoniaque dissout en même temps un peu de sulfure d’antimoine que l’évaporation laisse en croûtes rougeâtres ; mais en reprenant le résidu par un peu d’acide chlorhydrique suffisamment concentré, le sulfure d’antimoine s’y disiout, tandis que celui d’arsenic résiste à cet agent.
Pour reconnaître la présence de l’arsenic, Schaub indiquait de traiter la poudre minérale parle nitrate de potasse à l’aide de la chaleur, de reprendre le résidu par l’eau pure, et de rechercher l’arsenic dans l’eau de lavage. Le pro-
SULFURES d’arsenic.
fesseur Grindel conseille un procédé analogue, qui consiste à sc servir d’ammoniure de cuivre : on obtient ainsi le vert de Schéele (1).
Le sulfure d’antimoine contient assez souvent du sulfuf'e de fer. On décèle la présence du fer en traitant le sulfure divisé par l’acide chlorhydrique, filtrant la solution, faisant évaporer pour chasser l’excès d’acide et le chlorure d’antimoine, reprenant par l’eau, puis essayant le liquide par le ferrocyanure de potassium, qui donne lieu à du bleu de Prusse, si le sulfure d’antimoine contenait du fer.
Lorsqu’il contient du sulfure de 'plomb, on retrouve ce dernier comme résidu après la dissolution du sulfure d’antimoine dans l’acide chlorhydrique. 11 suffit de le recueillir et de le traiter par de l’acide azotique bouillant pour obtenir de l’azotate de plomb facile à reconnaître aux réactifs.
Falsifications. — Le sulfure d’antimoine pulvérisé est souvent additionné de galène ou sulfure de plomb et de schiste ardoisé. On y a introduit quelquefois, par erreur sans doute, du bioxyde de manganèse.
On y reconnaît la galène, comme il vient d’être dit plus haut, à la résistance qu’elle oppose à l’action de l’acide chlorhydrique. Ebermayer, qui, le premier, a constaté ce genre de fraude, conseillait de traiter la poudre par parties égales d’acide nitrique et d’acide chlorhydrique concentrés, jusqu’à ce que la matière soit dissoute ou convertie en une masse blanche ; on traite alors le résidu par l’eau, et on verse dans la liqueur filtrée du sulfhydrate d’ammoniaque qui donne un précipité de couleur rouge orangé si l’on a eu affaire à un sulfure d’antimoine pur; le liquide examiné par le même réactif précipitera en noir le plomb fourni par la galène.
La présence du schiste ardoisé serait constatée, comme celle de la galène, par l’insolubilité de cette substance dans l’acide chlorhydrique.
Quant au bioxyde de manganèse, il donne à la poudre une teinte plus foncée et plus noire. Lorsque cette poudre est fortement chauffée dans un tube à essai, elle dégage de l’acide sulfureux en abondance. Traitée par de l’acide chlorhydrique à chaud, elle dégage du chlore ou du gaz sulfhydrique suivant que le bioxyde est en excès ou non dans le mélange ; il se dépose en même temps du soufre en plus ou moins grande quantité. La liqueur débarrassée du sel d’antimoine par l’eau qui le précipite en partie, et par l’hydrogène sulfuré qui élimine le reste de ce métal, donne, par filtration, les caractères des sels de manganèse.
En résumé, les pharmaciens doivent acheter le sulfure d’antimoine en morceaux, et non en poudre. Ils doivent de plus préparer ce produit par combinaison directe, lorsqu’il est destiné à l’usage interne et à la préparation du kermès Cluzel.
SULFURE D’ANTIMOINE HYDRATÉ. — V. Kermès minéral.
SULFURES D’ARSENIC. — Les sulfures d’arsenic se trouvent dans le commerce sous deux états : les sulfures natifs et les sulfures artificiels. Nous attachons une grande importance à faire comprendre aux pharmaciens, nos confrères, toute la différence qui existe enti’e les sulfures 7iaturels et les sul-
(1) La présence de l’arsenic dans le sulfure d’antimoine n’est pas sans danger, particulièrement tjuand il est employé à l'état naturel, comme dans la tisane de Feltz, etc.
SULFURES d’arsenic.
jures artificiels. Les uns ne contiennent que des traces à.' acide arsénieux; les autres en renferment de grandes quantités; quelques-uns même peuvent être considérés comme de l’acide arsénieux, plus une petite quantité de sulfure d’arsenic.
Orpiment : AsS®. — Le sulfure jaune natif o\x orpin, orpiment, trisulfure d'arsenic, se trouve naturellement en Souabe, en Bohême, en Hongrie, en Transylvanie, en Syrie, dans la Valachie, et dans une grande partie de l’Orient, en Chine, en Perse, au Pérou. Il est concrétionné ou en lames de grandeur variable. Quelquefois, il est mêlé de réalgar. L’orpiment est d’un jaune citron, quelquefois très-vif, très-éclatant ; lorsqu’il présente une texture lamelleuse, les lames fendues sont flexibles, translucides, offrant les reflets de l’or métallique ; elles prennent une couleur orangée sous l’influence de la chaleur. Sa densité est de 3,43. Il est insoluble dans l'eau, l’alcool, l’éther et les huiles, mais il esttrèssolubie dans l’ammoniaque. La plupart des acides sont sans action sur lui; cependant l’acide nitrique et l’eau régale l’attaquent et le dissolvent. Il est fusible, volatil sans décomposition lorsqu’on le chauffe en vase clos; mais en vase ouvert, il se détruit en acides sulfureux et arsénieux. Déflagré avec du nitre dans un creuset chauffé au rouge, il laisse pour résidu un mélange de sulfate et d’arséniate de potasse.
Composition. — Ce sulfure est V arsenic des Grecs et des Arabes; il est formé, sur 100 parties, de : souf7'e, 39,03 ; arsenic, 60,97.
Usagos. — L’orpiment est usité en médecine ; il entre dans le baume vert de Metz, dans le collyre de Lanfranc, la poudre fébrifuge de Hecker. Il a été employé, sous le nom de flew's ou rubine diaphorétique d'orpiment, contre la gale, la syphilis. On en fait usage en peinture ; mélangé au bleu de Prusse, il fournit une couleur verte assez belle.
Le Sulfure d’arsenic jaune artificiel, oxyde d’arsenic sulfuré jaune, arsenic jaune, faux orpûnent, se prépare en Allemagne par la voie sèche. Il est en masses jaunes, opaques ou ayant l’éclat vitreux de l’acide arsénieux; il offre des couches superposées et parallèles, alternativement d’un jaune orangé et d’un jaune serin, tirant sur le rouge ; on y trouve quelquefois des filets d’un brun noirâtre, près de la surface des morceaux, suivant la superposition des couches. D’après les expériences de Guibourt, ce produit est formé àüacide arsénieux, 94, et de sulfure d'arsenic, 6.
L’oxyde d'arsenic sulfuré jaune est, comme on le voit, un composé trèsvénéneux, qui ne peut être assimilé au véritable sulfure d’arsenic : on ne doit donc pas le confondre avec celui-ci, et il faut bien se garder de le faire entrer dans une préparation médicale. M. Gt'aeger a proposé de le titrer en délayant sa poudre dans l’eau, y ajoutant du carbonate de soude pur, puis de l’empois d’amidon ; on fait ensuite intervenir une solution titrée d’iode jusqu’à coloration bleue : il se fait de l’acide arsénique, de l'acide iodhydrique et du soufre.
Usages. — Cette préparation est employée en teinture. Mêlée à la chaux, elle sert comme dépilatoire.
Réalgar : AsS^. — Le sulfw'e d'at'senic l'ouge natif, sandarach ou l'éalgar, 7'uhis d'arsenic, bisulfure d'at'senic, est en cristaux transparents, d’un rouge écarlate ou d’un rouge aurore plus ou moins foncé ; ou bien il se présente en stalactites. Il existe en Chine, au Hartz, en Saxe, en Bohême, en Hongrie, dans
SULFURE DE POTASSE
la Transylvanie, aux environs des volcans. Sa densité est de 3,6. 11 est insoluble dans l’eau, l’alcool, l’éther, et dans la plupart des acides ; mais il est attaquable par l’eau régale. 11 se comporte sous l’influence de la chaleur comme l’orpiment.
Composition. — Il est formé de : souf?’e, 29,91 ; arsenic, 70,09.
Usagées. — Ce sulfure a été employé par Hecker contre les fièvres intermittentes. Les Chinois en confectionnent des vases où ils laissent séjourner des acides végétaux ; ils prennent ensuite ce breuvage comme évacuant. On a dit que c’était ce produit, nommé rubis arsenical, que Jean de Gorris employait comme sudorifique et contre les ulcères.
Le Sulfure d’arsenic rouge artificiel, ou arsenic rouge, fauxréalgar, se prépare en Allemagne ; il est en morceaux volumineux, très- brillants à leur surface comme dans leur intérieur; sa cassure estconchoïdale, d’un rouge violacé tirant sur le brun, un peu transparent dans les parties amincies ; il n’offre point de couches superposées.
Ce sulfure contient 1,50 p. 100 à.'acide ai'se'nieux, lequel lui donne des propriétés et une action très-toxiques {Guibowt).
Depuis un certain temps, le réalgar artificiel ou plutôt le réalgar naturel isolé par voie de fusion, est falsifié par l’addition d’une forte proportion de brique pilée qu’on lui incorpore pendant qu’il est encore fondu. Ce mélange est plus terne que ne l’est le réalgar pur ; sa cassure est moins lisse. Traité par de l’eau régale à grand excès d’acide azotique, il laisse un résidu insoluble de brique en poudre. 11 abandonne un résidu fixe après incinération.
SULFURES DE MERCURE. — V. Ethiops minéral. Cinabre.
SULFURE DE POTASSE. — Ce sulfure, appelé aussi foie de soufre, polysulfure de potassium, doit être préparé d’après la formule insérée au Codex, en prenant 100 parties de soufre sublimé et 200 parties de carbonate de potasse.
Le foie de soufre est en masses ou en plaques de couleur hépatique, inodores ; il répand à l’air humide l’odeur d’hydrogène sulfuré, et prend une couleur gris verdâtre; sa saveur est âcre et caustique. Sa solution aqueuse laisse précipiter du soufre, lorsqu’on y verse un acide puissant.
Usages. — Le sulfure de potasse est employé en médecine ; il entre dans la composition de quelques pommades et savons; on s’en sert pour préparer des bains hydrosulfurés, des lotions, etc., etc.
Altérations. — Falsifications. — Le foie de soufre potassique s’altérant avec rapidité au contact de l’air humide, on doit le conserver dans des vases imperméables, clos hermétiquement. L’air le transforme, partie en carbonate, partie en hyposulfite et même en sulfate, accompagnés d’un grand excès de soufre libre. C’est pourquoi on voit la couleur hépatique faire place à une teinte d’un gris verdâtre, l’altération marchant de la surface au centre. Dans ces conditions, l’eau ne le dissout que partiellement sans se colorer et en abandonnant un dépôt de soufre.
Le sulfure de potasse devrait être préparé par le pharmacien, mais le plus souvent il n’en est pas ainsi : il est acheté à bas prix dans le commerce, ce qui n’a lieu qu’au détriment de la valeur médicale du produit : aussi, pour préparer les sulfures à bas prix, emploie-t-on, dans quelques cas, des
SULFURE DE POTASSE. H 27
soufres impurs, des carbonates de potasse contenant une grande quantité de chlorures et de sulfates, etc.
Pour reconnaître si le foie de soufre a été préparé avec des produits purs ou impurs, on en traite 1 p. par 2 p. d’eau distillée, et on agite: s’il est pur, il se dissout sans laisser de dépôt sensible; si, au contraire, il est impur, on obtient un dépôt qui est d’autant plus considérable, que les substances étrangères sont en plus grande quantité. On peut séparer par le filtre la solution du précipité, et déterminer la nature de ce dernier.
On a vu du sulfure de potasse préparé avec des potasses additionnées de carbonate de chaux. Cette fraude peut être reconnue de la manière suivante : on traite 1 gramme de sulfure par l’acide chlorhydrique en quantité suffisante pour le décomposer; on fait chauffer, on filtre et on précipite le liquide par l’oxalate d’ammoniaque ; l’oxalate de chaux précipité fait connaître la quantité de carbonate de chaux ajouté. Il ne faut pas dans cette opération ajouter une trop grande quantité d’acide, la quantité d’oxalate qu’il faudrait alors employer serait trop considérable.
Le sulfure de potasse préparé dans des vases en fer a une couleur verdâtre particulière, due au sulfure de fer qui le salit (1). On peut reconnaître la présence de ce dernier sulfure en traitant par l’eau, filtrant et attaquant la matière insoluble par l’acide chlorhydrique pur, faisant évaporer la dissolution pour chasser l’excès d’acide, reprenant par l’eau distillée, et soumettant cette solution à l’action du ferrocyanure de potassium.
Quelques auteurs disent qu’on prépare le sulfure de potasse avec la potasse du commerce, et que, vu les sels que cette dernière contient, on augmente la quantité d’alcali. Cette manière de produire le sulfure de potasse destiné aux préparations pharmaceutiques est mauvaise : en effet, il est des potasses du commerce qui renferment des quantités si différentes des sels étrangers au carbonate de potasse, qu’il faudrait d'abord examiner quelle est la proportion réelle de celui-ci pour ajouter ensuite la dose de soufre qu’il réclame. Vauquelin a fait voir que les diverses potasses du commerce présentent à l’analyse des quantités très-variables dépotasse réelle. (Voy. art. Potasses.)
Le sulfure de soude a été quelquefois substitué au sulfure de potasse. On distingue ces deux produits l’un de l’autre en faisant agir un acide minéral (ac. chlorhydrique, sulfurique ou nitrique) sur leur dissolution aqueuse : il y a dégagement d’hydrogène sulfuré et dépôt de soufre. Si on filtre la liqueur et si on l’évapore, elle abandonne à la cristallisation un sel de potasse ou de soude dont les caractères sont tellement tranchés qu’aucune confusion n’est possible à leur égard.
Quand cette substitutioa a lieu, comme M. Adrian l’a constaté autrefois (1860), on trouve souvent dans le produit examiné une grande quantité de sulfate de soude. Ce sel prend naissance par la décomposition de l’hyposulfite de soude que devrait contenir le foie du soufre sodique, mais qui se transforme en sulfate à cause de la température élevée qu’on est obligé de lui faire subir pour le fondre et le couler.
(I) Le sulfure de potasse préparé dans des chaudières de fonte ou de fer est bon pour la préparation des bains; mais celui que l’on destine à l’usage interne doit être préparé dans un niatras de verre et avec du carbonate de potasse pur.
SUMBUL.
SULFURE DE SODIUM CRISTALLISÉ : NaS ; 9 aq. — Ce sulfure, qui porte aussi le nom de protosulfure de sodium, hydrosulfate ou sulfhydrate de soude, cristallise en prismes droits, à quatre pans, terminés par quatre facettes. Ces cristaux sont incolores, lorsque le sel est parfaitement pur. 11 est déliquescent et extrêmement soluble dans l’eau, peu soluble dans l’alcool. Il est composé de sulfure de sodium, 32,7 ; eau, 67,3 [Boudet).
Uaagea. — Ce sulfure s’emploie pour la préparation des eaux minérales et des bains bydrosulfurés de Baréges.
Altérations. — Falsifications. — Exposé au contact de l’air, il s’altère assez rapidement ; il passe d’abord à l’état de carbonate et de bisulfure, lequel se transforme ensuite en hyposulfite ; aussi le conserve-t-on dans des vases de petite capacité et bouchés avec soin. Les bouchons à l’émeri sont préférables aux bouchons de liège.
On a livré dans le commerce, sous le nom d’hydrôsulfate de soude, des cristaux de carbonate de soude imprégnés de sulfure de sodium liquide. On reconnaît cette fraude en mettant en contact la solution aqueuse du sel avec de l’eau de chaux qui produit un précipité blanc de carbonate de chaux, ou avec du sous-acétate de plomb : il se forme du sulfure et du carbonate de plomb; le précipité étant ensuite lavé avec de l’acide acétique, celui-ci dissout le carbonate avec effervescence, et laisse le sulfure intact.
Le monosulfure de sodium peut être sali par de la soude caustique ou par du sulfhydrate de sulfure de sodium, NaS, HS. Lorsqu’il est pur, 1 gramme de ce sel, doit absorber 18',05 d’iode, tandis qu'il en prendrait davantage sous l’influence de l’un de ces deux corps étrangers. Du reste, plusieurs réactions peuvent permettre de distinguer une solution de sulfhydrate de sulfure de sodium de celle du monosulfure : cette dernière rougit fortement au contact d’une dissolution d’hydrate de chloral, tandis que celui-ci blanchit, sans le rougir, un sulfhydrate de sulfure {Er. B.).
SULFURE DE SOUDE SEC. — Le sulfure de soude, qui s’obtient de la même manière que le sulfure de potasse, se prépare avec 33 parties de carbonate de soude sec, et 40 parties de soufre, en opérant comme il convient.
Usagées. — Ce sulfure entre dans le Uniment hydrosulfuré de Jadelot ; il peut servir à la préparation des bains bydrosulfurés.
Ce que nous avons dit relativement au sulfure de potasse peut s’appliquer au sulfure de soude.
SUMBUL (Racine de). — La racine de 6' ou Soumbul {racine musquée) provient du Sumbulus moschatus (Ombellifères). Elle est en tronçons épais et larges, à section transversale fibreuse et d'un blanc jaunâtre, présentant des stries circulaires nombreuses. Elle possède une odeur balsamique fortement musquée, une saveur douce, puis amère. Elle est constituée par des fibres grossières, se désagrégeant facilement, et recouvertes d’une écorce mince, brune et ridée. On y trouve une huile essentielle, deux résines et de l’acide sumbulique.
Usagées. — C’est un stimulant nerveux, peu employé en France.
Falsifications. — On lui a substitué quelquefois la racine du Dorema ammoniacum (Ombellifères). « Les plus grosses racines de cette plante ont 3 pouces de diamètre au collet; elles sont ordinairement plus ou moins fourchues ; l’écorce
TABAC
en est mince, papyracée, comme celle de la racine de sumbul. On a exporté cette racine en Europe sous le nom de racine de sumbul, après l’avoir taillée et imprégnée de musc. Vieillie et rongée par les vers, elle devient spongieuse et molle, et un observateur peu attentif peut alors la confondre avec celle de sumbul. » [Dymock.)
SUREAU. — Le sureau {Sambucus m'gra, Caprifoliacées) fournit à la médecine une seconde écorce, des fleurs, des baies et le suc de celles-ci.
Les fleurs de sureau ont une réputation populaire comme sudorifique.
On substitue quelquefois : 1® aux fleurs de sureau, les fleurs de Vhièble {Sambucus ebulus) et du sureau à grappes {Sambucus 7'acemosa) ; 2® aux baies de sureau, les baies cChièble.
Les fleurs de sureau ont une odeur balsamique, forte et désagréable, une saveur mucilagineuse. Trop longtemps conservées, elles deviennent jaunâtres de blanches qu’elles étaient, en perdant leur saveur et leur odeur.
Les fleurs de l’hièble ont des ombelles divisées en trois parties, tandis que les ombelles des fleurs de sureau sont divisées en cinqombellules ; leur couleur est rougeâtre.
Les fleurs du sureau à grappes ne sont pas groupées en ombelles ; mais elles ont la forme de grappes ovales ; leur couleur est verdâtre.
Les baies de sureau qui servent à la préparation du rob de sureau (suc épaissi), employé comme sudorifique, peuvent se distinguer des baies d’hièble en ce que celles-ci, écrasées entre les doigts, les rougissent, tandis que les baies du sureau les tachent en couleur feuille-morte.
Le rob de sureau (extrait sucré) est quelquefois falsifié avec de la jmlpe de poire, de prune, ou de tout autre fruit analogue. On reconnaît ce rob additionné à sa couleur l'ouge-bi'un, qui est bien différente de la couleur brun noiimtre du rob de sureau pur. 11 est nécessaire de juger par comparaison.
Par suite d’une mauvaise préparation, ce rob est quelquefois brûlé ; il est alors d’une couleur noire et d’une consistancepoisseuse:sa saveur indique son altération.
Le rob de sureau peut contenir du cuivre provenant des vases dans lesquels il a été préparé. Ce métal se reconnaît parles procédés que nous avons déjà indiqués à l’article Extraits (page 407).
TABAC. — On donne particulièrement ce nom aux divers produits destinés à être fumés, prisés ou chiqués, qui proviennent des feuilles du Nicotiana tabacuin, plante de la famille des Solanées. Elle fut découverte, en 1520, par les Espagnols, dans l’une des Antilles, l’île de Tabago, d’où elle tire son nom. Les habitants du Brésil, du Mexique et de la Floride l’appellent joefMn. En 1560, elle fut introduite en France par Jean Nicot, ambassadeur de François II à la cour de Portugal. On l’appela nicotiane, du nom de son importateur ; Médicie ou het'be à la reine, parce que, à son retour en France, l’ambassadeur présenta cette plante à Catherine de Médicis, qui y prit goût et l’accrédita ; herbe de V ambassadeur, herbe sainte, herbe du grand prieur, herbe de Sainte-Ci'oix, etc. (1).
(1) Le tabac est actuellement cultivé dans presque tous les pays.
TABAC
Le genre Nicotiana comprend plus de 70 espèces distinctes, dont les principales sont : le N. tabacum (France, Belgique, Hollande, Cuba, Porto-Rico, etc.), le N. rustica (Asie, Afrique, Amérique méridionale) ; le N. urens, undulata, parv'culata, gluUnosa (Pérou) ; les N. glauca, viscosa (Buenos-Ayres) ; le TV. Langsdorffii (Brésil) ; les TV. angustifolia , Inngiflora (Chili) ; le TV. frulicosa (Cap de Bonne-Espérance) ; le TV. perùca (Perse) ; le TV. chinensis (Chine); le TV. suaveolens (Nouvelle-Hollande).
Les TV. tabacum et rustica sont les espèces les plus répandues ; elles sont cultivées en France.
Les feuilles du premier sont grandes, d’un vert pâle, ovales-oblongues, trèsentières, sessiles, pubescentes: les fleurs sont roses, grandes et belles ; le tube de la corolle est allongé, renflé vers le sommet, à limbe étalé.
Les feuilles du tabac rustique sont d’un vert foncé, ovales-obtuses, épaisses, un peu ondulées et pétiolées, les fleurs sont d’un jaune verdâtre, à tube court, velu, à limbe étalé et arrondi.
Ces plantes ont une odeur vireuse, une saveur âcre ; elles sont comme poisseuses au toucher.
Composition. — Reimann et Posselt ont analysé les feuilles de tabac à l’état normal ; elles renferment :
Eau, 88,080; fibre ligneuse, 4,969; matière extractive faiblement amère, 2,840; ÿom/ne mélangée à du malate de chaux, 1,140; substance analogue au gluten, 1,048; résine verte, 0,261 ; albumine végétale, nicotine, 0,060; nicotianine,
0,010; acide malique, 0,510; malate d‘ ammoniaque, sulfate de potasse, 0,048;
chlorure de potassium, 0,063; azotate et malate de potasse, 0,093; phosphate de chaux, 0,242; silice, 0,088 (1).
Depuis cette analyse, les recherches exécutées au laboratoire delà manufacture de Paris ont démontré que le tabac renfermait :
Bâtes
minérales.
Potasse.
Chaux.
Magnésie.
Oxyde de fer.
— de manganèse.
Ammoniaque.
Acides
minéraux.
Acide azotique.
— chlorhydrique.
— sulfurique.
— phosphorique.
Autres corps minéraux.
Silice.
Sable.
Base ) ... ..
Nicotine.
organique. '
Acides
organiques.
Autres corps organiques.
Acide malique.
— citrique.
— acétique.
— oxalique.
— pectique.
— ulmique ?
Résine jaune.
— verte.
Cire ou graisse.
Nicotianine.
Matières azotées.
— cellulosiques.
Nicotine. — La JiTcofme, C2f*H‘'*Az2, est un alcaloïde liquide, oléagineux, incolore, ou jaunâtre par son altération à l’air ; d’odeur caractéristique de tabac ; à saveur caustique : c’est un des poisons les plus violents. Sa densité est de 1,027. Elle bout vers 250° en produisant une vapeur très-inflammable. Elle est hygro-
(1) Certains tabacs de France et de la Havane paraissent contenir accidentellement de Xiode, qui est sans influence sur leur qualité [CJiatin, Casaseca).
TABAC. ■ H 31
métrique, et par conséquent très-soluble dans l'eau. Elle se dissout également bien dans l’alcool, l’éther, les huiles grasses, etc.
La nicotine se colore en rouge au contact du chlore, de l’acide sulfurique, et en violet par l’acide chlorhydrique bouillant. Elle dégage des fumées blanches à l’approche d’un tuhe imhihé de ce dernier acide. Elle précipite le chlorure d'or en jaune rougeâtre, mais elle peut redissoudre le précipité ; avec le chlorure de cobah, elle donne un précipité bleu verdâtre qu’elle ne redissout pas : ces caractères la distinguent de l’ammoniaque.
La nicotine constitue le principe actif du tabac ; elle paraît y exister à l’état de combinaison . Le tabac à priser, qu’on prépare avec les feuilles qui ont subiune véritable fermentation, en contient moins que les autres, quoiqu'il soit plus odorant; c’est parce qu’une partie de la nicotine a été détruite par la fermentation ; mais l’ammoniaque qui s’est formée a mis en liberté une autre partie de l’alcaloïde.
La nicotianine est une espèce d’essence solide qui doit les propriétés qu’on lui a attribuées à son mélange avec la nicotine {Henry et Boutron-Chm'lard).
Dans la poudre de tabac préparé, l’ammoniaque est à l’état de sel ; la nicotine est en partie libre, en partie à l’état de combinaison (acétate) neutre ou basique; c’est à ces deux sels que le tabac en poudre doit son montant, c’està-dire sa propriété de surexciter la membrane muqueuse du nez.
Les feuilles de tabac donnent de 17 à 24 p. 100 de cendres (1), qui sont généralement très-sf/feeuses; elles renferment, en outre, du carbonate de chaux, de la potasse (2), de la soude et différents sels.
Voici les résultats des analyses de cendres de plusieurs espèces de tahacs de Hongrie, faites par MM. WiU et Fresenius :
(ft
lO
Soude
Chaux
Magnésie
Chlorure de sodium
— de potassium. . .
Phosph. de peroxyde de fer.
— de chaux
Sulfate de chaux
Vcîdc carbonique
Carbone et sable
Totaux. . .
(1) La quantité de cendres fournies par un tabac est en raison inverse de sa qualité ; les cendres sont d’autant plus blanches que le tabac est meilleur, mais deux tabacs fournissant la même quantité de cendres peuvent être de qualités différentes.
Le tabac de la Havane, de qualité supérieure, donne 16 p. 100 de cendres; le tabac de qualité inférieure, 18 ii 19 p. 100, et le tabac de la plus mauvaise qualité, 18,4 p. 100 (Casaseca).
(2) En Algérie, on a eu l’idée d'utiliser les tiges de tabac, en les brûlant et les lessivant; on a
TABAC
résultats suivants :
Carbonate de potasse
— de soude
Sulfate de potasse
— de soude
Chlorure de sodium
Carbonate de chaux 51,38
— de magnésie
Phosphates de chaux, de magnésie, do fer, de
manganèse et d’alumine
Silice ‘
[. Herlwig,
lui ont donn
de la Havane.
Tabac de Hanovi
i,fii
iitii
Les tabacs sont partagés en quatre classes:
1“ Les tabacs exotiques, qui comprennent : le Virginie très-aromatique et trèsfort, servant à la fabrication de la poudre à priser ; le Kentucky, moins fort, propre à prendre diverses formes; le Maryland très -léger, odorant et doux, exclusivement employé à la préparation des tabacs à fumer; le Havane et particulièrement le tabac de la Vuelta de Abaja est le plus fin comme le meilleur de tous les tabacs ; il est sans égal pour les cigares ; le Java et le Manille, trèsforts, mais très-aromatiques, à odeur pipéracée ; ils sont consacrés également à la confection des cigares ; le Chine, très-fin, très-léger, très-gras, et presque toujours imprégné d’opium ; etc.
2® Les tabacs du Levant (Turquie, Asie Mineure), comme celui de Smyrne et le Latakié, sont fades, légers, à odeur de miel ;
3° Les tabacs d'Europe, parmi lesquels ceux de Hollande, dont la poudre est très-forte ; ceux de Hongrie, d'Allemagne ; ceux de Belgique, très-semblables
aux nôtres ;
4® Les tabacs indigènes ; ce sont : le Lot, fort et corsé, donnant beaucoup de montant au tabac àpriser ; le Lot-et-Garonne, un peu moins estimé ; le Nord, analogue au Lot et très-ammoniacal ; le Pas-de-Calais, moins fort et fournissant le tabac à fumer; Y Ille-et-Vilaine, de qualité inférieure; enfin ceux Meu7'theet-Moselle, de la Haute-Saône , de la Doi'dogne, où on le cultive depuis 1860; et ceux des Bouches-du-Rhône, du Var et de la Gironde, où on en a autorisé la culture depuis 18S2 et 1854.
En France, la culture du tabac est assujettie à des règlements très-sévères, et ne peut être pratiquée que dans les départements autorisés (1).
Il en est de même en Autriche et en Prusse. Elle est libre, au contraire, en Belgique, en Hollande, en Suisse et en Hongrie, mais alors on ne lui accorde pas tous les soins qu’elle reçoit dans les pays où elle est restreinte (2).
ainsi obtenu un salin ou potasse de bonne qualité. En 1854, la culture du tabac, en Algérie, a produit plus de .3 millions de kilogrammes de tiges do tabac, desquels on aurait pu extraire au moins 132,000 kilogrammes de potasse.
(1) En dehors de ceux qui viennent d'être indiqués, il faut encore nommer les départements des Alpes-Maritimes , de la Corse et X Algérie.
(2) Il existe en France quinze établissements où l’on prépare le tabac. Outre les manufactures de Varis (Gros-Caillou otBercy), on en compte treize autres établies : à Lille, ecaHavre, hDieppe, Lijon, Marseille, Nice, Toulouse, Chûteauroux, Tonnems, Bordeaux, Morlaix, Nantes et Nancy. Metz et Strasbourg comptaient autrefois parmi elles !
En Algérie, la culture du tabac prend chaque jour d’immenses développements. En 1853, lapro-
TABAC
CJsagres. — L’usage du tabac est devenu presque général, et sa consommation n’a fait que s’accroître chaque année (1). Coupé en lanières très-fines ou façonné en cigares et en cigarettes, il est employé à fumer ; réduit en poudre, il constitue le tabac à priser (2) ; roulé en espèce de boudins, connus sous le nom de 7'ôles, il forme le tabac à chiquer.
duction, dans la province d’Alger, a atteint près de 1,800,000 kilogrammes de tabacs, sur lesquels la régie a acheté 1,427,276 kilogrammes, pour une somme de 1,303,000 fr.
En 1854, les quatre-vingt-quinze communes de l’Algérie comptaient 2,300 planteurs sur 3,567 hectares, produisant 3,500,000 kilogrammes.
En 1855, l'Algérie a compté 3,277 plantations recouvrant 3,748 hectares, qui ont produit 3,894,000 kilogrammes.
Ces tabacs de l’Algérie paraissent préférables, en qualité, à ceux de Hongrie et d’Amérique.
(1) En France, la consommation du tabac est libre au profit de l'État qui en retire annuellement un impôt de près de 200 millions de francs, sur 30 à 31 millions de kilogrammes de tabac (la recette a été de l92,465,t>51 fr. en 1868}.
En 1789, d’après Necker, il se consommait en France 238 grammes de tabac par tôte, dont 1/12 seulement se fumait, les 11/12 étant pris en poudre. Depuis, les habitudes ont bien changé. Le tableau ci-dessous indique les progrès que la consommation du tabac a accomplis depuis 1815. Les chiffres qu’il porte expriment cette consommation d’une année moyenne par périodes de 5 ans :
Consommation annuelle par période quinquennale.
périodes.
Population.
Tabac consommé.
Consommation par habitant,
10,396,932 kil.
352 gram.
La consommation du tabac, pour l’année 1868, a été de 31,131,835 kilog., comprenant 7,888,731 kil. de tabac en poudre et 23,243,104 kil. de tabac à fumer.
Il résulte de ces derniers chiffres qu’on consomme en moyenne, en France, 823 grammes de tabac par tête, dont 208 gr, à priser et 615 gr. à fumer.
Les départements qui consomment le plus de tabac à priser sont ceux de la Seine-Inférieure, la Seine, l’Eure et Seine-et-Oise. Ceux où l’on fume le plussent : le Pas-de-Calais, le Nord, la Seine, les Bouches-du-Rhône et le Var.
Les départements maxima sont : le Pas-de-Calais, le Nord, la Seine et les Bouches-du-Rhône (dépense totale 2,500 à 1,500 grammes) ; les départements minima sont : la Charente, la Dordogne, le Lot, l’Aveyron et la Lozère (350 à 375 grammes).
Malgré ces chiffres, il faut remarquer que la France n’occupe que le 9' rang parmi les divers États de l'Europe où l’on fait usage du tabac. Le tableau suivant, qui se rapporte à la période 1864- 1868, indique la dépense par chaque habitant :
Belgique
Pays-Ras
Danemark
Riissift . . .
Suisse
France
Autriche (Cisleithanie)
Royaume-Uni.
Prusse-Zollverein
Italie
Norwége
Espagne
{Loua, Journal de la Société de Statistique de Paris.)
(2) Les tabacs à priser, ceux de Virginie, du Lot, de Lot-et-Garonne, renferment le plus de nico-
TABAC
En médecine, on emploie le tabac qui a subi la fermentation. En poudre, on s’en sert comme sternutatoire, on l’ordonne en fumigations; on l'administre en lavements à la dose de 2 à 4 grammes dans la paralysie, la léthargie ; à l’extérieur, on en fait usage contre la vermine ; c’est un remède populaire contre la gale et les dartres.
Altérations. — Le commerce offre aujourd’hui une grande variété de cigares ayant leurs noms caractéristiques. Quel que soit leur prix, ils doivent présenter certains caractères pour être considérés comme bien faits : c’est une égale résistance et une certaine élasticité quand on les presse entre les doigts en divers points ; leur robe doit être intacte, sans déchirure, ni bosses, ni défauts ; l’enveloppe ne doit pas être trop serrée. Un bon cigare, une fois allumé, doit conserver son ignition pendant un certain temps : sa combustibilité est d’autant plus grande qu’il contient plus de sels de potasse et moins de sels calcaires.
Le tabac enveloppé, pour sa conservation, dans des feuilles de plomb, peut contenir une petite quantité de ce métal.
Dès 1831, il a été reconnu par M. Chevallier que le tabac à priser, légèrement humide, peut oxyder le plomb et le convertir en sel soluble; la feuille de plomb se recouvre, dans ce cas, d'un produit lamelleux formé d’un mélange à' acétate, de carbonate, de chlorure et de sulfate de plomb, dont la quantité varie, pour 230 grammes de tabac, de à 1^',50 (1). Cette assertion fut confirmée par Otto en 1844.
tine, comme le montrent les expériences de M. Schloesing, Ce savant ayant déterminé les proportions de nicotine de différentes espèces de tabac, est arrivé aux résultats suivants ;
Tabac du Lot, séché à lOO" :
: nicotine = 7,96
du Lot-et-Garonne..
de Virginie
du Nord
d’Ille-et-Vilaine
du Kentucky
du Pas-de-Calais ...
d’Alsace
du Maryland
de la Havane
de 2 p. 100.
Cigai
res à 15 centimes
) Quantilés obtenues au laboratoir#
Tabac en poudre
i de la manufacture de Paris.
Les tabacs du Paraguay, qui se divisent en quatre classes, sont forts comme ceux de Virginie et de Lot-et-Garonne, ou faibles comme ceux de la Havane et de Maryland ; ils contiennent, d’après M. Lenoble, de Montevideo, les proportions suivantes de nicotine ;
1" classe, tabac Overo 6 p. 100 de nicotine.
— Canela
— Colorado
— Villa-Rica
La supériorité des tabacs de la Havane provient, suivant M. Lenoble, de la non-existence d’un principe amer qui se trouve dans les autres tabacs.
(1) En France, depuis 1836, la régie ne se sert plus que de feuilles d’étain, mais cet exemple n’a pas été imité partout.
En 1854, le doctenr Mawice Meyer, de Berlin, a, le premier, reconnu, chez certains priseurs, des paralysies saturnines provenant de l’usage immodéré du tabac en poudre et conservé dans des boîtes garnies de plomb. Il en a observé ainsi cinq cas dans l’espace de trois ans.
TABAC
M. Houstein (1852) a vérifié le fait sur du tabac belge, en poudre, enveloppé dans des feuilles de plomb. Dans ce but, on incinère une certaine quantité de tabac dans un petit creuset de porcelaine. Les cendres sont traitées par Tacide nitrique et évaporées à siccité pour chasser l’excès d’acide. Le résidu est repris à chaud par l’eau distillée, et le liquide filtré est soumis aux réactifs appropriés (acide sulfurique, iodure de potassium, chrômate de potasse, acide sulfhydrique ou sulfure alcalin, etc.).
Après vingt minutes de contact avec de l’eau distillée, une feuille de plomb qui servait d’enveloppe au tabac a fourni un liquide qui a accusé la présence de ce métal {Housiein).
En 1859, M. Lintner d’une part, et M. Buchner de l’autre, ont rappelé l’attention sur ce point important. Ce dernier chimiste conclut à l’abandon des feuilles de plomb, même recouvertes de papier, ainsi que de celles d'étain, parce que ce dernier est toujours plombifère.
Falsifications. — Quoique le monopole du tabac existe en France, cette matière n’en est pas moins sujette de temps à autre à des falsifications, provenant quelquefois du fait de débitants ou d’employés de la régie. Néanmoins ces coupables sophistications sont faites le plus souvent sur des tahacs que l’on vend ensuite sous le nom de tabacs de contrebande, que certains amateurs s’efforcent de regarder comme plus fins et plus purs que les qualités fournies par la régie.
Tabac à, priser. — La fraude la plus générale et la plus habituelle porte suite tahac à priser (i). Elle consiste à le maintenir dans un endroit humide, ou à le mouiller pour en augmenter le poids (2). Le simple examen suffit quelquefois à cette appréciation. Cependant, la dessiccation à l’étuve, faite sur un poids déterminé du produit, est une preuve à laquelle on devra avoir souvent recours.
On a vendu en France des tahacs frauduleusement mélangés avec la poudre
(1) D’après un travail du docteur IT'. Litides, de Berlin, le tabac à fumer est celui qui éprouve le moins de traitement chimique ; il est d’ailleurs difficile, depuis que l'usage des cigares s’est trèsrépandu, d'y mêler des substances nuisibles.
Il n’en est pas de même du tabac à chiquer, auquel on donne sa couleur sombre et son brillant par une ébullition dans une eau concentrée où l’on fait macérer le tabac à fumer additionné d'un mélange de sulfate de cuivre et de sulfate de fer.
Le tabac à priser subit encore des mélanges plus nombreux et des préparations plus nuisibles à la santé ; on y ajoute les substances qui entrent dans la composition des sauces, comme le sel marin, le sel ammoniac, la potasse, le salpêtre, la crème de tartre, le suc de tamarin, le miel, la mélasse, le marc de raisin, le vinaigre, etc., et des substances très-nuisibles pour colorer diverses espèces de cette poudre.
(2) En IS'Se, un entreposeur des tabacs fut cité devant les tribunaux comme prévenu de détournement et de soustraction de tabacs à l’aide du mouillage. Voici comment l’opération était faite : on retirait d’un colis que les employés de la régie venaient de mettre en vente une certaine quantité de tabac en poudre ; on en disposait dans le fond d’un colis vide une première couche qui était arrosée d’eau, puis une seconde couche, une troisième qui étaient arrosées de la même façon, et ainsi de suite, jusqu’à ce que le quart, la moitié du colis, tantôt plus, tantôt moins, eussent été ainsi préparés. Cette manipulation se renouvelait plus ou moins selon le débit. Souvent elle avait lieu plusieurs fois dans le même jour, et, à chaque fois, l’entreposeur faisait enlever du colis et mettre de côté dans un sac une quantité de tabac égale à la quantité d’eau employée. Celle-ci était ordinairement de 8 ou 10 kilogrammes par chaque grand colis, et de 5 à 6 kilogrammes par chaque petit colis. La même manipulation s’est continuée pendant six ans environ ; seulement elle était suspendue pour quelques jours lors de la visite des inspecteurs. L’entreposeur vendait ou faisait vendre, pour son compte personnel, sous le nom de tabac ^'excédant, les tabacs retirés du colis, soit aux débitants à raison de 6 fr., G fr. 60 le kilogramme, soit aux consommateurs à raison de 7 fr. (A. CA).
TABAC
de diverses feuilles et plantes (rhubarbe, chicorée, varechs, foin, etc.), ou avec ces mêmes feuilles hachées (1) ; des tabacs mêlés à de la sciure de bois d'acajou, à de la râpure de tan (2), à de la poudre de mottes à b7'ûler (3) ; ou bien encore à des composés minéraux, tels que le carbonate de potasse, le sel marin, le sel ammoniac, les azotates de potasse, de soude, les sulfates de fer, de cuivre, Xalun (4), Vocre rouge ; le noir de fumée; le noir d’ivoire, etc.
On a vendu également du tabac mélangé avec des marcs de café (5) et de chicorée.
Il n’est pas jusqu’aux insulaires des Maldives qui n’aient vendu des carottes de tabac fourrées de fiente très-sèche et fort bien préparée.
M. le professeur Otto, de Copenhague, a signalé, en 1844, un tabac dit macouba, fraudé avec du minium dans les proportions de 46 à 20 p. 100. Cette dangereuse falsification ne fut connue qu’après la mort d’un botaniste danois trèsdistingué, qui, ayant usé d’un tel méange, succomba victime d’une intoxication saturnine.
Une pareille fraude serait décelée en mettant à la surface de l’eau une certaine quantité de tabac suspect ; on verrait sur-le-champ l’oxyde de plomb se précipiter. Il serait préférable d’avoir recours à la calcination, et de traiter les cendres par l’acide nitrique étendu ; la solution acide évaporée à siccité et reprise par l’eau serait essayée par les réactifs convenables.
(1) D’après Ebermarjer, on a remplacé quelquefois les feuilles de tabac par celles d’autres espèces, telles que les Nicotiana fruticosa, rustica, paniculata, glutinosa, etc. Les feuilles de ces variétés sont toutes pctiolées.
A Londres, en 1844, on a condamné à 1,200 fr. d’amende un homme qui fabriquait des cigares prétendus de la Havane avec des feuilles de rhubarbe roulées dans du papier.
On a saisi, à Londres, des cigares qui n’étaient que du foin enveloppé dans un papier de couleur, des pelures de pommes entourées d'une véritable feuille de tabac. A Whitechapel, des hommes déguisés en matelots ont vendu d'excellents cigares de Manille qui, la plupart du temps, n’étaient que du foin ou de la paille.
Nous avons eu à, examiner des tabacs de contrebande qui étaient fabriqués avec des feuilles ou avec des bouts de cigares ramassés dans les promenades publiques, et qui contenaient des immondices de toute nature. Pour les faire fermenter, on se servait des liquides les plus sales, qui devaient, au dire de certaines personnes, donner du montant à la préparation.
En 1843, nous fûmes chargé d’examiner une poudre vendue comme tabac; elle n’étajt composée que de poudres végétales très-ténues, de 7ioir d’os et de sable de grès {A. Ch.).
On a vendu aussi du tabac à priser mélangé de poudre de palissandre, du tabac à fumer composé de vieux bouts de cigares achetés aux chiffonniers, et de frondes de lichen cTIslande.
(2) Plusieurs débitants ont été suspendus pour avoir mêlé au tabac de la régie de la riipure de ta7i.
Il y a quelques années, un entreposeur des tabacs a échappé par le suicide à une poursuite dirigée contre lui pour avoir falsifié avec le tan et le noir animal le tabac qu’il était chargé de livrer aux débitants.
(3) En 1846, le sieur L... fut cité devant le tribunal de police correctionnelle pour avoir fabriqué une poudre composée de sel a7nmoniac, de noir d’ivoire, de poudi'e de mottes à brûler, et destinée à être mêlée au tabac de la régie, dans la proportion de 50 p. 100.
(4) En 1844, à la suite d’une saisie opérée par les employés de la régie, le sieur G... et la veuve L .. furent cités devant le tribunal de police correctionnelle pour avoir fabriqué et vendu un faux tabac, composé de sciwe de bois d’acajou, de noir d’ivoire, de sel ammo7iiac, de couperose, de potasse et éialun.
(5) En Belgique, où le monopole du tabac n’existe pas, M. Acar a trouvé une quantité assez forte de marc de calé dans un des échantillons de tabac en poudre qui furent soumis à son examen.
Du reste, en Belgique, on a encore trouvé dans le tabac en poudre du sel marin, du chlorure de calcium, de la bi'ique ou du vei're pilé.
TABAC
Beaucoup d’échantillons de tabac à priser, recueillis par le docteur Catneron, renfermaient desse/s alcalins dans une proportion qui variait de 10 à 50 p. 100. Sous le nom de shoi'li et relu7'ns, on y introduit aussi la matière pulvérulente qui se détache des feuilles de la nicotiane et qui est composée de silice, d'alumine et dioxyde de fei\
On a retrouvé également dans le tabac de Voi'piment, du cinabre, du chrômale de plomb, destinés sans doute, comme le minium, à colorer diverses espèces. On dit même avoir parfois constaté dans le tabac la présence du sulfui'e d'aiitimoine.
h'ot'pime^it est soluble dans l’ammoniaque, qui l’abandonne ensuite lorsqu’on la sature par l’acide chlorhydrique. Le cinabre peut être obtenu par une lévigation bien diiûgée : recueilli et calciné dans un tube avec de la chaux, il donnerait des globules de mercure métallique. Par incinération, le chrùmale de plomb laisserait un résidu soluble dans l’eau régale ; une fois le plomb précipité par l’acide sulfhydrique, la liqueur serait verte et abandonnerait de l’oxyde vert de chrome par les carbonates alcalins. Le sulfu7'e d'antimoine dégage du gaz sulfhydrique par l’acide chlorhydrique et produit en même temps du chlorure d’antimoine.
Essai du tabac à priser. — Pour faire l’essai des tabacs suspectés de fraude, il faut recourir à l’emploi du microscope et à l’action de la chaleur aidée de celle de l’air. On devra également faire intervenir l’action de l’eau, et doser la nicotine qu’ils peuvent contenir.
Le microscope fera connaître, comparativement à la poudre de tabac pur, s’il y a mélange avec d’autres substances végétales, quelquefois bien caractérisées par leur structure anatomique. Par l’action de l’air à une haute température, on détruira ces matières organiques et on aura pour résidu les cendres du tabac augmentées des substances fixes qu’on avait ajoutées à celui-ci. L’analyse de ces cendres sera plus ou moins complexe ; mais en traitant par l’eau, on y reconnaîtra facilement les sels solubles (carbonates alcalins, chlorures, sulfates de potasse, de soude, etc.). En épuisant ces cendres par l’acide chlorhydrique, on dissoudra l’alumine de l’alun, l’oxyde de fer provenant de l’ocre, le phosphate de chaux: la silice restera indissoute.
Par l’intervention directe de l’eau sur le tabac, on lui enlèvera les sels solubles (sel ammoniac, sel marin, azotates de potasse et de soude), faciles à reconnaître, ainsi que les matiè7'es sucrées (mélasse, miel, sirop de glucose), qu’on lui ajoute le plus souvent. Les liqueurs, clarifiées parle sous-acétate de plomb, pourront être analysées en employant le réactif cupro-potassique, ou en les soumettant à la fermentation sous l'influence de la levûre de bière. (Voy. Sucre.)
Le tabac épuisé par l’alcool fournira une quantité d'extrait dont le poids pourra encore diriger les recherches. Il ne faudra jamais négliger d’y doser l’humidité parla dessiccation à l’étuve. Enfin, il est souvent intéressant d’établir sa richesse en nicotine.
Pour déterminer la proportion de nicotine renfermée dans un échantillon de tabac, M. conseille de traiter celui-ci, à trois reprises différentes, avec de l’eau aiguisée d’acide sulfurique, puis de faire évaporer le liquide jusqu’à consistance d’extrait. En agitant ce dernier avec son volume d’alcool et filtrant, le liquide renfermera toute la nicotine à l’état de sulfate. On chasse l’alcool par évaporation au bain-marie : il reste alors du sulfate de nicotine que l’on décom- Chevallieu et Baudri.mo.'it, 5' édit, 72
TABAC
pose par la potasse dans un appareil distillatoire, qu’on chauffe peu à peu au bain d’huile jusqu’à 260“ ; la nicotine recueillie est titrée par de l’acide sulfurique dilué.
M. Zinoffshj pèse 13 grammes de tabac et les fait digérer pendant vingt-quatre heures avec de l’alcool à 83“, additionné de 13 gouttes d’acide sulfurique, de manière à faire 150““. On évapore 50““ de cette liqueur filtrée, et on en précipite la nicotine par une solution titrée d’iodhydrargyrate de potassium.
Dans les fabriques de tabac de Paris, le dosage de la nicotine s’exécute de la manière suivante :
On monte un appareil à distillation continue dont l’avantage est d’offrir une condensation parfaite. Il se compose (fig. 231) d’un ballon A placé dans un bain-
marie E soutenu par un cylindre en tôle F et dans lequel on introduit une lampe à gaz ou à alcool.
Le ballon reçoit^ à l’aide d’un bouchon à deux trous, le tube b qu’on refroidit dans la rigole RR constamment alimentée par un courant d’eau froide, puis le tube d soudé à l’allonge c. Cette allonge reçoit le tabac à analyser, qu’un tampon de coton g empêche d’être entraîné dans le ballon.
Celui-ci reçoit 100““ environ d’éther ammoniacal qu’on maintient en ébullition pendant quatre ou six heures, jusqu’à épuisement de tout l’alcali contenu dans le produit à analyser, car ce liquide, condensé dans le tube 6, est continuellement poussé sur la poudre contenue dans l’allonge. On chasse ensuite l'ig. !23i. — Dosage de la nicotine dans le tabac. l’ammouiaque que coutieut l’é-
ther ; par une évaporation spontanée à Pair sec, on élimine ce dernier. On dose enfin la nicotine qui reste en la neutralisant avec de l’acide sulfurique titré.
J. Schiel épuise le tabac par l’éther ammoniacal dans un appareil analogue à celui qu’emploie M. Ca7'ré pour la production de la glace; il n’a aucun avantage sur celui qui vient d’être décrit.
Le tabac à fumer et les cigares sont plus rarement falsifiés ; cependant M. Guyot, de^Nancy, a pu isoler d’un tabac à fumer vendu à Strasbourg (1873) une grande quantité à.' azotate de soude. Ce sel, étant hygroscopique, entretient le tabac dans un grand état d’humidité, en même temps qu’il excite la combustion lorsqu’on allume ce produit végétal. Peut-être ce nitrate imbibait-il des feuilles étrangères au tabac lui-même.
Cigares. — Depuis longtemps on a annoncé que c’est avec les tabacs de l’île de Saint-Domingue que l'Allemagne fabrique les cigares vendus en Europe pour les produits de Cuba. Hambourg et Brême surtout ont perfectionné beau-
TABLETTES DE GUIMAIA^E.
coup cette singulière industrie. Leurs ouvriers exercés recouvrent avec une belle feuille de Saint-Domingue les tabacs médiocres de l'Allemagne et des États- Unis pour leur donner l’apparence des cigares parfaits de la Havane, dont ils imitent toutes les formes appréciées. Pour mieux tromper le fumeur, on tire de la Havane : les planches de cèdre avec lesquelles se fabriquent les boîtes; le papier qui les tapisse inférieurement, les rubans qui servent à lier les paquets et jusqu’aux petits clous qui fixent les ais de ces boîtes, etc. (1).
TABLETTES DE GOMME ARABIQUE. — Ces tablettes se préparent avec '.poudre de gomme arabique, 100 grammes; swo’e très-blanc en poudre, OOO grammes; eau de fleurs d'oranger, 75 grammes ; on fait un mucilage avec une partie de la gomme et avec l’eau de fleurs d’oranger ; on divise ensuite en pastilles du poids de 1 gramme, qui doivent contenir O®',! de gomme.
Uftag^es. — Les tablettes de gomme sont émollientes, calmantes, adoucissantes et restaurantes ; elles conviennent dans les inflammations, les irritations, les épuisements ; on les administre dans les maladies de poitrine, de l’estomac, des voies urinaires, etc.
Falsifications. — Le prix de la gomme blanche étant assez élevé, on a substitué aux tablettes de gomme, préparées d’après la formule du Codex, des tablettes dites de gomme, où ce médicament n’entre que pour former le mucilage nécessaire à lier le sucre et à le convertir en tablettes. On peut reconnaître cette fraude en faîsant dissoudre dans l’eau une quantité donnée de ces tablettes ; lorsque la dissolution est complète, on précipite la gomme par un volume convenable d’alcool; on la recueille sur un filtre, onia lave à l’alcool; puis, lorsqu’elle est bien séparée de la matière sucrée, on la traite à 100“ par l’eau distillée; on fait ensuite évaporer au bain-marie la solution gommeuse; ■elle laisse ainsi la gomme qu’elle tenait en solution, et dont on détermine le poids.
TABLETTES DE GUIMAUVE. — Ces tablettes sont préparées en prenant: racine de guimauve incisée, 100 grammes ;smc?’6 très blanc, 1,000 grammes; gomme adragante, 10 grammes; eau, quantité suffisante; on convertit le tout, suivant les règles de l’art, en pastilles du poids de 1 gramme.
Usages. — Ces tablettes, à l’égal de la guimauve elle-même, sont employées comme calmantes, émollientes, pectorales, dans les affections avec irritation et inflammation.
Altérations. — Mal préparées et avec du sucre qui n’est pas très-pur, ou bien conservées dans un lieu humide, les tablettes de guimauve s’altèrent et se piquent; on doit alors les rejeter.
Falsifications. — La saveur froide, douce et mucilagineuse de la guimauve, saveur qui, pour quelques personnes, n’a rien d’agréable, a donné l’idée mal-
(I) En 1855, un négociant de Paris acheta au prix de Î5 fr. 200 cigares dits de contrebande, qui avaient toute i'apparence des cigares que la régie livre pour 25 centimes ; un de ces cigares de contrebande, à peine allumé, donna un goût détestable. On l'ouvrit alors, et l’on reconnut que tous ces cigares justifiaient bien leur dénomination, et se composaient uniquement de varech enveloppé de papier brouillard trempé dans du jus de tabac.
A New-York, on substitue au tabac de la Havane des feuilles d'un papier obtenu avec une paille spéciale : 30,000 rames de ce papier ont été exportées (1877).
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