‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 427 sur 470 · THÉS VERTS · texte numérisé non relu

THÉS VERTS

Poudre à canon

Impérial

Hyson

Hyson fin . .

Schoulang. . .

Hyson junior, Hyson skin. .

Tonkay

En incinérant 100 parties de thé, le même chimiste a obtenu les quantités suivantes de cendres :

Souchong 5,5 \

Poudre à canon 5,5 ( Moyenne 5,4 p. 100

Pekoë 5,3 )

Ces cendres ont une couleur un peu rougeâtre, due à une petite quantité A'oxyde de fer, qui provient sans doute, en partie, des vases de fer employés à la torréfaction de la feuille. Elles renferment, en outre, des sulfates, phosphates et chlorures alcalins, et un peu de silice. Elles ne contiennent pas la moindre quantité de cuivre, contrairement à l’opinion émise par quelques auteurs sur la présence d’un sel de cuivre auquel le thé vert devrait sa couleur (1).

(1) Le docteur Gunthei' dit avoir trouvé beaucoup de manganèse et des traces de cuivre dans le thé noir et dans le thé vert, où il admet la préexistence de ce métal, comme cela a lieu dans plusieurs végétaux.

Chevallier et Baudrimont, 5' édit.

THÉ

L’infusion de thé est d’une couleur qui varie entre le jaune clair et le brun foncé, selon qu’elle a été faite avec du thé' vert ou avec du thé noir. Concentrée et chaude, elle est limpide ; mais en se refroidissant elle se trouble, et elle tient alors en suspension un précipité gris très-divisé qui la rend comme laiteuse, et qui consiste en une combinaison de tannin et de théine, soluble dans l’eau chaude, mais insoluble dans l’eau froide; elle est insipide, quoique formée de deux matières très-sapides : l’une astringente, le tannin ; l’autre amère, la théine.

L’infusion, séparée par la filtration de ce composé insoluble, donne, avec le sous-acétate de plomb, un précipité jaune-brun abondant, qui renferme, en combinaison avec l’oxyde de plomb, toute la matière colorante, tout le tannin et le prétendu acide bohéique.

L’infusion de thé vert contient moins de matière colorante que celle du thé noir, mais elle fournit plus de substances précipitables par le sous-acétate de plomb ; le thé vert, quoique provenant du même arbuste, est préparé avec une feuille plus jeune et par conséquent moins ligneuse ; il est plus compacte, plus dense et en même temps plus sec que le thé noir.

En résumé, les principes que contiennent les infusions de ces deux sortes de thés sont les mêmes ; mais ils s’y trouvent dans des proportions un peu différentes, et comme ces proportions sont moins fortes dans le thé noir que dans le thé vert, celui-ci est plus actif.

Tous les thés fins, destinés à l’exportation, sont mis dans des caisses vernissées, doublées de lames d’étain ou de plomb, de feuilles sèches ou de papier peint, afin d’en clore tous les interstices et de les rendre imperméables à l’air extérieur ; ces caisses sont, en outre, revêtues de nattes de bambou, très-serrées, ou recouvertes en peau ; mais ce dernier emballage ne se pratique que pour les thés fins envoyés en Russie et qu’on désigne sous le nom de thés de caravane (1).

Usagées. — L’emploi du thé, comme boisson alimentaire, est tellement répandu, surtout en Angleterre (2), qu’il donne lieu à un mouvement d’affaires considérable. 11 n’y a pas d’exagération à porter à 200 millions le revenu annuel que ce seul article procure au Céleste Empire.

Administré à l’état de poudre, le thé est un excitant très-énergique.

Falsifications. — Le thé est l’objet de nombreuses falsifications, les unes faites par les Chinois, les autres par les Européens. Elles consistent principalement dans la coloration artificielle de ce produit, ou dans son imitation avec

(1) Depuis quinze ou dix-huit années, les Chinois fabriquent du thé en briques. Ces briques se composent de feuilles brisées ou de petits rameaux, auxquels on mêle les fragments et la poussière qui résultent de la fabrication ordinaire du thé. La masse rendue humide par de la vapeur d’eau, et comprimée dans des moules en bois, est ensuite séchée à l’air. On en fait usage en Mongolie et en Tartarie.

(2) L’usage du thé ne s'est introduit en Europe que vers le milieu du dix-septième siècle (IGGG), à la faveur des spéculations de la Compagnie des Indes orientales.

La consommation de l’Angleterre s’élève aujourd’hui à 25 millions de kilogrammes, celle de l’Amérique est de 17 à 18 millions de kilogrammes, celle de la Hollande de 1 million de kilogrammes. La France en consomme 300,000 kilogrammes.

En vingt ans (1853 à 1873), la consommation a monté, en France, de 1G8,000 kilogrammes à 300,000 kilogrammes.

THÉ

des matières de peu de valeur, ou dans la substitution de feuilles étrangères à celles qui doivent le constituer, ou enfin dans l’emploi de thé épuisé de ses principes solubles, auquel on donne l’aspect du thé normal. Le thé vert est plus souvent fraudé que le thé noir.

Coloration factice. — Il a été dit que les Chinois colorent artificiellement le thé en l’imprégnant d'indigo et de gypse, ou de talc, ou de kaolin, auxquels ils ajoutent quelquefois du curcuma (1); aujourd’hui ils remplacent souvent l'indigo par du bleu de Prusse. Ils le roulent également dans de la plombagine pour le noircir (2). Ils l’additionnent de sables ferrugineux ou titanifères; d’autre part, on le colore en Europe à l’aide des mêmes matières auxquelles on ajoute le sulfate de fer, le sulfate de cuivre, le chrômate de plomb (3). On le teint aussi à l’aide du cachou et du campêche. Enfin on le fraude par addition de craie ou de carbonate de magnésie.

La coloration du thé par les poudres insolubles dans l’eau est facile à dévoiler ; la seule pression entre les doigts mouillés, ou le frottement du thé humide sur une feuille de papier blanc suffit quelquefois pour avoir la preuve de ce genre de fraude ; mais il est préférable d’en détacher les poudres étrangères. Pour cela, on l’enferme dans un nouet assez lâche en mousseline très-claire, qu’on suspend dans un vase allongé et plein d’eau tiède; en agitant légèrement, et pendant longtemps, de manière à développer les feuilles, on obtient un dépôt qu’on sépare par décantation pour l’examiner ensuite. On le soumettra à l’examen au microscope et à l’action des réactifs chimiques.

En dehors de ce genre d'essai, on devra incinérer une certaine quantité d thé de façon à en obtenir les cendres, dont on prendra le poids (4) et qu’on examinera ensuite chimiquement.

On appréciera la nature du dépôt par les recherches suivantes :

L'indigo est d’un bleu foncé s’il est pur ; il est destructible par la chaleur en dégageant des vapeurs d’un beau violet, accompagnées d’une odeur cyanique. Il est insoluble dans tous les dissolvants, excepté dans l’acide sulfurique concentré qui ne détruit pas sa couleur; mais celle-ci disparaît au contact d’un sulfure alcalin, ou d’un sel ferreux, ou du chlore. L’acide nitrique le décolore en le transformant en acide picrique.

Le bleu de Prusse est détruit par la chaleur sans produire de vapeurs violettes

(1) On prétend même qu’on a employé Var^énite de cuivre ou vert de Schéele à sa coloration.

(2) Il résulte d’expériences faites par un chimiste anglais sur un grand nombre d’échantillons de thé vert, que ceux-ci changèrent du vert au jaune, en en plaçant quelques cuillerées sur un tamis et les tenant sous un petit filet d’eau froide pendant quatre ou cinq minutes; le résidu séché à une légère chaleur prit la couleur du thé noir ordinaire. La matière colorante, enlevée des feuilles par le lavage, s’étant précipitée, on l’examina au microscope. On y observa trois matières de couleur différente : bleu, jaune, blanc ; c’était du bleu de Finisse, du curcuma et du talc. Le jaune et le bleu colorent le thé noir en vert ; ensuite les feuilles sont roulées dans le blanc, pour leur donner l’aspect perlé que l’on recherche dans le commerce.

Souvent, dans les visites faites annuellement chez les épiciers, nous avons trouvé des thés verts sensiblement colorés. En les mouillant avec la salive, et en les mastiquant légèrement, on les décolorait avec facilité et on acquérait la preuve de la fraude.

(3) D'après John F. Davis, le thé noir, et principalement les variétés congo et souchong, sont les plus pures, tandis que les qualités odorantes, tels que le pekoê, le cager, le chulan ou black gunpovider, sont presque toujours frelatées. La sophistication consiste à teindre les feuilles avec du graphite ou du micaschiste en poudre.

(4) 11 ne doit pas dépasser 5 à 6 p. 100.

THÉ

et en laissant un résidu ocreux de peroxyde de fer. Il est insoluble dans l’alcool, l’étber, etc., excepté dans l’acide oxalique, qui donne avec lui une belle liqueur bleue. L’acide sulfurique concentré le décolore en donnant une pâte blanchâtre qui redevient bleue par les alcalis étendus. Il résiste à l’action du

blore. La potasse le détruit en produisant du ferrocyanure de potassium qui précipite les sels ferriques en régénérant le bleu de Prusse.

Le curcuma est destructible par la chaleur ; il ne cède presque rien à l’eau, tandis que sa matière colorante se dissout soit dans l’alcool, soit dans l’éther. Celle-ci devient d’un brun rougeâtre au contact des alcalis et redevient jaune par les acides. Elle se fixe directement sur la soie sans l’aide d’aucun mordant, ce que ne font pas les autres matières colorantes jaunes.

Les feuilles qui sont imprégnées de plombagine ou graphite (1) noircissent le papier blanc à la manière d’un crayon ordinaire. Le graphite étant inattaquable par le chlore ou par l’acide azotique, on pourra le débarrasser des matières organiques qui s’y trouvent mêlées en le traitant par l’acide azotique bouillant, ou par l’acide chlorhydrique additionné de chlorate de potasse. Le résidu lavé et légèrement calciné se reconnaîtra ensuite facilement à son éclat demi-métallique, à son onctuosité et à sa difficile combustion.

Le sable ferrugineux se détache facilement des feuilles ramollies à l'aide de l’eau chaude. Recueilli et calciné, il forme un résidu fixe, rougeâtre ou noirâtre, quelquefois attirable à l’aimant. Ce résidu craque sous la dent et raye le verre (2).

Le gypse ou sulfate de chaux est un corps fixe, un peu soluble dans l’eau, qui précipite ensuite par le chlorure de baryum et par l’oxalate d’ammoniaque. 11 est assez soluble dans l’acide chlorhydrique. Le charbon le réduit à une haute température en laissant du sulfure de calcium qui dégage de l’hydrogène sulfuré par les acides.

Le talc ou stéatife (silicate de magnésie) e.st également fi.xe, onctueux au toucher, attaquable par l’acide chlorhydrique en abandonnant un dépôt gélatineux de silice; la liqueur retient du chlorure de magnésium qui précipite parle phosphate de soude, après sursaturation par l’ammoniaque.

Les carbonates de chaux et de magnésie se dissolvent avec effervescence Sans l’acide chlorhydrique.

Le kaolin est une argile très-blanche, infusible, que le carbonate de soude attaque au rouge vif, en produisant un silicate et un aluminate de soude attaquables par l’acide chlorhydrique.

Le chrômate de plomb, éminemment toxique, doit être recherché avec soin (3).

(1) M. Clarke a examiné plusieurs édiantillons do thé souchong, qui contenaient 25 p. 100 de plombagine. La commission sanitaire de Londres a trouvé chez des marchands de thé quelques échantillons de thé pekoë et de thé poudre à canon colorés par la môme substance.

(2) M. Sowerbij a signalé le mélange des feuilles fraîches de thé, non encore roulées, avec une espèce de sable ferrugineux, qui contenait des cristaux de fer magnétique en telle abondance, qu’un aimant fut capable de soulever et d’ouvrir les feuilles du thé.

(3) La coloration du thé vert au moyen du gypse, du curcuma et de l’indigo, ne doit pas être considérée comme une falsification. Il n’en est pas de môme des colorations superficielles à l’aide desquelles on convertit le thé noir en thé vert. On a employé à cet effet le bleu de Prusse, le cJirùniate de plomb et une espèce de talc.

En 18i3, l’administration fut informée que du thé avarié, provenant d'un navire anglais, the Reliance, qui avait fait naufrage sur les côtes de France, avait été repêché, lavé 5 l’eau pour le priver

THÉ

Voici comment on peut reconnaître cette fraude criminelle : on place dans un verre à expériences une certaine quantité des feuilles suspectes et on les recouvre d’acide nitrique. Après trois ou quatre heures de contact, on décante le liquide, on presse les feuilles pour en faire exsuder l’acide, que l'on évapore à siccité. Le résidu est repris par l’eau distillée, et l’on essaye la solution par l’iodure de potassium, qui doit donner un précipité jaune, soluble dans un excès de réactif ; par le chrômate de potasse, qui donne également un précipité jaune, soluble dans la potasse ; par le sulfate de soude ou Tacide sulfurique, qui fournit un précipité blanc, devenant noir au contact de l’acide suifhydrique ou des sulfures alcalins; par la potasse, qui donne un précipité blanc, soluble dans un excès de réactif. En calcinant ou même en faisant bouillir d’autres feuilles avec une solution de potasse caustique, on décompose le chrômate de plomb, et l’on obtient du chrômate de potasse soluble, que l’on essaye par les réactifs des cbrômates.

Lie tea ou faux thé. — Une sophistication, pratiquée par les Chinois euxmêmes, consiste à agglomérer, sous forme de fragments, avec de la gomme, la poussière ou les grabeaux du thé, mélangés de feuilles étrangères et de sable. On les colore ensuite en vert parles moyens indiqués précédemment. On introduit des quantités considérables de ce produit dans les thés de qualité inférieure imitant le thé poudre à canon. Cette fraude est facile à reconnaître. En effet, ces petites masses hétérogènes, irrégulières, se désagrègent complètement au contact de l’eau chaude sans se développer en feuilles, mais en laissant déposer une poudre formée de débris végétaux et souvent aussi de matières minérales. La proportion de gomme est assez forte pour que l’infusé se trouble plus ou moins abondamment par l’alcool.

Substitution de feuilles étrangères aux feuilles de thé. — Depuis longtemps on fait à Londres un commerce considérable de thés falsifiés {Accum). Les marchands y mélangent les feuilles du prunier sauvage, du frêne, du sureau, de Vaubépinier, du saule, du peuplier, du marronnier d'Inde, du mahaleb, de Y églantier,à\x laurier, de divers ormes (1), de Yolivier (2), ainsi que celles d’autres

du sel marin que lui avait communique l’eau de mer, puis coloré en vert par un mélange à' indigo ou de blmi de Prusse, de talc, de chrômate de plomb, et livré au commerce.

Dans le moment où l’on s’occupait à Paris des thés colorés au clirômatfe de plomb, M. Eug. Marchand, pharmacien à Fécamp, examina 64 échantillons de thé qu’on s’était procurés chez les épiciers de cette ville, et qui étaient colorés par les mêmes procédés. On fut amené à cet examen par une indisposition grave que deux personnes de Fécamp éprouvèrent, et dont elles attribuèrent la cause à l’usage prolongé d’un thé qui leur avait été fourni par un épicier de la ville.

(1) M. Mafarette fit connaître, autrefois, à l’Académie des sciences, que les feuilles de l’orme de Chine {Planera crenata) étaient très-propres à remplacer le thé, et qu’on avait livré au commerce plusieurs kilogrammes de ce faux thé, qui avait été trouvé de bonne qualité.

Il paraît que pour donner de la force et de la saveur au thé on y ajoute les feuilles du veno-beno, plante indigène de l’archipel indien. Lindley dit qu’elle produit une espèce d’enivrement, stimule puissamment les glandes salivaires et les organes digestifs, et diminue la transpiration. Dans ITnde, on l’emploie comme tonique et stomachique. Les feuilles ont une odeur piquante et une saveur stimulante.

Au Chili, au Paraguay, au Brésil, on vend, sous le nom de thé ou herbe du Paraguay, herbe de Para, de Caa, une poudre préparée avec les feuilles et les petites branches torréfiées d’une espèce de houx, Vllex paraguensis, qui renferme, d’après M. Stenhouse, 0,70 p. 100 de théine. L’usaga de ce thé est très-répandu dans l’Amérique du Sud, où oi\4e préfère au thé de la Chine.

(2) Voir note 2 ci-contre. (Voir suite de la note 1, au verso.)

THÉ

plantes astringentes qu’ils colorent, soit en vert avec les sels de cutvf'e, soit en noir avec le bols de campêche (1).

Sels de cuivre. — La coloration en vert par les sels de cuivre se reconnaît au moyen de ^ammoniaque liquide, étendue de son poids d’eau, qui se colore en bleu, ou par l’eau chargée d’acide sulfhydrique, qui noircit les feuilles; ou bien on calcine 1 p. de thé avec 3 p. de nitrate de potasse : on obtient un résidu que l’on dissout dans l’eau acidulée; la solution filtrée est éprouvée par les réactifs des sels de cuivre (cyanure jaune, ammoniaque, potasse, acide sulfhydrique).

Bois de campêche. — Les thés colorés par le bois de campêche, étant rendus humides et frottés sur du papier blanc, y laissent des taches d’un noir bleuâtre, qui rougissent au contact d’un acide. L’infusion de feuilles de thé colorées par le même bois est d’un noir bleuâtre, rougissant par l’addition de l’acide sulfurique.

Suivant M. Stanislas Martin, le thé forme, avec une dissolution de sulfate de quinine, une combinaison insoluble, qui permet de distinguer le thé mêlé de feuilles étrangères d’un autre sans mélange. L’infusion de thé de bonne qualité, contenant beaucoup de tannin, dépose abondamment lorsqu’on y verse quelques gouttes d’une solution aqueuse de sulfate de quinine, tandis que ce dépôt est presque nul pour le thé falsifié.

Quant à la détermination botanique des diverses espèces de feuilles mélangées ou substituées au thé, elle est difficile le plus souvent. Il faut les développer à l’aide de feau chaude et en examiner attentivement la forme, et même la structure anatomique.

Dans son travail sur le thé, M. E. Collin s’est attaché cependant à décrire les caractères les plus saillants des feuilles étrangères qu’on lui substitue pour en faire saisir la distinction. Voici la description qu’il donne de chacune d’elles :

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