I. Feuilles allongées, rétrécies à leur base
a. Prunellier {Prunus spinosa, Amygdalées). — Les feuilles en sont elliptiques, obovales, acuminées, à dents souvent inégales et presque doubles. De la nervure médiane partent des nervures latérales sous des angles assez aigus, dont quelques-unes se réunissent au milieu du limbe en anses simples ou doubles. Les nervures secondaires dérivées des nervures latérales s’anastomosent en un lacis à mailles très-étroites.
Aux Antilles, on se sert, dans le même but, d’une plante connue sous le nom d'oya -pana, qui croît à l’ile Bourbon et à l’île de France.
Les Mexicains et les Guatémaliens font généralement du tlié avec les feuilles du Psarolia glandulosa. Dans la Nouvelle-Grenade, on se sert de VAlstonia theæformis. Plus au nord, sur le môme continent, on prépare un thé, nommé thé de Labrador, avec les feuilles du Gaultheria procumbens et du Ledum latifolium. Dans la Nouvelle-Hollande, on fait le thé avec le Corrœa alba. Des habitants de l’archipel des Kourils, entre le Japon et le Kamtschatka, font le thé avec une espèce de pédiculaire {Pedicularis tanata). Les Tartares Thchary prennent, en guise de thé, une infusion de racine de tormentille [Tormentilla erecta).
(2) A Londres, on a brûlé en 1877, un bloc de 1,500 kilog. de thé fait de feuilles de thé épuisées et putréfiées mêlées de sable et de 1/5 de feuilles d’olivier.
(1) En 1817, les agents de l’excise ou des contributions indirectes ont saisi, h Guildhall, treize livres de thé sophistiqué, préparé avec un mélange de différentes herbes ou de feuilles d’arbustes et de thé qui avait déjà servi ; le tout, gommé et manipulé artistement, offrait l’aspect du thé hyson, très-recherché des amateurs.
THÉ
b. Frêne [Fraxinus excehior, dlédiCées). — Les folioles de la feuille composée sont ovales-oblongues, lancéolées, terminées en pointe ; elles sont à dents aigu6s, un peu sinueuses. De la nervure médiane se détachent des nervures secondaires, obliques, se subdivisant en deux rameaux, s’anastomosant en arc avec celles des nervures voisines, près des bords du limbe. La face supérieure est glabre et luisante, tandis que la face inférieure porte quelques poils le long de la nervure médiane.
c. Sureau {Sambucus nzÿy’a, Sambucacées). — Folioles des feuilles composées, lancéolées, à dents irrégulières assez larges et assez profondes. De la nervure médiane partent, en formant un angle de 45“ environ, des nervures latérales dont les nervures secondaires s’anastomosent entre elles en formant un réseau à mailles assez larges.
d. Saule {Salix caprea, Salicinées). — Feuilles sept ou huit fois plus longues que larges, ovales, crénelées-dentées, rugueuses et luisantes en dessus, souvent tomenteuses en dessous. Leurs nervures latérales se perdent dans le limbe sans se rejoindre en anses. Les petites nervures forment un réseau à mailles assez serrées.
e. Laurier {Laurus nobilis, Laurinées). — Feuilles coriaces, lancéolées, légèrement pétiolées, à limbe privé de dents. La nervure médiane donne naissance à des nervures latérales qui se rejoignent à quelque distance des bords de la feuille en anses simples ou doubles. Réseau à mailles plus serrées que dans le sureau.
f. Epilobe à feuilles étroites [E pilobium angustifolium, OEnothérées). — Feuilles très-allongées et fort étroites, à limbe entier ou à peine denté. La nervure médiane donne, presque à angle droit, des nervures latérales se rejoignant à quelque distance du limbe, pour constituer de larges lacets bien apparents.
IL Feuilles ovales, arrondies à leur partie supérieure, terminées en pointe d leur partie inférieure,
g. Fraisier [Fragaria vesca, Rosacées). — Folioles à dents régulières, assez profondes à la partie supérieure du limbe. Elles portent des poils surtout à la face inférieure. De la nervure médiane partent des nervures latérales qui se dirigent, presque en ligne droite, jusque dans la pointe des dents.
III. Feuilles ovales temninées en pointe à la partie supérieure et arrondies à la base.
h. Rosier [Rosa canina et R. centi folia, Rosacées). — Folioles à limbe denté en scie. La nervure médiane porte des nervures latérales sous un angle de 45“, lesquelles se rejoignent vers les bords de la feuille en courbes douces. Réseau à mailles très-serrées formées par l’anastomose des petites nervures.
i. Peuplier {Populus nigra, Salicinées). — Feuilles plus longues que larges, ovales, irrégulièrement dentées. Nervures latérales ne se rejoignant pas en courbes douces; se perdant vers la périphérie du limbe. Réseau des petites nervures à mailles peu serrées, peu distinctes et peu régulières.
Thé. — Par comparaison avec ces diverses feuilles, celles du thé offrent un court pétiole, à limbe ovale-elliptique ou ovale-oblong, atténué à la base et pointu au sommet. Les bords, entiers à la partie inférieure, sont finement dentés sur le reste de leur contour. La nervure médiane, saillante à la face inférieure, émet des nervures latérales sous un angle d’environ 45“, qui s’anastomosent en larges lacets vers les deux tiers du limbe. Le réseau formé par la réunion] des petites nervures est à peine distinct.
THÉ
Au microscope la feuille de thé présente : à la partie supérieure, un épiderme à cellules tabulaires anguleuses ; à la face inférieure, un grand nombre de stomates au milieu de poils longs, droits ou peu courbés ; entre les deux lames d’épiderme, un parenchyme à cellules diverses parmi lesquelles sont de g7'osses cellules ùréguUères, de natm'e pierreuse, dont la présence constitue, aux yeux de M. Collin, un caractère anatomique très-important.
Dosage de la théine. — Lorsque des feuilles étrangères ont été substituées complètement à celles du thé, elles ne peuvent fournir de théine. On doit donc isoler cet alcaloïde dont l’absence ou les faibles proportions fourniront une indication importante.
La thème ou caféine (Ci®H‘®Az^O^; 2 aq.) est en aiguilles soyeuses, fusibles à 178“ et volatiles à 185“. Elle est soluble dans l’eau et dans l’alcool, moins bien dans l’éther, très-soluble dans le chloroforme. Chauffée avec de la chaux sodée, elle donne du cyanure de sodium. Traitée à l’ébullition par l’acide azotique fumant, elle est attaquée en devenant jaune ; en évaporant à siccité, le résidu se colore en rouge-pourpre par l’ammoniaque, réaction comparable à celle que’ donne l’acide urique [Stenhouse] (I).
Pour isoler la théine ou caféine, il faut épuiser le thé de tous ses principes solubles, à l’aide de l’eau très-chaude. On précipite les liqueurs par le sousacétate de plomb en léger excès : on filtre, on se débarrasse de l’excès de plomb du liquide par un courant de gaz sulfhydrique; on filtre de nouveau et on évapore lentement jusqu’à cristallisation. On reprend le résidu par du chloroforme qui dissout facilement la caféine et l’abandonne ensuite par l’évaporation.
A ce mode de préparation on a substitué un certain nombre de procédés sei'vant au titrage du thé ou du café.
M. Wey7'ich a soumis à des essais comparatifs les procédés d’extraction proposés par MM. Mulder, Péligot, Claus, Zœller e.i Liventhal.
Le procédé de Péligot consiste à précipiter l’infusion de thé par le sous-acétate de plomb avec une faible addition d’ammoniaque. Après filtration, on débarrasse les liqueurs de l’excès de plomb qu’elles contiennent, par l’hydrogène sulfuré, puis on évapore pour avoir la caféine.
Clans épuise les feuilles par l’éther, agite la solution éthérée avec de l’eau aiguisée d’acide sulfurique, sature ensuite celui-ci par de la magnésie calcinée, évapore le tout à sec, et reprend le résidu par l’éther qu’on évapore pour avoir la caféine.
Liventhal enlève la caféine du thé pulvérisé, par trois fois son poids de chloroforme bouillant. Filtrant après refroidissement, et lavant jusqu’à rendre le chloroforme incolore, il le distille ensuite. Reprenant le résidu par l’eau bouillante qui entraîne la caféine, on retrouve celle-ci après évaporation à sec de sa solution.
Mulder épuise le thé par Teau bouillante, filtre les liqueurs qu’il concentre jusqu’à consistance sirupeuse, ajoute alors un léger excès de magnésie, et évapore le mélange à sec. Le résidu pulvérisé est alors épuisé par l’éther, qui enlève la caféine, qu’on retrouve blanche et pure par évaporation.
(1) C’est M. Rieffcl qui a proposé, le premier, de recourir à ce caractère signalé à propos d’un thé entièrement fait de feuilles d'Epiloùium ongusti folium, plante qui ne renferme pas de théine.