DE CARTIER
ALCOOMÈTRE
CENTÉSIMAL.
DENSITÉ
ALCOOL. 93
Pèse-alcool. — M. Lejeune, pharmacien de la marine, cà Brest, a construit récemment un nouvel alcoomètre ou véritable p'ese-alcool, qui donne exactement la valeur en poids en même temps qu’en volume, des mélanges d’alcool et d’eau. Cet instrument dispense de recourir à des tables spéciales pour la détermination de la force réelle, lorsque la température est différente de -|- 13“, les corrections se faisant à l'aide d’indications inscrites sur le pèse-alcool lui-même (I). Voici la description qu’en a donnée M. Lejeune :
« Le nouveau pèse-alcool, comme disposition générale, ne diffère pas de l’alcoomètre centésimal. 11 porte deux échelles (fig. 20, AB) accolées l’un e à l'autre ; la première indique les degrés centésimaux Gay-Lussac, et la seconde, les proportions pour cent, en poids, d'alcool absolu ou les degrés pondéraux.
« Con'ections relatives à la température. — Elles se font à l'aide de deux échelles complémentaires formées de petits chiffres mis en travers, 40, 38, 36... inscrits en regard des degrés et qu'il faut lire 0,40, 0,38, 0,36...
« Ces nombres indiquent, en centièmes de degré alcoométrique, la variation qu’éprouve le degré observé pour un changement de température de 1 degré, la température normale étant supposée 15 degrés centigrades. On peut donner à ces chiffres le nom de Coefficients de correction. Une petite croix sépare sur l’échelle les degrés auxquels convient le même coefficient : ainsi 34, ou plutôt 0,34 est le coefficient des degrés pondéraux compris entre 47 et 81 grammes.
« Supposons que la température soit de 23 degrés et que l’alcoomètre marque 80; le coefficient de correction étant ji 0,30 pour 1 degré, pour 10 degrés la correction sera 3, qu’il faut retrancher de 80, ce qui donne 77 pour la force réelle, résultat conforme à celui des tables de Gay-Lussac.
« On voit que ce n’est que l’extension de la formule de Francœur X — d -±L 0,4 X t où la constante 0,4 est remplacée parle coefficient de correction, qu’on peut désigner par K, ce qui conduit à la formule générale x = d -àz kt, dans laquelle x représente le degré réel à -|- 13“, cf le degré observé, k le coefficient de correction qui correspond i\ ce degré, et7 la différence entre 13“ et la température de l’alcool.
Inutile d’ajouter qu'on prend le signe — quand la tempéra- ^
ture est supérieure à 13 “et le signe 4- quand elle est inférieure, e
« La correction des degrés pondéraux se fait de la même manière que celle des degrés volumétriques. »
Usages. — 'Les eaux-de-vie devin sont, en grande partie F‘g- — ÉcheUes du
, . , pèse-alcool de J1.
consommées comme boissons alcooliques en France et exportées à l’étranger (2). On en emploie aussi pour alcooliser les vins faibles et les vins d’exportation.
(1) Voyez: de VAlcoomètve. Thèse. École supérieure de pharmacie de Paris, juin 1872.
(2) Depuis que la vigne a été si cruellement affligée par Y oïdium, par phylloxéra et par tes
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L’alcool est un des dissolvants dont le chimiste se sert le plus fréquemment : on l’emploie à la préparation des éthers, à l’extraction des alcaloïdes, pour faire la potasse dite à l’alcool. Dans les arts, il entre dans la composition de certains vernis; il sert à fabriquer le vinaigre, à lustrer les bougies stéariques, h confectionner le savon diaphane.
En pharmacie, on en fait usage pour la préparation de l’eau de Cologne, des teintures et extraits alcooliques. Dans l’art du distillateur, l'alcool bon goût, uni au sucre et aux eaux aromatiques, fait la base de toutes les liqueurs de table [amsette, cw'açao, creme de noyau, etc.) ; il sert à préparer les fruits confits dits à l’eau-de-vie.
Lorsque l’alcool est d’un goût moins agréable, il est usité comme agent conservateur des fruits, des animaux, des pièces anatomiques, etc. ; comme moyen de chauffage dans les laboratoires et l’économie domestique, pour préparer les solutions de carbures d’hydrogène et obtenir ainsi Xhydrogene liquide propre à l'éclairage.
On emploie l'alcool à divers degrés de concentration : 1” V alcool anhydre; :2° les alcools proprement dits, marquant depuis 60“ jusqu’à 99“ ; les eaux-de-vie, marquant depuis 60“ et au-dessous.
Alcool anhydre. — Pour vérifier si l'alcool est anhydre, on peut employer la baryte caustique ou le sulfate de cuivre parfaitement desséché, comme l’a proposé M. Philippo Casoria: la baryte caustique ne change pas d’aspect, le sulfate de cuivre anhydre reste blanc, lorsqu’ils sont en contact avec de l’alcool exempt d’eau ; dan% le cas contraire, la baryte blanchit et tombe en poussière ; le sulfate de cuivre devient bleu. L’essai doit se faire dans un tube de verre, que l’on a soin de fermer après l’introduction des deux substances.
Alcool hydraté. — L’alcool proprement dit et les eaux-de-vie sont à divers degrés que l’on détermine à l’aide de l’alcoomètre centésimal.
Rstiinatiou approximative île la richesse de très-petites quantités d’alcool.
— On y parvient en examinant le degré d’inflammabilité de cet alcool après en avoir imbibé une petite bande de papier à filtrer. Si, après la combustion de l'alcool, le papier prend feu aisément, c’est que l’alcool marquait plus de 80“ ; si, au contraire, il s’enflamme difficilement, c’est que le degré est compris entre 75 et 80“ ; enfin, il ne s'enflamme pas du tout pour un alcool qui ne marque pas plus de 73 à 75“. Gela tient à ce que les alcools affaiblis laissent le papier imbibé d'une assez grande quantité d'eau qui s'oppose alors à la combustion.
Dcsig^nations commerciales. — Dans le commerce, 011 a l’habitude de distin guer les alcools à différents degrés par des noms particuliers ou par des fractions. Ainsi l’alcool contenant 50 p. 100 d’eau, ou marquant 19 degrés Cartier, est connu sous le nom ÿ eau-de-vie preuve de Hollande, qui peutyier/er, c’est-à-dire faire la perle ou le chapelet par l’agitation; l’alcool qui contient un peu moins d’eau porte le nom A' esprit ; celui qui renferme66à 70 p. 100 d’alcool, ou qui marque 24 à 26“ Cartier, est dit alcool rectifié; celui qui renferme 59 p. 100 d’alcool et qui
intempéries de l’atmosplière, les alcools et les eaux-de-vie de raisin sont devenus très-rares. On consomme alors comme boissons beaucoup d'eaux-de-vie de betteraves ou de grains, etc. On en expédie dans le Midi pour les distiller avec les alcools de vin et les vendre ensuite comme eauxde-vie de Montpellier. On fabrique aussi des eaux-de-vie avec les tubercules de l'asphodèle, dans le Midi, aux environs de Montpellier (Frontignan, Villeveyrac, Poussan, Vernet', à Poitiers et dans le département du Cher.
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marque 23®Baumé (22“ Cartier), est le double cotjaao; à 01 p. 109 d’alco ol ou 24®Baumé (23® Cartier), c’estla/»?’ej<yerfeZo?«r/?-es;à8o p. 100 d’alcool ou 33® Cartier, c’est Vespi'it trois-six.
L’eau-de-vie ti'ois-six (3/6) est un esprit qui, sur 6 parties en volum e, renferme 3 parties d'eau, 3 parties d’alcool (sans condensation ni dilatation), et marque 19® Cartier; l'eau-de-vie ty'ois-cinq (3/3), sur 3 parties en volume, renferme 2 parties d’eau et marque 19® Cartier; l’eau-de-vie trois-sept (3/7) contient, sur 7 parties en volume, 4 parties d’eau et marque 19® Cartier.
L’eau-de-vie de vin est incolore à l’origine; mais son séjour prolongé dans les barriques de chêne lui fait acquérir, en vieillissant, la coloration jaune brunâtre qu’elle a ordinairement, et qui est due à la dissolution d’une partie du tannin et de l’extractif contenus dans le bois de chêne. Cêtte eau-de-vie possède la propriété de noircir au contact d’une solution d’un persel de fer. L'eau-de-vie de bonne qualité a une odeur aromatique, une saveur franche et chaude qui se modifie avec le temps. Les eau.x-de-vie les plus estimées nous viennent particulièrement du Languedoc, de la Saintonge et de l’Angoumois : on les désigne sous les noms à' eau-de-vie de Montpellier ; eau-de-vie de Cognac, ou simplement cognac; eau-de-vie d‘ Armagnac, etc.
Altérations. — Elles sont de deux genres : les altérations spontanées et les altérations par les sels métalliques .
I® Altérations spontanées. — Les alcools ou les eaux-de-vie de moyenne force, conservés pendant un certain temps en vidange, renferment une proportion notable à'acide acétique (1) qui s’est formé par l’action de l’air. Ces spiritueux rougissent le papier bleu de tournesol ; si on les sature par la potasse ou la magnésie caustique et que l’on évapore à siccité, le résidu traité par l’acide sulfurique dégage de l’acide acétique reconnaissable à son odeur.
L'alcool conservé dans des tonneaux qui ont contenu du vin rouge peut acquérir une coloration rougeâtre et un goût de fût de vin facilement appréciable. Ces alcools ainsi colorés verdissent ou bleuissent par l’acétate de plomb et par les alcalis. On leur enlève leur couleur par l’agitation avec le charbon animal pur, ajouté dans la proportion de 1 à 3 p. 100 du liquide.
2® Altérations par les sels métalliques. — Les alcools et eaux-de-vie peuvent aussi contenir des sels de plomb, de cuivre (2), de zinc, à l’état d’acétates.
Les sels àQ plomb et de cuivre proviennent : soit de la conservation de l’alcool ou de l’eau-de-vie dans des estagnons en cuivre étamés anciennement ou attaqués par l’acide acétique qui s'est formé au sein du liquide ; soit de la négligence avec laquelle on entretient les vases distillatoires; soit de l’emploi de serpentins construits avec un alliage de plomb et d’étain substitué à l’étain pur. En 1832, MM. Girardin Morin reconnurent, en outre, qu’on employait à Rouen l’acétate de plomb pour faciliter la clarification des alcools de grains ou de fécule coupés avec l’eau.
Les sels de plomb se reconnaissent parla potasse qui donne un précipité blanc, soluble dans un excès d’alcali ; par l’hydrogène sulfuré, qui produit une colora-
(1) A l’état normal, ils n’en contiennent toujours qu’une petite quantité qui a passé à la distillation.
(2) Nous avons vu de l’alcool contenant par litre 0=f,30 A'acétate de cuivre. — D'après M. Âulagnier [Dictiona. des aliments et des boissons) , sur IG espèces d'eaut-de-vie d’Helmstadt (duché de Brunswick), on en trouva 15 qui contenaient du cuivre. (A. Ch.)
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tion ou un précipité noir; par le sulfate de soude, l’acide sulfurique, le cyanure jaune, qui forment un précipité blanc; et par l’iodure de potassium, le chrômate de potasse, qui donnent un précipité jaune.
Les sels de cuivre se reconnaissent par la potasse qui fait naître un précipité bleu verdâtre ; l’ammoniaque y produit une coloration d’un beau bleu ; le cyanure jaune, un précipité brun-marron floconneux; une lame de fer, décapée avec soin et plongée dans l’alcool préalablement additionné de quelques gouttes d’acide sulfurique, se recouvre d’une couche de cuivre métallique (I).
Toutes ces réactions sont encore très-sensibles, lorsque l’alcool ne renferme (pie 1/2600 de sels de plomb ou de cuivre.
Les sels de zinc, qui se forment par un séjour prolongé de l’alcool dans des vases de ce métal, sont décelés par la potasse, qui fournit un précipité blanc, soluble dans un excès d’alcali; on a, en outre, un précipité blanc avec le (îyanure jaune, un précipité jaune orangé avec le cyanure rouge, un précipité blanc avec l’hydrogène sulfuré.
Falsifications. — Elles portent sur les Alcools et sur les Eaux-de-vie.
§ 1. — Falsifications des Alcools. — Elles sont de deux sortes : ou bien elles ont pour but de tromper l’octroi en ajoutant à l'alcool des substances qui abaissent son titre, ou des matières qui le rendent infect, afin qu’il passe en franchise; ou bien elles servent à tromper l’acheteur, en lui livrant un alcool de provenance quelconque, mélangé ou quelquefois totalement substitué au 3/6 de Montpellier, c’est-à-dire à l’alcool de vin.
Premier cas. — Abaissement du titre, ou infection. — La quantité d’eau contenue dans l’alcool ou la richesse d'un liquide alcoolique s’apprécie, comme nous l’avons dit plus haut, au moyen de l’alcoomètre centésimal. Mais cet instrument ne peut servir quand l’alcool tient en solution un corps étranger, tel que le chlorure de ccdcium, que quelques commerçants lui ajoutent dans le but d'augmenter sa densité, de diminuer sa force et, par suite, de tromper l’octroi en payant un droit d’entrée moins élevé. Cette fraude peut se constater en évaporant une certaine quantité de l’alcool suspecté; la solution aqueuse du résidu donne avec l’oxalate d’ammoniaque un précipité blanc, et avec le nitrate d’argent un précipité caillebotté, soluble dans l’ammoniaque, insoluble dans l’acide nitrique ; ou bien, sans avoir recours à l’évaporation, il suffit de verser l’oxalate d’ammoniaque et le nitrate d’argent dans l’alcool préalablement étendu d’eau pure ; car, sans cette dernière précaution, le précipité blanc obtenu avec l’oxalate d’ammoniaque pourrait être dû à l’insolubilité de ce sel dans l’alcool fort : du reste, on s’assure de la nature du précipité en ajoutant au liquide une certaine quantité d’eau qui dissout l’oxalate d’ammoniaque. Si l’on s’est servi d’eau ordinaire pour allonger l’eau-de-vie ou l’alcool, on reconnaît cette addition aux sels contenus dans le mélange (2).
On trouve dans le commerce de l’alcool connu sous le nom d'esprit mauvais (joût, qui provient, soit des derniers produits qui passent à la distillation, soit, comme cela se pratique aux poi'tes de certaines villes, de l’addition d’une certaine quantité d’essence de térébenthine, de benzine ou de pjéh'oles légers, addition faite dans le but de ne pas payer le droit d’octroi, le fisc ne portant que sur
(1) Des traces de sel de cuivre coloreraient en vert un peu d’huile d'olive agitée avec l’alcool.
(2) On peut ajouter d’autres sels à l’alcool ; il faut alors évaporer à siccité, puis examiner cliinii- ((uement le résidu.
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les esprits destinés à être consommés comme boissons. Ce produit impur est vendu à un prix inférieur à celui de l’alcool ordinaire ; on le reconnaît facilement à son odeur particulière et à sa saveur, qui diffèrent de celles de l’alcool de bonne qualité. Cet alcool, agité avec de l’eau, la rend plus ou moins laiteuse, quelquefois seulement opaline, lorsque la quantité d’essence, de benzine ou de pétrole est peu considérable ; il prend en même temps une odeur caractéristique de pétrole ou d’essence. Par un examen comparatif avec de l'alcool auquel on aurait ajouté une quantité connue de ces liquides, on pourrait, d’après la lactescence produite avec l’eau, juger approximativement de leur proportion relativement à celle de l’alcool qui les contient.
Deuxième cas. — Falsifications jm' le mélange ou la substitution des alcools divers à l'alcool de vin. — Les alcools, suivant leur provenance, renferment des principes étrangers dont on a, depuis quelque temps, reconnu la nature. On sait par exemple :
1® Que Veau-de-vie de fécule de pommes de terre renferme surtout de \alcool amylique, des acides gras volatils et des produits huileux ;
2® Que Yeau-de vie de marc de l'aisin contient AeY acide et de Y éther œnanthiques, ainsi que des alcools amylique, propylique, etc. ;
3® Que Y eau-de-vie de grains e.sX accompagnée AY acides œnanthique, mai'garique, caprylique et cuprique libres, ainsi que de leurs éthers et d’une huile fortement odorante ;
4“ Que Yalcool de mélasse de betteraves est sali par d’autres alcools supérieurs de la même série, et par des acides gras libres, ainsi que par leurs éthers correspondants.
L’industrie ayant trouvé plusieurs moyens pour purifier presque complètement les divers alcools du commerce, et en faire des alcools bon goût, on mélange ou même on substitue entièrement ces derniers à l’alcool de vin au détriment de l’acheteur et du consommateur. L’art de la dégustation peut, jusqu’à un certain point, dévoiler ce genre de falsifications; de plus, de nombreuses tentatives ont été faites par divers chimistes pour arriver au même hut. Avant de signaler le grand travail de M. Th. Chateau sur ce sujet, voici d’abord l’énumération d’un certain nombre de moyens employés à cet effet.
L’alcool de vin se distingue des alcools de fécule, de grains, de marcs, de mélasse de betteraves, de cidre, par l'odeur et la saveur. Pour reconnaître si un alcool est franc de goût, on en verse une certaine quantité dans le creux de la main, on en facilite l’évaporation en frottant les mains l’une contre l’autre : le bon alcool laisse sur la peau un bouquet agréable ; s’il renferme une substance à odeur étrangère, elle devient manifeste pour les personnes habituées à ce genre d’essai (1). Il faut dire qu’on juge mieux les alcools au bout d’un certain temps de préparation qu’au sortir des alambics : ils ont alors perdu le goût de feu. Les alcools de grains, de fécule, de marcs, se distinguent les uns des, autres par une odeur et une saveur spéciales dues à la présence d’huiles volatiles particulières, ou de produits empyreumatiques provenant d’une mauvaise préparation. Cette odeur et cette saveur, souvent masquées par celles de l’alcool
(I) Il est bien préférable, pour percevoir l’odeur caractéristique des alcools étrangers, d’imbiber un morceau de papier buvard d’un peu de l’alcool à essayer et d’agiter ce papier dans l’air pour vaporiser l’alcool éthylique ; les autres alcools, étant moins volatils et fortement odorants, restent sur le papier.