ANGÉLIQUE
niaque, on s’en aperçoit au résidu que laisse l’évaporation d’une certaine quantité de cette solution alcaline, qui, si elle était faite avec de l’eau pure, n’en devrait pas laisser.
L’ammoniaque se colore au contact de certaines matières organiques, des fragments de bouchon, par exemple ; l’œil suffît pour reconnaître cette altération qui diminue la valeur de l’alcali.
Exposée à l’air, l’ammoniaque perd de sa force en perdant du gaz et en absorbant de l’acide carbonique dont la présence sera décelée par l’eau de chaux. L’ammoniaque doit donc être conservée dans des flacons bouchés à l’émeri, placés eux-mêmes dans des endroits frais.
Falsifications. — La falsification de l’ammoniaque par l’a/coo/ a été signalée par F. VomBerg, AeKerpen. Cette ammoniaque avait pour densité 0,955 ; saturée par de l’acide acétique, elle donna un acétate liquide qui fournit, par la distillation, un produit ayant l’odeur et la saveur de l’alcool, brûlant avec une flamme bleue. Une portion de cette ammoniaque, saturée par l’acide sulfurique (Ij et soumise à la distillation, donna un liquide qui avait une odeur trèsprononcée d’éther.
ANETH. — Fruit dit séminoïde d’une plante de la famille des Omhellifères, dont l’odeur a quelque ressemblance avec celle du fenouil. Cependant, elle est moins agréable, ce qui a fait donner à ce fruit le nom de fenouil puant. Les séminoïdes d’aneth sont allongés, un peu comprimés, offrant cinq petites crêtes longitudinales dont trois dorsales peu saillantes et deux latérales plus larges et encadrant le méricarpe. Leur saveur est aromatique et âcre.
On substitue assez souvent aux fruits d’aneth ceux de livèche ou é.'angélique.
Le fruit de livèche est plus grand, ovale, allongé, blanchâtre. Il a une odeur faible, un peu térébenthinée.
Le fruit d’angélique est blanchâtre, comprimé, elliptique, d’une odeur caractéristique d’angélique, lia trois côtes dorsales élevées et deux côtes marginales élargies.
ANGÉLIQUE. — L’angélique {Ai'changelica officinalis) est une plante de la famille des Omhellifères, qui croît dans les hois des provinces méridionales de la France (Alpes, Pyrénées), dans le département des Deux-Sèvres. La plus estimée nous vient de la Bohême. Sa racine est allongée, charnue, rameuse, très-ridée. Sa tige, de 1 mètre à 1“,30 de hauteur, est grosse, cannelée, trèsodorante ; ses feuilles sont très-grandes, pétiolées; ses fleurs sont blanches ; ses fruits sont ovoïdes. Toutes les parties de cette plante ont une odeur agréable, une saveur sucrée et aromatique.
Usages. — Les racines et les fruits d’angélique sont employés contre les scrofules, le scorbut; ses tiges confites au sucre forment une conserve agréable et stomachique.
Falsifications. — Dans le commerce, on substitue quelquefois à la racine d’angélique celle de Y Archangelica sylvesh'is, qui a moins d’odeur et de saveur.
M. le docteur Hartung-Schwarzkopf, de Gassel, a trouvé de la racine d’angé-
(1) L’affusion de 1 acide dans l’ammoniaque doit se faire avec précaution, car la combinaison s’effectue avec une violence telle qu’une partie de la liqueur est souvent projetée hors du
vase.
ANILINE
lique composée en grande partie de racine de /^cèe/fevhfib'lement tressée en faisceau-Y pour imiter la disposition propre à la première ; il s’y trouvait, en plus petite proportion, de la racine d" impératoire .
La racine de livèche n’a pas l’odeur forte et aromatique de celle d’angélique ; elle contient une moelle jaunâtre, tandis que la racine d’angélique est d’une couleur blanche à l’intérieur.
La racine d’impératoire a une odeur plus pénétrante que celle d’angélique ; sa section transversale présente une substance interne d’un jaune verdâtre.
La racine d’angélique devenant souvent la proie des vers, il est nécessaire de la soumettre à un examen attentif.
ANGUSTURE. — V. Écorce d’angusture.
ANILINE: — V aniline ou phénylamine fut primitivement nommée
cristalline par Unverdorhen qui en fit la découverte, et kijanol par Jîunge. C’est un liquide incolore à l’état de pureté, d’une odeur faiblement aromatique, d’une saveur âcre et brûlante. Elle est éminemment toxique. Sa densité est égale à 1,028 à-f- 1^"- Elle bout à 182®, et reste encore liquide à — 20®. Elle se dissout dans 32 fois son poids d’eau ; mais elle est très-soluble dans l’alcool, l’éther, la benzine, etc. A peine alcaline au tournesol, elle se combine facilement aux acides en formant des sels généralement solubles dans l’eau.
L’acide azotique fumant la colore en bleu à froid, puis en jaune si on vient â chauffer le mélange. L’hypochlorite de chaux y développe une coloration bleue qui passe ensuite au rouge violacé.
Usai^es. — L’aniline est depuis 18o6 la base d’une industrie qui s’est merveilleusement développée à partir de cette époque : elle sert à la préparation de ces magnifiques matières tinctoriales dites coulem's d’aniline, couleurs dont le nombre et la production sont aujourd’hui considérables.
Aliératiuns. — L’aniline est rarement pure. Les anilines commerciales sont des mélanges, en proportions variables, de cette substance avec ses homologues, la tohddine, la pseudo-toluidine, la xylidine, la cumidine, etc. Elle peut encore renfermer accidentellement d’autres matières, comme X acétaniline, Xazobenzine, la paraniline; enfin, d’après Reimann, on y trouve un peu d’ea«, des traces de benzine, et un alcaloïde particulier qu’il a nommé odorine. Tous ces corps ayant des points d’ébullition assez différents, on rectifie les anilines commerciales de façon à les diviser en trois groupes: 1® anilines légères ou cuphanilines ; 2® anilines lourdes ou baranilines, et 3® queues d’aniline.
Les anilines légères ont un point d’ébullition qui s’étend depuis 180® jusqu’à 193°. Leur densité varie de 1,014 à 1,016. Elles doivent se dissoudre entièrement dans les acides chlorhydrique ou sulfurique étendus, en donnant une liqueur limpide. Sous l’influence de la potasse ou de la soude caustiques, leur point d’ébullition ne doit pas être modifié. Elles sont composées de 63 à 90 p. 100 de phénylamine (aniline pure) et de 30 à 10 p. 100 de toluylamine (1).
Les anilines /o<<rcfes bouillent entre 195 et 260®. Elles présentent une densité de 0,997 environ. Elles se comportent comme les précédentes avec les acidesétendus
(l) Les produits capables de se volatiliser avant 140" sont formés d’eau, de benzine et d'odorine .
ANILINE
et avec les alcalis. Elles sont formées de 30 à 40 pour lO'O de phénylamine et de 60 à 70 pour ICO de toluidine mélangée de pseudotoluidine.
he.% queues d anihne {ovm&nt \e résidu de la distillation des anilines commerciales ; elles renferment jusqu’à neuf matières distinctes, parmi lesquelles la xyhdine, \s.cianidine, \ azobenzide, la paramhne, etc. On isole plus ou moins bien tous ces produits les uns des autres en opérant, sur leur mélange, des distillations fractionnées à l’aide d’un appareil approprié à ce genre d’opération (fig. 23).
Fig 25. — AppareiJ à distillation fractionnée, t, thermomètre ; v, vase plein d’eau pour alimenter le réfrigérant r; éprouvettes graduées e, pour recevoir les produits distillés.
L’aniline du commerce est donc toujours mélangée d’une certaine proportion de toluidine et de pseudotoluidine. Comme la proportion de ces alcaloïdes étrangers a une grande influence sur la nature des matières tinctoriales dont l’aniline est la base ; comme, de plus, l'industrie ne possède pas de procédé d’une pratique facile pour faire l'analyse quantitative de ces mélanges, on est presque toujours obligé de recourir à la préparation des matières colorantes elles-mêmes et à leur essai pour apprécier leur rendement en teinture.
D’après Brimrneyr, on peut cependant doser la toluidine dans l’aniline du commerce (point d’ébullition 193" à 203"), en prenant une partie du produit à essayer et lui ajoutant une demi-partie d’acide oxalique dissous dans quatre fois son poids d’eau. Lorsqu’ils se sont combinés à l’aide de l’ébullition, on laisse refroidir les liqueurs jusqu’à 80", en les agitant continuellement. Arrivé à ce point, on laisse se déposer un instant l’oxalate de toluidine peu soluble qui trouble le liquide ; on décante vivement celui-ci, puis on jette le précipité sur un flltre ou sur une toile fine, afin de l’exprimer promptement. On le décompose ensuite par une eau ammoniacale bouillante, à laquelle on ajoute autant d’alcool qu’il en faut pour maintenir la solution limpide à chaud; par le refroidissement, celle-ci abandonne la toluidine en cristaux.
M. Reimann a publié un travail duquel il résulte que les anilines légères ou cuplianilines seraient formées en moyenne de 90 p. 100 de phénylamine, de 3 p. 100 de toluidine et de 3 p. 100 d’odorine et d’eau. Au contraire, les
ANILINE
haranilines ou anilines lourdes contiendraient 70 p. 100 de toluidine et 30 p. 100 de ses homologues supérieurs, cumidine, cymidine, etc., sans aucune trace de phénylamine.
M. Reimann a pu séparer ces alcaloïdes et faire l’analyse de leur mélangé en s’appuyant : 1“ sur la solubilité du sulfate de toluidine dans l’éther, tandis que le sulfate de phénylamine (sulfate d’aniline pure) y est complètement insoluble; 2® sur l’insolubilité de l’oxalate de toluidine dans ce même véhicule, qui dissout au contraire les oxalates de phénylamine, de cumidine et de cymidine. D’un autre côté, ce chimiste, en partant de la composition moyenne des cuphanihnes et des baranilines citée plus haut, a pu préparer divers mélanges de ces deux liquides et étudier leur point d’ébullition et leur rendement à diverses températures. Pour cela, il les place dans une cornue tubulée portant un thermomètre, et dont le col communique avec un tube muni d’un réfrigérant de Liebig (lîg. 25). On chauffe', en notant les points d’ébullition successifs, et on recueille les produits distillés en les fractionnant pour chaque degré inscrit au tableau ; on en prend ensuite le poids. De cette façon, M. Reimann a pu construire un tableau qui répond assez bien aux résultats que peuvent fournir toutes les anilines commerciales, de manière à établir leur richesse en cuphanilme et en haraniline pures, qui forment les deux points extrêmes de ce tableau. On doit consulter celui-ci d’après les colonnes verticales qu’on y voit et qui correspondent à divers mélanges de baraniline et de cuphaniline :
Points d’ébullition observés sur divers mélanges de cuphanilines et de baranilines.
cj n
lO B (1)
75 lî
lliO
Reste .
(1) La lettre C se rapporte aux cuphanilines et la lettre B aux baranilines.
M. Reimann s’est également rendu compte de la valeur des anilines commerciales, au point de vue de leur transformation en rosaniline ou fuchsine, en cherchant combien, d’après leur composition connue, elles peuvent donner de cette matière colorante : le mélange de la colonne IV est celui qui en fournit le plus.
AMS VERT.
Dans un travail qu’il a publié sur la pseudotoluidine, M. Rosenstiehl a démontré que si l’on veut obtenir la composition d’une aniline commerciale, afin d’établir sa valeur au point de vue de son rendement en fuchsine, il ne suffit pas d’en déterminer le point d’ébullition moyen, lia également démpntré que ce que M. Reimann avait pris pour de l’oxalate de phénylamine soluble dans l’éther n’est que de l’oxalate de pseudotoluidine. En effet, l’oxalate de phénylamine est à peine sgluble dans l’éther, de telle sorte qu’il reste toujours avec l’oxalate de toluidine également insoluble dans ce véhicule, lorsqu’on a prolongé l’action de celui-ci pour enlever l’oxalate de pseudotoluidine. Lorsqu’on veut enfin séparer la toluidine de l’aniline, on traite les oxalates insolubles dans l’éther par suffisante quantité d’eau, pour les dissoudre entièrement; on précipite la solution par la quantité voulue de chlorure de calcium dissous, de manière à transformer ces oxalates en chlorures ; on sépare par filtration l’oxalate de chaux formé, on lave le précipité, puis on réunit les liqueurs et on les concentre jusqu’il cristallisation : le chlorhydrate de toluidine étant cinq fois moins soluble que celui d’aniline, cristallise en totalité. On pourrait encore séparer les deux alcaloïdes en question, en transformant leurs oxalates en sulfates, qu’on épuiserait par l’éther qui dissoudrait peu à peu celui de toluidine et non celui d’aniline.
Lorsqu’on veut apprécier qualitativement la présence de la toluidine et de la pseudotoluidine dans l’aniline, voici comment on doit s’y prendre :
Pour rechercher la toluidine dans l’aniline, on ajoute à 1 gramme de celle-ci, 2 ou 3'“ d’acide sulfurique bihydraté complètement exempt d’acide azotique, ce qui ne produit aucune coloration; mais si on ajoute ensuite une parcelle d’azotate de potasse solide, il se développe alors une belle coloration bleue qui passe au violet, puis enfin au rouge de sang.
Pour la recherche de la pseudotoluidine ou toluidine p, on prend 1 gramme de l’aniline à essayer qu’on dissout dans 10 grammes d’éther; on ajoute ensuite 10 grammes d’eau ; on agite fortement le mélange, et l’on y verse goutte à goutte une solution d’hypochlorite de chaux jusqu’à ce que l’intensité de la coloration bleue ou violacée n’augmente pins. On enlève alors la couche éthérée avec une pipette, et on l’agite dans un tube avec de l’acide acétique étendu d’eau ; on voit se développer aussitôt une magnifique coloration violette due à la présence de la pseudotoluidine.
ANIS VERT. — L’anis {Pimpinella anisum), de la famille des Omhellifères, est une plante originaire du Levant, de l’Égypte et de l’Italie, qui croît maintenant dans toute l’Europe. Ce sont ses fruits, nommés improprement semences, que l’on emploie le plus ordinairement ; ils ont une saveur piquante, agréable, légèrement sucrée; leur péricarpe renferme une huile essentielle qui leur donne leurs propriétés; l’amande contient une huile grasse.
Dans le commerce, on connaît plusieurs sortes d’anis : Vanis de Tours, Vanis d'Albi ou du Midi, l’aius de Russie et d’Allemagne, Vanis de Malle et d’Espagne ou d’Alicante.
L’anis de Tours est rond, de la grosseur d’une grosse tête d’épingle, d’une belle couleur verte, et muni d’une petite queue ; son odeur est forte et tenace. L’anis du Midi est ovale, d’une couleur verte un peu jaune et d’une odeur plus forte que celle du précédent. L’anis de Russie est petit, noirâtre, âcre et peu
ANTHRACÈNE. 12!
estimé. L’anis de Malte et d’Espagne est le plus estimé de tous ; sa couleur tire un peu plus sur le jaune; son odeur est très-forte.
Usasses. — L’anis est assez usité en pharmacie ; c’est une semence stimulante, carminative et stomachique ; il est employé dans l’art du confiseur, du distillateur; il sert à préparer des liqueurs de tahle.
Altérations. — L’anis envoyé dans des sacs s’échauffe quelquefois en route, acquiert une odeur de moisi et noircit ; il perd alors de son odeur et de sa saveur. Cet anis altéré doit être rejeté.
Les fruits ou sémmoïdes d’anis récoltés avant leur maturité ne renferment pas assez d’huile essentielle; ils se reconnaissent à leur odeur plus faible et à leur volume moins considérable.
Altérés par la vétusté, les fruits d’anis perdent leur odeur, et l'amande devient quelquefois la proie de larves d’insectes; en examinant les anis sur du papier, le moindre souffle sépare ceux qui ont perdu leur amande.
Falsifications. — L’anis est assez souvent mêlé de sable ou de terre, quelquefois même, ainsi que l’a observé M. Dieterich, de petites pierres d’une couleur blanc grisâtre, brun rougeâtre et noirâtre, dans la proportion de :;0 p. 100 environ. Cette fraude se reconnaît par une inspection attentive, et aussi en jetant une poignée d’anis dans un vase plein d’eau : le sable, la terre ou les petites pierres se précipitent seuls au fond du liquide.
On falsifie l’anis avec des ayiis épuisés, c’est-à-dire qui ont servi à l’extraction de l’huile essentielle. On constate cette fraude en examinant les grains qui alors n’ont pas tous la même couleur, ceux qui ont été épuisés étant presque noirs ; en choisissant les grains noirâtres et les broyant entre les doigts, on reconnaît bientôt qu’ils ne renferment plus que des traces d’huile essentielle.
On a aussi rencontré l’anis mêlé de semences de grande ciguë [Conium maculatum) (1) ; celles-ci sont reconnaissables aux cinq côtes crénelées que présente chaque péricarpe ou moitié de fruit, ainsi qu’à l’odeur de ciguë qu’elles développent lorsqu’elles sont frottées entre les mains.
Tout récemment on y a trouvé des séminoïdes de fenouil et des graines jaunâtres d’une variété de nigelle.
ANTHRACÈNE: C-^H^*^. — C’est un carbure d’hydrogène que l’on rencontre dans les carbures solides du goudron de houille. 11 est en feuillets rhomboïdaux, légers, d’un blanc éclatant. Il fond vers 210-213“ et bout vers 360“. Son odeur, faible à la température ordinaire, devient insupportable lorsqu’il est à l’état de vapeurs. Il est très-combustible, insoluble dans l’eau, peu soluble dans l’alcool, un peu plus dans l’éther, se dissolvant mal dans les huiles légères de houille. Sous l’influence du bichrômate de potasse et de l’acide sulfurique, il se transforme en antliraquinon qu’on peut lui-même convertir par
oxydation en alizarme ou matière tinctoriale de la garance ; de là l’em-
ploi de l’antbracène dans l’industrie.
Altérations. — L’anthracène brut du commerce peut contenir, outre des hydrocarbures liquides faciles à extraire par expression, d’autres carbures solides qui sont : Naphtaline, acénaphtène, fluorène, phénantla'hne , pyrëne, chrys'ene, rétene, benzérythr'ene et chrysogène. Il devient donc nécessaire de le doser pour prévoir son rendement en alizarine.
(1) On a observé des cas d'empoisonnement par ce mélange.