ANTIMOINE
Dosag^e «le l’anthracène. — On l’opère encore quelquefois sur l’anthracène brut, soit en l’exprimant et en prenant le point de fusion du résidu, soit en entraînant les corps étrangers par des dissolvants, comme l’alcool, le sulfure de carbone (1). Mais ces divers procédés sont loin d’être exacts; aussi les abandonnet-on le lîlus souvent pour recourir au mode de dosage imaginé par Luck.
Pour doser l’anthracène pur contenu dans le produit brut du commerce, M. Luck convertit cet hydrocarbure en anthraquinone au moyen de l’acide chrômique qui, une fois ce dernier formé, n’agit pas sur lui, tandis qu’il acidifie toutes les impuretés qu’on peut ensuite enlever par des solutions alcalines.
« On dissout environ 1 gramme de l'anthracène à analyser dans 45"= d’acide acétique cristallisable, et on porte le mélange à l’ébullition ; on filtre, si cela est nécessaire, et on ajoute peu à peu à la solution 10 grammes d’acide chrômique dissous dans S'® d’eau et d’acide acétique, de manière à ce que le liquide ne cesse pas de bouillir. On opère ainsi jusqu’à ce que le mélange prenne une couleur vert jaune ou jusqu’à ce qu’une goutte de la solution, portée sur une pièce d’argent, y détermine la formation d’une tache rousse (chrômate d’argent). On laisse refroidir, on étend la solution avec 150'*= d’eau, on filtre après quelques heures et on lave l’anthraquinone formée, d’ahord avec de l’eau, ensuite avec une solution très-étendue de potasse caustique, puis encore une fois avec de l’eau pure. On sèche la substance ainsi obtenue à 100® et l’on pèse. 11 faut ajouter à la quantité d’anthraquinone obtenue O^^OIO qui, d’après les recherches de M. Luck, passent dans la solution contenant 50 grammes d’acide acétique et 150®® d’eau.
« L’acide chrômique du commerce contenant souvent du plomb, on devra, dans ce cas, laver le précipité d’anthraquinone avec une solution d’acétate d’ammoniaque. »
D’après MM. Davis, ce procédé donnerait toujours des résultats trop élevés, et il serait nécessaire de purifier l’anthraquinone au moyen du permanganate de potasse. (Voir Moniteur scientifique, 1875, page 602.)
ANTIMOINE : Sb = 122. — L’antimoine métallique, appelé autrefois stibium, régule cV antimoine , est un métal blanc bleuâtre, très-cassant, facile à réduire en poudre. Sa densité est 6,86. 11 fond à 450®. Sa texture est lamelleuse ou grenue, suivant qu’il est impur ou qu’il a été purifié. Les pains d’antimoine du commerce présentent à leur surface une cristallisation dite en feuilles de fougère. A une température élevée, l’antimoine brûle en répandant des vapeurs blanches, inodores, qui se déposent en cristaux prismatiques fins et déliés d’oxyde d’antimoine.
Usagées. — L’antimoine métallique est rarement employé en médecine, mais ses composés entrent dans la préparation d’un grand nombre de médicaments. Dans les arts, il sert à faire plusieurs alliages, tels que le métal d’Alger, les caractères cV imprimerie , etc.
Altérations. — L’antimoine du commerce est souvent altéré par d’autres métaux, le fer, le plomb, le cuivre, Varsenic et parle souf7'e : pour reconnaître leur présence, on traite l’antimoine par l’acide nitrique bouillant; il se forme
(1) Versrnann. Monit. scient. 1874, p. 403.
AiNTlMONIATE DE POTASSE.
d’une part de l’acide antimdnieiix, et de l'autre des nitrates à base du métal étranger à l’antimoine ; on évapore à siccité, et on reprend par l’eau ; l’acide antimonieux reste indissous, tandis que les sels de plomb, de cuivre ou de fer sont retenus en dissolution. Dans celle-ci, le cyanure jaune donne un précipité de bleu de Prusse s’il y a du fer, un précipité brun-marron s’il y a du cuivre ; l’ammoniaque produit avec ce dernier métal une coloration bleue intense; dans le cas de la présence du fer, elle fait naître un précipité rouge de peroxyde. On peut aussi plonger dans la liqueur une lame de fer décapée, sur laquelle le cuivre se précipite. Si la même dissolution contient du plomb, elle précipite en jaune par l’iodure de potassium, le chrômate de potasse ; en blanc, par le sulfate de soude ; en noir, par l’hydrogène sulfuré.
Pour s’assurer de l’existence de Varsenic dans l’antimoine, on suit le procédé indiqué par Séridlas, procédé qui consiste à chaulfer fortement le métal avec de la crème de tartre ; le résidu de cette calcination est traité par l’eau ; une partie de cette dernière se décompose et laisse dégager de l’hydrogène que l’on recueille sous une cloche : si l’antimoine essayé contient de l’arsenic, l’hydrogène est alors arsénié et brûle en répandant une odeur alliacée, en môme temps qu’un dépôt d’arsenic métallique tapisse les parois intérieures de la cloche (1).
On peut encore calciner l’antimoine en poudre avec un excès de nitrate de potasse; le résidu pulvérisé est traité par l’eau acidulée par l’acide sulfurique; alors la liqueur filtrée, introduite dans un appareil de Marsh fonctionnant û blanc, donne des taches ou un anneau d’arsenic métallique, s'il y en a dans l’antimoine essayé. Cette même liqueur, non acidulée, sert à constater s’il y a du soufre dans l’antimoine ; le soufre converti en sulfate de potasse par le nitrate de potasse, donnera avec le chlorure de baryum un précipité blanc, insoluble dans l’acide nitrique.
ANTIMONIATE DE POTASSE : (SbO“)2,KO,HO ; 5 aq. — Le biantimoniate de potasse, ou antimoine' diaphorélique lavé des pharmacies, est une substance blânche, pulvérulente, friable, insoluble, peu sapide ; elle est ordinairement en trochisques. C’est le produit de la réaction du nitre sur l’antimoine, lavé à l’eau froide, puis à l’eau bouillante. Le même produit non lavé est nommé antimoine diaphorétique non lavé; il est en masses granulées, d’un blanc grisâtre.
Usages. — Ainsi que son nom l’indique, l’antimoine diaphorétique^st employé en médecine comme sudorifique; dans les arts, on s’en sert pour la peinture sur porcelaine.
Altérations. — Si l’on a employé du nitre impur pour la préparation de l’antimoine diaphorétique, ce dernier peut contenir du chlorure de sodium ou de potassium; il renfermera du fer, du manganèse ou de Y arsenic, si l’on a employé de l’antimoine impur. Dans le premier cas, il se forme du chlorure d'antimoine qui, au moyen du lavage, précipite de l’oxychlorure d’antimoine. Dans lesecond cas, l’antimoine diaphorétique est plus ou moins jaune grisâtre.
Falsifications. — Dans le commerce, on fraude quelquefois l’antimoniate de potasse avec le cai'honate (2) ou le phosphate de chaux, avec la céruse. Cette sub-
(1) Pour cet examen, on peut faire usage de l'appareil de Marsh.
(2) M. Mialhe a trouvé du biantimoniate de potasse qui contenait 50 p. 100 de carbonate de chaux.
ARÉOMÈTRES.
stance falsifiée fait effervescence avec l’acide nitrique faible; la liqueur acide donne un précipité blanc avec l’oxalate d’ammoniaque, s’il y a du carbonate de chaux dans l’antirnoniate ; un précipité blanc gélatineux de phosphate calcaire avec l’ammoniaque, dans le cas de la présence de ce sel ; un précipité blanc avec le sulfate de soude, noir avec l’hydrogène sulfuré, sil’antimoniate soumis àl’essai renferme du carbonate de plomb (céruse).
APOMORPHINE : — V apomoy'phme est le résultat de l’action
de l’acide chlorhydrique en excès sur la morphine, à une température de 140 à 150®. Elle constitue une poudre amorphe, grisâtre, assez soluble dans l’eau où elle verdit rapidement parle contact de l’air. Sa solution dans le sirop de sucre et en flacon bien fermé n’éprouve pas cette modification.
Elle se distingue de la morphine par sa solubilité complète dans l’éther, le chloroforme, la benzine. Comme alcaloïde, elle rougit par l’acide azotique, brunit par l’acide iodique; mais le chlorure ferrique la colore en rose, tandis qu’il bleuit la morphine.
Usagées. — C’est un émétique des plus énergiques, employé souvent aujourd’hui en injections hypodermiques.
Altérations. — L’apomorphine peut contenir de la morphim. En l’épuisant par l’éther, on obtiendra cette dernière comme résidu ; celui-ci, essayé par le perchlorure de fer acidulé, donnera alors une belle coloration bleue. L’apomorphine ne doit laisser aucun résidu fixe lorsqu’on l’incinère sur une lame de platine.
ARÉOMÈTRES. — 11 existe un genre d’industrie dont les produits, d’un usage limité à certaines professions, ne se renouvellent pas très-souvent, mais sont sujets néanmoins à des altérations, et présentent des défauts inhérents à la grande concurrence que se font entre elles les personnes qui l’exercent : nous voulons parler de la construction des aréomètres on pèse-liqueurs. Ce sont, comme on le sait, de petits instruments en verre destinés à indiquer la densité relative des liquides dans lesquels on les plonge. Ils sont composés : 1° d’une tige servant d’échelle de graduation ; 2® d’une boule ou d’un cylindre, réservoir d’air, faisant fonction de flotteur, dont le volume total doit toujours être en rapport avec la tige, suivant l’étendue qu’on donne à l’échelle ; 3® d’une autre petite boule ou ampoule servant à renfermer un lest de plomb en grenailles ou de mercure, forçant l’instrument à s’enfoncer dans le liquide en conservant sa position verticale. La tige doit être aussi bien calibrée et l’instrument aussi bien centré que possible; c’est-à-dire que toutes ses parties doivent, autant que faire se peut, être symétriquement placées par rapport à tous les points de son axe.
En songeant à tous les soins minutieux qu’il est nécessaire d’apporter à la construction des aréomètres, on voit qu’il est impossible que ces instruments, livrés pour la province et les colonies à raison de 4 fr. (et même moins) la douzaine, offrent la moindre exactitude, quand une journée ne peut suffire à la construction soignée de* douze aréomètres. Aussi, lorsque ces instruments sont inexacts, ils ne portent jamais le nom du constructeur; ils sont ordinairement vendus sans nom d’auteur, ou s’ils en portent un, ce n’est pas celui du fabricant, mais bien celui du vendeur ou de l’opticien, précédé du mot par. 11 est facile de comprendre que le constructeur qui livre ces aréomètres, sachant que
ARÉOMÈTRES.
son nom ne doit pas y être attaché, soit peu soucieux de leur exactitude et les fabrique à \à pacotille : dès lors, si dans le nombre il s’en trouve un qui soit exact, c’est plutôt l’effet du hasard que de sa propre volonté.
Nous pensons que les aréomètres, servant dans le commerce de véritables balances, ne devraient pas être mis en circulation sans le contrôle de l’administration des poids et mesures. A cet égard, la loi de sur l’alcoomètre pourrait servir de précédent et tracer la marche à suivre.
Tout aréomètre sortant de l’atelier d’un constructeur devrait porter la marque, ou mieux, le nom de ce dernier, à l’exclusion de l’opticien ou du vendeur.
Tout constructeur 'devrait être obligé à faire apposer par l’administration des poids et mesures, sur chaque échelle de graduation, un timbre attestant que l’aréomètre a été vérifié.
De plus, les aréomètres, avant leur livraison, devraient être soumis par le fabricant au repassage, opération consistant à comparer l’aréomètre construit avec un aréomètre étalon de l’exactitude duquel on serait certain. Comme il est très-difficile,' sinon impossible, de faire tous les aréomètres absolument exacts, la différence observée lors de cette vérification serait notée sur le flotteur de l’aréomètre. On tracerait, à l’aide du acides, de espiits,deB««-
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qui présenteraient avec l’étalon de petites différences de l’écheiie.
telles que 1/8, 1/4 ou un 1/2 degré; une différence de
3/4 de degré ou d’un degré devrait faire rejeter l'instrument, quoique celui-ci, indiquant même cette dernière différence, fût bien préférable à l’instrument qui, ne présentant qu'une différence de 2/8 degré, n’en porterait aucune indication préalable. A l’aide de ces mesures, les aréomètres offriraient, dans leur usage, une exactitude et une concordance qu’ils sont loin de présenter aujourd’hui (1). Le consommateur les payerait le même prix, 1 fr. 50 à3 fr. ; seulement, le vendeur percevrait un bénéfice moindre, car il est reconnu que beaucoup de ces aréomètres de 1 fr. 50 c. à 3 fr. ont été livrés par le constructeur au marchand, à raison de 20 ou 24 fr. la grosse (12 douzaines), soit 1 fr. 65 à 2 fr. la douzaine, ou environ 0 fr. 14 c. la pièce.
Addition. — Quoique les aréomètres de Baumé et leurs dérivés soient remplacés souvent aujourd’hui par les denùm'etres, instruments qui donnent la densité des liquides, soit directement, soit à l’aide d’un petit calcul, ces aréomètres sont encore d’un usage si répandu qu’on a pu émettre le vœu de les voir assimilés aux poids et mesures et, par conséquent, soumis comme ces derniers au contrôle des agents de l’autorité : c’est ce désir qu’avait exprimé autrefois le ministre de l’agriculture et du commerce. Mais, dans les rapports si judicieux
(1) En effet, il serait peut-être difficile d’en trouver aujourd’hui deux qui, provenant de constructeurs différents, marqueraient le même degré dans le même liquide. De là des contestations sans nombre dans le commerce, car chacun croit que son aréomètre est juste, et que c’est celui du confrère qui est défectueux. {A. Ch.)
ARÉOMÈTRES.
qui furent présentés sur ce sujet à l’Académie des sciences par cet habile physicien put démontrer aisément combien était délicate et difficile la vérification des degrés d’un aréomètre. En effet, d’après un travail de M. Baudin, la densité d’une solution de 15 parties de sel marin pur dans 85 parties d’eau distillée serait à -|- 15° de 1,1H ; tandis que Francœur avait trouvé 1,109 ; Soubeiran 1,116; Terlach 1,114, et M. Coulier ï,i\Çn . Un fait très-grave ressortait de ces désaccords; c’est que les industriels ne sauraient plus à quel aréomètre de Baumé se fier. C’est pourquoi, MM. Berthelot, Coulier et d' Almeida ont rédigé récemment un mémoire destiné à faire connaître les moyens propres à vérifier la bonne ou la mauvaise graduation de ces instruments.
Pour cela, ayant déterminé exactement le poids du litre de la solution type (15 parties de chlorure de sodium pur et sec pour 85 parties d’eau distillée) à la température de -f- 12°, 5, et l’ayant trouvé égal à lllOs^ST, ces savants ont pu en déduire la table suivante :
Table indiquant les rapports des degrés de l’aréomètre de Baumé avec le poids du litre* du liquide pesé dans l’air, sous la pression de O"*, 768 à la température de -P 12”, 5.
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