AZUR
graisse éprouve une perte de poids égale à celui du sel ajouté, que l’eau retient en dissolution ; celle-ci donne ensuite avec le nitrate d’argent un précipité blanc, caillebotté, de chlorure d’argent soluble dans l’ammoniaque, insoluble dans l’acide nitrique.
Quant au mélange de graisses inférieures, quoique souvent difficile à caractériser, il est décelé par la couleur moins blanche de Taxonge et par une saveur tout à fait différente.
Le mélange de l’axonge avec le flambarl possède une couleur grisâtre, une consistance molle ; de plus, il offre une légère saveur salée et désagréable, le flambart lui-même étant salé.
Quelquefois on a rencontré de l’axonge mélangée de plâtre fin ; ce mélange, imperceptible à l’œil, eat aisément reconnu par la fusion : le plâtre se précipite. Quand elle contient de la fécule de pommes de terre, celle-ci est facilement reconnue au microscope après qu’on l’a débarrassée du corps gras au moyen d’un lavage suffisant à Téther chaud.
En 1867, M. Vidal a constaté la présence de cristaux de carbonate de soude dans quelques échantillons d’axonge vendue à Lyon. En la traitant par l’eau chaude, on lui enlève ce sel qu’on reconnaît ensuite facilement à son alcalinité, à l’effervescence que les acides y produisent, ainsi qu’à l’absence de précipité quand on lui ajoute du chlorure de platine.
Le saindoux, importé aujourd’hui en grande quantité de l’Amérique du Nord (Canada), est fréquemment adultéré : il contient de 10 à 23 p. 100 d’ea;/ qui s’y trouve dissimulée à l’aide de 2 à 3 p. 100 û'ahm et de 1 p. 100 de chaux caustique, ou simplement par l’addition d’une petite quantité de lait de chaux t\ l’axonge fondue : il suffit de faire fondre un pareil mélange et de le laisser refroidir pour voir un dépôt former au-dessous de la graisse une couche dans laquelle ces divers corps peuvent être facilement reconnus et dosés. D’ailleurs cette graisse noircit le nitrate mercureux avec lequel on la triture.
En 1833, M. Astaix a trouvé dans de la graisse de porc venue de New-York, et qui constituait le chargement de plusieurs navires, 23 p. 100 d’une gelée qui n’était ni azotée, ni amylacée, ni pectique, mais qui offrait beaucoup d’analogie avec le mucilage végétal et, en particulier, avec la matière gélatinoïde fournie par le carrageen ou mousse perlée. Cette gelée était insipide, insoluble dans l’alcool et l’éther ; elle se gonflait dans l’eau froide, ne précipitait pas le tannin et ne se colorait pas en bleu avec l’eau iodée.
AZUR. — Hazur ou bleu de cobalt est un verre bleu pulvérisé, composé A'oxyde de cobalt, de sable siliceux, à'oxyde de fer et de potasse; ce verre en poudre est soumis à des lavages très-prolongés ; on le classe dans le commerce suivant la nuance et la finesse plus ou moins grande de la poudre qu’il produit. Les nombreuses variétés d’azur sont distinguées entre elles parles dénominations très-impropres de : azur 1 feu, 2 feux, 3 feux..., 6 feux, etc., dans lesquelles le mot feu est pris dans le sens d’éclat, et semble servir d’unité dans l’appréciation de la nuance de ces poudres.
Usages. — L’azur est employé à l’apprêt des toiles de lin et des tissus de coton; pour colorer les papiers, l’amidon, les émaux, les verres; pour sabler les plateaux des confiseurs; dans l’art du pastilleur, on s’en servait pour saupoudrer certains fruits, afin de leur donner un aspect velouté.
BARYTE.
Altérations. — H résulte cles l’echerches faites par M. Octave Bnffaud que les azurs 8 feux, 6 feux, 4 feux et 3 feux contiennent des quantités considérables A'arsenic^ qu’on peut isoler par un simple lavage à l’eau. M. Octave Briffaud a trouvé O*', 125 d’arsenic p. 100 gr. d’azur 8 feux; O^^OQO p. 100 gr. d’azur 4 feux ; O^^OoO p. 100 gr. d’azur 3 feux.
Les azurs 2 feux, 1 feu, et l’azur dit aziu' pâle ne contiennent point celte substance toxique. Sa présence doit rendre très-circonspect sur l’emploi de l’azur dans l’art du confiseur et dans l’empois destiné à imprégner les tissus ; ceuxci peuvent alors, comme nous avons eu occasion d’en faire la remarque, donner lieu à des éruptions cutanées {A . Ch.).
BALEINE. — On a donné le nom de baleine au tissu corné qui constitue les fanons ou grandes lames, de texture fibreuse, très-élastiques et effilées à leurs bords, qui sont placées transversalement, comme des dents de peigne, fortement serrées les unes contre les autres, et fixées par leur base à la mâchoire supérieure des baleines (Cétacés).
Usages. — Le fanon coupé et apprêté est très-usité dans les arts. Sa souplesse, sa légèreté, son élasticité le font employer à la monture des parapluies, à la fabrication des baguettes de fusils de chasse ; on le fait entrer dans la confection des corsets et articles de modes, des manches de rasoirs, de cannes, fouets, cravaches, etc.
Falsifications. — Comme la baleine est d'un prix assez élevé on lui a substitué, pour la fabrication de certains objets, soit la corne, soit un produit fabriqué avec le caoutchouc vulcanisé.
La baleine est filamenteuse, très-flexible ; la fausse baleine n’est pas filamenteuse, elle se rompt : l’examen de la cassure fait reconnaître la substitution (S tan. Martin).
BARYTE : BaO. — La baryte ou terre pesante, protoxyde de baryum, est solide, d’un blanc grisâtre, d’un aspect caverneux; sa saveur est âcre et très-caustique ; l’eau froide en dissout 1/25 de son poids ; l’eau bouillante, plus de la moitié. Elle verdit fortement le sirop de violettes, rougit le curcuma. Sa densité est 4 ; elle est infusible au feu de forge, fusible au chalumeau à gaz oxygène et hydrogène. Exposée à l’air, à la température ordinaire, elle en absorbe l’acide carbonique, ainsi qu’une certaine quantité de vapeur d’eau ; elle se délite, se réduit en poussière et augmente de volume. La baryte caustique est très-avide d’eau ; au contact de ce liquide, elle fait entendre un sifflement semblable à celui qu’y produirait l’immersion d’un fer rouge : il y a une élévation considérable de température ; une partie de l’eau se dégage à l’état de vapeur, et la baryte se réduit, au bout de quelque temps, en une poudre fine et blanche. La baryte est remarquable par son affinité pour l’acide sulfurique : quelques gouttes de ce dernier, versées sur elle, élèvent sa température au point de la rendre incandescente.
Caractères des sels de baryte. — (Voir page 11.)
BAUME DE COPAHU
Altérations. Falsifications. — Quelquefois OU substUue la slrontiane à la baryte, celle-là s’en rapprochant beaucoup par ses caractères physiques. Cette substitution se reconnaît au moyen de l’alcool ; on y fait dissoudre une certaine quantité de l’alcali à essayer ; la flamme de l’alcool prend une teinte jaune s’il n’y a que de la baryte, et une couleur purpurine avec la slrontiane ou avec la baryte mêlée de strontiane.
D’après les observations de M. Chevreul, la baryte conservée en solution dans des flacons de verre plombeux, peut dissoudre une quantité notable d’oxyde de plomb ; la présence de ce dernier est manifestée par la coloration brune que la solution prend au contact de l'hydrogène sulfuré.
BAUME DE COPAHU. — V oléo-7'ésine de copahu, improprement nommée baume de copahu, découle du Copaïfera officinalis et des Cop. guyanensis, coriacea, cordifolia, etc. (Légumineuses). C’est un liquide résineux, fluide comme de l’huile, transparent, d’une couleur jaune ambrée, d’une odeur forte et désagréable, d’un goût âcre et repoussant. Il est très-soluble dans l’alcool concentré ; mais sa dissolution est quelquefois laiteuse et laisse alors déposer peu à peu une petite quantité d’une résine molle, semblable à la résine animé.
Le baume de copahu est soluble dans les alcalis. Mêlé avec 1/16 de magnésie hydratée, il se durcit en peu de temps et prend une consistance pilulaire. Cet effet n’est pas toujours produit : l’absence de l’eau dans le baume ou dans la magnésie suffit pour empêcher le mélange de se solidifier {Houssin.) (1).
M. Thierry a constaté que la chaux se comporte à peu près' de la même manière que la magnésie avec le baume de copahu : I partie de chaux hydratée, récemment préparée, solidifie complètement lo parties de copahu, en 5 heures au plus ; le baume vieux et épaissi par le temps se solidifie plus promptement que le baume récent et liquide.
On trouve ordinairement dans le commerce deux sortes de copahu :
l®Le copahu du Brésil; il est fluide, jaune clair, d’une densité de 0,97 environ. 11 est difficilement soluble dans l’alcool qu’il rend laiteux. Il doit sa fluidité à la forte proportion d’essence qu’il renferme (40 à 4o p. 100) (2) ; c’est pourquoi il ne dépose pas de matière résineuse. Il est moins promptement solidifiable par les terres alcalines hydratées.
2® Le copahu de Colombie ou de Maracaîbo : il est plus épais que le précédent, d’une couleur jaune d’or, d’odeur moins prononcée. Sa densité est de 0,99. 11 dépose peu à peu une assez forte proportion de matière résineuse en lamelles cristallines. Il dévie à droite le plan de polarisation {Buignet), tandis que le copahu du Brésil le dévie à gauche. Très-riche en résine (66 p. 100), il ne contient que 34 p. 100 d’huile volatile.
Composition. — La Composition chimique du baume de copahu a été établie par MM. Gerber, Stolze, Durand, Guibourl, Wipple et Pi'ocler. Il contient : huile volatile, 31 à 80 ; acide copahivique ou copahuvique, 38 à 52 ; résine molle, 1,63 à 1 1,13.
Usagées. — Le baume de copahu est employé en pilules et surtout en capsules contre la blennorrhagie urétrale.
(1) La solidification est due à la combinaison de l'acide copahivique avec l’oxyde alcalino-terreux hydraté ; elle est d’autant plus prononcée que l’acide résineux est en proportion plus forte.
(2) Un copahu du Para, très-fluide, d'une densité égale à 0,1)4, renfermait 82 p. 100 d'huile volatile.
BAUME DE COPAHU
Falsifications. — Le baume de copahu est souvent falsifié dans le commerce, tantôt avec la résine extraite, par décoction, des rameaux et de l’écorce des Copaifera; tantôt avec la térébenthine, l’esseuee de sassafras, la colophane ; tantôt avec des huiles grasses, comme les huiles de ?’icin{l), de navette, de pavot, et enfin avec le baume de Gurjun.
Le baume mêlé de l'ésine de copahu est épais, et présente un aspect laiteux dû à de l’eau d’interposition ; il n’a pas l’odeur et le goût prononcés qui caractérisent le vrai baume.
Quand il est falsifié par la térébenthine, il a une consistance plus grande que celle du baume pur ; il est visqueux et reste adhérent aux parois des vases dans lesquels on l’agite. L’odeur pourrait être, dans quelques cas, un moyen de reconnaître la fraude ; mais il n’en est plus de même lorsque la térébenthine s’y trouve en petite quantité ; alors l’odeur de cette dernière est entièrement masquée par celle du baume. Si, d’après M. Dublanc, on place sur un papier collé une goutte du baume falsifié, et qu’on fasse sécher à une douce chaleur la partie du papier imprégnée du liquide, l'huile de copahu se volatilisant, l’odeur de la térébenthine restera dominante (2) ; elle deviendra plus sensible encore si l’on verse le baume suspect sur un fer chaud.
D’après Hager, on reconnaît Vessence de sassafras dans le copahu en mélangeant celui-ci à deux fois son poids d’acide sulfurique concentré. Après refroidissement, on ajo'ute à ce mélange 20 parties d’alcool; il se produit alors une coloration rouge-brun foncé qui se fonce encore par l’ébullition, tandis que le baume pur prendrait une teinte jaune clair et laisserait un dépôt résineux.
Suivant M. F. Vivier, le copahu falsifié par la colophane, dissous dans l’alcool anhydre, laisse déposer de petits cristaux blancs d’acide sylvique. Cette solution alcoolique précipite en vert par le sulfate de cuivre, en brun par la potasse et l’ammoniaque.
La sophistication par Vhuile de ricin a acquis de l’importance par suite de la similitude que présentent alors le vrai et le faux baume. Plusieurs chimistes et pharmaciens se sont occupés des moyens de reconnaître cette fraude :
Une goutte de copahu pur, qu’on laisse tomber dans un verre d’eau, conserve en se précipitant sa forme sphérique, ou nage entre deux eaux ; si, au contraire, ce baume renferme de l’huile de ricin, la goutte surnage et s’étend à l’instant même de son contact avec le liquide.
L’acide sulfurique, la potasse, la soude, l’ammoniaque, le carbonate de magnésie ont été préconisés tour à tour pour ce genre de recherches ; mais comme ces agents n’otfrent pas de réactions bien nettes, il est préférable de recourir au moyen proposé par Flückiger : on traite chaud (entre 40 et 60°) 1 partie de copahu par 4 parties d’alcQol fort ; on laisse refroidir ; il se fait un dépôt de résine, tandis que l’essence de copahu et l’huile de ricin restent en dissolution dans le liquide ; on le décante et on chasse par distillation l’alcool et l’essence, de façon à mettre l’huile fixe en évidence.
(1) Le baume de copahu falsifié avec flmile de ricin ne prend, avec la magnésie calcinée, qu'une consistance sirupeuse ou onguentaire impropre à la confection des pilules.
(2) Lorsque toute la partie volatile a disparu, il reste sur le papier un enduit qui, si le baume n’a pas été étendu d'huile fixe, est sec et cassant, et sur lequel on peut écrire comme sur le papier collé lui-même.
BAUME DE COPAHU
Pour reconnaître le baume de copahu falsifié par une huile quelconque, la méthode de MM. 0. Henry et Delondre consiste à faire bouillir le baume dans l’eau pendant longtemps, pour dissiper toute l’huile volatile : s’il est pur, il laisse une résine qui devient sèche, cassante en se refroidissant ; s’il contient de l’huile fixe, le résidu refroidi est gras et poisseux. Au reste, la fraude par toute autre huile que celle de ricin peut se reconnaître à l’aide de l’alcool à 95” qui isole l’huile en dissolvant seulement le baume pur.
Le baume falsifié parles huiles de pavot, de navette, a une teinte jaune ; il est peu consistant et graisse tes doigts au lieu d’y adhérer comme il le fait lorsqu’il est pur. Une ou deux gouttes de ce baume, versées sur une feuille de papier, la pénètrent; si, après cela, onia tient à quelque distance de charbons allumés pour volatiliser l’huile, il reste sur elle une tache de résine entourée d’une auréole grasse ; au contraire, cette tache résineuse est homogène, translucide, cassante, si le baume est pur {Pedroni).
Enfin, on fabrique du baume de copahu de toutes pièces avec des huiles grasses de pavot, de navette et de la térébenthine ; un pareil mélange ne peut tromper qu’un œil peu exercé. Dans tous les cas, l’alcool concentré ou l’alcool éthéré (mélange de 4 parties d’alcool absolu et de 1 partie d’éther rectifié) peuvent servir à reconnaître cette fraude; ces deux liquides, ne dissolvant que le baume, laissent déposer les matières étrangères.
Suivant M. Redwood, le meilleur moyen de reconnaître la pureté du baume de copahu est de le distiller avec de l’eau : on retire l’huile volatile, on en prend le poids, et l’on examine ensuite le résidu pour s’assurer s’il jouit des propriétés assignées à la résine du copahu pur.
Baume de Gurjun. — Le baume de Ginjun ou Gurgum retiré par incision des Diiderocarpus incanus, turbinatus et alatus (Légumineuses) est vendu dans les bazars de Calcutta comme succédané du copahu, dont il a l’odeur. 11 est gris-blanc, opaque comme le miel dont il a la consistance, d’une saveur fortement amère. Sa densité est de 0,964. Il se distingue du baume de copahu en ce qu’il est à peine soluble dans l’alcool, et en ce qu’il se prend en une sorte de gelée lorsqu’il est chauffé au delà de 130”.
D’après Flückiger on reconnaît sa présence dans le copahu en dissolvant celuici dans de la benzine, filtrant et ajoutant au liquide un peu d’alcool amylique ou éthylique : le mélange reste limpide si le copahu est pur; il se trouble au contraire s’il contient du baume de Gurgum. Dans ce dernier cas, il prend à froid une belle couleur rose violacé si on le traite par son poids d’acide azotique ou chlorhydrique.
Wood-Oil. — Sous le nom de wood-oil, on connaît un troisième baume (ou plutôt une oléorésine) extrait du Hardwickiapinnata (Légumineuses). 11 aune odeur et une saveur qui le rapprochent du baume de copahu. Il renferme 23 à 40 p. 100 d’une huile volatile isomère de l’essence de ce dernier baume.
On peut caractériser chacun des trois baumes précédents par le moyen suivant : 1 goutte du baume à essayer est agitée dans un tube à essai avec 19 gouttes de sulfure de carbone et 1 goutte d’un mélange à parties égales d’acide sulfurique concentré et d’acide azotique : le baume de copahu vire au rouge brun et abandonne un dépôt cristallin ; le baume de Gurgum se colore en rouge pourpre, passant bientôt au violet, tandis que la couleur vert jaunâtre de la solution du baume de Hardivickia ne subit aucun changement.